J’aurais pu vous parler des milliards amassés par le clan Trump depuis son retour au pouvoir grâce aux cryptos (et ce n’est que le haut de l’iceberg), d’une décision sur le fil de la Cour suprême sur le droit du sol qui sauve l’honneur de la démocratie américaine, d’une demande en mariage tout en haut de la pointe de l’Empire State Building (ils ont été arrêtés).
Alors voici une liste pêle-mêle (tout à fait subjective et certainement pas définitive) de 250 raisons pour lesquelles j’aime l’Amérique.
Malgré elle.
La confiance solaire dans l’espoir que “the best is yet to come”, cette manière très américaine de croire, même au bord du précipice, que l’avenir n’a pas dit son dernier mot.
Omaha et Utah Beach.
Le pickup truck Ford F-150.
Les chats de bodegas.
Le génie venimeux de Truman Capote.
La neige une nuit de Noël sur le port de Camden, dans le Maine.
Le Premier Amendement de la Constitution, cette idée magnifique qu’un pouvoir s’interdit de faire taire ses citoyens.
L’odeur du jasmin à Los Angeles, mêlée à l’eucalyptus et aux bougainvilliers.
Lire Maureen Dowd dans le New York Times et Peggy Noonan dans le Wall Street Journal un matin de week-end.
Les Dallas Cowboys Cheerleaders.
Gene Kelly sous la pluie.
Les popcorns trop beurrés avant que les lumières s’éteignent.
Les drapeaux, partout.
Les maisons basses de Palm Springs, leurs piscines turquoise et cette allure horizontale en plein désert.
L’assurance fierce de Beyoncé, mélange de travail, de grâce, de contrôle et de puissance.
Les évents de vapeur dans les rues de Manhattan.
Les professeurs qui parlent comme s’ils changeaient le monde.
The Godfather, opéra populaire.
Le brouillard sur la baie de San Francisco.
Les serveuses de diners qui vous servent un café filtre en vous appelant “sweetheart”.
Seinfeld et le génie du rien.
La rosée du matin sur l’herbe près d’un haras dans le Kentucky.
Gershwin, pour ce glissando de clarinette au début de Rhapsody in Blue, comme si toute la ville se redressait d’un coup.
Les journalistes qui hurlent des questions sous les hélices de Marine One.
Les jambes de Fred Astaire, le miracle de la légèreté.
Les parcs nationaux comme idée démocratique.
Les martinis trop froids. “Stirred, not shaken. No vermouth. Three olives”.
Le Chrysler Building quand il accroche la lumière venue de l’East River et que ses écailles d’acier allument la promesse du jour.
Les lunettes de Buddy Holly.
L’In Memoriam des Oscars.
Aretha Franklin qui chante Respect, six lettres épelées une à une comme une déclaration d’indépendance.
Les opinions dissidentes rédigées par les juges de la Cour suprême, en attendant que l’avenir vienne rallumer la justice.
Lire dans l’herbe de Sheep Meadow, à Central Park, une fin d’après-midi d’été.
Muhammad Ali, parce qu’il savait “voler comme un papillon, piquer comme une abeille” et parler comme un prophète.
Les rayons des Walmart comme observatoires sociologiques.
Les pages mariage du New York Times, ces petits romans du dimanche.
Profiles in Courage, de John F. Kennedy.
Le rhume de Sinatra.
Le pont de Selma, en Alabama, cette arche ordinaire devenue passage sacré.
Le rire de Julia Roberts.
Les rovers sur Mars, ou la vieille obsession américaine de la frontière jusque dans la poussière rouge.
Les blueberry pies en Nouvelle-Angleterre, quand l’été tient dans une pâte dorée.
Les shérifs élus, quand la force demande au peuple la permission de faire régner la loi.
Le sol-mi-do du carillon de NBC qui marque le début de Saturday Night Live.
Tom Hanks, notre Jimmy Stewart, qui fait espérer à l’Amérique qu’elle est plus décente qu’elle ne l’est vraiment.
Les food trucks en bas des tours de bureaux.
Rocky qui court dans Philadelphie, l’effort, la revanche et le rêve américain à bout de souffle.
Quand Terry Gross dit Fresh Air depuis le studio de radio de WHYY à Philadelphie.
Come as You Are, de Nirvana, dans la version Unplugged de MTV, comme une prière pour les abîmés.
