Par Lu. A.
Une exposition à l'entrée intitulée «corps en luttes». Des lectures d'extraits sur un ton théâtral par des personnalités debout sur des chaises. Un programme découpé en «trois actes», avec des interventions sous-titrées par un champ lexical poétique : «embardées», «lignes de crêtes», «urticant», «écrit corsaire»... Non, Chez Pol n'était pas au Palais de Tokyo hier soir, mais à la soirée d'inauguration de Noûs, le nouveau think tank du PS. Certes, les socialistes sont enferrés depuis plus de 2 mois dans un blocage interne sur la désignation de leur candidat pour 2027, et la proposition d'une double primaire formulée par Faure la semaine dernière a été accueillie par un scepticisme général. Mais le Premier secrétaire a pu se consoler avec ce colloque festif rameutant une petite foule agglutinée dans la Rotonde Stalingrad, dans le XIXe arrondissement de Paris, pour célébrer «la bataille culturelle». Après un hommage à Lyhanna et un message de soutien à la manifestation en cours devant le ministère de la Justice pour réclamer plus de moyens, les deux jeunes élus socialistes franciliens Julie Martinez et Gaston Laval ont présenté l'ambition du nouvel outil qu'ils coprésident : «Politiser ce qu'on politise trop peu, les corps et l'imaginaire.»
«Pourquoi on l'a invité ?»
Lors de ce premier raout réflexif consacré à la violence, se sont ainsi succédé des interventions et références intellos, des lucioles de Pasolini à la lecture d'un texte de Victor Hugo sur la puissance du suffrage universel. Mais le nom le plus connu de la soirée qui a provoqué le plus de buzz n'était pas celui d'un artiste ou d'un intellectuel de gauche. Comme on vous le racontait hier, Didier Lallement, ancien préfet de police de Paris, était en effet convié à débattre de la violence en démocratie face à la présidente de la Ligue des Droits de l'Homme Nathalie Tehio. Un casting qui a mis en colère certains jeunes socialistes.
Visiblement ravi d'être là, Lallement s'est pour sa part permis de mettre un taquet à ses hôtes. «J'ai connu un PS ou il n'y avait pas de discussion sur l'impératif du maintien de l'ordre républicain», a-t-il lancé en citant Pierre Joxe, l'ancien ministre de l'intérieur de François Mitterrand, ou encore les pratiques en cours pendant le quinquennat Hollande. Poli, le public n'a pas moufté, se contentant d'applaudir chaudement les réponses de Tehio dénonçant par exemple la dangerosité des nasses et un maintien de l'ordre fait «pour punir en soi». «Quand les gilets jaunes voulaient marcher sur l'Élysée, c'était pas pour boire un coup», a répliqué Lallement, «l'usage du LBD n'est pas un sujet politique, c'est un sujet tactique». Ou enfin : «Il n'y a pas de policier s'il n'y a pas de manifestation.» Au fond de la salle, les jeunes troupes du PS enragent. «Pourquoi on tolère ça ? Ça me déprime», se lamente une jeune femme. «C'est un malade ce gars !, s'exclame son voisin. Pourquoi on l'a invité ?» Pas toujours facile le débat d'idées.
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