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La "photobomb" et le "gros bâton"
Les États-Unis “se préparent à une guerre plus large” contre l’Iran. Même Fox doute désormais que la stratégie d’un Trump qui “parle fort et porte un gros bâton” fonctionne.
Hi everyone, c’est Zeitgeist.
Je vais aussi vous raconter pourquoi le maire de New York menace de faire arrêter Benjamin Netanyahu lorsqu’il viendra à l’ONU en septembre. Zohran Mamdani sait que le Premier ministre israélien ne finira pas menotté. Mais il en fait une question politique.
Cette controverse dit aussi quelque chose d’un Parti démocrate qui se déchire à nouveau sur Israël. Les socialistes montent, les modérés paniquent, certains traitent Mamdani de “clown” et menacent de quitter le parti. Tout cela à quatre mois d’élections de mi-mandat que les démocrates semblaient presque certains de gagner… jusqu’à ce que les sondages commencent à se resserrer.
Et puis, en Food for Thought, je vais vous parler des 25 millions de jeunes Américains qui vivent encore chez leurs parents. Ils ont un diplôme, un emploi et parfois bientôt 35 ans, mais toujours la même chambre… Ils n’ont pas les moyens de prendre leur indépendance. Enfin, je vais vous raconter comment un candidat républicain à la mairie de Los Angeles s’est fait transformer en Batman par l’intelligence artificielle, face à une maire démocrate grimée en Joker. Batman a perdu l’élection. Mais ses vidéos ont gagné des millions de vues et annoncent peut-être la présidentielle de 2028. Une guerre de propagande burlesque et virale générée par l’IA. Mais avant de vous parler de l’Iran, un mot sur ces photos, si trumpiennes, à la finale de cette Coupe du monde dont Trump aura voulu, jusqu’à la dernière minute, profiter des lumières. Pas le survol du stade par Marine One, l’hélicoptère où se trouvait le président, filmé de l’intérieur sur Insta par sa fille Tiffany. Généralement, il se met ainsi en scène en survolant les enceintes de ses réunions publiques en plein air. Quelqu’un a dû lui dire que c’était le moment de télévision qui rassemblait le plus de téléspectateurs à travers la planète. Comme l’écrit ce matin le (pro-Trump) New York Post :
Non, je parle des images au moment de la remise du trophée. L’Espagne venait de battre l’Argentine 1-0. Les joueurs s’apprêtaient à soulever la Coupe. Le président américain venait de serrer des mains et de féliciter les joueurs. Le moment était venu pour les officiels de quitter la scène et de laisser les champions célébrer entre eux. Trump, lui, est resté. Même quand un nouveau champion du monde lui suggérait de s’écarter. Il a même traversé le podium devant l’équipe pour se retrouver au milieu de la photo, comme s’il venait personnellement d’inscrire le but de la victoire. Le président de la FIFA a d’abord tenté de le guider vers la sortie (oui, même le trumpolâtre Infantino pensait que les Espagnols méritaient d’avoir leur moment, sans Trump). Sans succès. Il a finalement dû courir de l’autre côté de la scène pour rejoindre Trump, incapable de l’en déloger. Donald Trump restera donc dans l’histoire, sur les images du triomphe espagnol. Il n’a pas gagné la Coupe du monde. Mais il est bien le champion du monde de l’incruste. Les Américains ont une expression pour cela. Une “photobomb”. Plus sérieusement, pendant le match, le Pentagone a annoncé qu’un militaire américain avait été tué dans le nord de l’Irak alors que des soldats neutralisaient un drone iranien. Il a également indiqué que des “restes humains non identifiés” avaient été retrouvés en Jordanie, où une attaque précédente avait déjà coûté la vie à deux soldats américains et laissé un troisième porté disparu. Un nouveau militaire américain tué alors que la guerre s’étend. Voici ce qu’a dit le président après le match :
Aucun signe de reprise diplomatique entre les deux camps. Une neuvième nuit consécutive de frappes américaines. Les États-Unis envoient davantage d’avions militaires au Moyen-Orient. Après une semaine d’escalade des attaques de part et d’autre, les prix mondiaux du pétrole bondissent. “Les États-Unis se préparent à une guerre plus large”, écrit ce matin le Washington Post en citant un responsable américain, qui ajoute que cet “élargissement des opérations américaines serait limité par la diminution des stocks de systèmes de défense aérienne et de munitions à longue portée, ainsi que par les difficultés à envoyer davantage de soldats et d’avions dans la zone en raison des dégâts subis au combat.” Si la situation n’était pas aussi tragique, on serait tenté de s’amuser de cette remarque à l’antenne de Fox News, hier matin, de Maria Bartiromo, l’une des présentatrices les plus pro-Trump de la chaîne :
Comment, Maria ? Comment ? Elle devrait peut-être écouter son collègue de Fox News qui, quelques heures plus tard, a été beaucoup plus sévère sur la stratégie de Donald Trump contre l’Iran. Joey Jones est un ancien combattant. Il sert toujours dans la réserve des Marines. Il a perdu ses deux jambes pendant la guerre en Afghanistan. Dans son émission de Fox, The Big Weekend Show, il a averti solennellement à l’antenne que la stratégie du président Donald Trump consistant à “simplement larguer des bombes” sur l’Iran ne fonctionnait pas. Il a qualifié les soldats morts de “héros” et de “gladiateurs parmi nous”, avant de souligner que beaucoup d’Américains se demandaient comment les frappes de missiles balistiques iraniennes pouvaient encore être “possibles”, alors que le président américain répète que l’armée iranienne a été “décimée”. Bref, il pose la même question que Maria Bartiromo, mais lui ne prend pas ce que dit le président pour argent comptant, un président qui “parle fort et porte un gros bâton”. Je vous raconte.
Jones suggère alors à Trump de modifier sa stratégie et d’utiliser le “gros bâton”, car “simplement larguer des bombes depuis les airs ne les empêche pas de faire ce qu’ils veulent”. “Quand nous parlons par hyperboles et grandes déclarations, il arrive que la réalité nous frappe en plein visage, et que nous perdions deux Américains en Jordanie, alors que la plupart d’entre nous pensaient que cela n’était plus vraiment envisageable. Cette administration devra trouver un équilibre si elle poursuit cette guerre. Je ne parle pas de continuer à l’intensifier : c’est ce qu’a fait l’Iran. Nous avons mis un protocole d’accord sur la table, fixé des paramètres pour éviter toute attaque, et ils ont commencé à frapper des navires. Je dis souvent que le président Trump parle fort et porte un gros bâton. Le moment est peut-être venu où le gros bâton compte le plus, car simplement larguer des bombes depuis les airs ne les empêche pas de faire ce qu’ils veulent.” Alors, qu’est-ce que ce “gros bâton” ? Jones évoque un retrait complet de toute tentative de compromis diplomatique :
🟨🟧 Netanyahu bientôt arrêté à New York ?Voici une controverse qui a beaucoup occupé Fox News ce week-end, après un entretien accordé par le maire de New York à un podcast du New York Times. Zohran Mamdani avait promis, pendant sa campagne, de faire arrêter Benjamin Netanyahu si le Premier ministre israélien mettait les pieds à New York. Petit point nécessaire pour comprendre ce dont je vais vous parler. La police de New York, la NYPD, ne dépend pas du gouvernement fédéral, mais bien du maire de New York. Et ses pouvoirs sont très étendus. Donc, maintenant qu’il est maire, la promesse revient le rattraper. Benjamin Netanyahu devrait venir en septembre pour l’Assemblée générale des Nations unies. Et Mamdani affirme dans ce podcast du New York Times que les juristes de la ville cherchent encore à déterminer ce qu’il pourrait réellement faire.
