C LUNDI C ZEITGEIST

 

La "photobomb" et le "gros bâton"

Les États-Unis “se préparent à une guerre plus large” contre l’Iran. Même Fox doute désormais que la stratégie d’un Trump qui “parle fort et porte un gros bâton” fonctionne.





Hi everyone, c’est Zeitgeist.

Je vais aussi vous raconter pourquoi le maire de New York menace de faire arrêter Benjamin Netanyahu lorsqu’il viendra à l’ONU en septembre. Zohran Mamdani sait que le Premier ministre israélien ne finira pas menotté. Mais il en fait une question politique.

Cette controverse dit aussi quelque chose d’un Parti démocrate qui se déchire à nouveau sur Israël. Les socialistes montent, les modérés paniquent, certains traitent Mamdani de “clown” et menacent de quitter le parti. Tout cela à quatre mois d’élections de mi-mandat que les démocrates semblaient presque certains de gagner… jusqu’à ce que les sondages commencent à se resserrer.

 





 

Et puis, en Food for Thought, je vais vous parler des 25 millions de jeunes Américains qui vivent encore chez leurs parents. Ils ont un diplôme, un emploi et parfois bientôt 35 ans, mais toujours la même chambre… Ils n’ont pas les moyens de prendre leur indépendance.

Enfin, je vais vous raconter comment un candidat républicain à la mairie de Los Angeles s’est fait transformer en Batman par l’intelligence artificielle, face à une maire démocrate grimée en Joker. Batman a perdu l’élection. Mais ses vidéos ont gagné des millions de vues et annoncent peut-être la présidentielle de 2028. Une guerre de propagande burlesque et virale générée par l’IA.



Mais avant de vous parler de l’Iran, un mot sur ces photos, si trumpiennes, à la finale de cette Coupe du monde dont Trump aura voulu, jusqu’à la dernière minute, profiter des lumières.

Pas le survol du stade par Marine One, l’hélicoptère où se trouvait le président, filmé de l’intérieur sur Insta par sa fille Tiffany.

Généralement, il se met ainsi en scène en survolant les enceintes de ses réunions publiques en plein air. Quelqu’un a dû lui dire que c’était le moment de télévision qui rassemblait le plus de téléspectateurs à travers la planète.

Comme l’écrit ce matin le (pro-Trump) New York Post :

“L’arrivée aérienne de Trump vole la vedette avant la finale de la Coupe du monde.”

Non, je parle des images au moment de la remise du trophée.

Reuters

L’Espagne venait de battre l’Argentine 1-0. Les joueurs s’apprêtaient à soulever la Coupe.

Le président américain venait de serrer des mains et de féliciter les joueurs. Le moment était venu pour les officiels de quitter la scène et de laisser les champions célébrer entre eux.

Trump, lui, est resté.

Même quand un nouveau champion du monde lui suggérait de s’écarter.

Il a même traversé le podium devant l’équipe pour se retrouver au milieu de la photo, comme s’il venait personnellement d’inscrire le but de la victoire.

Le président de la FIFA a d’abord tenté de le guider vers la sortie (oui, même le trumpolâtre Infantino pensait que les Espagnols méritaient d’avoir leur moment, sans Trump). Sans succès. Il a finalement dû courir de l’autre côté de la scène pour rejoindre Trump, incapable de l’en déloger.

Donald Trump restera donc dans l’histoire, sur les images du triomphe espagnol. Il n’a pas gagné la Coupe du monde.

Mais il est bien le champion du monde de l’incruste.

Les Américains ont une expression pour cela. Une “photobomb”.

Reuters
Associated Press

Plus sérieusement, pendant le match, le Pentagone a annoncé qu’un militaire américain avait été tué dans le nord de l’Irak alors que des soldats neutralisaient un drone iranien.

Il a également indiqué que des “restes humains non identifiés” avaient été retrouvés en Jordanie, où une attaque précédente avait déjà coûté la vie à deux soldats américains et laissé un troisième porté disparu.

Un nouveau militaire américain tué alors que la guerre s’étend.

Voici ce qu’a dit le président après le match :

“Eh bien, nous en sommes profondément désolés, mais vous savez, ces gens formidables, ces grands patriotes, étaient là-bas pour se battre.”

“Nous les avons de nouveau frappés très durement cette nuit, et nous l’avons fait en hommage aux… grands patriotes qui ont été tués.”

Aucun signe de reprise diplomatique entre les deux camps. Une neuvième nuit consécutive de frappes américaines. Les États-Unis envoient davantage d’avions militaires au Moyen-Orient.

Après une semaine d’escalade des attaques de part et d’autre, les prix mondiaux du pétrole bondissent.

“Les États-Unis se préparent à une guerre plus large”, écrit ce matin le Washington Post en citant un responsable américain, qui ajoute que cet “élargissement des opérations américaines serait limité par la diminution des stocks de systèmes de défense aérienne et de munitions à longue portée, ainsi que par les difficultés à envoyer davantage de soldats et d’avions dans la zone en raison des dégâts subis au combat.”

