Aujourd'hui, c'est dimanche. Vous êtes donc bien sur Radio Mercure, je suis le Dendrobate Doctor et nous sommes ensemble pour faire l'état de la recherche sur les conséquences de la canicule.
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Bienvenue à tous sur l'Echo des Labos, édition estivale, spécial « sauver les bestioles quand il fait 40C° », partie 1.
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Bref. Il fait chaud. Ce n’est pas « juste l’été », il a fait 39C° en Picardie au mois de juin, les vendanges vont arriver dans le Sud-Ouest avec trois semaines d’avance, le blé est dans de nombreuses endroits déjà moissonné depuis des jours alors qu’il est normalement récolté mi-juillet et il fait tellement chaud dans les Alpes qu’on a pu y observer des Hobbits en pleine ascension (à vérifier, les témoins peuvent avoir aussi eu une insolation…).
Il y a à ça plusieurs conséquences immédiates (et je vais surtout parler de ça, parce que les conséquences à long-terme, la dernière fois que des gens en ont parlé, c’était le GIEC et ça faisait 48 chapitres répartis sur 5.509 pages… donc je vais pas m’y mettre à leur place, vous pouvez retrouver tout ça là https://www.ipcc.ch/report/sixth-assessment-report-cycle/, si vraiment vous êtes maso).
. La première, et je l’ai brièvement passée en introduction, c’est que tout le paysage et les écosystèmes en sont tout chamboulés. Mais ça, à votre échelle, vous y pouvez pas grand-chose.
. La deuxième, c’est que les gens les plus vulnérables sont en danger réel, et certains y ont déjà succombé. Mais ça, vous savez déjà quoi faire à ce sujet (ne pas laisser Mathéo/Mamie/Médor dans la voiture fermée/dans l’appartement surchauffé/en plein soleil sans son bob, penser à boire abondamment, prendre des nouvelles des voisins isolés etc.), vous avez pas besoin de moi pour ça.
. La troisième, c’est que il y a aussi tout un tas de bestioles qui n’en peuvent plus et qui se retrouvent en grand danger. Et là, en revanche, vous allez pouvoir faire quelque chose. Et on va organiser ça par ordre taxonomique, parce que la taxonomie c’est chouette, j’adore ça, c’est comme trier mes feutres par couleurs ou faire le recensement par genre de ma bibliothèque. Oui j’ai un grain, vous le saviez en arrivant, faites pas genre.
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ARTHROPODES (c’est petit, plein de pattes, avec des ailes, des antennes, des pinces et ça donne à tonton Gérard une voix de soprano colorature lorsqu’il en découvre derrière sa serviette de bain, c’est un arthropode)
Il s’agit là d’une TRES grande famille, mais clairement je ne m’attends pas à ce que vous sachiez distinguer les arachnides (qui ont 8 pattes) des insectes (qui en ont 6), que vous sachiez que tous les arthropodes à 6 pattes ne sont pas nécessairement des insectes (coucou les collemboles !) ou que vous en ayez quoi que ce soit à faire de savoir que les cloportes ne sont pas des insectes mais des crustacés (comme le homard… mais en petit, et gris, et terrestre…donc rien à voir avec un homard, mais c’est la beauté de la taxonomie).
Les arthropodes ont un squelette externe, et ils ventilent logiquement très mal, la surchauffe étant même parfois une technique d’attaque ou de défense (ainsi les abeilles font surchauffer les frelons qui rentrent dans leur ruche pour les tuer, ne pouvant rivaliser par la taille).
Ce sont des animaux qui ont besoin d’eau, au même titre que tous les autres, et vous pouvez aussi les aider, même s’ils sont pas toujours beaux, mignons, duveteux ou que sais-je. Les moches aussi ont le droit de vivre.
Ce que vous pouvez faire : placer en extérieur, si possible à l’ombre, des coupelles plates et peu profondes remplies d’eau (des soucoupes à thé font par exemple bien l’affaire), qu’il faudra renouveler tous les jours si l’évaporation n’en vient pas à bout avant. Et on a dit « renouveler » pas « compléter », sauf si vous voulez aussi vous lancer dans l’élevage de moustiques… Si vous avez des fleurs, n’oubliez pas de les arroser aux heures les plus fraîches de la journée, les pollinisateurs comptent sur leur nectar pour se nourrir. Si vous avez des plantes d’extérieur, paillez le sol afin de protéger leurs racines de la chaleur et de ménager des coins d’ombres aux habitants minuscules du jardin.
