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CHEZ POL 9 JUILLET

 




#Casserolade #Chauvinisme #Dahu #Tollé #Chat
Chez Pol n°1759 - Réservé aux abonnés Libé

Bonjour, nous sommes le 8 juillet et c'est le bon jour pour passer une étape.

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Partenaires particuliers. Photo Denis Allard. Libération (2026)

AU COMPTOIR Le Pen en pleine fillonisation, Attal saute sur tous les ballons contre Philippe et ce raout du jeudi soir vous donne un aperçu de «l'union des droites»

VU DU PERCHOIR La gauche à l'attaque contre le Défenseur des droits voulu par Macron

LE CHIFFRE 2/10

VOST On n'y pourvoit toujours pas clair après la condamnation de Le Pen

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI Suite mais sans doute pas fin du psychodrame au PS

L'ADDITION Jouons avec les voyages

FILIATION • La fillonisation de Marine Le Pen est en marche. Candidate à la présidentielle malgré sa double condamnation pour détournement de fonds publics, la leader d'extrême droite s'est attaché les services de l’ancien avocat de François Fillon pour son pourvoi en cassation, comme l'a révélé Libé. Et chacun de ses déplacements de campagne risque de tourner en casserolade, comme à la grande époque de 2017. Ce fut le cas, dès hier, pour la première apparition publique commune de Le Pen et Jordan Bardella depuis la décision de la cour d'appel, dans la nouvelle ville RN de La Flèche, dans la Sarthe... territoire filloniste s’il en est. Des militants de gauche y ont bruyamment manifesté sur le thème du manque de probité de la candidate RN, scandant entre autres «Pas de délinquants au gouvernement», «Rends l’argent» ou la traitant de «voleuse». Pas de quoi impressionner le clan Le Pen. Son beau-frère et principal conseiller, Philippe Olivier, dit dans le Parisien tout son mépris pour ces opposants : «Il y a 80 boomers, des gueulards crasseux.» «Bien joué Marine, ils l’ont dans le fion !», s’est réjoui un militant RN sous le regard gêné de son idole. Cette campagne s'ouvre vraiment sous les meilleurs auspices.

Attention, un délinquant peut en cacher un autre. Photo Martin Bureau. AFP (2017)

L’IMPORTANT, C’EST LES 3 POINTS DANS LES SONDAGES • Une présidentielle, c'est comme une Coupe du monde. En fait non, pas du tout. Mais les deux peuvent se jouer sur des détails. Et ça, certains candidats l'ont bien compris, quitte à aller un peu loin en la matière. Sur RTL ce matin, Gabriel Attal se voit demander son pronostic pour le quart de finale France-Maroc de ce soir. Verdict de l'ex-Premier ministre : 2-1 pour les Bleus. Le candidat Renaissance ajoute : «Je pense que la France va gagner. Et je pense qu'elle va gagner cette Coupe du monde.» On peut voir dans cette dernière phrase une simple marque d'engouement sportif et de chauvinisme bon teint, comme chaque mois de juillet tous les 4 ans. Ou bien on peut y voir un message très politique et à peine voilé. Même micro, même heure, mercredi dernier : Édouard Philippe est interrogé sur Didier Deschamps avant le match contre le Paraguay. Le candidat Horizons, principal concurrent d'Attal à ce stade (tous deux prétendant faire campagne avec «optimisme»), répond avec son goût légendaire pour la modération : «C'est un sacré sélectionneur d'une équipe de France qui est impressionnante - ça veut pas dire qu'elle va aller au bout.» Xavier Bertrand y avait vu une occasion de récupérer quelques intentions de vote : «Avec ce genre d’état d’esprit, on ne gagne jamais. Contrairement à Philippe, je crois aux Bleus !» Et Attal choisit aussi cette option tactique.

