| | BARBOUT ? • Monique Barbut ira-t-elle au bout de sa logique ? La ministre de la Transition écologique avait dit publiquement son opposition au projet de loi d'urgence agricole, notamment du fait de la réintroduction de 2 insecticides interdits en France, dont l’acétamipride. Malgré la division des voix de la coalition gouvernementale au cours d’une séance houleuse à l'Assemblée, le texte a finalement été adopté hier soir. Conséquence : Barbut serait prête à démissionner en guise de protestation contre cette mesure voulue par la droite sénatoriale et adoubée par Matignon. Une dém' est même «le scénario le plus probable», avance son entourage auprès de TF1, évoquant un désaccord avec Sébastien Lecornu «sur le fond comme sur la forme». D'après Politico, la ministre a carrément «annoncé» sa décision dès «hier au Premier ministre et à ses équipes» - contactés, Matignon et l'entourage de Barbut ne nous ont pas encore répondu. Mais la ministre a annulé un point presse prévu à la mi-journée. Si elle devait être remplacée, son ou sa successeur(e) serait le/la 9e ministre de l'écologie d'Emmanuel Macron en un peu plus de 9 ans au pouvoir. Soit une moyenne d'un par an. Il y a quelques semaines, Barbut avait assuré qu'elle n'hésiterait pas à claquer la porte si le budget de son ministère était raboté. Une hypothèse qui semblait écartée ce week-end, la même se félicitant d'avoir finalement «obtenu plusieurs arbitrages importants», notamment une hausse du fonds vert de 163 millions € par rapport à l'an dernier (mais en baisse de 60% par rapport à 2024). C'est finalement l'autre éléphant dans la pièce qui aura cassé la vaisselle gouvernementale. | | Maud Bregeon et Monique Barbut. Photo Magali Cohen. Hans Lucas via AFP (2026) | DÉJÀ VU • Mais si elle était isolée au gouvernement sur le texte d'urgence agricole, notamment face à la ministre de l’Agriculture Annie Genevard (qui ne lui a pas demandé de ne pas démissionner, sur France Inter ce matin), Barbut est très loin de l'être dans le «socle commun». Parmi les groupes de la coalition au pouvoir, il a manqué 55 voix (29 pour et 26 abstentions) lors du vote d'hier soir. On compte 15 contre et 16 abstentions chez les macrono-attalistes d'EPR, 11 et 6 du côté du MoDem et même 3 et 4 dans les rangs Horizons. On peut même ajouter 4 contre et 11 abstentions venus des indépendants de Liot, qui sont plus ou moins des soutiens du gouvernement. Sans surprise, les groupes LR, RN et UDR d'Éric Ciotti se sont exprimés en faveur du texte. Sachant que le projet de loi a été adopté par 296 voix pour et 224 contre, 37 suffrages contre supplémentaires auraient conduit à son rejet. C'est donc encore une fois grâce à une alliance des voix de la droite et de l'extrême droite que l'exécutif a fait passer un texte pas exactement progressiste sur la question environnementale. Toujours aussi ~surprenant~ de la part d'un Président élu 2 fois pour faire barrage au RN et qui clamait vouloir «make our planet great again». Indéfectible macroniste, le député Pieyre-Alexandre Anglade a sans doute résumé le sentiment des siens en revendiquant sur X son opposition et «regrett[ant] l’adoption ce texte qui met en danger notre biodiversité au nom d’une vision court-termiste pour notre agriculture». | NI RESPONSABLE NI COUPABLE • Sans confirmer cette possible démission de Barbut, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon s'est montrée fort sceptique à ce sujet, sur France 2 ce matin. «Qu'on démissionne sur un arbitrage gouvernemental qu'on perd, on peut en débattre ; sur un vote au Parlement qui ne va pas dans notre sens, c'est à mon avis un peu plus complexe», a estimé la macrono-philippiste. Eh oui car, a-t-elle martelé, la dérogation sur l'acétamipride n'est vraiment pas la faute de l'exécutif. «Le gouvernement n'a jamais souhaité l'introduction de cette mesure, elle n'était pas dans le texte initial, elle n'était pas proposée par le gouvernement et elle n'a pas été introduite avec l'avis favorable du gouvernement.» Noooon, le gouvernement ne s'y est juste pas opposé alors qu'il aurait pu, en déposant lui-même ou en soutenant l'un des amendements de suppression de cette mesure portés par certains de ses députés, hier soir - ce que Lecornu a refusé de faire après avoir réuni les présidents de groupes de sa coalition dans l'après-midi. Bregeon se réfugie derrière l'idée que tenter de supprimer cet article aurait été «un manque de respect du Parlement» après l'accord en commission mixte paritaire. Et c'est vrai que ce n'est absolument pas le genre des gouvernements de Macron que de manquer de respect au Parlement… | | | IRRESPONSABLE ET COUPABLE • Ex-ministre de la Transition écologique, mais aussi déléguée à l'Agriculture, Agnès Pannier-Runacher ne partage clairement pas l'analyse de Bregeon. Redevenue simple députée, elle s'est abstenue sur le projet de loi d'urgence agricole, un choix qu'elle justifie sur France Info par le «passage en force du gouvernement sur la réintroduction des néonicotinoïdes». Le ton monte même d'un cran. Elle accuse Lecornu de «déni de démocratie» et d'être «sous la tutelle de la majorité LR du Sénat». «C'est un indice d'impuissance», dézingue-t-elle encore, visiblement remontée contre ce nouveau recul environnemental, qu'elle juge en totale contradiction avec les engagements du Premier ministre aux agriculteurs. Sans pour autant conseiller à Barbut de rester ou de démissionner, l'ancienne ministre prévient également que ce «type de passage en force est inquiétant» et «donne le sentiment» que tout le bilan macroniste en matière d'écologie part petit à petit à la poubelle verte. | DOPAGE RÉPUBLICAIN • Comment faire baisser le RN, alors qu'il ne cesse de progresser d'élection en élection ? La question obsède tous ses opposants, sans qu'aucun, ni à droite ni à gauche, n'ait trouvé la formule magique. Mais une étude relevée par Paul Cébille, rédacteur en chef d'Hexagone (un observatoire qui se donne pour mission de «compendre la France grâce aux chiffres»), apporte un élément de réponse aussi inattendu que d'actualité : le Tour de France. Selon cette étude de 2025, les communes traversées par les coureurs de la Grande Boucle verraient le vote RN reculer légèrement. Rien de spectaculaire mais la baisse est bien là : en 2022, on parle de -1,3 point pour l'extrême droite à la présidentielle et -1,7 aux législatives dans les villes où la caravane a distribué ses goodies et où Tadej Pogačar a fait traîner sa bicyclette. C'est toujours ça de pris mais ça ne semble pas suffisant pour inverser la tendance d'une extrême droite de plus en plus implantée. | | |
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