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CHEZ POL 9 JUIN

 


#Show #Euripide #Corsaire #Ficelles #Egotrip
Chez Pol n°1737 - Réservé aux abonnés Libé



Bonjour, nous sommes le 9 juin et c'est le bon jour pour se défendre.

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Tiens, un bouc émissaire. Photo Gonzalo Fuenteso. Reuters (2024)

FAIT MAISON Un autre Président est possible

AU COMPTOIR Une fois élu sans étiquette, ce maire se révèle être RN ; Ruffin chasse des têtes pour Macron ; et Vallaud devrait réviser Euripide 

VOST Soirée Noûs pour les socialistes

YOUPOL Comme d'habitude, Darmanin ne démissionne pas

L'HIPPOLDROME Karim Boulard candidat pour lui-même

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI L'affaire Lyhanna s'impose au Parlement

L'ADDITION Jouons avec Zemmour

PHILIPPE À L'ÉLYSÉE • Vous voulez prendre un petit coup de vieux de bon matin ? La dernière saison de Baron noir a été diffusée au printemps 2020. Oui, il y a plus d'un quinquennat. ALERTE SPOILER MAJEUR : la série semblait se conclure en beauté avec l'accession de Philippe Rickwaert (Kad Merad) à l'Élysée et le suicide de l'ancienne Présidente Amélie Dorendeu (Anna Mouglalis). Mais ce n'était finalement pas fini puisque le show d'Éric Benzekri aura droit à une saison 4. Et le tournage se déroule actuellement, notamment au palais de l'Élysée où, de l'avis d'un visiteur, c'est un vrai bazar, avec le chantier et les câbles électriques qui traînent partout. Du côté du château, on minimise cette gêne. «Les tournages, quand ils ont lieu, se font dans le respect des lieux et des collaborateurs qui y travaillent, toujours en l’absence du Président», glisse-t-on dans l'entourage d'Emmanuel Macron. Et pour ceux qui hésiteraient, dites-vous que la prochaine saison aura comme guest-stars Benjamin Duhamel et Patrick Cohen. Si ça ne vous motive pas, on ne peut rien pour vous. Sy. C.  

L'équipe de Chez Pol devant l'actu politique chaque matin. DR

SA FÉ RÉFLÉCHIR • Le bac philo approchant, on vous propose de réviser vos classiques et notamment celui-ci, formulé par le grec Euripide, quelque part au Ve siècle avant JC : «Parle si tu as des mots plus forts que le silence, ou garde le silence.» Un concept qui devrait être affiché sur le fronton de tous les partis - et aussi sur la page d'accueil de X, mais c'est un autre débat. Boris Vallaud nous a offert une parfaite illustration de cette citation, hier, à l'issue d'une réunion entre les différents courants du PS et Raphaël Glucksmann. Une réunion importante puisque Glucksmann, qui ambitionne de se présenter à la présidentielle sans passer par la case primaire, a besoin de la machinerie rose pour mener campagne. Alors, que retenir de cette rencontre ? Le patron de Place publique se dit confiant de voir son camp converger avec celui d'Olivier Faure vers «un accord». Et selon Vallaud, cité par l'AFP, ce rendez-vous a - attention, accrochez-vous - montré «des accords, des désaccords, des convergences et des divergences». Voilà voilà… On remercie évidemment le patron des députés PS pour ce résumé à l'utilité discutable.

J'ai vraiment dit ça ? Photo Ludovic Marin. AFP (2026)

DURAND DURAND • À défaut d'être pour l'instant Président, François Ruffin se voit-il déjà comme Premier ministre ? Toujours est-il que l'ex-insoumis a décidé de zapper l'étape de la demande de démission de Gérald Darmanin après les «dysfonctionnements» de la justice dans l'affaire Lyhanna. Lui est déjà dans l'étape d'après et propose tout bonnement un nouveau garde des Sceaux à Macron. «Moi je dis, Édouard Durand, ministre de la Justice. C'est l'ancien président de la Civise [la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, que le juge a présidée de 2021 à 2023, ndlr] dont on sait qu'en tant que juge des enfants, il est engagé sur cette question dans la durée», développe Ruffin pour remplacer un Darmanin «ministre de la perpétuité qui est en fait le ministre de l'impunité». Et le président de Debout d'enchaîner : «Au moins, on sait qu'il y a quelqu'un qui sera profondément engagé sur le sujet.» Un vœu très certainement pieux puisque Darmanin n'a, comme d'habitude, pas prévu de quitter le gouvernement [voir Youpol ⬇️] et que Macron va, comme d'habitude, conforter l'un des plus inamovibles ministres de ses quinquennats.