![]() @theinterview_nytOn “The Interview,” Zohran Mamdani, mayor of New York City, answered questions about how he would handle a visit from Benjamin Netanyahu, the prime minister of Israel, to the United Nations General Assembly. In their full conversation, @zohran_k_mamdani spoke with Lulu Garcia-Navarro about his accomplishments in office, how he handles political attacks from Republicans, his marriage to Rama Duwaji and more. Tap the link in our bio to watch the full interview. Video by The New York Times #mamdani #netanyahu Benjamin Netanyahu n’a pas été condamné, mais fait l’objet d’un mandat d’arrêt délivré en novembre 2024 par la Cour pénale internationale, qui l’accuse de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité à Gaza. Notamment d’avoir utilisé la famine comme méthode de guerre, ainsi que de meurtre, de persécution et d’autres actes inhumains. Netanyahu rejette ces accusations. Israël nie également commettre un “génocide” à Gaza, un terme que Mamdani emploie régulièrement pour désigner la guerre menée par l’armée israélienne après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023. C’est pour cela que le New York Times remet le sujet sur le tapis. La question est désormais très concrète. Lorsque l’avion du Premier ministre israélien se posera à New York, Zohran Mamdani ordonnera-t-il au NYPD de l’arrêter ?
Quand on écoute cet entretien du New York Times (intéressant par ailleurs, je vous le recommande), on comprend qu’il ne le fera probablement pas arrêter. Mais le maire ne veut pas encore le reconnaître. Lorsque le Times l’interroge sur les pouvoirs dont il dispose, Mamdani répond qu’une “conversation active” est en cours avec le service juridique de la ville.
Vous le notez, la formulation est prudente. Beaucoup (beaucoup) plus prudente que pendant la campagne, lorsqu’il promettait directement une arrestation. Sans surprise, car les obstacles juridiques sont considérables. Les États-Unis ne sont pas membres de la Cour pénale internationale. Ils n’ont jamais ratifié le Statut de Rome, qui oblige les États signataires à exécuter les mandats de la Cour. Washington ne reconnaît donc pas l’autorité de la CPI sur le territoire américain. Joe Biden avait condamné le mandat visant Netanyahu. Donald Trump est allé beaucoup plus loin. Son administration a imposé des sanctions à des responsables de la Cour et lancé une campagne destinée, selon le secrétaire d’État Marco Rubio, à la “démanteler”. L’ambassadeur américain auprès de l’ONU, Mike Waltz (ancien conseiller à la sécurité nationale de Trump), a donc qualifié la menace de Mamdani de “pur théâtre politique”. Selon lui, l’arrestation est juridiquement impossible. Compte tenu des protections diplomatiques accordées aux dirigeants étrangers venus participer aux travaux des Nations unies. Plus l’immunité dont bénéficie un chef de gouvernement en exercice. Et surtout en raison de la primauté du pouvoir fédéral sur la mairie. Donc la presse américaine interroge des juristes. J’ai lu dans le Times un professeur de droit international de Yale, Harold Hongju Koh, qui décrit malgré tout la situation comme “un jeu de poule mouillée entre le maire, d’un côté, et Trump et Netanyahu, de l’autre”. Netanyahu serait protégé à l’intérieur du siège des Nations unies. Mais le professeur estime qu’il pourrait être juridiquement plus “exposé” pendant ses déplacements dans les rues de New York. En théorie, donc, il pourrait exister une zone grise entre l’aéroport, l’hôtel, les cortèges officiels et le siège de l’ONU. En pratique, il est un peu difficile d’imaginer des policiers new-yorkais tenter d’intercepter la limousine blindée du Premier ministre israélien, escortée par les services fédéraux, pour exécuter un mandat que le gouvernement américain ne reconnaît pas. Ce serait une crise constitutionnelle instantanée. La Maison Blanche interviendrait. Les tribunaux seraient saisis. Et un maire de New York découvrirait très rapidement les limites de son pouvoir face au gouvernement fédéral. Mamdani n’est pas idiot. Il ne cherche probablement pas à obtenir une arrestation qui ne pourrait aboutir. Que cherche-t-il donc ? À poser une question politique. À quoi sert un mandat de la justice internationale si les dirigeants des pays les plus puissants peuvent simplement l’ignorer ?
Ses adversaires répondent qu’un maire n’a pas été élu pour conduire la politique étrangère américaine. L’ambassadeur israélien à l’ONU, Danny Danon, accuse le maire de délaisser la lutte contre l’antisémitisme pour “générer des gros titres en attaquant l’État d’Israël”. Netanyahu, lui, prétend ne pas être inquiet. Il accuse Mamdani de soutenir le Hamas, ce que le maire dément, et va jusqu’à affirmer qu’il “déteste secrètement l’Amérique”. La scène de septembre a déjà commencé. |
🟨🟧 La "photobomb" et le "gros bâton"
Les États-Unis “se préparent à une guerre plus large” contre l’Iran. Même Fox doute désormais que la stratégie d’un Trump qui “parle fort et porte un gros bâton” fonctionne.
Hi everyone, c’est Zeitgeist.
Je vais aussi vous raconter pourquoi le maire de New York menace de faire arrêter Benjamin Netanyahu lorsqu’il viendra à l’ONU en septembre. Zohran Mamdani sait que le Premier ministre israélien ne finira pas menotté. Mais il en fait une question politique.
Cette controverse dit aussi quelque chose d’un Parti démocrate qui se déchire à nouveau sur Israël. Les socialistes montent, les modérés paniquent, certains traitent Mamdani de “clown” et menacent de quitter le parti. Tout cela à quatre mois d’élections de mi-mandat que les démocrates semblaient presque certains de gagner… jusqu’à ce que les sondages commencent à se resserrer.
Et puis, en Food for Thought, je vais vous parler des 25 millions de jeunes Américains qui vivent encore chez leurs parents. Ils ont un diplôme, un emploi et parfois bientôt 35 ans, mais toujours la même chambre… Ils n’ont pas les moyens de prendre leur indépendance.
Enfin, je vais vous raconter comment un candidat républicain à la mairie de Los Angeles s’est fait transformer en Batman par l’intelligence artificielle, face à une maire démocrate grimée en Joker. Batman a perdu l’élection. Mais ses vidéos ont gagné des millions de vues et annoncent peut-être la présidentielle de 2028. Une guerre de propagande burlesque et virale générée par l’IA.
Mais avant de vous parler de l’Iran, un mot sur ces photos, si trumpiennes, à la finale de cette Coupe du monde dont Trump aura voulu, jusqu’à la dernière minute, profiter des lumières.
Pas le survol du stade par Marine One, l’hélicoptère où se trouvait le président, filmé de l’intérieur sur Insta par sa fille Tiffany.
Généralement, il se met ainsi en scène en survolant les enceintes de ses réunions publiques en plein air. Quelqu’un a dû lui dire que c’était le moment de télévision qui rassemblait le plus de téléspectateurs à travers la planète.
Comme l’écrit ce matin le (pro-Trump) New York Post :
“L’arrivée aérienne de Trump vole la vedette avant la finale de la Coupe du monde.”
Non, je parle des images au moment de la remise du trophée.
L’Espagne venait de battre l’Argentine 1-0. Les joueurs s’apprêtaient à soulever la Coupe.
Le président américain venait de serrer des mains et de féliciter les joueurs. Le moment était venu pour les officiels de quitter la scène et de laisser les champions célébrer entre eux.
Trump, lui, est resté.
Même quand un nouveau champion du monde lui suggérait de s’écarter.
Il a même traversé le podium devant l’équipe pour se retrouver au milieu de la photo, comme s’il venait personnellement d’inscrire le but de la victoire.
Le président de la FIFA a d’abord tenté de le guider vers la sortie (oui, même le trumpolâtre Infantino pensait que les Espagnols méritaient d’avoir leur moment, sans Trump). Sans succès. Il a finalement dû courir de l’autre côté de la scène pour rejoindre Trump, incapable de l’en déloger.
Donald Trump restera donc dans l’histoire, sur les images du triomphe espagnol. Il n’a pas gagné la Coupe du monde.
Mais il est bien le champion du monde de l’incruste.
Les Américains ont une expression pour cela. Une “photobomb”.
Plus sérieusement, pendant le match, le Pentagone a annoncé qu’un militaire américain avait été tué dans le nord de l’Irak alors que des soldats neutralisaient un drone iranien.
Il a également indiqué que des “restes humains non identifiés” avaient été retrouvés en Jordanie, où une attaque précédente avait déjà coûté la vie à deux soldats américains et laissé un troisième porté disparu.
Un nouveau militaire américain tué alors que la guerre s’étend.
Voici ce qu’a dit le président après le match :
“Eh bien, nous en sommes profondément désolés, mais vous savez, ces gens formidables, ces grands patriotes, étaient là-bas pour se battre.”
