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La Grèce antique, de la nuit des temps aux écrans de cinéma à l’été 2026

«L’odyssée», de Christopher Nolan, a divisé les critiques en deux camps opposés, mais l’essentiel est ailleurs.

L’auteur est titulaire d’un doctorat en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Essayiste, il a publié, entre autres, La camera obscura du postmodernisme (L’Hexagone) et Pourquoi je n’écris pas d’essais postmodernes (Liber). Il a aussi collaboré au recueil collectif Mythologies québécoises (Nota Bene).

Le film le plus controversé de l’été 2026 est sans nul doute L’odyssée (v.f. de The Odyssey), les critiques de cinéma de partout dans le monde s’étant divisés en deux camps diamétralement opposés, soit pour le consacrer, soit pour le massacrer.

 Christopher Nolan est probablement le réalisateur américano-britannique qui bénéficie, de nos jours, du financement le plus faramineux pour pouvoir tourner tous ses films en temps rapproché.

Après le flamboyant Oppenheimer, en 2023, il a vite repris son souffle pour scénariser à sa manière la célébrissime œuvre d’Homère. 

Qui aurait cru que le réalisateur du film The Dark Knight aboutirait au « personnage » cinématographique d’Ulysse? Car c’est bien de cela qu’il s’agit : ne pas faire ce qu’on attendait qu’il fasse. 

Ce qui est fréquent chez Nolan, c’est qu’on ne sait pas quoi penser d’un film qui vient de sortir en salle, et qu’il faut revoir pour s’en faire une idée. Le cas d’Inception en est le paradigme par son usage des technologies cinématographiques les plus avancées du début du XXIe siècle, comme on peut se référer aux techniques d’écriture romanesques d’un James Joyce, entre autres dans son roman Ulysse. Dans Inception, le personnage principal assiste au suicide de sa femme, qui se jette devant ses yeux de la fenêtre en hauteur d’un immeuble, mais qui reviendra le hanter comme si elle était toujours vivante. Usant de retours en arrière comme aucun cinéaste avant lui, il magnifie l’émotion de ce couple face à ses très jeunes enfants abandonnés.

C’est d’ailleurs ce que ses détracteurs vont reprocher à son mémorable Interstellar : ils déploreront que Nolan fasse, selon eux, larmoyer à outrance ses astronautes dans les espaces intersidéraux. Pourtant, la relation entre un père et sa très jeune fille est d’une grande tendresse et sera au cœur du scénario : le premier, qui part pour une mission dangereuse dont il ne reviendra pas, et sa fille, devenue une scientifique, qui l’attendra en vain, est à la base de séquences et de dialogues parmi les plus intenses du cinéma américain, tous genres confondus.

C’est vrai que le film est d’une durée interminable, mais la chose était nécessaire pour atteindre la profondeur abyssale d’une telle appréhension de la mort, quand les sentiments entre humains sont revisités par la recherche fondamentale en sciences. Nolan accorde une attention particulière à des détails de la vie quotidienne et à la perte de repères dans l’immensité, qui ne livre pas ses secrets si elle s’estime violentée.

Une performance de jeu indélébile

Si je n’ai pas encore nommé aucun des acteurs et des actrices qui jouent dans les films déjà mentionnés, c’est que leurs rôles chez Nolan ne ressemblent en rien à ceux pour lesquels nous les connaissons dans d’autres films. Ils se reconfigurent complètement en fonction des attentes du réalisateur à leur égard, et offrent une performance de jeu indélébile (qu’on pense seulement à Charlize Theron en féministe de l’Antiquité). C’est d’ailleurs ce qu’ils disent tous dans des entrevues accordées aux médias : leur reconnaissance d’avoir été sélectionnés dans la distribution s’exprime sans la moindre hésitation pour témoigner de leur admiration à l’endroit du réalisateur.

Ainsi, Marion Cotillard, qui interprète la femme du personnage principal dans Inception, et qui est morte, a une présence à l’écran toujours à ce jour inégalée. Le grain de beauté qu’elle a au beau milieu du front devient si sublime à apercevoir, comme s’il nous faisait ressentir pourquoi la douleur de son visage mortuaire ne cesse de hanter Leonardo DiCaprio, imparable de froideur.

À ce titre, tout le génie de Christopher Nolan explose dans Oppenheimer. Avec Einstein, Oppenheimer est considéré comme le scientifique le plus illustre du XXe siècle, avec toutefois ce bémol qu’il traîne comme un boulet : la mort atroce de milliers d’innocents civils japonais à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Chacun peut avoir son point de vue sur sa responsabilité morale dans cette affaire, mais il a été exonéré par la suite des accusations d’avoir été un espion à la solde de l’Union soviétique.

Je me sers de cet exemple extrême, car il est un cas limite des relations étroites entre la science et la technologie dans le contexte de la guerre froide au siècle dernier. Nolan semble ne pas prendre position face à l’ambivalence d’Oppenheimer, mais c’est par le jeu brillant de Cillian Murphy qu’est exposée tout en nuances la problématique de la mécanique quantique, selon les conflits qu’elle suscitait parmi les plus grands scientifiques de son époque via la bombe atomique.

Mais voilà que, dans ce texte consacré à The Odyssey, je n’en ai livré que quelques bribes en filigrane : c’est parce que les médias se sont gavés de controverses malveillantes, sans omettre d’évoquer les recettes colossales en salle à l’échelle internationale, que je préfère ne pas en remettre et vous laisser aller voir le film et vous en faire votre propre idée, au beau milieu de l’été.


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