Option cellule de crise : vous avez trouvé un gros arthropode en détresse (oui parce qu’un petit, vous vous en rendrez sans doute pas compte de toute façon) type bourdon, abeille, libellule, papillon, mygale géante bleue, ce que vous voulez. Attrapez-le délicatement avec un contenant (type verre, tupperware, saladier si vraiment c’est un monstre) et déplacez-le dans un endroit à l’ombre d’où il puisse repartir vers l’extérieur mais où il soit relativement à l’abri des prédateurs. Pour ceux qui se nourrissent de nectar, déposez devant eux une petite cuillère d’eau sucrée pour leur permettre de reprendre des forces. Pour les autres, déposez une simple petite coupelle d’eau plate (la coupelle, pas l’eau, enfin si aussi, mais bref). En cas de blessure, il n’y a malheureusement pas grand-chose qu’on sache faire sur de si fragiles créatures mais, si vraiment vous avez un spécimen magnifique ou d’une espèce rare et que vous voulez tenter le tout pour le tout, je vous laisse un tuto (https://youtube.com/shorts/OeMSv4_B-Po?si=U3NbeWqed7OHsARJ) pour faire une greffe d’aile à un papillon. Et si vous trouvez VRAIMENT une mygale bleue, appelez la gendarmerie, c’est une espèce réelle et magnifique mais en danger critique d’extinction, et il doit y avoir, quelque part, un éleveur fou d’inquiétude qui la cherche partout.
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AMPHIBIENS (grenouilles, crapauds, et autre salamandre)
Dans nos contrées, les seules grenouilles vénéneuses sur lesquelles vous pouvez tomber sont
. 1-moi-même mais ça compte pas vraiment
. 2-des victimes du trafic de la faune sauvage si vous êtes un douanier en train de fouiller une valise suspecte. Toutes les bestioles dont il sera question dans cette section sont donc parfaitement inoffensives, pour peu que vous ne présentiez pas de coupures aux mains et que vous les laviez soigneusement après manipulation, car certaines espèces peuvent être irritantes tout de même.
Les amphibiens ont la particularité d’être des espèces semi-aquatiques, la plupart sont exclusivement aquatiques au stade larvaire (genre les têtards) et développent des poumons au stade adulte, ce qui veut dire que, en cas de sècheresse, une génération entière peut disparaître. Les adultes ne sont pourtant pas sortis d’affaire, car leur peau délicate est protégée par un mucus qui doit être hydraté en permanence, ce qui signifie que, si une grenouille peut sans problème se balader dans l’herbe fraîche couverte de rosée du matin sur des distances assez longues, elle n’a aucune chance sur un chemin de terre à midi en plein soleil. Avec l’assèchement des points d’eau, la canicule leur pose un problème majeur.
Ce que vous pouvez faire : plus que jamais, mettre de l’eau à disposition. De préférence dans des récipients en pente douce, dont les amphibiens pourront facilement entrer et sortir, à renouveler tous les jours et, de manière contre-intuitive, particulièrement en cas miraculeux de pluie, car les eaux de ruissellement ne sont pas toujours exemptes de polluants (typiquement si elle touche votre toit avant de goutter et que vous avez traité à l’anti-mousse) et les amphibiens sont particulièrement sensibles aux intoxications par la peau. Si vous avez des animaux domestiques, surveillez-les et empêchez-les de mettre le museau sur les batraciens, déjà pour épargner ces derniers, mais aussi car certains d’entre eux, s’ils ne sont pas dangereux à manipuler, sont toxiques en ingestion, et vous n’avez pas besoin d’aller encombrer les urgences vétérinaires avec ça. Si vous avez un bassin, entretenez-le pour qu’il ne soit jamais en carence d’eau, favorisez les plantes aquatiques qui offriront de l’ombre sous l’eau pour les têtards ainsi que des caches pour les adultes face aux prédateurs, mais qui permettront aussi de sortir du point d’eau ou de se reposer, car oui, les grenouilles aussi peuvent se noyer. Ainsi, si vous avez une piscine (même pas très grande, même gonflable), ce point d’eau inespéré va attirer tout un tas d’animaux en recherche d’eau, et donc tout particulièrement les amphibiens. Outre le fait que l’eau chlorée n’est pas très bonne pour eux, le principal risque est celui de noyade. Si vous ne pouvez pas couvrir intégralement votre piscine pour éviter purement et simplement que qui ou quoi que ce soit tombe dedans en votre absence (pour les amphibiens, les reptiles ou les oiseaux, qui sont légers, une simple bâche peut suffire, mais pas pour tous les cas de figure, on en reparlera plus tard), pensez à installer une rampe anti-noyade. La rampe anti-noyade est un dispositif spécialement conçu pour permettre à la petite faune de s’échapper de bassins à bords trop hauts ou trop lisses, il en existe de toutes sortes dans le commerce, mais vous pouvez la fabriquer vous-même (je vous mets par exemple le tuto de la LPO https://www.lpo.fr/la-lpo-en-actions/mobilisation-citoyenne/refuges-lpo/tutoriels/comment-realiser-un-dispositif-anti-noyade).
