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« Qu'est-ce que vous en pensez, Emmanuel, est-ce que des gens en sautent ? » : la surprenante question de Trump à Macron

Dans « Regime change », deux journalistes du New York Times ont enquêté sur le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Flatterie, show permanent et folie des grandeurs... Ils dépeignent un président en roue libre.
On se souvient de la scène de « La Folie des grandeurs » : Don Salluste (Louis de Funès) demande à Blaze (Yves Montand) de le flatter.
Don Salluste : « Et maintenant, Blaze, flattez-moi !
Blaze : Mon Seigneur est le plus grand de tous les plus grands d'Espagne
Don Salluste : C'est pas une flatterie ça, c'est vrai.
Blaze : Monseigneur est beau !
Don Salluste : Est-ce que vous pensez vraiment ce que vous dites ?
Blaze : Ben je flatte… »
Cinquante ans plus tard, le même phénomène se déroule-t-il à la Maison-Blanche ? Deux journalistes du New York Times publient « Regime Change », un ouvrage qui revient sur les 14 premiers mois de Donald Trump à la tête des États-Unis et dont des extraits sont dévoilés dans le quotidien américain. Maggie Haberman et Jonathan Swan détaillent comment le président s'est entouré d'individus qui n'osent s'opposer à lui : « les courtisans serviles dont il s'est entouré, la majorité républicaine au Congrès qui a renoncé à son devoir de contrôle du pouvoir exécutif, les magnats de la tech qui se sont empressés de lui rendre hommage, et la base MAGA qui le vénère. Tant qu'aucun d'eux ne s'oppose publiquement à ses agissements, il s'estime autorisé à faire ce que bon lui semble. »
« Vous êtes tout ce qui compte pour moi. »
Donald Trump a reçu les deux journalistes en mars 2026. Il revient sur ses batailles judiciaires et ses campagnes présidentielles : « J'ai essentiellement gagné à chaque putain de fois. Et je suis épuisé de gagner, gagner, gagner, pour n'avoir que de la putain de mauvaise presse. Il serait temps que vous disiez la vérité. D'accord ? » La vérité est d'ailleurs l'un des enjeux centraux de cet ouvrage. Haberman et Swan rapportent que le président emploie une assistante, Natalie Harp, chargée de l'abreuver d'« un flux continu d'articles positifs et de commentaires sur les réseaux sociaux qu'elle lui lisait souvent à voix haute ». Harp, précisent les auteurs, « écrivait à Trump des lettres adoratrices qu'elle déposait dans ses espaces personnels, dont l'une portait ces mots : "Vous êtes tout ce qui compte pour moi." » Ce contenu soigneusement sélectionné alimentait ensuite les publications du président sur ses propres plateformes.
La question de l'Arc de Triomphe
Ancien animateur d'un jeu de téléréalité, le président des États-Unis n'a pas abandonné son côté « entertainer ». « Nous avons besoin de rebondissements », aurait-il lancé à un allié stupéfait en évoquant l'idée de nommer le gouverneur de Floride Ron DeSantis — pourtant l'un de ses ennemis — au poste de secrétaire à la Défense. Il y a aussi, dans cette folie des grandeurs trumpienne, le souhait de redessiner Washington, avec notamment un arc de triomphe inspiré de celui qui trône au sommet des Champs-Élysées. On apprend ainsi que Donald Trump a appelé Emmanuel Macron pour lui demander s'il existait une terrasse d'observation sur l'Arc de Triomphe et, le cas échéant, si elle était dangereuse : « Qu'est-ce que vous en pensez, Emmanuel, est-ce que des gens en sautent ? »
« Trump ne voudra pas lire ce livre, car il le montre non pas en train de gagner encore et encore, mais en train de perdre progressivement pied, la réalité ayant l'audace de ne pas se plier à ses caprices », conclut le journal. « Quelqu'un lui chuchotera-t-il à l'oreille que Haberman et Swan ont fait ce qu'il exigeait, et dit la vérité ? »

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