LES DÉMONS DE LA NUIT • Faire de la politique est une gageure, une souffrance aussi parfois. Ce soir, la France et une bonne partie du monde auront les yeux rivés sur le quart de finale de la Coupe du monde. Mais certains élus vont, eux, participer à La nuit de la liberté, raout organisé par l'Institut pour le Progrès, think tank présidé par Michael Miguères. Ce dernier est un ancien élu LR proche, aujourd'hui, du Milei de la Riviera, aka David Lisnard. La fine fleur des libertariens français sera présente. Lisnard, évidemment, mais également Guillaume Kasbarian, lui aussi fan de Milei mais également d'Elon Musk. L'ancien ministre du Logement n'est apparemment pas gêné de partager l'affiche avec Sarah Knafo, Charles Alloncle ou encore Christophe Gomart, cet eurodéputé LR mais soutien d'Éric Ciotti et qui accepterait, si la proposition lui était faite, de devenir ministre des Armées d'un gouvernement RN. Kasbarian n'est pas le seul macroniste visiblement perdu - ou au contraire en plein élément naturel - au milieu de l'extrême droite : les députés Renaissance Charles Rodwell et Hervé Berville seront également de la partie. Pas mal, surtout pour ce dernier qui faisait partie du dahu de la politique française, la fameuse «aile gauche» de la macronie. 

Le dîner du jeudi soir. DR

Un défenseur pas très rassurant. Photo Thibaud Moritz. AFP (2025)

Buffet n'a pas Toubon

Par S.T. et E.B.

Après avoir été élu en 2017 puis en 2022 contre l'extrême droite grâce au front républicain, Macron continue de donner des gages à la gauche. Ah non, pardon, on déconne. Le Président continue surtout d'offrir de petites douceurs à la droite, parfois la plus conservatrice. Comme avec sa proposition, officialisée mardi soir sans plus de justification, de nommer François-Noël Buffet comme Défenseur des droits, pour succéder à Claire Hédon dont le mandat s'achève.

«C'est fou cette proposition», hallucine la députée communiste Elsa Faucillon auprès de Chez Pol. «Mettre un LR à ce poste, dans la période, c'est pour le moins contre-intuitif», euphémise son collègue écolo Jérémie Iordanoff. Tous deux membres de la commission des Lois de l'Assemblée, ils participeront la semaine prochaine à l'audition du sénateur LR au profil ultra-réac (anti-mariage pour tous, opposé à l'extension de la PMA à toutes les femmes, puis à la constitutionnalisation de l'IVG, et partisan de la suppression ou a minima d'une réduction de l'AME). Et surtout au vote qui s'en suivra. «On va tout faire pour bloquer sa nomination. On a besoin de contre-pouvoirs. Même quand on est de droite, même quand on est conservateur, si on est républicain on sait que les contre-pouvoirs sont essentiels à la survie de notre démocratie. En tout cas, c'est ce que j'espère», confie la verte Sandra Regol. Sauf que pour retoquer la nomination de Buffet, il faut que trois cinquièmes des membres des commissions des Lois de l'Assemblée et du Sénat s'y opposent. Or le nom de Buffet est issu d'un deal entre la macronie et la chambre haute à majorité LR en échange de celle d'Emmanuel Moulin à la Banque de France, selon les Echos.

Zéro suspense

Même au sein de la macronie, le profil de Buffet ne passe pas pour tout le monde. «Je ne peux pas soutenir cette candidature», nous indique le député EPR Guillaume Gouffier Valente, soutien d'Élisabeth Borne. «C'est une erreur de penser comme un deal politique la nomination du Défenseur des droits, qui doit incarner la neutralité et l'impartialité», juge l'élu, estimant que le sénateur LR «ne présente pas les garanties» nécessaires en la matière. Gouffier Valente considère que les positions de Buffet - notamment sur l'IVG ou l'AME - ne sont pas compatibles avec le poste : «Ce ne sont pas des positions d'il y a 10 ans de quelqu'un qui aurait pu évoluer. Ce sont celles du groupe LR au Sénat actuellement et de son candidat à la présidentielle, Bruno Retailleau.»