Option cellule de crise : la grande fragilité des amphibiens ne laisse malheureusement que peu de situations pour lesquelles il est possible de les trouver en détresse et de faire quelque chose. Les seules situations sont celles liées au manque d’eau imminent, soit parce que vous avez trouvé un adulte loin d’un point d’eau, dans une zone avec peu d’ombre et de fortes chaleurs en perspective, soit parce que vous avez trouvé un nuage de têtards (oui, c’est comme ça qu’on appelle un groupe de têtards) dans un point d’eau qui menace de s’assécher.
Dans le premier cas, il sera question de déplacer l’individu adulte, qui devrait de surcroît être plutôt atone, vers une zone fraîche, ombragée et depuis laquelle il puisse rejoindre un point d’eau. A défaut, il est possible de le déposer dans un contenant clos mais bien ventilé, avec un récipient d’eau large et rempli pas plus haut que la hauteur dont l’animal a besoin pour maintenir la tête hors de l’eau en étant assis au fond, puis de le relâcher dans une zone de lac, de rivière ou de marais dès qu’il semble plus tonique.
Dans le second cas, il faut déjà avoir en tête que les chances d’un sauvetage réussi sont minces, car au stade larvaire les amphibiens sont particulièrement fragiles. Il faudra ensuite les capturer (ou en capturer le plus grand nombre possible) avec une petite épuisette pour les déplacer vers un bassin ouvert (pour l’oxygénation), protégé par un grillage ou par des plantes aquatiques (pour éviter les prédateurs) et situé à un endroit qui leur permettra, une fois adultes, en sortant de rejoindre une zone adaptée (fossé, rivière, lac, bassin d’agrément etc.). Dans la mesure du possible, il faut essayer de transvaser les têtards avec l’eau et les plantes qui les entourent, afin d’éviter un choc de pH ou de régime alimentaire. Enfin, les amphibiens sont hélas de plus en plus sujets à des infections à champignons qui se transmettent entre individus, il sera donc sage d’éviter de relâcher tout simplement les têtards dans un autre point d’eau sauvage, probablement déjà habité par une autre population d’amphibiens, afin de minimiser les risques de dispersion d’une éventuelle maladie.
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REPTILES (lézards, serpents, varans et autres gekkos)
Attention, je ne vais ici parler que du cas des reptiles sauvages. Toute personne ayant un reptile domestique est censée s’être renseignée avec un soin tout particulier avant, car ce sont des espèces vulnérables, demandant des soins très spécifiques.
Toutes ces espèces ont la particularité d’être des exothermes, c’est-à-dire que leur température corporelle n’est pas régulée en interne mais dépend des conditions extérieures (ils sont dits « à sang froid », par opposition aux animaux « à sang chaud » comme les oiseaux et les mammifères). Autant dire que, en cas de canicule, ils sont tout particulièrement exposés au risque d’hyperthermie.