“Nous les avons de nouveau frappés très durement cette nuit, et nous l’avons fait en hommage aux… grands patriotes qui ont été tués.”
Aucun signe de reprise diplomatique entre les deux camps. Une neuvième nuit consécutive de frappes américaines. Les États-Unis envoient davantage d’avions militaires au Moyen-Orient.
Après une semaine d’escalade des attaques de part et d’autre, les prix mondiaux du pétrole bondissent.
“Les États-Unis se préparent à une guerre plus large”, écrit ce matin le Washington Post en citant un responsable américain, qui ajoute que cet “élargissement des opérations américaines serait limité par la diminution des stocks de systèmes de défense aérienne et de munitions à longue portée, ainsi que par les difficultés à envoyer davantage de soldats et d’avions dans la zone en raison des dégâts subis au combat.”
Si la situation n’était pas aussi tragique, on serait tenté de s’amuser de cette remarque à l’antenne de Fox News, hier matin, de Maria Bartiromo, l’une des présentatrices les plus pro-Trump de la chaîne :
“Je ne comprends pas comment il est possible que l’Iran soit encore capable de mener ce type d’attaques et continue d’essayer de frapper les pays du Golfe ainsi que les bases militaires américaines.
Car les États-Unis ont anéanti l’armée iranienne, et le président ne cesse de le répéter.”
Comment, Maria ? Comment ?
Elle devrait peut-être écouter son collègue de Fox News qui, quelques heures plus tard, a été beaucoup plus sévère sur la stratégie de Donald Trump contre l’Iran.
Joey Jones est un ancien combattant. Il sert toujours dans la réserve des Marines. Il a perdu ses deux jambes pendant la guerre en Afghanistan.
Dans son émission de Fox, The Big Weekend Show, il a averti solennellement à l’antenne que la stratégie du président Donald Trump consistant à “simplement larguer des bombes” sur l’Iran ne fonctionnait pas.
Il a qualifié les soldats morts de “héros” et de “gladiateurs parmi nous”, avant de souligner que beaucoup d’Américains se demandaient comment les frappes de missiles balistiques iraniennes pouvaient encore être “possibles”, alors que le président américain répète que l’armée iranienne a été “décimée”.
Bref, il pose la même question que Maria Bartiromo, mais lui ne prend pas ce que dit le président pour argent comptant, un président qui “parle fort et porte un gros bâton”.
Je vous raconte.
“Les gens chez eux n’ont pas la possibilité d’obtenir ces réponses, de comprendre si une installation nucléaire est totalement détruite parce que les matériaux sont devenus inaccessibles, ou parce que tous les scientifiques qui l’utilisaient ont été tués. Ce sont des nuances que nous n’avons pas l’occasion de comprendre. En revanche, nous comprenons très bien quand deux Américains sont tués. La plupart des Américains se demandent : comment est-ce possible ?”
Jones suggère alors à Trump de modifier sa stratégie et d’utiliser le “gros bâton”, car “simplement larguer des bombes depuis les airs ne les empêche pas de faire ce qu’ils veulent”.
“Quand nous parlons par hyperboles et grandes déclarations, il arrive que la réalité nous frappe en plein visage, et que nous perdions deux Américains en Jordanie, alors que la plupart d’entre nous pensaient que cela n’était plus vraiment envisageable. Cette administration devra trouver un équilibre si elle poursuit cette guerre. Je ne parle pas de continuer à l’intensifier : c’est ce qu’a fait l’Iran. Nous avons mis un protocole d’accord sur la table, fixé des paramètres pour éviter toute attaque, et ils ont commencé à frapper des navires. Je dis souvent que le président Trump parle fort et porte un gros bâton. Le moment est peut-être venu où le gros bâton compte le plus, car simplement larguer des bombes depuis les airs ne les empêche pas de faire ce qu’ils veulent.”
Alors, qu’est-ce que ce “gros bâton” ?
Jones évoque un retrait complet de toute tentative de compromis diplomatique :
“Je pense que c’est toute la question : qu’est-ce que le gros bâton ? La mesure la plus forte pour montrer qu’ils sont sérieux serait de se retirer totalement de tous les efforts diplomatiques, de couper les communications, d’agir de manière stratégique plutôt que tactique, c’est-à-dire de choisir les cibles méthodiquement, et non d’en frapper une multitude à la fois, afin de briser la volonté des dirigeants iraniens. Cela demande du temps. Or le temps ne joue pas en notre faveur. Nous courons vers novembre, puis politiquement vers 2028, et nous fuyons la pompe à essence. Cela exige du temps et un peu de levier, et le président dispose de moins en moins de l’un comme de l’autre à mesure que les semaines passent. Les gens apprécient la cohérence et y répondent. Je peux ne pas aimer ce que vous faites, mais si vous êtes cohérent, je sais que vous y croyez et que c’est un moyen d’atteindre un objectif. C’est précisément ce que notre gouvernement, dans l’ensemble, n’a pas su être pendant plus de vingt ans de guerres au Moyen-Orient. Cette administration devrait examiner cela sérieusement et prendre une décision.”
🟨🟧 Netanyahu bientôt arrêté à New York ?
Voici une controverse qui a beaucoup occupé Fox News ce week-end, après un entretien accordé par le maire de New York à un podcast du New York Times.
Zohran Mamdani avait promis, pendant sa campagne, de faire arrêter Benjamin Netanyahu si le Premier ministre israélien mettait les pieds à New York.
Petit point nécessaire pour comprendre ce dont je vais vous parler. La police de New York, la NYPD, ne dépend pas du gouvernement fédéral, mais bien du maire de New York. Et ses pouvoirs sont très étendus.
Donc, maintenant qu’il est maire, la promesse revient le rattraper.
Benjamin Netanyahu devrait venir en septembre pour l’Assemblée générale des Nations unies. Et Mamdani affirme dans ce podcast du New York Times que les juristes de la ville cherchent encore à déterminer ce qu’il pourrait réellement faire.
“Je pense que le Premier ministre Netanyahu a sa place à La Haye.”
“C’est un criminel de guerre qui a été inculpé par la Cour pénale internationale.”

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Benjamin Netanyahu n’a pas été condamné, mais fait l’objet d’un mandat d’arrêt délivré en novembre 2024 par la Cour pénale internationale, qui l’accuse de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité à Gaza. Notamment d’avoir utilisé la famine comme méthode de guerre, ainsi que de meurtre, de persécution et d’autres actes inhumains.
Netanyahu rejette ces accusations. Israël nie également commettre un “génocide” à Gaza, un terme que Mamdani emploie régulièrement pour désigner la guerre menée par l’armée israélienne après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023.
C’est pour cela que le New York Times remet le sujet sur le tapis. La question est désormais très concrète.
Lorsque l’avion du Premier ministre israélien se posera à New York, Zohran Mamdani ordonnera-t-il au NYPD de l’arrêter ?
Quand on écoute cet entretien du New York Times (intéressant par ailleurs, je vous le recommande), on comprend qu’il ne le fera probablement pas arrêter.
Mais le maire ne veut pas encore le reconnaître.
Lorsque le Times l’interroge sur les pouvoirs dont il dispose, Mamdani répond qu’une “conversation active” est en cours avec le service juridique de la ville.
“Tout ce que la loi m’autorise à faire à New York, nous le ferons.”
“Mais nous n’allons pas écrire nos propres lois pour parvenir à cette fin.”
Vous le notez, la formulation est prudente. Beaucoup (beaucoup) plus prudente que pendant la campagne, lorsqu’il promettait directement une arrestation.
Sans surprise, car les obstacles juridiques sont considérables.
Les États-Unis ne sont pas membres de la Cour pénale internationale. Ils n’ont jamais ratifié le Statut de Rome, qui oblige les États signataires à exécuter les mandats de la Cour. Washington ne reconnaît donc pas l’autorité de la CPI sur le territoire américain.
Joe Biden avait condamné le mandat visant Netanyahu. Donald Trump est allé beaucoup plus loin. Son administration a imposé des sanctions à des responsables de la Cour et lancé une campagne destinée, selon le secrétaire d’État Marco Rubio, à la “démanteler”.
