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CHEZ POL 6 JUILLET




#Crabes #Crachat #Pétanque #Rétine #Penchants
Chez Pol n°1756 - Réservé aux abonnés Libé



Bonjour, nous sommes le 6 juillet et c'est le bon jour pour être à ça de stresser.

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Mais alors juste un peu. Photo Kenzo Tribouillard. AFP (2026)

AU COMPTOIR Le Pen cite le Chant des Partisans et rencontre évidemment une forte résistance ; Thierry Breton rembarre Bayrou ; et ce dirigeant PS rêve d'une UMP de gauche

PASSION ARCHIVES Philippe fait du Balladur sur le fond et du Macron sur la forme

VU DU PERCHOIR Le PS ne vit pas ensemble mais meurt ensemble

LE MOT «Juger»

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI Macron succède à Sarkozy

L'ADDITION Jouons avec l'IA

JEAN MOULIN, AU SECOURS ! • La mode printemps-été 2026 est à la réappropriation des mots de l'adversaire. Après les insoumis qui ont scandé «on est chez nous» lors du meeting de Jean-Luc Mélenchon à Saint-Denis, voici Marine Le Pen qui pioche dans un classique de la gauche. En conclusion de son meeting à Liévin hier et alors qu'elle saura demain si elle reste inéligible, elle a cité le Chant des partisans pour adouber Jordan Bardella : «Ami, si tu tombes, un ami sort de l'ombre à ta place.» La récupération de cette chanson, hymne de la Résistance écrit en 1943, par l'extrême droite a évidemment fait bondir à gauche. «Le Pen, héritière en ligne directe des fondateurs d'un parti issu de la collaboration avec le nazisme, se permet de détourner misérablement le Chant des partisans. C'est un outrage, un crachat», a pesté l'écolo Benjamin Lucas. «Les partisans [...] se battaient contre les ordures qui fondèrent le FN, avant qu'il ne devienne RN...», a rappelé Anthony Gonçalves, adjoint PCF à la mairie de Marseille. Mais le malaise a largement débordé des frontières de la gauche. «Laissez le Chant des Partisans tranquille», a réagi la philippiste Nathalie Loiseau. Et l'eurodéputée, qui a flirté dans sa jeunesse avec l'extrême droite, d'ajouter : «Mon père était résistant et je n'oserais pas comparer mon courage au sien. Votre père a fondé le parti qu'il vous a légué avec d'anciens SS. N'imaginez pas qu'on a oublié.»

Eh, imagine la tête des fondateurs du parti quand j'ai cité le Chant des partisans. Photo Bastien Ohier. Hans Lucas. AFP (2026)

C'EST NON • Mais qui écoute encore François Bayrou ? Revenu sur la scène médiatique après une courte mise en retrait post-départ de Matignon et perte de la mairie de Pau, le centriste semble plus que jamais prêcher dans le désert. Et pas juste quand il parle de la dette. La semaine dernière, il vantait ainsi en long, en large et en travers une possible candidature à la présidentielle de Thierry Breton. Problème : l'ex-Commissaire européen n'est pas chaud du tout. Il l'a dit hier sur BFMTV : «Moi, je suis là où je suis, ce n'est pas la question du tout.» L'ex-PDG d'Atos et de France Telecom a toutefois ajouté : «La question qui est posée, à juste titre, par Bayrou, c'est quel type de profil [pour le futur Président].» Mais ce ne sera donc pas lui, qui juge par ailleurs que «les Français ne sont pas du tout encore dans la campagne présidentielle», focalisés sur «leurs préoccupations quotidiennes». Transmis à qui de droit / Est-ce à dire que Bayrou serait déconnecté ? 

GAME OVER • Candidat à la présidentielle depuis bientôt 2 ans, Édouard Philippe voulait faire de son meeting d'hier le «lancement officiel de [sa] campagne». Il était temps. Et pour ses soutiens, l'effet libérateur est à la hauteur de l'attente. Dans le Parisien, l'ex-ministre Charlotte Parmentier-Lecocq se montre ainsi pleine de confiance face au rival Gabriel Attal qui, quant à lui, a ~tout naturellement~ passé son dimanche au Mondial de pétanque à Marseille, où il a tenté de faire comme les Marseillais. «C’est nous qui sommes en train de plier le match», affirme donc déjà Parmentier-Lecocq. La partie vient pourtant à peine de commencer. La peau, l'ours, tout ça…

C'est à la fin de la foire qu'on compte les boules. Photo Thibaud Moritz. AFP (2026)