Pas de quoi mettre en danger cette nomination. «Si Renaissance, le RN et la droite votent et sont mobilisés, ça va passer mais c'est un mauvais signal pour les droits», alerte la socialiste Marietta Karamanli, qui sera la responsable des roses sur le sujet. «Il y aura de vifs débats mais il sera confirmé largement, surtout si le RN valide», regrette l'élu Liot Harold Huwart, lui aussi membre de la commission concernée et pour qui les comptes sont clairement bons pour Macron et Buffet. «N'oublions pas qu'il y a 400 députés de droite dans cette législature, poursuit-il, englobant LR, le RN et les ciottistes. C'est un tournant. Buffet va devoir s'expliquer sur certaines prises de position. Le Président le propose pour un poste nouveau, celui de liquidateur des droits.» Au-delà du Parlement, la nomination a soulevé un tollé dans la société civile, de la CGT à l'Inter-LGBT en passant par la Ligue des droits de l'homme. Et peu imaginent Buffet muer en progressiste comme l'avait fait Jacques Toubon.

Non, ce n'est pas la note qu'on attribuerait à Macron pour l'ensemble de son œuvre. C'est le nombre d'interviews du 14 Juillet données par le Président en 2 quinquennats. Il l'avait fait en 2020 (en pleine pandémie de Covid) et en 2022 (juste après sa réélection). Mais pour sa toute dernière fête nationale en tant que chef de l'État, la semaine prochaine, il ne va pas changer ses mauvaises habitudes avec la presse, comme l'ont révélé Ouest-France et la Tribune dimanche. S'il ne prendra donc pas la parole à l'issue du défilé militaire sur les Champs-Élysées, pour lequel il a convié cette année une trentaine de chefs d'État et de gouvernement, Macron ne restera pas pour autant un grand muet. Le 13, il prononcera, comme chaque année, son discours aux Armées depuis l'hôtel de Brienne. Et il devrait également s'exprimer lors d'un point presse après avoir réuni la Coalition des volontaires, ces pays qui soutiennent l'effort de guerre en Ukraine. 

Laissons la justice faire son travail, de toute façon on n'y comprend rien

Sans trop chercher, nous avons donc trouvé plus incompréhensible que les règles de la Fifa concernant les cartons jaunes et rouges. ou que la démocratie interne au PS [voir Ça arrive aujourd'hui ⬇️]. Il s'agit bien évidemment du droit français et plus précisément des règles applicables à Le Pen, condamnée en appel - on a tendance à l'oublier - à 3 ans de prison pour détournement de fonds publics. Mais la députée RN ayant décidé de se pourvoir en cassation, on ne sait plus très bien où on en est. Et ce flou amplifie les affrontements politiques.

Hier, le député Renaissance Marc Ferracci a nommément visé Le Pen en la qualifiant de «délinquante récidiviste». Ce proche de Macron faisait référence à la condamnation définitive du micro-parti de Le Pen, Jeanne, pour escroquerie, et du RN pour recel d’abus de biens sociaux, dans l'affaire dite des faux kits de campagne. L'attaque de Ferracci n'a évidemment pas plu au RN qui s'échine depuis mardi à expliquer que Marine lé innocente puisque son parcours juridique n'est pas terminé. «C'est honteux de bafouer l'État de droit comme vous le faites», a sèchement répondu à Ferracci le porte-parole des députés RN, Thomas Ménagé. Avant de répéter ce mantra : «Le Pen est surtout présumée innocente.»