Si la situation n’était pas aussi tragique, on serait tenté de s’amuser de cette remarque à l’antenne de Fox News, hier matin, de Maria Bartiromo, l’une des présentatrices les plus pro-Trump de la chaîne :

“Je ne comprends pas comment il est possible que l’Iran soit encore capable de mener ce type d’attaques et continue d’essayer de frapper les pays du Golfe ainsi que les bases militaires américaines.

Car les États-Unis ont anéanti l’armée iranienne, et le président ne cesse de le répéter.”

Comment, Maria ? Comment ?

Elle devrait peut-être écouter son collègue de Fox News qui, quelques heures plus tard, a été beaucoup plus sévère sur la stratégie de Donald Trump contre l’Iran.

Joey Jones est un ancien combattant. Il sert toujours dans la réserve des Marines. Il a perdu ses deux jambes pendant la guerre en Afghanistan.

Dans son émission de Fox, The Big Weekend Show, il a averti solennellement à l’antenne que la stratégie du président Donald Trump consistant à “simplement larguer des bombes” sur l’Iran ne fonctionnait pas.

Il a qualifié les soldats morts de “héros” et de “gladiateurs parmi nous”, avant de souligner que beaucoup d’Américains se demandaient comment les frappes de missiles balistiques iraniennes pouvaient encore être “possibles”, alors que le président américain répète que l’armée iranienne a été “décimée”.

Bref, il pose la même question que Maria Bartiromo, mais lui ne prend pas ce que dit le président pour argent comptant, un président qui “parle fort et porte un gros bâton”.

Je vous raconte.

“Les gens chez eux n’ont pas la possibilité d’obtenir ces réponses, de comprendre si une installation nucléaire est totalement détruite parce que les matériaux sont devenus inaccessibles, ou parce que tous les scientifiques qui l’utilisaient ont été tués. Ce sont des nuances que nous n’avons pas l’occasion de comprendre. En revanche, nous comprenons très bien quand deux Américains sont tués. La plupart des Américains se demandent : comment est-ce possible ?”

Jones suggère alors à Trump de modifier sa stratégie et d’utiliser le “gros bâton”, car “simplement larguer des bombes depuis les airs ne les empêche pas de faire ce qu’ils veulent”.

“Quand nous parlons par hyperboles et grandes déclarations, il arrive que la réalité nous frappe en plein visage, et que nous perdions deux Américains en Jordanie, alors que la plupart d’entre nous pensaient que cela n’était plus vraiment envisageable. Cette administration devra trouver un équilibre si elle poursuit cette guerre. Je ne parle pas de continuer à l’intensifier : c’est ce qu’a fait l’Iran. Nous avons mis un protocole d’accord sur la table, fixé des paramètres pour éviter toute attaque, et ils ont commencé à frapper des navires. Je dis souvent que le président Trump parle fort et porte un gros bâton. Le moment est peut-être venu où le gros bâton compte le plus, car simplement larguer des bombes depuis les airs ne les empêche pas de faire ce qu’ils veulent.”

Alors, qu’est-ce que ce “gros bâton” ?

Jones évoque un retrait complet de toute tentative de compromis diplomatique :

“Je pense que c’est toute la question : qu’est-ce que le gros bâton ? La mesure la plus forte pour montrer qu’ils sont sérieux serait de se retirer totalement de tous les efforts diplomatiques, de couper les communications, d’agir de manière stratégique plutôt que tactique, c’est-à-dire de choisir les cibles méthodiquement, et non d’en frapper une multitude à la fois, afin de briser la volonté des dirigeants iraniens. Cela demande du temps. Or le temps ne joue pas en notre faveur. Nous courons vers novembre, puis politiquement vers 2028, et nous fuyons la pompe à essence. Cela exige du temps et un peu de levier, et le président dispose de moins en moins de l’un comme de l’autre à mesure que les semaines passent. Les gens apprécient la cohérence et y répondent. Je peux ne pas aimer ce que vous faites, mais si vous êtes cohérent, je sais que vous y croyez et que c’est un moyen d’atteindre un objectif. C’est précisément ce que notre gouvernement, dans l’ensemble, n’a pas su être pendant plus de vingt ans de guerres au Moyen-Orient. Cette administration devrait examiner cela sérieusement et prendre une décision.”

Laissez un commentaire.


🟨🟧 Netanyahu bientôt arrêté à New York ?

Voici une controverse qui a beaucoup occupé Fox News ce week-end, après un entretien accordé par le maire de New York à un podcast du New York Times.

Zohran Mamdani avait promis, pendant sa campagne, de faire arrêter Benjamin Netanyahu si le Premier ministre israélien mettait les pieds à New York.

Petit point nécessaire pour comprendre ce dont je vais vous parler. La police de New York, la NYPD, ne dépend pas du gouvernement fédéral, mais bien du maire de New York. Et ses pouvoirs sont très étendus.

Donc, maintenant qu’il est maire, la promesse revient le rattraper.

Benjamin Netanyahu devrait venir en septembre pour l’Assemblée générale des Nations unies. Et Mamdani affirme dans ce podcast du New York Times que les juristes de la ville cherchent encore à déterminer ce qu’il pourrait réellement faire.