SENS DES PRIORITÉS • S’il ne devrait pas démissionner Darmanin, Macron tente tout de même de tirer des enseignements politiques de l’affaire Lyhanna : «Il faut être transparent, a-t-il estimé en privé ce week-end, cité par le ParisienIl y a une telle colère dans la population qu'il ne faut pas donner le sentiment de rester sourd devant un tel drame.» Le Président y voit carrément un enjeu électoral : «Si on ne veut pas que le RN gagne la prochaine présidentielle, c'est le moment de montrer qu'il y a un commandement politique dans cette crise.» On n’aurait pas forcément dit que là résidait le plus important dans ce dossier…

On voit plus clair avec ces

 lunettes. Photo Ludovic Marin. AFP (2026)

ON N'EST PAS SORTI DU SABLE • À Saint-Vincent-sur-Jard, le réveil du 6 juin a été douloureux. Les habitants de cette commune vendéenne ont découvert qu'ils avaient été trompés sur la marchandise et livrés au RN. Olivier Dalmasso, maire depuis 2023, avait été réélu triomphalement avec 68,18% des voix dès le 1er tour en mars dernier à la tête d'une liste sans étiquette. Mais surprise : il vient d'annoncer lors du dernier conseil municipal qu'il sera tête de liste du RN aux sénatoriales en Vendée. Pendant la campagne municipale, l'hypothèse d'un tel ralliement avait bien circulé. Mais Dalmasso l'avait alors esquivée, sûrement pour ne pas effrayer son électorat. «Je suis un patriote, aimant son pays. Mes convictions politiques sont à ce jour personnelles», évacuait-il alors, rapporte le journal local Les Sables. Aujourd'hui rattrapé par ses convictions «personnelles», l'édile assure que son coming out politique n'aura aucune conséquence sur la gestion de sa commune. «Si un jour, je peux à nouveau servir mon pays, j'étudierai cette option, disait-il sans assumer pleinement son choix. Quoi qu'il en soit, ce potentiel et hypothétique engagement politique national n'entraînera pas la liste municipale.» Qui reste, officiellement, sans étiquette.

Mal-aimé, il est le mal-aimé. Photo Thomas Coex. AFP (2022)

Lallement pas le bienvenu

Par Lu. A.

Une exposition à l'entrée intitulée «corps en luttes». Des lectures d'extraits sur un ton théâtral par des personnalités debout sur des chaises. Un programme découpé en «trois actes», avec des interventions sous-titrées par un champ lexical poétique : «embardées», «lignes de crêtes», «urticant», «écrit corsaire»... Non, Chez Pol n'était pas au Palais de Tokyo hier soir, mais à la soirée d'inauguration de Noûs, le nouveau think tank du PS. Certes, les socialistes sont enferrés depuis plus de 2 mois dans un blocage interne sur la désignation de leur candidat pour 2027, et la proposition d'une double primaire formulée par Faure la semaine dernière a été accueillie par un scepticisme général. Mais le Premier secrétaire a pu se consoler avec ce colloque festif rameutant une petite foule agglutinée dans la Rotonde Stalingrad, dans le XIXe arrondissement de Paris, pour célébrer «la bataille culturelle». Après un hommage à Lyhanna et un message de soutien à la manifestation en cours devant le ministère de la Justice pour réclamer plus de moyens, les deux jeunes élus socialistes franciliens Julie Martinez et Gaston Laval ont présenté l'ambition du nouvel outil qu'ils coprésident : «Politiser ce qu'on politise trop peu, les corps et l'imaginaire.»

«Pourquoi on l'a invité ?»

Lors de ce premier raout réflexif consacré à la violence, se sont ainsi succédé des interventions et références intellos, des lucioles de Pasolini à la lecture d'un texte de Victor Hugo sur la puissance du suffrage universel. Mais le nom le plus connu de la soirée qui a provoqué le plus de buzz n'était pas celui d'un artiste ou d'un intellectuel de gauche. Comme on vous le racontait hier, Didier Lallement, ancien préfet de police de Paris, était en effet convié à débattre de la violence en démocratie face à la présidente de la Ligue des Droits de l'Homme Nathalie Tehio. Un casting qui a mis en colère certains jeunes socialistes.