Ce que vous pouvez faire : déjà, ne pas hurler, ne pas frapper et ne pas les tuer lorsque vous les découvrez par accident dans le skimmer de votre piscine, dans l’arrosoir de votre jardin ou planqués dans la vigne vierge qui escalade votre mur. Ce sont des animaux, surtout pour les serpents, qui sont avant tout victimes de leur réputation, mais la plupart sont inoffensifs et ceux qui ne le sont pas, en tout cas en France métropolitaine (amis Guadeloupéens ou Mayottais, prenez tout ça avec un peu de distance, la faune chez vous est plus caractérielle, mais je me doute que vous le savez déjà), n’auront jamais pour comportement de passer à l’attaque sans sommation, sans provocation, ou tant qu’ils peuvent s’enfuir. Mention spéciale aux orvets, qui se font toujours prendre pour des serpents alors que non, ce sont juste des lézards sans pattes. Oui, c’est très différent ! Comme pour les amphibiens, vous pouvez aménager autour de chez vous des récipients d’eau en pente douce et à l’ombre, qui leur permettront de boire mais également de se rafraîchir et de réguler leur température. Si vous avez un jardin, essayez d’aménager des caches (pot retourné, tas de bois ou de feuilles) à intervalles réguliers pour offrir de l’ombre. Si vous avez une piscine, référez-vous au conseil pour les amphibiens.
Option cellule de crise : vous avez trouvé un reptile en détresse, il faut déjà identifier le problème.
Option 1 : S’il a des signes d’hyperthermie manifeste (apathie, gueule ouverte, respiration rapide), il est urgent de le déplacer au frais, en particulier si vous le trouvez sur une route sur l’asphalte brûlant. Pour ça, des gants et un seau (pour les lézards et gekkos) ou une simple paire de bâtons (pour les serpents) suffisent, déposez-le ensuite dans un endroit à l’ombre et au frais (évitez quand même de le mettre au frigo, le choc thermique existe même pour les animaux à sang froid) où vous apporterez une soucoupe d’eau fraîche, voire un récipient de type terrine ronde, dans lequel il puisse se glisser en entier (ne le mettez jamais vous-même dans l’eau, s’il est trop faible pour rester conscient il va se noyer). Il est également possible de le vaporiser avec un brumisateur voire de l’arroser doucement avec de l’eau fraîche (mais pas glacée, choc thermique toujours).
Option 2 : S’il s’agit d’un animal manifestement blessé (plaie ouverte, membre manquant ou arraché), il vous faudra une expertise dépendant de l’espèce de l’animal. A l’exception de la queue chez les lézards, les reptiles ne voient pas leurs membres repousser, et une amputation est donc une blessure sérieuse, mais avec laquelle ils peuvent vivre s’ils passent la phase critique. Normalement, le mieux est le dépôt en refuge de faune sauvage, mais on va être honnête, ils sont absolument débordés en ce moment et la plupart du temps, il faudra faire sans eux. Heureusement, Internet regorge de groupes, de forums et de sites de passionnés de reptiles, et ils se feront un plaisir (et un devoir, ce sont des VRAIS passionnés) de vous aider à identifier l’espèce de votre petit malade et de vous indiquer ce que vous pouvez faire pour l’aider. Les réseaux sociaux ne sont pas toujours une mauvaise chose.
Option 3 : S’il a l’air juste perdu, désorienté, ou si vraiment sa tête vous revient pas (genre c’est un lézard tellement gros que vous êtes pratiquement convaincus que ça s’appelle un iguane, ou alors il est très joli mais vous étiez pourtant certains que les serpents albinos ne survivaient pas dans la nature), vous êtes peut-être en présence d’un reptile domestique, qui se sera échappé de son terrarium en cherchant la fraîcheur et n’a aucune idée de comment il a atterri au milieu de votre tuyau d’arrosage. Le mieux dans ce cas est de le capturer aussi calmement que possible et de contacter la gendarmerie, qui a généralement déjà reçu l’appel paniqué de quelqu’un qui ne sait que trop bien à quel point les autres gens tuent facilement les reptiles sans raison pour expliquer que non, non, non, ce n’est pas un dangereux crotale, c’est un serpent à groin et il s’appelle Chamallow ! Si avez un plutôt bon feeling avec la bestiole, vous pouvez aussi l’emmener vous-même chez un vétérinaire, car les reptiles domestiques sont censés être pucés au même titre que les chiens, les chats ou les furets, et le praticien pourra alors identifier le propriétaire et lui indiquer où récupérer son précieux spaghetti à sonnette ou dinosaure miniature.
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En espérant avoir pu apporter un peu de lumière dans le chaos ambiant, je rends l'antenne, et on y retourne la semaine prochaine, car la canicule reprend. En attendant, prenez soin de vous, des bestioles en tout genre qui ont chaud, et des chercheurs qui bossent dur, et, aimez la science, la vraie, et ceux qui la font. Bisous.


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