L’ambassadeur américain auprès de l’ONU, Mike Waltz (ancien conseiller à la sécurité nationale de Trump), a donc qualifié la menace de Mamdani de “pur théâtre politique”.
Selon lui, l’arrestation est juridiquement impossible. Compte tenu des protections diplomatiques accordées aux dirigeants étrangers venus participer aux travaux des Nations unies. Plus l’immunité dont bénéficie un chef de gouvernement en exercice. Et surtout en raison de la primauté du pouvoir fédéral sur la mairie.
Donc la presse américaine interroge des juristes.
J’ai lu dans le Times un professeur de droit international de Yale, Harold Hongju Koh, qui décrit malgré tout la situation comme “un jeu de poule mouillée entre le maire, d’un côté, et Trump et Netanyahu, de l’autre”.
Netanyahu serait protégé à l’intérieur du siège des Nations unies. Mais le professeur estime qu’il pourrait être juridiquement plus “exposé” pendant ses déplacements dans les rues de New York.
En théorie, donc, il pourrait exister une zone grise entre l’aéroport, l’hôtel, les cortèges officiels et le siège de l’ONU.
En pratique, il est un peu difficile d’imaginer des policiers new-yorkais tenter d’intercepter la limousine blindée du Premier ministre israélien, escortée par les services fédéraux, pour exécuter un mandat que le gouvernement américain ne reconnaît pas.
Ce serait une crise constitutionnelle instantanée.
La Maison Blanche interviendrait. Les tribunaux seraient saisis. Et un maire de New York découvrirait très rapidement les limites de son pouvoir face au gouvernement fédéral.
Mamdani n’est pas idiot. Il ne cherche probablement pas à obtenir une arrestation qui ne pourrait aboutir.
Que cherche-t-il donc ? À poser une question politique.
À quoi sert un mandat de la justice internationale si les dirigeants des pays les plus puissants peuvent simplement l’ignorer ?
“Nous ne parlons pas d’une appréciation personnelle de Benjamin Netanyahu.”
“Nous parlons de la Cour pénale internationale et du fait qu’elle a délivré un mandat d’arrêt contre ce Premier ministre.”
Ses adversaires répondent qu’un maire n’a pas été élu pour conduire la politique étrangère américaine.
L’ambassadeur israélien à l’ONU, Danny Danon, accuse le maire de délaisser la lutte contre l’antisémitisme pour “générer des gros titres en attaquant l’État d’Israël”.
Netanyahu, lui, prétend ne pas être inquiet. Il accuse Mamdani de soutenir le Hamas, ce que le maire dément, et va jusqu’à affirmer qu’il “déteste secrètement l’Amérique”.
La scène de septembre a déjà commencé.
Netanyahu promet de venir à New York et de défendre à la tribune des Nations unies le “droit inébranlable” d’Israël à protéger ses citoyens. Mamdani promet de respecter les lois de la ville. Trump promet de protéger Israël contre la Cour pénale internationale.
Chacun parle à son propre public.
Mais la position de Mamdani est moins marginale qu’elle ne l’aurait été il y a seulement quelques années. Cette semaine, 103 élus démocrates de la Chambre des représentants ont voté pour supprimer 3,3 milliards de dollars d’aide militaire à Israël. La proposition a échoué, mais près de la moitié du groupe démocrate l’a soutenue.
Voici ce qu’en dit Mamdani :
“Il est difficile de trouver une politique plus en faillite que celle menée par notre pays à Gaza et en Palestine.”
Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir si Benjamin Netanyahu finira menotté dans l’Upper East Side, où se trouve le siège des Nations unies.
Cela n’arrivera pas. Ou alors, gigantesque surprise que le président Trump ne laisserait pas faire.
Mais en maintenant la menace, même juridiquement incertaine, Zohran Mamdani oblige le gouvernement américain, Israël et le Parti démocrate à répondre à une question que tous préféreraient éviter.
Que vaut le droit international lorsqu’il s’applique aux ennemis de l’Amérique, mais jamais à ses alliés ?
Dézoom
Mais cet épisode Mamdani, et la manière dont il entend utiliser son capital politique, sur ce sujet comme sur d’autres, commencent à inquiéter certains démocrates qui prônent une ligne plus modérée face à Trump.
Ça m’a frappé en écoutant Bill Maher, célèbre présentateur d’un talk-show de late night (que de mots anglais, je vous prie de m’excuser) sur HBO, qui était l’invité de l’émission politique dominicale de ABC. Maher s’emporte en accusant les démocrates de “gâcher” les élections de mi-mandat s’ils adoptent la ligne des “socialistes fous”.
Ou l’ancien stratège légendaire de Bill Clinton, James Carville (“It’s the economy, stupid”), qui exhorte les élus démocrates du Congrès à tenir à distance les socialistes.
Oui, ce débat sur Israël est en train de déchirer les démocrates au Congrès (comme en 2024, remarquez, mais voyez comment ça s’est terminé pour eux).
Je vous disais plus haut que mercredi, 103 élus démocrates de la Chambre ont voté pour bloquer plusieurs milliards de dollars d’aide à Israël. Le texte a finalement été rejeté, mais le vote a révélé une fracture jusque dans la direction du parti.
Le sénateur démocrate John Fetterman a fixé sa propre ligne rouge :
“(Mamdani) est juste un clown”.
“Si le Parti démocrate devient officiellement anti-Israël, alors c’est à ce moment-là que je serais contraint de le quitter.”
Bon, Fetterman passe son temps sur Fox News (il y était encore hier), mais comme il l’a emporté dans l’État clé de Pennsylvanie (où se jouera la présidentielle de 2028 comme se sont jouées celles de 2024, 2020 et 2016) il faut écouter ce qu’il dit. Il est plus en phase avec l’électorat populaire que beaucoup de démocrates des côtes.
Cette division est aussi générationnelle et idéologique. Plusieurs candidats socialistes démocrates très critiques d’Israël viennent de battre des élus sortants lors des primaires.
D’autres redoutent une prise de contrôle du parti par sa gauche.
Le représentant démocrate Steve Cohen, qui, depuis près de 20 ans, faisait partie du groupe progressiste, donc à la gauche du Parti démocrate, vient de le quitter.
Comme il l’a dit à CNN, il s’inquiète de la montée en puissance des socialistes de la gauche du Parti démocrate.
“J’ai vu venir une situation qui allait devenir vraiment très laide, avec l’antisémitisme qui allait s’y inviter. J’ai fini par constater que ce n’était plus le même groupe que celui que j’avais rejoint en 2007. C’était devenu davantage le groupe socialiste, et une grande partie de ses dirigeants étaient des démocrates socialistes. Je ne m’y sentais plus à ma place.”
Zoom
Et cette tension au sein du Parti démocrate émerge alors que les dernières nouvelles des sondages sont moins bonnes que prévu pour ces opposants au président Trump.
À quatre mois des élections de mi-mandat, les républicains regagnent du terrain.
Les démocrates restent favoris dans les intentions de vote. Mais leur avance se réduit.
Selon le dernier sondage Washington Post-Ipsos, 48 % des électeurs inscrits disent aujourd’hui préférer un candidat démocrate au Congrès, contre 45 % pour un candidat républicain. Trois points d’écart seulement, contre cinq lors de la précédente enquête publiée en mai.
Les démocrates conservent un avantage plus net parmi les électeurs qui se disent “absolument certains” d’aller voter en novembre, 53 %, contre 45 % pour les républicains. Mais là encore, l’écart s’est légèrement resserré. Il était encore de neuf points il y a deux mois.
La bonne nouvelle pour les démocrates, c’est la motivation de leur électorat. Les sympathisants républicains semblent (pour l’instant) moins enthousiastes à l’idée de se rendre aux urnes. On avait déjà constaté cette différence de mobilisation lors des dernières primaires et élections partielles.
Mais le sondage envoie aussi un avertissement au parti. À la veille des élections de 2018, pendant le premier mandat de Donald Trump, les démocrates disposaient d’une avance de dix points dans les enquêtes du Washington Post et d’ABC. Ils avaient ensuite remporté 40 sièges à la Chambre lors d’une véritable vague bleue. Leur avance actuelle de trois points est donc beaucoup moins impressionnante, même si l’écart de mobilisation entre les deux camps paraît cette fois plus favorable aux démocrates.