ON SE SENT MOINS SEUL AU PLURIEL • La gauche non-mélenchoniste est aujourd'hui un panier de crabes dans lequel socialistes, écolos et communistes se marchent dessus. Et ne se mettent que rarement d'accord. Au PS, on n'a peut-être plus beaucoup de militants mais on a des idées. Comme celle du secrétaire général du PS, Pierre Jouvet, pour dépasser ce joyeux bololo : créer un «grand parti de la social-écologie» qui regrouperait tout ce beau monde dans un même bateau, comme le rapporte l'Opinion. Une sorte d'UMP - ce parti créé par Jacques Chirac pour regrouper le RPR et l'UDF après la présidentielle de 2002 - de gauche. «Quand le PS était fort, il l’était parce qu’à sa droite, il y avait Dominique Strauss-Kahn et à sa gauche, Jean-Luc Mélenchon, a développé le bras droit d'Olivier Faure au Festival des idées à la Charité-sur-Loire. Il y avait Gérard Filoche d’un côté et Jean-Marie Bockel de l’autre, et ça débattait.» Voilà qui donnera, une nouvelle fois, du grain à moudre à l'aile droite social-démocrate du parti à la rose, toujours prompte à dénoncer l'effacement du PS sous Faure.

Incroyable mais vrai. Photos DR.

#Édouard1995

Voilà un mois et demi qu'Attal et son camp, se rêvant en Jacques Chirac 30 ans après, comparent cruellement Philippe à un autre Édouard, Balladur évidemment. Un parallèle facile pour 1) moquer la personnalité (et la campagne) supposément chiante et coincée du maire du Havre et 2) lui promettre une défaite humiliante, lui qui a aujourd'hui une certaine avance dans les sondages. Cette image, Philippe et les siens ont évidemment tout fait pour ne pas la laisser s'imprimer dans la rétine des Français. Des efforts étonnamment contrebalancés par le choix du premier slogan de campagne de «Doudou», dévoilé à la fin de son meeting parisien, hier : «Croire en nous.»

Concluant un discours volontairement «optimiste» et symbole d'une «campagne massivement joyeuse», l'ex-Premier ministre a voulu soulever la salle avec cette tirade enflammée : «Rien, absolument rien ne me fera perdre foi en mon pays. La France n'est pas condamnée. […] Le destin de la France est encore dans les mains des Français. [...] Alors oui, dans ce moment décisif, je vous appelle à croire en la France [...]. Je vous appelle à croire en ce que nous pouvons faire ensemble. Je vous appelle à croire en nous !» C'est beau.

Balladur sur le fond, Macron sur la forme

C'est même beau comme... du Balladur. En 1995, celui qui était aussi favori des sondages face à Chirac avait choisi comme slogan «Croire en la France». Un fascicule de campagne, appelant à rejoindre le comité pour la candidature du Premier ministre d'alors, comprenait cette citation du candidat : «Nous devons convaincre les Français de croire en la France et de bâtir ensemble le nouvel exemple français.»

Alors certes, personne n'a le monopole de la croyance en la France. Et les codes graphiques ont (heureusement) changé depuis le siècle dernier. Mais on a vu manière plus habile de se dissocier de quelqu'un que de reprendre ses mots d'ordre. Et dans le cas de Philippe, cela vaut aussi pour Emmanuel Macron. Il ne cesse de prendre le Président en contre-exemple et pourtant, son meeting a commencé par la diffusion d’un visuel aux accents très «Macron 2022» : le visage du candidat au-dessus de la mention «Avec Édouard» en bleu et rouge sur fond blanc écru. Proche, très proche de l'imagerie macronienne et notamment du «Avec vous» sur lequel le Président sortant avait fait campagne pour sa réélection.

Que celui qui n'a jamais été seul, au moins une fois au PS, lui jette la première pierre. Photo Adnan Farzat. NurPhoto via AFP (2026)

On vit pas ensemble, on meurt ensemble

Existe-t-il au PS un seul sujet qui fasse consensus ? Tout y semble prétexte à un nouveau déchirement. Ce lundi va en offrir un énième exemple avec le vote sur la motion de censure déposée par les écolos. Et alors que les députés du groupe présidé par Boris Vallaud n'ont pas officiellement acté leur position (même si une tendance à la non-censure se dessine), Olivier Faure n'a pas attendu la délibération collective pour annoncer son move solitaire.

Au Parisien, dès hier soir, le Premier secrétaire du PS a fait savoir qu'il voterait la motion, estimant nécessaire d'adresser «un avertissement clair» au gouvernement sur «l'inaction climatique». «Le défi écologique est relativisé et les crédits qui lui sont destinés sont systématiquement rabotés», déplore Faure, dénonçant «une impréparation coupable de ce gouvernement, comme des précédents». Un message lancé aux partisans de l'union de la gauche non-mélenchoniste, à quelques jours du vote des militants PS sur leur stratégie présidentielle jeudi ? Toujours est-il que cette motion n'a aucune chance de passer, le RN ayant annoncé qu'il ne ferait pas tomber cette fois-ci le gouvernement Lecornu avec la gauche.

