On ne sait pas ce que vous ferez demain soir mais nous, si. Nous serons comme tous les mardis suspendus au bureau national du PS pour… non on déconne, on sera devant la télé comme des millions de Français pour encourager les Bleus face à l'ogre espagnol. Un match qui, avant même de se jouer, a pris une tournure politique. La faute à Mariano Rajoy, ancien Premier ministre ibère, membre du parti conservateur (PP). Dans une tribune et alors qu'on ne lui demandait rien, Rajoy a donc estimé que l'équipe de France disposait «d'un effectif de très haut niveau», mais «sans Français». Une déclaration raciste qui vient s'ajouter à la longue litanie de propos xénophobes lâchés sans retenue contre les Bleus depuis le début du Mondial. Fort heureusement, ces mots ont provoqué le dégoût mérité, et ce des deux côtés des Pyrénées.
Parmi les réponses, une retient notre attention, celle de Valérie Pécresse. «La France elle se choisit, parce qu'elle est plus qu'un pays, elle est un idéal, écrit-elle sur X. Avec son racisme minable, Rajoy montre son incompréhension totale ce qui fait l'âme du peuple français. Et qui fera mardi sa victoire !» En voilà un message enamouré à la diversité de la France. C'est remarquable, surtout que Pécresse n'a pas toujours été à la pointe sur ce terrain-là. Et certains le lui ont volontiers rappelé en diffusant des propos tenus à l'occasion de la présidentielle 2022. Lors de son meeting à Paris, la candidate LR avait repris la théorie complotiste et raciste du «grand remplacement». Puis elle avait fait un distinguo entre les «Français de cœur» et les «Français de papier».
«Dans le même bateau»
Depuis hier, beaucoup rappellent à Pécresse ses mots passés. L'expression «Français de papier» est une formule forgée dans les milieux nationalistes pour faire la distinction avec les «Français de souche». En 1995, en meeting à Carpentras, Jean-Marie Le Pen - oui, celui qui trouvait qu'il y avait trop de noirs en équipe de France - lançait à la foule : «Parviendrons-nous à faire des électeurs plus vite que l’immigration ou que les naturalisations ne parviennent à faire des Français de papier ?» Un peu plus loin dans le temps, il y a aussi les mots d'Édouard Drumont qui, dans son pamphlet antisémite La France juive, en 1886, décrit les juifs comme des «Français de nom et non de cœur».
Pécresse a donc beau jeu de critiquer aujourd'hui Rajoy après avoir participé à la diffusion de ses idées. La députée LFI Nadège Abomangoli, vice-présidente de l'Assemblée, le lui a d'ailleurs fait remarquer. «Vous êtes dans le même bateau que l’ancien Premier ministre espagnol raciste qui crache sur l’équipe de France», a écrit l'élue née en 1975 à Brazzaville, en rappelant à la présidente du conseil régional d'Île-de-France ses anciens mots. La VAR est formelle : ça joue.
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