Voter RN est devenu une «évidence» pour LR
C'est une séquence de 3 minutes qui illustre parfaitement la dérive de la droite «républicaine» vers l'extrême droite. Le premier rôle y est tenu par Agnès Evren, brillamment secondée par un Pascal Praud qui lui donne la réplique avec le naturel qui fait son talent si unique, le tout évidemment sur la scène du plateau de CNEWS. La sénatrice et patronne de la fédé LR de Paris (la plus importante du parti de droite), aujourd'hui membre de l’équipe de campagne de Retailleau, a longtemps été identifiée comme une modérée à droite : elle fut entre autres proche de François Baroin, porte-parole de Nathalie Kosciusko-Morizet puis de Valérie Pécresse... Mais ses positions et propos se sont durcis au fil du temps, à l'unisson de son camp désespérément lancé à la poursuite du RN. Sur la chaîne bolloréenne hier, Praud commence donc par provoquer son invitée : «Si je vous pose une question pour [savoir] pour qui vous votez entre Mélenchon et Bardella, vous me répondrez pas, vous me direz ''je veux pas, gna gna gni, gna gna gna''. J'vous connais.» Ne faisant pas ce plaisir à l'ex-journaliste sportif, Evren prend au contraire une position très claire, tel le très conservateur François-Xavier Bellamy en 2024 : «Pour moi, le pire danger de ce pays, c'est Jean-Luc Mélenchon, qui est un parti de la haine, le parti racialiste, le parti communautariste, le parti antisémite. Et c'est évident qu'entre les 2, et comme beaucoup de Français, je peux voter Bardella. C'est une évidence !» Voilà qui suscite ce cri d'admiration du présentateur ultra-réac, ravi d'avoir obtenu cette décla : «Alors là je retire tout ce que j'ai dit ! […] Bravo pour votre sincérité.»
«Vous êtes en train de vriller !»
La sénatrice LR est encouragée par tout le plateau de la chaîne d'extrême droite, notamment Charlotte d'Ornellas, ex de Valeurs Actuelles aujourd'hui au JDD bollorisé. Cette dernière se désespère qu'on en soit «encore là», en France en 2026, à demander à des élus de choisir entre le RN et LFI, alors que la réponse est selon elle si évidente que la question ne se pose même pas. Evren approuve et se lâche encore un peu plus. Après avoir estimé que «toute la droite réunie» représente 70% des électeurs de ce pays (RN et LR confondus dans la même famille idéologique, donc), elle balance : «N'importe quel électeur de droite aujourd'hui, entre Mélenchon et Bardella, il vote Bardella ! C'est d'une telle évidence, faut arrêter de se mentir ! On a l'impression qu'on redécouvre la lune.» Ne tenant plus en place sur sa chaise devant un tel alignement avec ce que prône sa chaîne, Praud jubile : «Faites attention à vous madame Evren, faites très attention à ce que vous dites, vous êtes en train de vriller ! Chez LR, personne n'a dit ça quasiment.» Toujours sur sa lancée, l'élue parisienne conclut d'une tirade finale : «Y'a 11,5 millions d'électeurs qui ont voté pour le RN. Est-ce qu'il y a 11,5 millions de fachos et de racistes en France ? Non, je ne pense pas, je ne pense pas qu'il y ait un péril fasciste en France. Je pense juste qu'il y a des Français qui veulent plus de radicalité, qui en effet ne veulent pas d'eau tiède.» Ou comment l'une des principales cadres de droite valide de bout en bout la rhétorique et la stratégie de l'union avec l'extrême droite.
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