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CHEZ POL 19 JUIN

 


#Jardin #SansFaute #Tapis #Sable #Ayatollah 
Chez Pol n°1745 - Réservé aux abonnés Libé

Bonjour, nous sommes le 19 juin et c'est le bon jour pour tirer la couverture à soi.

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♪ Hissez haut, Bruno Retaileau ♫. Photo Christophe Maout. Libération (2016)

FAIT MAISON Incroyable : le PS est unanime ; au Sénat, la droite ouvre les yeux sur les riches

AU COMPTOIR Cette promesse de Mélenchon n'engage que lui ; le petit prono de Macron pour 2027 ; et Zemmour fait flop en librairie

PASSION ARCHIVES En pleine canicule, le RN regrette qu'on n'ait pas écouté le Giec

LE MOT «Brutal»

VOST À droite, à chacun son de Gaulle

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI Macron poursuit sa grande vadrouille

L'ADDITION Jouons avec les animaux

DU JAMAIS VU • Qui a dit que les socialistes n'étaient jamais d'accord entre eux ? Alors que le parti risque encore d'offrir un spectacle de négociations interminables pour décider de la façon dont ils vont faire voter les adhérents sur la stratégie présidentielle le 9 juillet, les courants se sont miraculeusement mis d'accord sur un point en bureau national hier soir : le programme. Le projet du PS élaboré sous la coordination de l'eurodéputée Chloé Ridel a donc été incroyablement validé à l'unanimité des motions. Il doit désormais être transmis aux militants, avant d'être définitivement adopté par leur vote le 25 juin. Pourtant, l'introduction du document pose comme principe que le modèle de la social-démocratie «doit être dépassé» pour forger «un nouveau socialisme» autour de la notion de liberté. Une pierre jetée dans le jardin de Bernard Cazeneuve et de Raphaël Glucksmann, qui se revendiquent toujours, eux, de la social-démocratie. Et un indicateur sur la façon dont les roses vont finalement se positionner dans la campagne présidentielle ? Lu.A.

Chloé Ridel. Photo Daniel Perron. Hans Lucas via AFP (2026)

DU JAMAIS VU BIS • Après les socialistes ci-dessus, une autre preuve que tout peut arriver, même l'impossible. «C’est la première fois que la droite sénatoriale admet qu’il existe un sujet [autour de la fiscalité des hauts patrimoines] et qu’il ne peut pas être passé sous le tapis», surligne ainsi Claude Raynal. Le sénateur socialiste et président de la commission des Finances est content car «enfin, la droite reconnaît que des dispositifs doivent être corrigés et qu’elle ne peut pas continuer en disant "touche pas à mon pote"». Il n’y a donc eu personne mercredi pour voter contre le rapport sur lequel il a travaillé avec son collègue LR, Jean-François Husson, «Boîte noire des hauts patrimoines : pourquoi la France ne sait plus qui sont ses riches ?», lors de son examen en commission. Si abstentions il y a eu, elles sont venues... de la gauche, déçue qu’aucun mécanisme ne soit avancé pour rétablir la progressivité de l’impôt. Lancée en janvier après les déclarations d’Éric Lombard dans Libé - «parmi les personnes les plus fortunées, des milliers ont un revenu fiscal de référence de zéro. Ils ne paient aucun impôt sur le revenu !» -, la mission a d’abord montré en février, documents récupérés à Bercy à l’appui, que l’ancien ministre de l’Économie n’avait pas affabulé. Dans leur rapport de juin, les sénateurs reconnaissent qu’on est «en train de changer d’ère pour retrouver une période où on ne progresse socialement qu’à travers l’héritage et le patrimoine», relève Raynal, et que 4 dispositifs, dont le pacte Dutreil, doivent être revus. Leurs 11 recommandations visent à permettre à la puissance publique de disposer de statistiques fiables (en créant par exemple un indicateur, le revenu économique, qui intégrerait les revenus patrimoniaux). De quoi lever, enfin, le voile sur la réalité des revenus des plus aisés. Il serait temps. A.-S. L.

