Le Pen est donc candidate à la présidentielle malgré une condamnation pour détournement de fonds publics (oh rien du tout, 2,8 millions €) confirmée en appel, hier. Et ce n’est pas à elle-même qu’elle le doit. Car tout ce que la leader d’extrême droite a toujours pu dire, au sujet de la justice et plus particulièrement du rapport des élus à cette dernière, aurait dû l’en empêcher. L’ironie est cruelle et à tous les étages.
Et d’abord dans le fait que c’est bien l’exécution provisoire de son inéligibilité, prononcée en première instance, qui la rend éligible pour 2027, cette peine (ramenée à 15 mois en appel) ayant déjà été purgée. Il y a un an, le RN livrait la «justice politique» à la vindicte populaire pour cette décision. «Je suis éliminée» et «des millions de Français vont être privés de [...] la favorite de l’élection», avait estimé Le Pen, pour qui «l’État de droit [avait] été totalement violé». «C’est la démocratie française qui est exécutée», avait renchéri Jordan Bardella. C’est au contraire ce qui assure la survie politique de sa cheffe bien aimée.
Merci la «justice laxiste»
De même, Le Pen peut se réjouir de ne pas aller en prison, puisqu’elle est condamnée à 3 ans dont 1 ferme aménageable sous bracelet électronique. Ce qui n’aurait pas été possible si elle avait été au pouvoir, du moins si l’on en croit ses propres promesses. Pas plus tard qu’en 2022, elle considérait que seuls «deux types de peines peuvent être compris par les délinquants et les criminels : les amendes et la prison ferme». Elle s’engageait même à «supprimer toute possibilité de réduction et d’aménagements de peine» car «c’est considéré par les délinquants comme l’impunité totale».
La candidate du RN pourrait d’ailleurs ne porter son bracelet - avec lequel elle semble prête à faire campagne contrairement à ce qu’elle a répété ces derniers mois - que quelques mois : elle pourra solliciter jusqu’à la moitié de sa peine en réductions devant un juge d’application des peines. Le tout, comme le rappelle cet avocat, constitue l’héritage de 3 des ministres de la Justice les plus honnis par le parti lepéniste (et réciproquement) : Christiane Taubira, Nicole Belloubet et Éric Dupond-Moretti. Merci la «justice laxiste».
«Respecter la démocratie, c’est ne pas voler l’argent des Français»
La candidature de Le Pen malgré une condamnation judiciaire vient aussi contredire des décennies de discours du FN devenu RN sur la probité des élus. N’est-ce pas la cheffe des députés lepénistes elle-même qui, alors patronne du FN en 2013, réclamait l’inéligibilité «à vie» des élus «condamnés pour des faits commis grâce ou à l’occasion de leur mandat», citant spécifiquement le cas du «détournement de fonds publics» ? De même, est-il nécessaire de rappeler que Le Pen comme Bardella estimaient encore très récemment qu’on ne peut décemment pas être candidat RN à une élection avec un casier judiciaire rempli ? Rappelons-le tout de même.
Et puis, voir le parti qui dénonce avec une démagogie et un populisme infinis le «tous pourris», se gargarisant de garder «la tête haute et les mains propres», représenté par une délinquante avérée, franchement... La version passée de Le Pen herself réclamerait un minimum de décence. On se contentera d’un seul exemple parmi des dizaines à disposition. En 2004, réagissant à la condamnation d’Alain Juppé à 10 ans d’inéligibilité dans l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris, la fille de Jean-Marie Le Pen faisait son grand numéro : «Tout le monde a piqué de l’argent dans la caisse, sauf le FN. Et on trouve ça normal ? […] Les Français en ont marre de voir des élus qui détournent l’argent, c’est scandaleux. […] Respecter la démocratie, c’est ne pas voler l’argent des Français.» À qui le dit-elle.
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