Paris, fin août 1944. Les Français célèbrent la libération de la capitale. C'est la fin de quatre années d'occupation allemande. Pour la majorité des Parisiens, la fin des Années noires. Mais pas pour tous. Car l'heure de la Libération sonne aussi celle de l'épuration. On cherche qui a collaboré avec les Allemands, notamment parmi les figures publiques dont on scrute le parcours pendant l'Occupation.
Paris 1940-1944 : des artistes très occupés ? Présenté par Franck Ferrand. Documentaire de Paul Degenève (France, 2014)
Le 14 juin 1940, les troupes allemandes entrent dans Paris avec en ligne de mire l'image de la Ville lumière, de la capitale du plaisir et du divertissement qu'elle doit redevenir. Très vite, les salles de cinéma, les cabarets, les théâtres se remplissent à nouveau, alors que l'ensemble de la vie culturelle est placé sous le contrôle de l'occupant. Et les artistes assurent le spectacle. Sacha Guitry, Arletty, Maurice Chevalier, Edith Piaf triomphent. Mais à quel prix ?
Loin de s'arrêter aux instantanés des « on-dit », ou d'une mémoire collective prompte à séparer sans nuance collabos « pur jus » et résistants, ce documentaire, aux vertus pédagogiques certaines, s'aventure dans une « zone grise » où les convictions le disputent très souvent à la nécessité de continuer à travailler. L'enquête, approfondie, exhume des documents d'archives inédits ou méconnus, dévoile des trajectoires contrastées (mais s'arrête néanmoins aux figures les plus célèbres), dessine les lignes de fracture : pétainisme affirmé pour Maurice Chevalier, qui expliquera plus tard avoir été instrumentalisé par la propagande du Reich ; passion amoureuse de Chanel pour un haut dignitaire nazi et piteuse tentative d'espionnage pour le compte des nazis. Curieuse époque qui voit Piaf entamer une tournée outre-Rhin, tout en protégeant son amant juif dans le sud de la France... Aux compromissions, le film oppose deux parcours d'exception bien connus : l'engagement de Jean Gabin dans les Forces françaises libres et les multiples actes de résistance de Joséphine Baker, gaulliste de la première heure, qui à eux seuls mériteraient un film.
— Isabelle Poitte

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