Bref, tout pourrait dépendre de la situation économique et internationale au moment du vote.
Le président Trump est aujourd’hui nettement sanctionné pour sa gestion de la guerre contre l’Iran. Seuls 29 % des Américains approuvent son action concernant “la situation avec l’Iran”, contre 69 % qui la désapprouvent. Le sondage a été publié au moment où l’on apprenait la mort de deux soldats américains dans une frappe iranienne contre une base militaire en Jordanie.
Mais l’Iran n’est pas encore la principale préoccupation des électeurs. L’économie arrive très largement en tête : 54 % des personnes interrogées la citent parmi leurs deux sujets prioritaires. L’immigration suit avec 28 %, puis la guerre contre l’Iran avec 20 %.
Si Donald Trump parvient à faire baisser le prix de l’essence ou à mettre fin à la guerre, les républicains pourraient donc combler une partie de leur retard. Et le redécoupage de nouvelles circonscriptions favorables au Parti républicain dans plusieurs États conservateurs pourrait alors suffire à préserver leur majorité à la Chambre.
On n’en est pas là.
🟨🟧 La "photobomb" et le "gros bâton"
Les États-Unis “se préparent à une guerre plus large” contre l’Iran. Même Fox doute désormais que la stratégie d’un Trump qui “parle fort et porte un gros bâton” fonctionne.
Hi everyone, c’est Zeitgeist.
Je vais aussi vous raconter pourquoi le maire de New York menace de faire arrêter Benjamin Netanyahu lorsqu’il viendra à l’ONU en septembre. Zohran Mamdani sait que le Premier ministre israélien ne finira pas menotté. Mais il en fait une question politique.
Cette controverse dit aussi quelque chose d’un Parti démocrate qui se déchire à nouveau sur Israël. Les socialistes montent, les modérés paniquent, certains traitent Mamdani de “clown” et menacent de quitter le parti. Tout cela à quatre mois d’élections de mi-mandat que les démocrates semblaient presque certains de gagner… jusqu’à ce que les sondages commencent à se resserrer.
Et puis, en Food for Thought, je vais vous parler des 25 millions de jeunes Américains qui vivent encore chez leurs parents. Ils ont un diplôme, un emploi et parfois bientôt 35 ans, mais toujours la même chambre… Ils n’ont pas les moyens de prendre leur indépendance.
Enfin, je vais vous raconter comment un candidat républicain à la mairie de Los Angeles s’est fait transformer en Batman par l’intelligence artificielle, face à une maire démocrate grimée en Joker. Batman a perdu l’élection. Mais ses vidéos ont gagné des millions de vues et annoncent peut-être la présidentielle de 2028. Une guerre de propagande burlesque et virale générée par l’IA.
Mais avant de vous parler de l’Iran, un mot sur ces photos, si trumpiennes, à la finale de cette Coupe du monde dont Trump aura voulu, jusqu’à la dernière minute, profiter des lumières.
Pas le survol du stade par Marine One, l’hélicoptère où se trouvait le président, filmé de l’intérieur sur Insta par sa fille Tiffany.
Généralement, il se met ainsi en scène en survolant les enceintes de ses réunions publiques en plein air. Quelqu’un a dû lui dire que c’était le moment de télévision qui rassemblait le plus de téléspectateurs à travers la planète.
Comme l’écrit ce matin le (pro-Trump) New York Post :
“L’arrivée aérienne de Trump vole la vedette avant la finale de la Coupe du monde.”
Non, je parle des images au moment de la remise du trophée.
L’Espagne venait de battre l’Argentine 1-0. Les joueurs s’apprêtaient à soulever la Coupe.
Le président américain venait de serrer des mains et de féliciter les joueurs. Le moment était venu pour les officiels de quitter la scène et de laisser les champions célébrer entre eux.
Trump, lui, est resté.
Même quand un nouveau champion du monde lui suggérait de s’écarter.
Il a même traversé le podium devant l’équipe pour se retrouver au milieu de la photo, comme s’il venait personnellement d’inscrire le but de la victoire.
Le président de la FIFA a d’abord tenté de le guider vers la sortie (oui, même le trumpolâtre Infantino pensait que les Espagnols méritaient d’avoir leur moment, sans Trump). Sans succès. Il a finalement dû courir de l’autre côté de la scène pour rejoindre Trump, incapable de l’en déloger.
Donald Trump restera donc dans l’histoire, sur les images du triomphe espagnol. Il n’a pas gagné la Coupe du monde.
Mais il est bien le champion du monde de l’incruste.
Les Américains ont une expression pour cela. Une “photobomb”.
Plus sérieusement, pendant le match, le Pentagone a annoncé qu’un militaire américain avait été tué dans le nord de l’Irak alors que des soldats neutralisaient un drone iranien.
Il a également indiqué que des “restes humains non identifiés” avaient été retrouvés en Jordanie, où une attaque précédente avait déjà coûté la vie à deux soldats américains et laissé un troisième porté disparu.
Un nouveau militaire américain tué alors que la guerre s’étend.
Voici ce qu’a dit le président après le match :
“Eh bien, nous en sommes profondément désolés, mais vous savez, ces gens formidables, ces grands patriotes, étaient là-bas pour se battre.”
“Nous les avons de nouveau frappés très durement cette nuit, et nous l’avons fait en hommage aux… grands patriotes qui ont été tués.”
Aucun signe de reprise diplomatique entre les deux camps. Une neuvième nuit consécutive de frappes américaines. Les États-Unis envoient davantage d’avions militaires au Moyen-Orient.
Après une semaine d’escalade des attaques de part et d’autre, les prix mondiaux du pétrole bondissent.
“Les États-Unis se préparent à une guerre plus large”, écrit ce matin le Washington Post en citant un responsable américain, qui ajoute que cet “élargissement des opérations américaines serait limité par la diminution des stocks de systèmes de défense aérienne et de munitions à longue portée, ainsi que par les difficultés à envoyer davantage de soldats et d’avions dans la zone en raison des dégâts subis au combat.”
Si la situation n’était pas aussi tragique, on serait tenté de s’amuser de cette remarque à l’antenne de Fox News, hier matin, de Maria Bartiromo, l’une des présentatrices les plus pro-Trump de la chaîne :
“Je ne comprends pas comment il est possible que l’Iran soit encore capable de mener ce type d’attaques et continue d’essayer de frapper les pays du Golfe ainsi que les bases militaires américaines.
Car les États-Unis ont anéanti l’armée iranienne, et le président ne cesse de le répéter.”
Comment, Maria ? Comment ?
Elle devrait peut-être écouter son collègue de Fox News qui, quelques heures plus tard, a été beaucoup plus sévère sur la stratégie de Donald Trump contre l’Iran.
Joey Jones est un ancien combattant. Il sert toujours dans la réserve des Marines. Il a perdu ses deux jambes pendant la guerre en Afghanistan.
Dans son émission de Fox, The Big Weekend Show, il a averti solennellement à l’antenne que la stratégie du président Donald Trump consistant à “simplement larguer des bombes” sur l’Iran ne fonctionnait pas.
Il a qualifié les soldats morts de “héros” et de “gladiateurs parmi nous”, avant de souligner que beaucoup d’Américains se demandaient comment les frappes de missiles balistiques iraniennes pouvaient encore être “possibles”, alors que le président américain répète que l’armée iranienne a été “décimée”.
Bref, il pose la même question que Maria Bartiromo, mais lui ne prend pas ce que dit le président pour argent comptant, un président qui “parle fort et porte un gros bâton”.
Je vous raconte.
“Les gens chez eux n’ont pas la possibilité d’obtenir ces réponses, de comprendre si une installation nucléaire est totalement détruite parce que les matériaux sont devenus inaccessibles, ou parce que tous les scientifiques qui l’utilisaient ont été tués. Ce sont des nuances que nous n’avons pas l’occasion de comprendre. En revanche, nous comprenons très bien quand deux Américains sont tués. La plupart des Américains se demandent : comment est-ce possible ?”
Jones suggère alors à Trump de modifier sa stratégie et d’utiliser le “gros bâton”, car “simplement larguer des bombes depuis les airs ne les empêche pas de faire ce qu’ils veulent”.
