« Liban 1982, radiographie d’un massacre » : retour sur l’horreur de Sabra et Chatila




Plus de quarante ans après les massacres qui ont fait des milliers de morts dans les camps de réfugiés palestiniens à Beyrouth, Nicolas Jallot retrace précisément pourquoi et comment se sont déroulées ces journées tragiques. Ce soir à 20h40 sur LCP.

Par  Sarah Diffalah


A l’image des journalistes quand ils sont entrés dans les camps des réfugiés palestiniens de Sabra et de Chatila, à Beyrouth, le 18 septembre 1982, au lendemain d’un massacre d’une extrême atrocité, on sort de ce documentaire de Nicolas Jallot sans mots. Sabra et Chatila résonnent toujours de façon terrible dans nos mémoires quarante ans après, et rien ne nous permet de comprendre la folie des hommes.

Nicolas Jallot n’effleure pas l’horreur, il la montre et ses témoins la décrivent comme si c’était hier. Dans le dédale de Chatila, Nouhad, hantée par les souvenirs, montre la « rue où des corps étaient rassemblés ». Fait visiter sa maison où sa sœur d’un an et demi, qu’elle portait dans ses bras, a été tuée d’une balle, où son père et ses frères se sont effondrés sous les rafales de tirs. Et où elle a fait semblant d’être morte. Elle avait 17 ans.

Comment s’en remettre ?

Le bilan définitif de cette tuerie n’est pas connu. Elle aurait fait entre 800 et 3 500 morts selon les sources. Le Liban est alors en pleine guerre civile, occupé au nord par la Syrie, au sud par Israël. Le 14 septembre 1982, le président Béchir Gemayel est tué dans un attentat, trois semaines après son élection. L’armée israélienne en profite pour occuper Beyrouth avec ses tanks, instaure un couvre-feu.

Dans la nuit du 15 au 16, le ciel s’illumine de dizaines de fusées éclairantes. Au même moment, des centaines d’hommes des Phalanges libanaises se massent autour des camps de Sabra et Chatila, sous l’œil des Israéliens qui laissent faire. Le général Yossi Ben Ari, officier de l’armée israélienne, est dans une voiture où son chauffeur écoute la radio des milices chrétiennes : « J’ai entendu que les phalangistes faisaient couler le sang des femmes et des enfants. C’était l’une des pires expériences de ma vie », dit-il, espérant que son témoignage le libérera de la culpabilité qui le ronge.

Comment pardonner ? Assaad Chaftari, ancien responsable du renseignement des Phalanges libanaises, s’est prosterné, des années plus tard, aux pieds de Maher qui, caché dans la salle de bains, a vu sa famille se faire exécuter : « Il s’est excusé donc je le respecte », confie-t-il. Comment s’en remettre ? En parlant, pour ne pas oublier.

◗ Mardi 30 juin à 20h40 sur LCP. Documentaire de Nicolas Jallot (2023). 53 min. (Disponible en replay sur le site de LCP).

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