Les meubles mid-century, l’élégance des lignes simples, la confiance de l’après-guerre, quand une chaise ou une table pouvait promettre un avenir meilleur.
Les glaciers de l’Alaska, un soir d’été, quand la lumière s’attarde sur la glace bleue.
Les jurys populaires.
Les cactus au crépuscule en Arizona, silhouettes immobiles dans l’or du désert.
Beloved, de Toni Morrison, l’Amérique comme une maison hantée par ses morts.
Les publicités du Super Bowl, quand le football s’interrompt pour le vrai sport national : le capitalisme.
Le souffle du vent de Bob Dylan.
Les librairies indépendantes avec un rayon “staff picks”.
Les éoliennes à perte de vue dans la vallée de Coachella, en Californie.
Les chimères pop et le triptyque en bronze de Keith Haring dans la cathédrale Saint John the Divine.
La vue sur Bel Air et Santa Monica depuis le Getty Center, une promesse blanche, verte et bleue.
La Floride en hiver.
La Virginie au printemps.
Le Montana en été.
Le Vermont en automne.
Les autocollants “I voted” sur une veste, un jour d’élection, la fierté du geste civique.
Le grésillement du prégénérique de HBO.
Les town halls, la démocratie vibrante dans une arrière-salle du coin.
Les distributeurs de bouquets dans les aéroports.
Les couvertures du New Yorker.
Le panache insolent de Cole Porter.
Les méandres du Mississippi, cette longue phrase brune qui tranche le pays du nord au sud.
Le reflet du soleil couchant sur le cuivre oxydé de la statue de la Liberté, depuis le ferry de Staten Island.
Les slogans politiques sur les badges, les bumper stickers et les panneaux plantés dans son jardin.
La bruine obstinée de Seattle.
Les victory speeches, sous une pluie de confettis.
Les concession speeches, l’art américain de la défaite digne.
Un onion bagel avec du lox et du schmear chez Murray’s dans l’Upper West Side. Si vous ne savez pas prononcer lox et schmear avec l’accent new-yorkais, dites saumon fumé et fromage frais.
Fanfare for the Common Man d’Aaron Copland.
60 Minutes sur CBS, le tic-tac du dimanche soir.
Acheter des décorations de Noël en août dans les magasins Cracker Barrel.
Une apple pie servie avec une boule de glace dans un diner.
La Ford Mustang.
Les interminables trains de marchandises qui traversent le désert.
Les strass kitsch de Dolly Parton, sainte perruquée.
La radio KCRW à Los Angeles.
Les volcans d’Hawaï, le seul État qui manque encore à mes pérégrinations.
Les immeubles Art déco de Miami Beach.
Gatsby regardant la lumière verte, quand le rêve américain devient mirage.
Les étés d’écriture dans le lobby de l’hôtel Saint Francis à Santa Fe, au Nouveau-Mexique.
Les petits châteaux d’eau en bois sur les toits de Manhattan.
Les fantômes d’Angels in America, fresque biblique, politique et queer.
Écouter de la country dans un honky-tonk de Nashville.
Les doigts collants de sucre glace après un beignet au Café du Monde à La Nouvelle-Orléans.
Les secondes chances.
Les garages où naissent les empires.
Les imitateurs d’Elvis.
Les bancs des parcs avec des plaques dédiées à des inconnus aimés.
La U.S. Highway 101 le long de la côte pacifique.
Les Real Housewives.
Les porches des pavillons de suburbia.
Les documentaires de Ken Burns sur PBS.
Chercher le grésillement des radios cubaines sur la route vers Key West.
L’idée qu’un simple recours peut bloquer le pouvoir.
Les palmiers à Charleston, en Caroline du Sud, le Sud moite en carte postale hantée.
Cuisiner le matin de Thanksgiving en regardant la Macy’s Parade à la télé.
Le regard perdu de Marilyn.
La séparation des pouvoirs, ne plus jamais remettre le destin d’un peuple entre les mains d’un seul homme.
Observer la neige à l’horizon avant d’atterrir à Denver.
Les hot dogs dans les stades.
Les gargouilles de la tour du Chicago Tribune.
Katharine Hepburn qui n’obéit à personne.
Les pins de l’Oregon.
Le mythe des jackalopes.
L’audace souveraine des mots “We the People” au début de la Constitution.