Le Premier ministre avait de toute façon mis toutes les chances de son côté pour conserver son bureau à Matignon. Dans un courrier adressé hier aux députés socialistes, le chef du gouvernement a tenté de les amadouer en répondant partiellement à leurs demandes : inscription au Sénat d'une proposition de loi sur l'adaptation au changement climatique, mais niet sur la hausse du Fonds vert. Il a par ailleurs appelé le groupe de Boris Vallaud à «continuer à construire des compromis utiles» avec son gouvernement «plutôt que d'ajouter le désordre politique aux difficultés du pays»

Il paraît que le RN a changé. Qu'il n'est plus ce parti d'extrême droite raciste et antisémite. «Ce n'est plus le FN de Jean-Marie Le Pen», peut-on entendre de la bouche d'éminents élus, journalistes, sondeurs et autres observateurs censément avertis de la politique française d'hier et d'aujourd'hui. Chaque jour ou presque pourtant, les faits leur donnent tort - encore faut-il accepter de les voir - et Libé les documente scrupuleusement. D'ailleurs, au RN, certains revendiquent crânement l'héritage du père Le Pen. Ce fut le cas à l'occasion du colloque célébrant les 50 ans du parti, organisé en 2022 à l'Assemblée, ou dans les hommages après la mort du patriarche, où rien ou presque du passé lepéniste ne fut renié. C'est encore le cas aujourd'hui. Julien Sanchez, directeur de la dernière campagne municipale et de la future campagne présidentielle, qu'elle soit menée par Bardella ou Le Pen, l'assume ainsi parfaitement auprès du Parisien : «J’ai adhéré pour Jean-Marie Le Pen.» L’homme a même longtemps animé le «Journal de bord» vidéo où Le Pen laissait libre cours à tous ses pires penchants. «Je comprends qu'il y ait des gens qui le détestent, mais c'était un type qui avait des qualités d'orateur comme il n'y en a pas beaucoup», réhabilite le vice-président du parti, avant d'éluder sur les innombrables propos racistes, antisémites ou négationnistes pour lesquels le fondateur du RN a été condamné : «Ce ne sont pas des propos que je cautionne. Mais un jeune de 20 ans n'a pas à juger un homme de 80 ans.» Et ce n'est pas à 43 ans, dont 26 de carte à la flamme, que Sanchez va commencer une carrière de dénonciateur de celui dont il reste admiratif. Élu eurodéputé en 2024, ce haut cadre RN est censé symboliser le renouveau du parti, depuis son élection à la mairie de Beaucaire en 2014, où sa gestion a été catastrophique. Et il défend encore aujourd'hui l'indéfendable. C'est dire, on y revient, si le parti a changé.

• Assemblée, dès 14h Ça faisait un bail que les députés ne s'étaient pas prononcés sur une motion de censure. Ils le feront cet après-midi à l'initiative des écolos. Mais Lecornu peut, semble-t-il, dormir sur ses deux oreilles. Ensuite, le projet de loi Ripost revient dans l'hémicycle.

• Syrie Sur le chemin du sommet de l’Otan qui débute demain en Turquie, Macron devrait s’arrêter à Damas. Un déplacement tenu secret jusqu’au dernier moment pour raisons de sécurité, mais probablement aussi pour ne pas susciter de controverse. Premier chef d’État occidental à se rendre en Syrie depuis le renversement du régime de Bachar al-Assad en 2024, il sera reçu par le président intérimaire Ahmed al-Charaa (qui avait été accueilli en mai 2025 à l’Élysée pour sa première visite dans un pays européen). C’est aussi la première visite d’un président français en Syrie depuis celle de Nicolas Sarkozy en 2008.

On termine avec notre jeu du jour. Complétez cette phrase du député macroniste Denis Masséglia : «Avec l'IA, un député pourrait facilement _____» 

• «être plus productif»
• «faire n'importe quoi»
«bloquer l'Assemblée»
• «se passer de collaborateurs»
• «ajuster ses propositions de loi»
• «dévoiler des infos confidentielles»
 

Pour jouer, cliquez sur ce qui vous semble être la bonne réponse ci-dessus. 


C'est bien ça !

C'est ce que dit Masséglia à l'Express.

Et enfin, les résultats de notre jeu de vendredi. En effet, c'est bien Natacha Polony qui ne ferme pas la porte à une éventuelle candidature à l'Élysée. Et non Éric Naulleau, autre ex-chroniqueur d'On n'est pas couché. Du moins, pour l'instant.

Sur ce, bonne journée👋. Et à demain sur les routes de l'info.


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