“Quand nous parlons par hyperboles et grandes déclarations, il arrive que la réalité nous frappe en plein visage, et que nous perdions deux Américains en Jordanie, alors que la plupart d’entre nous pensaient que cela n’était plus vraiment envisageable. Cette administration devra trouver un équilibre si elle poursuit cette guerre. Je ne parle pas de continuer à l’intensifier : c’est ce qu’a fait l’Iran. Nous avons mis un protocole d’accord sur la table, fixé des paramètres pour éviter toute attaque, et ils ont commencé à frapper des navires. Je dis souvent que le président Trump parle fort et porte un gros bâton. Le moment est peut-être venu où le gros bâton compte le plus, car simplement larguer des bombes depuis les airs ne les empêche pas de faire ce qu’ils veulent.”
Alors, qu’est-ce que ce “gros bâton” ?
Jones évoque un retrait complet de toute tentative de compromis diplomatique :
“Je pense que c’est toute la question : qu’est-ce que le gros bâton ? La mesure la plus forte pour montrer qu’ils sont sérieux serait de se retirer totalement de tous les efforts diplomatiques, de couper les communications, d’agir de manière stratégique plutôt que tactique, c’est-à-dire de choisir les cibles méthodiquement, et non d’en frapper une multitude à la fois, afin de briser la volonté des dirigeants iraniens. Cela demande du temps. Or le temps ne joue pas en notre faveur. Nous courons vers novembre, puis politiquement vers 2028, et nous fuyons la pompe à essence. Cela exige du temps et un peu de levier, et le président dispose de moins en moins de l’un comme de l’autre à mesure que les semaines passent. Les gens apprécient la cohérence et y répondent. Je peux ne pas aimer ce que vous faites, mais si vous êtes cohérent, je sais que vous y croyez et que c’est un moyen d’atteindre un objectif. C’est précisément ce que notre gouvernement, dans l’ensemble, n’a pas su être pendant plus de vingt ans de guerres au Moyen-Orient. Cette administration devrait examiner cela sérieusement et prendre une décision.”
🟨🟧 Netanyahu bientôt arrêté à New York ?
Voici une controverse qui a beaucoup occupé Fox News ce week-end, après un entretien accordé par le maire de New York à un podcast du New York Times.
Zohran Mamdani avait promis, pendant sa campagne, de faire arrêter Benjamin Netanyahu si le Premier ministre israélien mettait les pieds à New York.
Petit point nécessaire pour comprendre ce dont je vais vous parler. La police de New York, la NYPD, ne dépend pas du gouvernement fédéral, mais bien du maire de New York. Et ses pouvoirs sont très étendus.
Donc, maintenant qu’il est maire, la promesse revient le rattraper.
Benjamin Netanyahu devrait venir en septembre pour l’Assemblée générale des Nations unies. Et Mamdani affirme dans ce podcast du New York Times que les juristes de la ville cherchent encore à déterminer ce qu’il pourrait réellement faire.
“Je pense que le Premier ministre Netanyahu a sa place à La Haye.”
“C’est un criminel de guerre qui a été inculpé par la Cour pénale internationale.”

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Benjamin Netanyahu n’a pas été condamné, mais fait l’objet d’un mandat d’arrêt délivré en novembre 2024 par la Cour pénale internationale, qui l’accuse de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité à Gaza. Notamment d’avoir utilisé la famine comme méthode de guerre, ainsi que de meurtre, de persécution et d’autres actes inhumains.
Netanyahu rejette ces accusations. Israël nie également commettre un “génocide” à Gaza, un terme que Mamdani emploie régulièrement pour désigner la guerre menée par l’armée israélienne après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023.
C’est pour cela que le New York Times remet le sujet sur le tapis. La question est désormais très concrète.
Lorsque l’avion du Premier ministre israélien se posera à New York, Zohran Mamdani ordonnera-t-il au NYPD de l’arrêter ?
Quand on écoute cet entretien du New York Times (intéressant par ailleurs, je vous le recommande), on comprend qu’il ne le fera probablement pas arrêter.
Mais le maire ne veut pas encore le reconnaître.
Lorsque le Times l’interroge sur les pouvoirs dont il dispose, Mamdani répond qu’une “conversation active” est en cours avec le service juridique de la ville.
“Tout ce que la loi m’autorise à faire à New York, nous le ferons.”
“Mais nous n’allons pas écrire nos propres lois pour parvenir à cette fin.”
Vous le notez, la formulation est prudente. Beaucoup (beaucoup) plus prudente que pendant la campagne, lorsqu’il promettait directement une arrestation.
Sans surprise, car les obstacles juridiques sont considérables.
Les États-Unis ne sont pas membres de la Cour pénale internationale. Ils n’ont jamais ratifié le Statut de Rome, qui oblige les États signataires à exécuter les mandats de la Cour. Washington ne reconnaît donc pas l’autorité de la CPI sur le territoire américain.
Joe Biden avait condamné le mandat visant Netanyahu. Donald Trump est allé beaucoup plus loin. Son administration a imposé des sanctions à des responsables de la Cour et lancé une campagne destinée, selon le secrétaire d’État Marco Rubio, à la “démanteler”.
L’ambassadeur américain auprès de l’ONU, Mike Waltz (ancien conseiller à la sécurité nationale de Trump), a donc qualifié la menace de Mamdani de “pur théâtre politique”.
Selon lui, l’arrestation est juridiquement impossible. Compte tenu des protections diplomatiques accordées aux dirigeants étrangers venus participer aux travaux des Nations unies. Plus l’immunité dont bénéficie un chef de gouvernement en exercice. Et surtout en raison de la primauté du pouvoir fédéral sur la mairie.
Donc la presse américaine interroge des juristes.
J’ai lu dans le Times un professeur de droit international de Yale, Harold Hongju Koh, qui décrit malgré tout la situation comme “un jeu de poule mouillée entre le maire, d’un côté, et Trump et Netanyahu, de l’autre”.
Netanyahu serait protégé à l’intérieur du siège des Nations unies. Mais le professeur estime qu’il pourrait être juridiquement plus “exposé” pendant ses déplacements dans les rues de New York.
En théorie, donc, il pourrait exister une zone grise entre l’aéroport, l’hôtel, les cortèges officiels et le siège de l’ONU.
En pratique, il est un peu difficile d’imaginer des policiers new-yorkais tenter d’intercepter la limousine blindée du Premier ministre israélien, escortée par les services fédéraux, pour exécuter un mandat que le gouvernement américain ne reconnaît pas.
Ce serait une crise constitutionnelle instantanée.
La Maison Blanche interviendrait. Les tribunaux seraient saisis. Et un maire de New York découvrirait très rapidement les limites de son pouvoir face au gouvernement fédéral.
Mamdani n’est pas idiot. Il ne cherche probablement pas à obtenir une arrestation qui ne pourrait aboutir.
Que cherche-t-il donc ? À poser une question politique.
À quoi sert un mandat de la justice internationale si les dirigeants des pays les plus puissants peuvent simplement l’ignorer ?
“Nous ne parlons pas d’une appréciation personnelle de Benjamin Netanyahu.”
“Nous parlons de la Cour pénale internationale et du fait qu’elle a délivré un mandat d’arrêt contre ce Premier ministre.”
Ses adversaires répondent qu’un maire n’a pas été élu pour conduire la politique étrangère américaine.
L’ambassadeur israélien à l’ONU, Danny Danon, accuse le maire de délaisser la lutte contre l’antisémitisme pour “générer des gros titres en attaquant l’État d’Israël”.
Netanyahu, lui, prétend ne pas être inquiet. Il accuse Mamdani de soutenir le Hamas, ce que le maire dément, et va jusqu’à affirmer qu’il “déteste secrètement l’Amérique”.
La scène de septembre a déjà commencé.
Netanyahu promet de venir à New York et de défendre à la tribune des Nations unies le “droit inébranlable” d’Israël à protéger ses citoyens. Mamdani promet de respecter les lois de la ville. Trump promet de protéger Israël contre la Cour pénale internationale.
Chacun parle à son propre public.
Mais la position de Mamdani est moins marginale qu’elle ne l’aurait été il y a seulement quelques années. Cette semaine, 103 élus démocrates de la Chambre des représentants ont voté pour supprimer 3,3 milliards de dollars d’aide militaire à Israël. La proposition a échoué, mais près de la moitié du groupe démocrate l’a soutenue.
