Par A.L.
Bien sûr que non, Bernard Cazeneuve n’a pas rédigé 85 pages (!) de Lettre aux Françaises et aux Français pour «ajouter [son] nom à la liste des prétendants» pour 2027. Tout juste, «[sa] lettre dit le projet [qu’il soumet] aux Français et qui [l’]engage. C’est donc par un contrat qui [le] lie aux Français [qu’il] présente [sa] candidature, non par des habiletés tactiques, moins encore par la projection d’un "moi" de plus…», embrouille-t-il dans une interview au Parisien publiée hier. Une vraie-fausse annonce de candidature dans un flou cazeneuvien, qui s’accompagne au moins d’une information : il ne passera pas par la case primaire et ne demande pas le soutien du PS. «La vraie question est de savoir si on peut être encore [candidat] avec lui tel qu’il est et qu’il manœuvre.» Nous n’en saurons pas plus, et le suspense plane toujours.
Comment pourrait-on croire que le long document transmis aux rédactions la veille et rendu public ce matin par l’ancien Premier ministre est un pas de plus franchi vers une candidature à la présidentielle ? Après tout, ce document n’est jamais qu’un recueil de pensées sur l’état de la France, de son jeu politique et de son avenir, accompagné de propositions sur 30 sujets différents.
Cazeneuve se prend pour un tonton flingueur
Trêve d’ironie. L’ancien ministre de l’Intérieur de François Hollande semble bel et bien lancé sur la route de l’Élysée. Dans ce texte que d’aucuns pourraient facilement qualifier d’interminable, surtout lorsqu’il est rédigé dans un style très cazeneuvien, le patron de la Convention se pose en recours - «Si je peux être utile, je le serai» - dans une République qui «s’affaisse» après dix ans d’«ego-présidentialisme» macronien. Instabilité gouvernementale, État qui ne protège plus, présidence affaiblie : Cazeneuve se prend pour un tonton flingueur. Il «disperse» et «ventile» aussi LFI et le RN qui «se nourrissent l’un de l’autre».
Le ton est grave, l’heure aussi. «Les problèmes décrits dans ces pages ne se sont pas formés en un mandat. Ils ne se résoudront pas en un mandat», prévient-il. Mais il faut quand même y répondre, et l’ex-maire de Cherbourg veut bien s’y coller, à coups de formulations qui ont tout de celles d’un candidat : «Je veux», «Nous donnerons», «Il faudra». Pour ce qui est du fond, Cazeneuve voit large et aborde une kyrielle de sujets. Septennat présidentiel et proportionnelle aux législatives, réforme des retraites axée sur la durée de cotisation avec un retour à la loi Touraine, réindustrialisation appuyée sur le nucléaire, grand plan de rénovation thermique des bâtiments, aides ciblées pour les étudiants les plus précaires, tout y passe. Mais non, il n'est toujours pas officiellement candidat.
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