PROMESSE DE CAMPAGNE • Lui Président, il appellera vite les Français à retourner aux urnes. Comme il l'a dit sur Outre-mer La 1ère, puis répété hier dans son Moment politique, Jean-Luc Mélenchon promet d'organiser rapidement un référendum sur la Nouvelle-Calédonie s'il accède à l'Élysée. Mais pas en Kanaky, en métropole. Le chef des insoumis veut demander aux Français de l'Hexagone si la France doit «donner l'indépendance ou pas» au Caillou. Et Mélenchon de prévenir que si le référendum tourne mal pour lui, il rendra son tablier. «Si vous votez non, très bien, je plie mes affaires et je m'en vais», a-t-il assuré hier, avant de marteler : «Parce que je ne le ferai pas. Si je suis président de la République, ne comptez pas sur moi pour envoyer la troupe ou pour faire de force d'eux des Français.» Et son entourage le confirme à Chez Pol : en cas de défaite, il partira. C'est archivé. 

Le général De Gaulle. Photo Bastien Ohier. Hans Lucas via AFP (2026)

SON PETIT PRONO • Mais il y a une présidentielle avant tout ça. Justement : depuis qu'il est réellement entré en campagne, aussi bien par contraste avec ses rivaux que dans l'absolu, Mélenchon fait un quasi sans-faute. Cette entrée en matière réussie n'a échappé à personne, et surtout pas à l'Élysée, où l'on suit tout ça de très près. Au point que Macron voit l'insoumis haut, très haut, au soir du 1er tour en 2027. L'Express rapporte qu'à un de ses interlocuteurs, inquiet d'une éventuelle victoire du leader maximo de LFI, Macron a rétorqué : «Ce que je peux vous dire, c’est qu’il sera au 2d tour.» Un prono aussi audacieux que celui qui aurait misé sur MPP sur un nul entre l'Espagne et le Cap-Vert au Mondial. Mais pas complètement irrationnel non plus. Reste à savoir face à qui. Contre l'extrême droite qui caracole en tête des sondages ou contre un champion du bloc central ? Dans la première hypothèse, un duel RN/LFI acterait l'échec de la stratégie «anti-extrêmes» de la macronie - même si LFI n'est pas d'extrême gauche. Dans la seconde, une finale LFI/centre serait une sacrée surprise en éjectant dès le 1er tour le candidat d'extrême droite.

♪ C'EST LA MUE À LA PAGE ♫ • Connaissez-vous le point commun entre Nicolas Sarkozy, Manuel Valls et Édouard Philippe ? Oui, ils sont de droite mais ce n'est pas de cela dont on veut parler ici. Les 3 hommes ont, à un moment de leur vie, ambitionner de devenir Président - avec plus ou moins de succès. Et pour séduire les foules, ils ont expliqué à quel point l'exercice du pouvoir les avait marqués et inspirés. Dans le Figaro ce matin, Philippe s'inscrit dans cette tradition et décrit une élection «exigeante» comme la présidentielle comme «un moment où on se transforme». «C'est une mue, ajoute-t-il. Ceux qui ne le mesurent pas, à mon avis, n'ont pas bien réfléchi à ce que c'était d'être candidat ou même d'être élu.» C'est beau comme du Sarko. Les plus vieux s'en souviennent. En janvier 2007, porte de Versailles, le candidat UMP le martèle : «J'ai changé parce qu'une élection présidentielle est une épreuve de vérité [...]. J'ai changé parce que les épreuves de la vie m'ont changé.» En 2017, c'est au tour de Valls d'expliquer qu'il a «changé, y compris en passant de Premier ministre à candidat à la présidence de la République». Comme quoi parfois, la mue ne suffit pas. 

Édouard Philippe. Photo Julien de Rosa. AFP (2026)

ÇA FLOP • Éric Zemmour va-t-il se faire doubler par Sarah Knafo ? On ne parle pas encore de l'identité du candidat Reconquête à la présidentielle mais de leur succès en librairies. Poule aux œufs d'or de Fayard, propriété de Vincent Bolloré, le multicondamné essayiste d'extrême droite connaît une sévère baisse de régime avec l'édition actualisée de son best-seller Suicide français. Selon le Point, cette version augmentée «fait flop» et plafonne à «moins de 2700 exemplaires dans les 20 jours qui ont suivi sa sortie», selon l'institut GFK. Loin, très loin, des 400 000 ventes de la première édition en 2014. Comme le note l'hebdo, Knafo sortira quant à elle son propre livre le 2 septembre, aussi chez Fayard. Et l'eurodéputée d'extrême droite pourrait bien faire mieux que son compagnon. De quoi nourrir un peu plus encore ses ambitions élyséennes ?

