l’appel du “destin”



Marine Le Pen candidate malgré sa condamnation : les chaînes info célèbrent l’appel du “destin”

“EN LÉGER DIFFÉRÉ” – Mardi, les éditorialistes ont vite oublié le délit de la cheffe de file des députés RN pour vanter, y compris sur le service public, son “côté rose”, sa ligne “ni de droite ni de gauche” et son “amour du risque”.




Marine Le Pen, un visage omniprésent sur les chaînes télé mardi. Capture d’écran LCI


Par Samuel Gontier




Publié le 08 juillet 2026 à 16h20


Mis à jour le 08 juillet 2026 à 17h22



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Une journée totalement historique », trompette Gauthier Le Bret sur CNews. Ce mardi, le bandeau de l’émission 100 % Frontières clignote : « Toute la journée / Marine Le Pen. » Les experts vilipendent préventivement la justice. Erik Tegnér : « C’est anormal que la justice empêche une candidate de se présenter, peu importe la question du fond. » Thomas Bonnet : « Ce serait profondément antidémocratique si Marine Le Pen était empêchée. » Jules Torres redoute « un trouble démocratique dans le pays que l’on vante comme le pays des droits de l’homme ». Le pays de la dictature des juges, en réalité.




« Avec l’équipe de 100 % Frontières, on est allés demander leur avis aux Français », annonce Gauthier Le Bret. Avec une question des plus neutres : « Parce qu’elle est favorite, vous pensez qu’il peut y avoir une justice un peu politisée ? » Surprise, 100 % des Français soutiennent Marine Le Pen contre les juges. « C’est un événement planétaire, alerte un envoyé spécial au palais de justice. Y a un dispositif exceptionnel, y a beaucoup de chaînes qui ont demandé à suivre en moto Marine Le Pen quand elle quittera le tribunal. — CNews aussi. » BFMTV, LCI et Franceinfo aussi. Disposer de quatre chaînes info garantit le pluralisme des points de vue motocyclistes.





À 13h55, Marine Le Pen est condamnée à des peines inférieures à celles prononcées en première instance, elle peut se présenter à la présidentielle. Aussitôt, les analystes de CNews tressent des lauriers aux juges qu’ils ont agonis toute la matinée. Mémona Hintermann : « Il faut saluer le courage de la justice. » « Ça montre bien que ce n’est pas un jugement juridique mais bien politique : on condamne Marine Le Pen tout en lui laissant la possibilité de se présenter », apprécie un expert. « On peut remercier ce mediaplanning judiciaire extraordinaire, félicite Jean-Christophe Gallien. Ç’a été très vite. »




En léger différé


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Sur LCI, Arlette Chabot aussi salue la décision de justice : « Les magistrats ont été très malins, très habiles. C’est à Marine Le Pen de prendre sa décision d’être candidate ou pas. » Ira, ira pas ? Sur LCI comme ailleurs, en attendant la déclaration de Marine Le Pen au 20 heures de TF1, on pratique la divination. Pour Arlette Chabot, « c’est compliqué parce que c’est un choix affectif, Marine Le Pen a noué des relations particulières avec son électorat. Y a la politique et l’affectif. » Le détournement de fonds publics est déjà oublié, place à l’affectif. De 13h55 à 20 heures, le débat porte sur la possibilité de faire campagne avec un bracelet électronique.




Le sondologue Frédéric Dabi estime que « Marine Le Pen serait, en dépit de l’affaire du bracelet, une candidate beaucoup plus redoutable [que Bardella] ». Un délit d’une « particulière gravité », selon le jugement, devient « l’affaire du bracelet ». Dominique Reynié juge qu’une condamnation l’avantage : « J’ai pensé Gilets jaunes. Faire campagne dans ces conditions-là, ça peut avoir un côté Gilets jaunes, c’est-à-dire antisystème. »




« Pour les électeurs du RN, c’est une barrette sur l’épaule [une distinction militaire, ndlr] d’avoir été condamnée par le système, approuve François Lenglet. Sur le fond, la matérialité des faits délictueux est avérée, OK. De quoi s’agit-il ? Pas d’enrichissement personnel. » Ce que ne cesse de répéter Marine Le Pen, merci de le rappeler. « Il s’agit de prendre de l’argent destiné au RN au plan européen pour l’utiliser au plan national. » Ça ne compte pas : « Autant on aurait pu lui reprocher d’avoir détourné de l’argent public à son profit, autant, quand il s’agit de faire fonctionner une machine et de ne pas avoir respecté une règle, ça ne doit pas lui porter préjudice durablement. » Le détournement de fonds au profit de l’extrême droite devrait bénéficier d’une totale immunité.