«Présomption de Schrödinger»

Est-ce vrai ? Nos copains de Checknews ont tenté de répondre à cette question et la réponse est : Oui mais… Le pourvoi en cassation suspend l'arrêt de la cour d'appel. Juridiquement, Le Pen est donc bien «présumée innocente». Elle sera définitivement coupable si la cour rejette ce pourvoi. Si elle casse l'arrêt et renvoie l'affaire devant la cour d'appel, MLP restera présumée innocente, dans l'attente d'un 3e jugement. Le «mais» est toutefois important. D'après le juriste Nicolas Hervieu, on est en présence d’une «présomption de Schrödinger», en référence au chat du physicien qui, dans une expérience célèbre, est à la fois mort et vivant. On s'épargne un résumé plus précis, un sujet compliqué à la fois, merci pour nous. Mais à gros traits, les adversaires du RN peuvent «affirmer qu’elle est coupable» car 2 décisions de justice consécutives l'ont reconnue ainsi.

Autre point qui n'est pas clair du tout : est-ce que Le Pen redevient éligible ? Là encore, Checknews s'est penché sur le sujet. Certains magistrats estiment que du fait du pourvoi suspensif, la peine en première instance s'applique. Et donc que MLP est inéligible, puisqu’elle avait alors été frappée de 5 ans d'inéligibilité (contre 15 mois en appel). D'autres considèrent l'inverse. Même la jurisprudence est obscure puisque le Conseil d'État a jugé, en 2019 et 2022, 2 cas similaires sur la suspension ou non de l'inéligibilité du fait d’un pourvoi en cassation. Et, on vous le donne en mille : les 2 décisions sont différentes. Sur France inter ce matin, Rémy Heitz, procureur général près la Cour de cassation, a toutefois semblé clore le débat en voyant «un raisonnement infondé» dans le fait de dire que le jugement de première instance s'applique.

Cela nous promet une campagne apaisée (non) puisque cette question ne pourra être tranchée que par la Cour de cassation, au plus tard début avril 2027, ou le Conseil constitutionnel, au moment d’enregistrer les candidatures pour l’élection. C'est beau, n'est-ce pas ? C'est le droit français. Il faut donc attendre et accepter que, d'ici-là, chaque camp défende sa position.

• Élysée, depuis 9h Aurore Bergé présente en conseil des ministres son «projet de loi de cohésion républicaine par la lutte contre le racisme et l'antisémitisme», comprenant 10 articles. Avec pour objectif un examen au Sénat «dès octobre» et une adoption définitive «avant la fin de l'année». Le texte a été élaboré après le retrait en avril de la très contestée proposition de loi de la députée macroniste Caroline Yadan. Après le conseil, Macron filera dans les Pyrénées pour assister à la première étape de montagne du Tour de France.

• France, dès 17h Après des mois d'atermoiements, le PS passe à un premier vote pour sortir de ses querelles intestines sur la campagne présidentielle. Ses militants sont appelés à déterminer le périmètre de la primaire de l'espace socialiste, question sur laquelle Faure et ses opposants se déchirent. Résultat vers 22h.

• Avignon, 20h Après Villepin et Bertrand (et avant Tondelier, Autain et Ruffin), c'est au tour de Mélenchon d'être l'invité du Festival Off d'Avignon. En plein France-Maroc, le candidat insoumis (né à Tanger) sera interrogé sur son projet en matière de politique culturelle.



On termine avec notre jeu du jour. Où Lecornu va-t-il effectuer son premier déplacement de Premier ministre à l'étranger ? 

• À Dubaï
• Au Qatar
• Au Maroc
• En Russie
• En Argentine
• Aux États-Unis
 

Pour jouer, cliquez sur ce qui vous semble être la bonne réponse ci-dessus. 


C'est bien ça !

Mi-juillet, Lecornu et 12 ministres iront au Maroc, rapporte le Figaro.

 
 


 



Et enfin, les résultats de notre jeu d'hier. En effet, un promoteur a bien avancé comme argument pour vendre à Hollande un local de campagne dans le XIVe arrondissement : «C'est à 2 pas de chez vous, vous n'aurez même pas besoin de prendre le scooter.» Et non que «la boulangerie du coin fait les meilleurs Kouign-amann de Paris».

Sur ce, bonne journée et allez les Bleus👋. Et à demain sur les routes de l'info.





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