Les discours qui commencent par une histoire personnelle.
Les silos argentés dans le Midwest.
Le générique de CBS Sunday Morning à la trompette de Wynton Marsalis.
Google comme verbe.
Les cravates rayées chez Brooks Brothers.
Les musées gratuits de Washington.
Kendrick Lamar, direct de Compton.
Les rues mauves en Californie du Sud pendant la floraison des jacarandas.
Le maïs grillé dans les foires agricoles.
The Year of Magical Thinking, de Joan Didion.
New York, New York, parce que “If I can make it there, I’ll make it anywhere”.
La lumière d’hiver sur les maisons victoriennes colorées de Cape May, dans le New Jersey.
Applaudir Nathan Lane sur scène, mélancolie cabotine.
Somewhere, de Leonard Bernstein et Stephen Sondheim, dans West Side Story.
Le Lincoln Memorial la nuit, quand l’immense Abe, immobile dans son temple de marbre, semble attendre que l’Amérique redevienne digne des mots gravés autour de lui.
L’harmonie ensoleillée des Beach Boys.
L’accent traînant du Sud.
L’Adieu aux armes, d’Ernest Hemingway.
L’argot yiddish. Be a mensch, not a schmuck or a putz.
Les portiers d’immeuble qui savent tout de vous, gardiens de hall, de colis, de clés et de secrets, sentinelles discrètes de la comédie humaine.
Voir Madonna danser sur scène.
Le Rosebud de Citizen Kane.
Holden Caulfield qui erre dans New York.
Les tours de Mies van der Rohe le long du lac Michigan.
Le Stonewall Inn, et Julius’, pas loin.
L’odeur des pins sur la route de Provincetown, à la pointe de Cape Cod, dans le Massachusetts.
Les magnets de la librairie Strand.
Le vertige la première fois où j’ai eu un iPhone en main.
Nina Simone.
Les chansons de comédies musicales reprises par des chorales de lycées.
Le New Jersey, car Roth, Streep, Springsteen & co. ne se sont pas faits tous seuls.
Le souvenir de MTV.
Écouter de la musique classique allongé dans l’herbe au Pritzker Pavilion de Chicago.
Rosie la riveteuse.
Infinite Jest, de David Foster Wallace.
Les casquettes de baseball de Jay-Z.
La majesté de Duke Ellington.
La scène d’ouverture d’Apocalypse Now.
Les rangées de disques chez Amoeba à Los Angeles.
Billy Wilder, qui avait prédit que les pessimistes finiraient à Hollywood.
L’Ed Sullivan Theater.
Les auditions du Sénat, théâtre national, mélange très américain de droit, de morale, d’ambition personnelle et de télévision en direct, jusqu’à cette phrase qui fit tomber McCarthy : “Have you no sense of decency ?”
Les legal notepads jaunes.
La route dans l’Ouest, cette ligne droite vers rien et vers tout.
Les caucus de l’Iowa.
Le calme de Wolf Blitzer pendant une breaking news.
Sesame Street
Danser à The Abbey à West Hollywood.
Les champs de citrouilles à l’automne.
L’arc-en-ciel au-dessus de la terrasse du Paisano Hotel à Marfa, dans le désert du Texas, un soir d’orage et de mariage.
Les bouteilles de hot sauce.
Paris Is Burning, documentaire sur le voguing.
Les éditoriaux signés “The Editorial Board”.
Les anciens combattants dans les défilés du Memorial Day, certains très vieux, d’autres beaucoup trop jeunes.
L’idée qu’on peut recommencer sa vie, quel que soit son âge.
Samantha dans Sex and the City.
New York State of Mind, de Billy Joel.
Les musiques de John Williams dans les films de Steven Spielberg.
La créativité joyeuse de Justin Peck au New York City Ballet.
Les stands de citronnade tenus par des enfants sur les trottoirs.
Un gimlet chez Sardi’s après un spectacle de Broadway.
YouTube.
Le sourire d’enfant de Jon Batiste.
Les lits king size et les machines à glaçons dans les motels, ce luxe absurde et merveilleux de l’Amérique nomade.
Les tenues colorées pour la messe de Pâques dans les églises épiscopaliennes.
Les fiches cartonnées de blagues politiquement incorrectes de Joan Rivers.
Les Tesla alignées sur les parkings de Whole Foods.
Le bandana de Wi
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