Chenu et tout bronzé. Photo Mustafa Yalcin. Anadolu via AFP (2025)

En pleine canicule, le RN regrette qu'on n'ait pas écouté le Giec

La chaleur fait souffrir les âmes mais ce n'est rien par rapport aux doubles discours des politiques. Il suffit en effet d'écouter le RN parler du réchauffement climatique pour voir sa température corporelle augmenter. Car difficile de nier l'évidence quand les thermomètres explosent tous les 15 jours.

Sur TF1 ce matin, le vice-président RN de l'Assemblée Sébastien Chenu s'inquiète donc de ces vagues de chaleur désormais régulières. Et il en tire une réflexion politique : «Ce qui m'interpelle, parce que ça fait longtemps qu'on nous parle, à juste raison, du réchauffement climatique : c'est l'incapacité à prévoir, à organiser, les choses en fonction de ces canicules répétées.» Chenu prend l'exemple des trains annulés par la SNCF par crainte de pannes liées à la chaleur. Le député lepéniste regrette ainsi que les pouvoirs publics n'aient pas massivement investi dans des trains adaptés : «Il fallait avoir la capacité de se projeter puisque ça fait longtemps qu'on a des rapports, notamment ceux du Giec, qui nous parlent de réchauffement.»

Alors pardon, il faut qu'on s'assoie parce que là, le foutage de tronche est beaucoup trop grand. Voici un cadre RN qui reproche aux gouvernements passés de ne pas avoir anticipé le réchauffement climatique alors même que les scientifiques alertent depuis des décennies. Des alertes que le RN vilipende pourtant depuis longtemps.

«Alarmiste»

En 2023, Marine Le Pen estimait ainsi que «le Giec a toujours été alarmiste». «C’est normal, quand vous avez toujours le nez dessus, vous avez tendance à alerter et alerter, donc à être un peu plus pessimiste», ajoutait-elle, citée par le JDD à l'époque. Porte-parole du groupe RN à l'Assemblée, Thomas Ménagé expliquait en août de cette même année que l'on ne «peut pas nous baser uniquement sur les données du Giec» car «ils ont parfois tendance à exagérer». «Si on suit bêtement les données du Giec, on risque de contrevenir à la qualité de vie des Français», avait ajouté sur France Inter le député du Loiret. Hum hum.

Son collègue Hervé de Lépinau ciblait sur X «les propagandistes du Giec» qui bientôt, proposeront d'exterminer l'humanité. Le député Philippe Lottiaux ironisait, toujours en 2023 : «Il n’y a qu’un Dieu : le Dieu climat et le Giec est son prophète.» Quant à Julien Odoul, il attaquait les «ayatollahs verts». Et en 2019, Edwige Diaz publiait un communiqué où elle expliquait qu'une «nouvelle religion est née : l’écologisme avec ses prophètes de malheur».

Ces mots se traduisent en faits. Dans son contre-Budget présenté en octobre 2024 et ressorti l'an dernier, le RN mène la guerre à l'écologie. Le parti d'extrême droite veut par exemple supprimer les agences environnementales publiques, arrêter de financer les énergies renouvelables comme le solaire et l’éolien ou encore baisser de 500 millions le Fonds vert pour la transition écologique des collectivités. Mais ça, le RN le dit à l'automne. En été, ils vous assurent qu'il fallait investir.

Tel un gosse pas content qui piétine le château de sable laborieusement érigé par son paternel (expérience vécue), Attal poursuit son entreprise de démolition méthodique de sa filiation avec Macron. Dans une longue interview à Society, dans laquelle il tente de se livrer un peu, le boss de Renaissance étrille l'exercice macronien de l'État par le Président. Se serait-il fait avoir par l'ancien chantre autoproclamé du nouveau monde ? «Je ne serai pas aussi définitif que ça», élude-t-il d'abord avant de livrer un véritable réquisitoire contre le côté jupitérien de Macron : «Je pense que là où il a le plus déçu, c'est sur la pratique du pouvoir. Il y avait l'idée, en 2017, que, globalement, un énorme mouvement de transformation du pays se mettrait en place et auquel tout le monde pourra participer, qu'on soit syndicaliste, associatif, élu local… Le militant CFDT, en 2017, il vote plutôt Macron, parce qu'il se dit que tout le monde pourra participer et qu'on va changer la manière de faire de la politique.» Et le bilan, après 10 ans de macronisme élyséen ? «Ça a été assez classique, vertical, voire brutal parfois», flingue-t-il avec des mots que les oppositions auraient aussi pu prononcer. Déjà peu emballé par la candidature de son ex-poulain, Macron va de nouveau devoir encaisser ce petit coup de poignard dans le dos.