Avant l’interview de Marine Le Pen, le 20 heures de TF1 diffuse un micro-trottoir dans « son fief » d’Hénin-Beaumont pour vérifier, comme CNews, que 100 % des Français soutiennent la délinquante. Laquelle annonce derechef sa candidature à la présidentielle. Sur LCI, Patrice Duhamel salue sa prestation : « Je l’ai trouvée en forme. Sur le ton, je suis assez impressionné. » Sur Franceinfo, son épouse Nathalie Saint-Cricq apprécie sa décision : « C’est pas stupide du tout, tactiquement. — Elle veut creuser l’écart au classement général », analyse Gilles Bornstein, expert en course cycliste d’extrême droite. « Toute sa vie, elle s’est battue pour survivre parce qu’elle s’appelait Le Pen, s’apitoie Henri Guaino, ancien conseiller de Sarkozy et pilier de CNews invité par le service public. Dès l’enfance, ç’a été très dur. » Pauvre Marine, martyrisée du berceau au tribunal.




Gilles Bornstein anticipe la décision de la Cour de cassation : « Soit c’est cassé et c’est très bien, soit c’est pas cassé et elle peut continuer. » Dans tous les cas, c’est très bien. « On peut espérer qu’au bout de quelques mois, il y ait une remise de peine », ajoute Henri Guaino. Myriam Encaoua résume : « Donc vous trouvez ça habile. Ce que raconte cette décision, c’est un amour du risque. — On peut pas se présenter à cette élection sans un amour du risque », vante Nathalie Saint-Cricq. Le Pen et Bardella sont aussi glamour que Jonathan et Jennifer Hart dans la série Pour l’amour du risque.




« Ça va frémir pour elle dans les prochains sondages ? Est-ce que les Français vont dire “elle en a, elle, du courage ?”, demande Myriam Encaoua. — Elle se laisse pas abattre. Elle devrait faire oublier [sa condamnation], prédit Nathalie Saint-Cricq. Elle dira que sa candidature est “la preuve qu’[elle] ne l’accepte pas, qu’[elle] veut laver son honneur”. » L’éditorialiste ferait une parfaite conseillère en communication pour Marine Le Pen. « Il y a un détournement d’usage des fonds publics, il n’y a pas de détournement de fonds publics au sens où je pique dans la caisse l’argent du contribuable, analyse Henri Guaino. — Ça, les Français l’ont bien compris », approuve Myriam Encaoua. Marine Le Pen est définitivement relaxée par le jury de Franceinfo. « Arnaud Stephan nous rejoint, ancien conseiller de Marine Le Pen. » Voilà qui va rééquilibrer ce plateau de gauchistes.




« Elle aurait pu élever ses chats ou faire autre chose, relève Arnaud Stephan. Non, elle a été appelée par un truc. Vous avez lu les tragédies grecques : vous pouvez pas échapper à votre destin, malheureusement. » La France n’échappera pas à une présidence Le Pen. « Est-ce que c’est son destin qui l’appelle ?, réagit Myriam Encaoua. On a l’impression d’entendre Jeanne d’Arc. Elle est appelée, Marine Le Pen ? » Le service public entend des voix d’extrême droite. « Nous suivons en direct la voiture de Marine Le Pen qui revient de son interview à TF1. » C’est un bonheur de voir l’argent public aussi bien utilisé.




Nathalie Saint-Criq revient sur la prestation de Le Pen sur TF1 : « Le côté rose, tout en douceur, va avec les chats, la rend de moins en moins effrayante aux yeux de certains. » Aux yeux de Nathalie Saint-Cricq ? « Il y avait même une gourmandise de sa part, ajoute Arnaud Stephan. Elle voit l’effet qu’elle crée sur Gilles Boulot. — Une tentative de séduction, savoure Nathalie Saint-Cricq. — On ne voit pas bien à la télé, mais le regard de Marine Le Pen, c’est quelque chose de très particulier. » Si on voyait mieux, elle serait déjà présidente.




La présentatrice évoque le choix du slogan « Pour la France ». « C’est un slogan beaucoup moins de droite que celui de Bruno Retailleau, note Gilles Bornstein. C’est assez attrape-tout et consensuel. — De toute façon, précise Arnaud Stephan, ce n’est pas de droite puisque Marine Le Pen ne s’estime ni de droite ni de gauche. — Il y a presque quelque chose de gaulliste dans ce slogan, juge Myriam Encaoua. — Moi, je suis pas de droite, je suis gaulliste, plastronne Henri Guaino. Marine Le Pen a accolé la question nationale à la question sociale, ce qui était le positionnement du gaullisme. » Une gaulliste ni de droite ni de gauche, ça va avec les chats (et les fachos).




Henri Guaino vante les positions du RN sur l’immigration. « Pour les couches populaires, ce n’est pas une question identitaire, c’est d’abord une question sociale. Ils [les immigrés] prennent les emplois. » Arnaud Stephan déplore : « Je me retrouve à justifier le projet d’une candidate pour laquelle je ne travaille pas. » C’est ça, la magie du service public.








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