Par M.M. ET P.P.
La poussière sera-t-elle mise sous le tapis ? C’est ce que craignent plusieurs sources au Parlement européen, à propos de nouveaux soupçons d’irrégularités visant les dépenses de communication du groupe Patriotes pour l’Europe (PfE), dirigé par le président du RN, Jordan Bardella. Après une alerte émise par la direction générale financière de l’instance communautaire pour de nouvelles «violations [présumées] des principes fondamentaux régissant le droit de la commande publique», le dossier est désormais entre les mains de la commission de contrôle budgétaire, un organe composé de députés européens. Celui-ci doit rendre, mardi prochain, un avis sur l’affaire. Problème : alors que le groupe d’extrême droite n’en est pas à son coup d’essai et reste dans le viseur de la justice pour des faits similaires, une alliance droite-extrême droite pourrait enterrer l’affaire. Et sauver les «Patriotes».
Rembobinons. Mi-juin, la direction financière du Parlement européen a rendu un rapport accablant pour le groupe de Jordan Bardella. Ses conclusions soulignent notamment de nombreuses violations présumées des règles applicables en matière d’appels d’offres. Les manquements soupçonnés portent tant sur l’éligibilité des prestataires (certains sont trop petits pour répondre aux exigences réglementaires) que sur des paiements «pas conformes au contenu réel des factures». Le préjudice est estimé à ce stade à près de 200 000 € par les rapporteurs de la direction générale financière.
Lettre faible
Le dossier est désormais sur le bureau de la commission de contrôle budgétaire du Parlement européen. Enfin plutôt d’un comité restreint de cet organe, note un bon connaisseur de Bruxelles : les coordinateurs de groupes politiques, un par groupe, qui ont mené leurs débats à huis clos. C’est sur cette base qu’un avis doit être rendu la semaine prochaine.
Or, souligne une autre source, «ce qui se dessine, c’est que le groupe PPE [Parti populaire européen, la droite européenne] et les groupes d’extrême droite [dont le PfE] sont en train de se mettre d’accord» au sein de la commission du contrôle budgétaire. «Le vote d’une lettre [à l’argumentation] très faible proposée par le PPE est pour l’instant prévu le 14 juillet», confirme à Libé l’eurodéputé Place publique Thomas Pellerin-Carlin, du groupe social-démocrate européen, expliquant : «Cette lettre est soutenue par l’alliance du PPE et de l’extrême droite pour passer à autre chose en protégeant le détournement d’argent public par le RN.» Membre de la commission de contrôle budgétaire, l’élu dénonce «des alliances de plus en plus fréquentes entre droite et extrême droite au Parlement». «On ne soutient pas cette lettre car elle est trop faible, notamment comparée à celle votée en septembre», ajoute-t-il.
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