Quand tu vois 50 nuances de droite s'approprier ton héritage. Photo AFP

À droite, à chacun son de Gaulle

Par V.B.

S'approprier le prestigieux héritage du fondateur de la Ve République est devenu un sport à plein temps. Surtout à un an d'une présidentielle incertaine. Alors que Macron commémorait hier le 86e anniversaire de l'appel du 18 juin 1940 au Mont-Valérien (Hauts-de-Seine), les «trois fantastiques» de la droite et du bloc central, dixit un ténor LR,ont rendu hommage au Général chacun à leur manière. As de la com', Attal a recyclé une photo prise l'année dernière à Londres, en face d'une statue de de Gaulle, et s'est fendu d'un long texte en hommage à celui qui a «refusé la résignation, refusé l’effacement, refusé la défaite de la France». Et l'ex-Premier ministre d'empiler des mots comme «courage», «avenir», «unité», «audace», «espérance». Idéal pour alimenter le récit de sa campagne voulue ultra-optimisme face à la sinistrose qu'incarnerait selon lui Philippe, son rival.

Le candidat Horizons, lui, a opté pour un déplacement en terre gaullienne : Colombey-les-Deux-Églises. Dépôt de gerbe sur la tombe du Général en présence d'élus locaux, cérémonie au cimetière et prise de parole au pied de l'immense Croix de Lorraine du village de Haute-Marne... Le Havrais a fait la totale. Sur place, il a loué son «patriotisme» et son «amour de la France». Et l'ex-locataire de Matignon de prévenir : «Personne n'est propriétaire du général De Gaulle, personne n'est son héritier.» Histoire de compléter le tableau, Philippe a publié une longue tribune dans la revue de géopolitique Le Grand continent sur le «moment gaullien de l'Europe».

Quant à Bruno Retailleau, il a choisi d'aller déposer une gerbe au pied de la statue du «connétable» en bas des Champs-Élysées, à Paris en fin de matinée. Sur X, l'ex-ministre de l'Intérieur a salué celui qui «refusait la résignation et choisissait l’espérance». Et le Vendéen de s'approprier un message du Général sur la souveraineté, l'un de ses axes de campagne en 2027. Qui a dit que de Gaulle n'appartenait à personne ?

• Bruxelles Arrivé hier soir en Belgique, Macron participe à un Conseil européen post-G7 à Évian. L'occasion pour les pays du continent de «faire le point sur les orientations et l’action de l’UE sur les enjeux internationaux» et de préparer «le prochain cadre financier pluriannuel pour 2028-2034». Tout un programme.

• Et aussi ce week-end Samedi, attention au coup de chaud : Bruno Retailleau monte sur scène au Parc floral de Paris (à 14h) pour tenter de faire décoller sa campagne avec son tout premier «grand meeting», en présence de Larcher, Pécresse ou Baroin mais sans Wauquiez, Copé ni Bertrand. Et dimanche, jour d'une fête de la musique perturbée par cette nouvelle canicule, plusieurs villes verront des marches contre le racisme et l'extrême droite.

On termine avec notre jeu du jour. Comment Bruno Retailleau surnomme-t-il ceux qui, à droite, contestent sa candidature ?

• Les taons
• Les carpes
• Les hyènes
• Les guêpes
• Les piranhas
• Les crocodiles
 

Pour jouer, cliquez sur ce qui vous semble être la bonne réponse ci-dessus. 


Absolument !

C'est ce que nous apprend un journaliste de Paris Match.

Et enfin, les résultats de notre jeu d'hier. En effet, Macron a offert des vélos personnalisés à Trump et aux dirigeants du G7 pour promouvoir les championnats du monde de cyclisme en France en 2027. Et non pour promouvoir l'écologie. 

Sur ce, bonne journée et excellent week-end 👋. Et à lundi sur les routes de l'info.

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