Visiblement ravi d'être là, Lallement s'est pour sa part permis de mettre un taquet à ses hôtes. «J'ai connu un PS ou il n'y avait pas de discussion sur l'impératif du maintien de l'ordre républicain», a-t-il lancé en citant Pierre Joxe, l'ancien ministre de l'intérieur de François Mitterrand, ou encore les pratiques en cours pendant le quinquennat Hollande. Poli, le public n'a pas moufté, se contentant d'applaudir chaudement les réponses de Tehio dénonçant par exemple la dangerosité des nasses et un maintien de l'ordre fait «pour punir en soi». «Quand les gilets jaunes voulaient marcher sur l'Élysée, c'était pas pour boire un coup», a répliqué Lallement, «l'usage du LBD n'est pas un sujet politique, c'est un sujet tactique». Ou enfin : «Il n'y a pas de policier s'il n'y a pas de manifestation.» Au fond de la salle, les jeunes troupes du PS enragent. «Pourquoi on tolère ça ? Ça me déprime», se lamente une jeune femme. «C'est un malade ce gars !, s'exclame son voisin. Pourquoi on l'a invité ?» Pas toujours facile le débat d'idées.

Il ne démissionnera pas, comme d'habitude

Michel Zecler tabassé par des policiers, fiasco de la finale de la Ligue des champions 2022, mort de Nahel, et aujourd'hui affaire Lyhanna, sans oublier les accusations de «viol» et d'«abus de faiblesse» à son encontre... Les vagues d'appels à la démission passent, mais Gérald Darmanin reste. Avec souvent des lignes de défense et des argumentaires similaires déroulés dans une hyperactivité médiatique visant à ne pas se laisser déborder : désigner de ~vrais~ coupables (les policiers qui «ont déconné», les supporters anglais et leurs faux billets, les magistrats qui n'appliquent pas ses consignes...), justifier son action et son bilan, expliquer que ce n'est pas le moment (pas juste avant les JO quand même) et que sa dém' ne réglerait rien voire aggraverait la situation... Et bien sûr, bénéficier du soutien indéfectible de l'Élysée. Hier encore, alors que d'innombrables voix demandent son départ du ministère de la Justice après la mort de Lyhanna, Darmanin a ressorti ses vieilles ficelles. «La question de ma présence [au gouvernement] se poserait si je n'assumais pas ma responsabilité», a-t-il d'abord fait valoir dans la journée après sa rencontre avec les procureurs, considérant que les «défaillances» de la justice dans l'affaire Lyhanna «ne tenaient pas [à ses] instructions», mais au fait que celles-ci n'aient pas été respectées. «Est-ce que j'ai fait mon travail de garde des Sceaux ? L'Inspection le dira», a-t-il encore balayé avant de continuer à assurer sa propre défense (rarement un signe totalement rassurant) hier soir sur BFMTV. Présenter sa démission ? «Si je pensais que j'étais responsable de la situation et que ça aiderait au fonctionnement de la Justice, je l'aurais fait», a-t-il promis-juré-craché, rappelant qu'il l'avait «déjà fait quand [il] étais ministre de l'Intérieur». Une seule et unique fois : fin 2023 après le rejet par l'Assemblée de la loi immigration qu'il portait. Et Darmanin de dégainer son classique : lui au moins agit, même insuffisamment, quitte à faire des erreurs. Semblant accréditer les raisons pour lesquelles il devrait quitter son poste, il a déroulé : «J'ai l'impression personnellement, depuis un peu plus d'un an que je suis au ministère de la Justice que j'essaye de réformer - j'y arrive peut-être pas très bien, peut-être que j'ai pas su protéger nos enfants avec l'énergie que j'essaye de mettre ce soir -, je me dis que quitter le bateau en pleine tempête […], je ne suis pas sûr que ça aiderait la cause.» Ultime argument ressemblant à une grosse provoc' : ceux qui le peuvent n'ont qu'à le faire tomber. «Le Parlement a raison de ma fonction [via les motions de censure, ndlr], j'ai pas de majorité, j'ai des chefs qui peuvent me virer», a-t-il rappelé. Oui, c'est sans doute bien là le nœud de l'affaire.