Voici ce qu’en dit Mamdani :
“Il est difficile de trouver une politique plus en faillite que celle menée par notre pays à Gaza et en Palestine.”
Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir si Benjamin Netanyahu finira menotté dans l’Upper East Side, où se trouve le siège des Nations unies.
Cela n’arrivera pas. Ou alors, gigantesque surprise que le président Trump ne laisserait pas faire.
Mais en maintenant la menace, même juridiquement incertaine, Zohran Mamdani oblige le gouvernement américain, Israël et le Parti démocrate à répondre à une question que tous préféreraient éviter.
Que vaut le droit international lorsqu’il s’applique aux ennemis de l’Amérique, mais jamais à ses alliés ?
Dézoom
Mais cet épisode Mamdani, et la manière dont il entend utiliser son capital politique, sur ce sujet comme sur d’autres, commencent à inquiéter certains démocrates qui prônent une ligne plus modérée face à Trump.
Ça m’a frappé en écoutant Bill Maher, célèbre présentateur d’un talk-show de late night (que de mots anglais, je vous prie de m’excuser) sur HBO, qui était l’invité de l’émission politique dominicale de ABC. Maher s’emporte en accusant les démocrates de “gâcher” les élections de mi-mandat s’ils adoptent la ligne des “socialistes fous”.
Ou l’ancien stratège légendaire de Bill Clinton, James Carville (“It’s the economy, stupid”), qui exhorte les élus démocrates du Congrès à tenir à distance les socialistes.
Oui, ce débat sur Israël est en train de déchirer les démocrates au Congrès (comme en 2024, remarquez, mais voyez comment ça s’est terminé pour eux).
Je vous disais plus haut que mercredi, 103 élus démocrates de la Chambre ont voté pour bloquer plusieurs milliards de dollars d’aide à Israël. Le texte a finalement été rejeté, mais le vote a révélé une fracture jusque dans la direction du parti.
Le sénateur démocrate John Fetterman a fixé sa propre ligne rouge :
“(Mamdani) est juste un clown”.
“Si le Parti démocrate devient officiellement anti-Israël, alors c’est à ce moment-là que je serais contraint de le quitter.”
Bon, Fetterman passe son temps sur Fox News (il y était encore hier), mais comme il l’a emporté dans l’État clé de Pennsylvanie (où se jouera la présidentielle de 2028 comme se sont jouées celles de 2024, 2020 et 2016) il faut écouter ce qu’il dit. Il est plus en phase avec l’électorat populaire que beaucoup de démocrates des côtes.
Cette division est aussi générationnelle et idéologique. Plusieurs candidats socialistes démocrates très critiques d’Israël viennent de battre des élus sortants lors des primaires.
D’autres redoutent une prise de contrôle du parti par sa gauche.
Le représentant démocrate Steve Cohen, qui, depuis près de 20 ans, faisait partie du groupe progressiste, donc à la gauche du Parti démocrate, vient de le quitter.
Comme il l’a dit à CNN, il s’inquiète de la montée en puissance des socialistes de la gauche du Parti démocrate.
“J’ai vu venir une situation qui allait devenir vraiment très laide, avec l’antisémitisme qui allait s’y inviter. J’ai fini par constater que ce n’était plus le même groupe que celui que j’avais rejoint en 2007. C’était devenu davantage le groupe socialiste, et une grande partie de ses dirigeants étaient des démocrates socialistes. Je ne m’y sentais plus à ma place.”
Zoom
Et cette tension au sein du Parti démocrate émerge alors que les dernières nouvelles des sondages sont moins bonnes que prévu pour ces opposants au président Trump.
À quatre mois des élections de mi-mandat, les républicains regagnent du terrain.
Les démocrates restent favoris dans les intentions de vote. Mais leur avance se réduit.
Selon le dernier sondage Washington Post-Ipsos, 48 % des électeurs inscrits disent aujourd’hui préférer un candidat démocrate au Congrès, contre 45 % pour un candidat républicain. Trois points d’écart seulement, contre cinq lors de la précédente enquête publiée en mai.
Les démocrates conservent un avantage plus net parmi les électeurs qui se disent “absolument certains” d’aller voter en novembre, 53 %, contre 45 % pour les républicains. Mais là encore, l’écart s’est légèrement resserré. Il était encore de neuf points il y a deux mois.
La bonne nouvelle pour les démocrates, c’est la motivation de leur électorat. Les sympathisants républicains semblent (pour l’instant) moins enthousiastes à l’idée de se rendre aux urnes. On avait déjà constaté cette différence de mobilisation lors des dernières primaires et élections partielles.
Mais le sondage envoie aussi un avertissement au parti. À la veille des élections de 2018, pendant le premier mandat de Donald Trump, les démocrates disposaient d’une avance de dix points dans les enquêtes du Washington Post et d’ABC. Ils avaient ensuite remporté 40 sièges à la Chambre lors d’une véritable vague bleue. Leur avance actuelle de trois points est donc beaucoup moins impressionnante, même si l’écart de mobilisation entre les deux camps paraît cette fois plus favorable aux démocrates.
Bref, tout pourrait dépendre de la situation économique et internationale au moment du vote.
Le président Trump est aujourd’hui nettement sanctionné pour sa gestion de la guerre contre l’Iran. Seuls 29 % des Américains approuvent son action concernant “la situation avec l’Iran”, contre 69 % qui la désapprouvent. Le sondage a été publié au moment où l’on apprenait la mort de deux soldats américains dans une frappe iranienne contre une base militaire en Jordanie.
Mais l’Iran n’est pas encore la principale préoccupation des électeurs. L’économie arrive très largement en tête : 54 % des personnes interrogées la citent parmi leurs deux sujets prioritaires. L’immigration suit avec 28 %, puis la guerre contre l’Iran avec 20 %.
Si Donald Trump parvient à faire baisser le prix de l’essence ou à mettre fin à la guerre, les républicains pourraient donc combler une partie de leur retard. Et le redécoupage de nouvelles circonscriptions favorables au Parti républicain dans plusieurs États conservateurs pourrait alors suffire à préserver leur majorité à la Chambre.
On n’en est pas là.
🟨🟧 Tanguy en Amérique
J’ai lu un chiffre dans une newsletter du Washington Post qui m’a intrigué, et j’en fais donc mon 📚 Food for Thought du jour.
En 2025, un nombre record de 25 millions de jeunes adultes vivaient chez leurs parents aux États-Unis. C’est-à-dire un Américain sur trois âgé de 18 à 34 ans.
Ils sont même désormais plus nombreux qu’au plus fort de la pandémie, lorsque les universités avaient fermé, que des millions d’emplois avaient disparu et que les jeunes Américains avaient massivement migré vers leur chambre d’ado.
Ce qui m’intrigue, c’est que ce n’est pas un phénomène provisoire, une parenthèse étrange, comme les réunions sur Zoom, les rues désertes ou les réserves de nourriture dans les placards (un jour, je vous raconterai peut-être comment mon mari, né à Cuba, dévalisait notre supermarché à Manhattan pour acheter des centaines de conserves de haricots rouges, c’est un autre sujet).
Je reviens à ce chiffre. Six ans après le début de la pandémie, les enfants ne sont pas tous repartis.
La proportion de jeunes adultes vivant chez leurs parents avait légèrement diminué après le Covid.
Elle est ensuite remontée, sous l’effet de prix immobiliers et de loyers devenus inaccessibles pour une partie de la population.
L’étude de Realtor.com, fondée sur les données du recensement américain, permet d’écarter un cliché. Non, ces jeunes adultes ne vivent pas chez leurs parents parce qu’ils ne travaillent pas.
Parmi les 25-34 ans concernés, environ sept sur dix ont un emploi. Plus d’un quart sont titulaires d’au moins un diplôme universitaire de quatre ans. Chez les 25-29 ans, près d’un sur trois a obtenu l’équivalent d’une licence.
Ils ont étudié. Ils travaillent. Mais ils ne peuvent pas partir.
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Le prix médian d’une maison mise en vente aux États-Unis atteint désormais 430 000 dollars, soit 34 % de plus qu’avant la pandémie. Le loyer médian demandé s’élève à 1 673 dollars, en hausse de près de 18 % depuis 2019.
