Marc Bloch, l’historien patriote

 

« Le plus atroce effondrement de notre histoire » : Marc Bloch, l’historien patriote qui a voulu comprendre la défaite de 1940

Marc Bloch en uniforme du 72e régiment d’infanterie dans les rangs duquel il combattit pendant la Première Guerre mondiale. Il porte la Croix de guerre reçue en juin 1918.
Marc Bloch en uniforme du 72e régiment d’infanterie dans les rangs duquel il combattit pendant la Première Guerre mondiale. Il porte la Croix de guerre reçue en juin 1918. Bridgeman Images

MARC BLOCH, LA LUCIDITÉ ET L’HÉROÏSME (1/2) - 

Enfant de l’Alsace perdue, combattant héroïque de 14-18, cofondateur des Annales, Marc Bloch fut l’un des grands rénovateurs de l’histoire. En 1940, après avoir repris l’uniforme à 53 ans, il voit la France s’effondrer et écrit L’Étrange Défaite, implacable examen de conscience d’un pays vaincu.

« Je meurs, comme j’ai vécu, en bon Français. » Ainsi s’achève le testament de Marc Bloch. L’auteur de L’Étrange Défaite, réflexion sur la déroute de 1940 écrite au lendemain du désastre, entre au Panthéon ce 23 juin ainsi que son épouse. Honneur mérité, qui exige de raconter la vie, la pensée et l’action du combattant, de l’historien et du résistant dans sa richesse et ses nuances.

Né en 1886, Marc Bloch descend, côté paternel, d’une famille de juifs alsaciens de la région de Colmar. Émancipé par la Révolution française et devenu citoyen, l’arrière-grand-père de l’historien, volontaire lors de la levée en masse de 1793, s’était battu à Mayence dans l’armée de Kléber. Son grand-père, élève de l’école normale d’instituteurs de Nancy et grand lecteur des auteurs du XVIIIe siècle, avait épousé la fille d’un rabbin et enseigné à l’école communale israélite de Strasbourg. Lors de l’annexion de l’Alsace-Moselle par l’Allemagne après la défaite de 1870-1871, le père de Marc Bloch, Gustave (1848-1923), choisit de rester français et de quitter les provinces perdues, comme 130 000 Alsaciens-Lorrains et, parmi eux, de nombreuses familles juives. Normalien, agrégé de lettres, Gustave Bloch épouse la fille de petits commerçants lyonnais, Sarah Ebstein, puis devient une personnalité du monde universitaire, alors très restreint. Maître de conférences d’histoire ancienne rue d’Ulm, il rédige en 1900 le premier volume de l’Histoire de France dirigée par Ernest Lavisse, personnage clé de la Sorbonne et du ministère de l’Instruction publique. Promu ensuite professeur d’histoire romaine à la Sorbonne, Gustave donne des leçons au jeune Marc dès l’enfance et veillera toujours de près aux études de son fils.

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