Karim Boulard

Quand tu vois ton reflet dans le miroir. Photo Maurice Midena. Hans Lucas via AFP (2026)

Généralement, les candidats à la présidentielle disent se présenter au nom du peuple, d'un idéal, de valeurs et de principes, à la grande rigueur d'un parti. Karim Bouamrane, lui, ne s'embarrasse pas de tout ça. Sur France Inter ce matin, il est demandé au maire PS de Saint-Ouen-sur-Seine (93) «au service de qui ou de quoi» il compte se mettre pour 2027. La réponse fuse sans la moindre hésitation : «De moi-même. Moi, Karim Bouamrane, je suis candidat pour les prochaines élections présidentielles (sic).» Au moins, c'est clair. Alors bien sûr, l'élu propulsé médiatiquement par le New York Times juste avant les JO et par Master Poulet plus récemment sort ensuite de ce pur egotrip. Il prétend parler des vrais sujets de préoccupation des Français et être «la candidature qui fédère, qui est ancrée dans le réel», étendard d'«une France humaine, une France majoritaire» qu'il ne définit pas. Tout juste cet opposant interne de Faure, parmi les plus anti-LFI du PS, se pose-t-il en antidote aux «2 offres politiques qui font florès, celle de Jordan Bardella et celle de Jean-Luc Mélenchon»«Parce que pour moi, c'est pareil, je les renvoie dos à dos», dit-il, disant défendre les figures du «musulman» et de l'«immigré» qui seraient également instrumentalisées par le RN et LFI. 

Le maire de Saint-Ouen est choqué qu'on lui parle du «ridicule» de sa candidature qui vient s'ajouter au groupe de K-pop des prétendants de gauche (d’ailleurs, Glucksmann ne fait que «s’échauffe[r]», moque-t-il) et refuse évidemment de se plier à toute primaire (qui n'aura certes peut-être pas lieu) alors qu’il est à ce stade très loin d’avoir le soutien du PS. Puis Bouamrane joue sa carte habituelle de la pop culture : «Pour paraphraser Marlon Brando [dans Le Parrain], qu'est-ce que j'ai fait pour qu'on me manque à ce point de respect ? […] J'ai gagné et j'ai regagné [aux municipales, ndlr]. […] Je ferai tout en sorte pour qu'il y ait un bulletin Bouamrane et que ce bulletin gagne.» Les électeurs de gauche peuvent-ils refuser cette proposition ? 

• Sénat, depuis 9h30 Avant d'aller à Matignon à 11h30 pour une réunion avec Lecornu, Nuñez et Darmanin sont auditionnés par la commission des Lois de la haute assemblée sur l'affaire Lyhanna. Les sénateurs voteront par ailleurs sur la loi de programmation militaire après avoir examiné une proposition de loi de pérennisation des Territoires Zéro Chômeur Longue Durée. 

• Assemblée, dès 15h L'affaire Lyhanna va aussi s'inviter dans les débats au Palais Bourbon avec des questions au gouvernement qui s'annoncent tendues. Ensuite, Aurore Bergé est auditionnée par la délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes.

• Élysée, 19h15 Macron reçoit, en compagnie de Carole Delga, la présidente d'Occitanie, les élus, scientifiques et représentants du monde académique mobilisés en faveur de la candidature du Pic du Midi et de son observatoire à une inscription au Patrimoine mondial de l’Unesco.

On termine avec notre jeu du jour. Avec qui Zemmour dit-il avoir «beaucoup de points communs» ?

• Éric Ciotti
• Les Bad Gones
• Bruno Retailleau
• Michel Houellebecq
• Le mouvement Maga
• L'extrême droite allemande 
 

Pour jouer, cliquez sur ce qui vous semble être la bonne réponse ci-dessus. 

Absolument !


Et enfin, les résultats de notre jeu d'hier. En effet, le député UDR Éric Michoux veut faire inscrire au patrimoine mondial de l'Unesco la volaille de Bresse. Et non pas la saucisse de Toulouse parce qu'à ce moment-là, toutes les saucisses de France et de Navarre vont se manifester. 

Sur ce, bonne journée👋. Et à demain sur les routes de l'info.

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