“Je pense que le Premier ministre Netanyahu a sa place à La Haye.”

“C’est un criminel de guerre qui a été inculpé par la Cour pénale internationale.”

Benjamin Netanyahu n’a pas été condamné, mais fait l’objet d’un mandat d’arrêt délivré en novembre 2024 par la Cour pénale internationale, qui l’accuse de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité à Gaza. Notamment d’avoir utilisé la famine comme méthode de guerre, ainsi que de meurtre, de persécution et d’autres actes inhumains.

Netanyahu rejette ces accusations. Israël nie également commettre un “génocide” à Gaza, un terme que Mamdani emploie régulièrement pour désigner la guerre menée par l’armée israélienne après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023.

C’est pour cela que le New York Times remet le sujet sur le tapis. La question est désormais très concrète.

Lorsque l’avion du Premier ministre israélien se posera à New York, Zohran Mamdani ordonnera-t-il au NYPD de l’arrêter ?

Zohran Mamdani Knows He Has Political Capital. And He Intends to Spend It.

The New York Times

Episode

Quand on écoute cet entretien du New York Times (intéressant par ailleurs, je vous le recommande), on comprend qu’il ne le fera probablement pas arrêter.

Mais le maire ne veut pas encore le reconnaître.

Lorsque le Times l’interroge sur les pouvoirs dont il dispose, Mamdani répond qu’une “conversation active” est en cours avec le service juridique de la ville.

“Tout ce que la loi m’autorise à faire à New York, nous le ferons.”

“Mais nous n’allons pas écrire nos propres lois pour parvenir à cette fin.”

Vous le notez, la formulation est prudente. Beaucoup (beaucoup) plus prudente que pendant la campagne, lorsqu’il promettait directement une arrestation.

Sans surprise, car les obstacles juridiques sont considérables.

Les États-Unis ne sont pas membres de la Cour pénale internationale. Ils n’ont jamais ratifié le Statut de Rome, qui oblige les États signataires à exécuter les mandats de la Cour. Washington ne reconnaît donc pas l’autorité de la CPI sur le territoire américain.

Joe Biden avait condamné le mandat visant Netanyahu. Donald Trump est allé beaucoup plus loin. Son administration a imposé des sanctions à des responsables de la Cour et lancé une campagne destinée, selon le secrétaire d’État Marco Rubio, à la “démanteler”.

L’ambassadeur américain auprès de l’ONU, Mike Waltz (ancien conseiller à la sécurité nationale de Trump), a donc qualifié la menace de Mamdani de “pur théâtre politique”.

Selon lui, l’arrestation est juridiquement impossible. Compte tenu des protections diplomatiques accordées aux dirigeants étrangers venus participer aux travaux des Nations unies. Plus l’immunité dont bénéficie un chef de gouvernement en exercice. Et surtout en raison de la primauté du pouvoir fédéral sur la mairie.

Donc la presse américaine interroge des juristes.

J’ai lu dans le Times un professeur de droit international de Yale, Harold Hongju Koh, qui décrit malgré tout la situation comme “un jeu de poule mouillée entre le maire, d’un côté, et Trump et Netanyahu, de l’autre”.

Netanyahu serait protégé à l’intérieur du siège des Nations unies. Mais le professeur estime qu’il pourrait être juridiquement plus “exposé” pendant ses déplacements dans les rues de New York.

En théorie, donc, il pourrait exister une zone grise entre l’aéroport, l’hôtel, les cortèges officiels et le siège de l’ONU.

En pratique, il est un peu difficile d’imaginer des policiers new-yorkais tenter d’intercepter la limousine blindée du Premier ministre israélien, escortée par les services fédéraux, pour exécuter un mandat que le gouvernement américain ne reconnaît pas.

Ce serait une crise constitutionnelle instantanée.

La Maison Blanche interviendrait. Les tribunaux seraient saisis. Et un maire de New York découvrirait très rapidement les limites de son pouvoir face au gouvernement fédéral.

Mamdani n’est pas idiot. Il ne cherche probablement pas à obtenir une arrestation qui ne pourrait aboutir.

Que cherche-t-il donc ? À poser une question politique.

À quoi sert un mandat de la justice internationale si les dirigeants des pays les plus puissants peuvent simplement l’ignorer ?

“Nous ne parlons pas d’une appréciation personnelle de Benjamin Netanyahu.”

“Nous parlons de la Cour pénale internationale et du fait qu’elle a délivré un mandat d’arrêt contre ce Premier ministre.”

Ses adversaires répondent qu’un maire n’a pas été élu pour conduire la politique étrangère américaine.

L’ambassadeur israélien à l’ONU, Danny Danon, accuse le maire de délaisser la lutte contre l’antisémitisme pour “générer des gros titres en attaquant l’État d’Israël”.

Netanyahu, lui, prétend ne pas être inquiet. Il accuse Mamdani de soutenir le Hamas, ce que le maire dément, et va jusqu’à affirmer qu’il “déteste secrètement l’Amérique”.

La scène de septembre a déjà commencé.


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