Et le pays manquerait d’environ quatre millions de logements.
La chambre d’enfant est ainsi devenue la principale solution américaine à la crise du logement.
À 22 ans, près de la moitié des jeunes vivent encore chez leurs parents. À 24 ans, ils sont plus d’un sur trois, contre moins de 30 % avant la pandémie. Parmi les 25-29 ans, la proportion dépasse encore 20 %.
Même l’entrée dans la trentaine ne garantit plus l’indépendance résidentielle. Trois millions d’Américains âgés de 30 à 34 ans vivent au domicile parental, soit près d’un sur huit. Cette proportion a presque doublé depuis le début du siècle.
Le phénomène avait commencé bien avant le Covid.
Après la crise financière de 2008, le nombre de jeunes adultes vivant chez leurs parents avait fortement augmenté. Il n’était jamais vraiment redescendu, malgré une décennie de croissance économique, de baisse du chômage et de hausse des salaires.
Si les habitudes du début des années 2000 s’étaient maintenues, près de cinq millions de jeunes Américains supplémentaires auraient aujourd’hui quitté le foyer familial.
Et ce retard ne concerne pas seulement l’argent. Le logement conditionne tout le reste, la possibilité de quitter sa ville, d’accepter un nouvel emploi, de vivre en couple, de se marier ou d’avoir des enfants.
Parmi les 25-34 ans qui habitent chez leurs parents, environ neuf sur dix ne se sont jamais mariés. Ils ne sont pas majoritairement revenus après un divorce ou un accident de parcours. Ils n’ont tout simplement jamais réussi à former leur propre foyer.
Ce phénomène prend de l’ampleur, c’est moins un changement culturel qu’un blocage économique.
Un diplôme peut encore permettre d’obtenir un emploi. Un emploi ne permet plus nécessairement de payer un loyer. Et un salaire ne garantit plus l’accès à la propriété.
C’est cela aussi qui donne l’impression à beaucoup de jeunes Américains, et à leurs parents, que la mécanique du rêve américain s’est grippée.
On l’a vu en 2024, et on pourrait encore le voir en novembre. Ce malaise générationnel peut avoir des conséquences dans les urnes.
À moins qu’on ne regarde cette situation comme le faisait récemment le Wall Street Journal sous ce titre :
“Retourner vivre chez ses parents était autrefois un signe d’échec. Aujourd’hui, c’est une preuve de bonne gestion financière.”
“Vivre chez ses parents à vingt ans passés était autrefois perçu comme un échec à prendre son envol, voire comme une source d’embarras dans une culture qui valorise avant tout l’indépendance. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Vivre chez ses parents est désormais souvent considéré comme un signe de prudence financière et, pour certains, comme une perspective durable.”
🟨🟧 Batman candidat à la mairie de LA
Le candidat républicain (malheureux) à la mairie de Los Angeles, Spencer Pratt, n’était pas Batman. La maire sortante Karen Bass n’était pas le Joker. Le gouverneur démocrate Gavin Newsom ne passe pas ses journées à manger du gâteau pendant que Los Angeles brûle. La Californienne Kamala Harris ne boit pas de la vodka en affirmant que la maire a déjà réglé le problème de la criminalité.
Mais, sur les réseaux sociaux, des millions d’Américains les ont vus dans ces rôles.
La campagne pour la mairie de Los Angeles vient peut-être de montrer à quoi ressembleront les élections américaines de demain. Des candidats (même faibles ou fragiles) transformés en superhéros, leurs adversaires en monstres ou en tyrans, et des récits politiques complexes réduits à quelques secondes de spectacle généré par l’intelligence artificielle.
Spencer Pratt, 42 ans, n’avait jamais exercé de mandat. Il était surtout connu comme le méchant de The Hills, une émission de téléréalité diffusée sur MTV dans les années 2000.
Son profil n’a pas échappé au président Trump, qui l’a convié dans le bureau ovale.
Sa maison, comme des milliers d’autres, a été détruite dans les incendies de Pacific Palisades en 2025. Il a ensuite fait de la gestion de la catastrophe par la municipalité le cœur de sa candidature contre Karen Bass.
Cette histoire personnelle lui a donné un récit politique. Los Angeles brûle, ses dirigeants ont échoué et lui seul peut remettre de l’ordre dans la ville.
L’intelligence artificielle lui a offert les images.
Dans la plus célèbre de ces vidéos inspirée de The Dark Knight Rises, Los Angeles est devenue une ville dystopique dirigée par une aristocratie indifférente. Karen Bass apparaît maquillée comme le Joker, Gavin Newsom mange du gâteau, Kamala Harris boit de la vodka. Des habitants demandant de l’aide pour reconstruire leur maison sont humiliés. Spencer Pratt surgit alors en Batman, à la tête d’une foule venue reprendre possession de la ville.
La vidéo a dépassé les cinq millions de vues sur X. Des républicains, au niveau national, l’ont célébrée comme la “meilleure publicité politique de l’année” ou “l’expression maximaliste de ce qu’une publicité politique peut accomplir”.
Il y en a eu d’autres du même genre. Comme Pratt en chevalier Jedi affrontant Bass en Dark Vador, parfois vues plusieurs millions de fois.
Pratt affirme qu’il ne les a pas commandées. Elles ont été créées par un cinéaste spécialisé dans les vidéos générées par IA, puis relayées par le candidat auprès de son million d’abonnés sur X.
C’est ça qui rend le phénomène difficile à encadrer. Il ne s’agit pas toujours de publicités officielles, financées et validées par une équipe de campagne. Des sympathisants peuvent désormais fabriquer eux-mêmes une propagande spectaculaire, réaliste et virale au bénéfice d’un candidat… qui n’a plus qu’à la partager.
Ces vidéos sont bon marché, rapides, et permettent de rebondir sur l’actualité en quelques heures.
Elles fonctionnent aussi parce qu’elles parlent le langage des réseaux sociaux. Immédiatement digestibles, même (surtout ?) parce qu’elles sont binaires, le bien contre le mal, Batman contre le Joker. Il n’est plus nécessaire de comprendre les intrigues de la politique locale de Los Angeles. Un regard suffit pour savoir qui doit être le héros et qui doit être le méchant.
Bon, finalement, Batman/Pratt a perdu sa primaire et ne pourra pas affronter la maire/Joker lors de l’élection municipale de novembre.
Los Angeles n’est déjà plus un cas isolé. Lors de la primaire républicaine dans le nord du Kentucky, dont je vous avais parlé dans Zeitgeist, des groupes pro-Trump ont diffusé des publicités générées par IA contre le représentant républicain Thomas Massie, critique de Donald Trump. L’une d’elles l’accusait de “tromper” le mouvement America First et le montrait entrant dans une chambre avec des figures de gauche à la Chambre, Alexandria Ocasio-Cortez et Ilhan Omar. Massie, après avoir remporté la primaire, a dit que ces vidéos avaient été particulièrement efficaces auprès des électeurs les plus âgés.
Le phénomène devrait donc largement dépasser la mairie de Los Angeles. Les élections de mi-mandat de 2026 offrent des centaines de campagnes locales et nationales, souvent moins surveillées que la présidentielle, dans lesquelles des groupes extérieurs pourront tester ces outils. Il n’y a plus besoin d’une agence, d’un tournage ou d’un budget considérable pour publier une publicité négative de ce type. Une idée provocatrice, quelques logiciels et une communauté capable de la propulser, et ça peut suffire pour faire parler de soi.
Donald Trump a déjà banalisé l’usage d’images et de vidéos artificielles, qu’il relaie régulièrement sur Truth Social.
La présidentielle de 2028 pourrait ainsi devenir la première véritable guerre électorale de l’IA générative. Pas seulement une bataille de faux discours pour tromper les électeurs (ce serait trop simple) mais une guéguerre puérile pour imposer le récit le plus drôle, le plus brutal et le plus partageable. Du post-Trump, en somme.
Même quand tout le monde (ou presque) devine que la vidéo de propagande a été générée par l’IA.
Thank you and goodbye.
PhC





























































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