On a classé tous les 13 films de Christopher Nolan, du plus mauvais au chef-d’œuvre absolu
Quelle place mérite “L’Odyssée”, le nouveau blockbuster mythologique du réalisateur britannique à succès (“Memento”, “Oppenheimer”, “Interstellar”…) ? Découvrez notre classement qui explore toute la filmographie de Christopher Nolan.
La sortie de L’Odyssée, mercredi 15 juillet, relecture de l’épopée d’Homère dans un peplum garanti sans kitsch et aux décors naturels splendides, est une invitation à revisiter l’ensemble des longs métrages de Christopher Nolan. Depuis ses débuts fauchés en Angleterre en 1998, jusqu’à la démesure de ses blockbusters hollywoodiens, le réalisateur britannique a constamment tenté de concilier cinéma d’auteur et grand spectacle, en jouant de toutes les illusions permises par le cinéma – qu’elles soient visuelles ou narratives. Alors, quels sont les meilleurs films de Christopher Nolan ?
“Batman Begins” (2005)
“Batman begins” : à Gotham City, Christopher Nolan enchaîne les clichés
Le premier « blockbuster » de Christopher Nolan est aussi son plus mauvais, comme si ses qualités de metteur en scène avaient été paralysées par les contraintes de la superproduction. Il alourdit son sujet — la genèse de la saga de l’homme chauve-souris — par un long prologue disqualifiant de kitscherie, avant de se perdre dans un pseudo-réalisme d’une grande confusion visuelle. Et ne parlons pas du manque de charisme de Christian Bale — qui, heureusement pour lui, s’est bien rattrapé depuis...
“The Dark Knight Rises” (2012)
“The Dark Knight rises”, de Christopher Nolan : un justicier bien de son époque
Le spectaculaire troisième volet de la saga Batman signée Nolan conjugue virtuosité technique et sous-texte politique douteux : ancré dans le présent de son année de tournage (les conséquences de la crise financière de 2008, les manifestations des Indignés), The Dark Knight Rises colle un peu trop avec l’obsession sécuritaire inhérente à la BD d’origine, tout comme au culte d’un État policier droit dans ses bottes.
“Inception” (2010)
“Inception”, de Christopher Nolan : un blockbuster au potentiel sous-exploité
À la sortie du film le plus ambitieux de Nolan, Télérama avait affiché sa déception… et se l’était fait vertement reprocher par nombre de lecteurs. Dix ans après, on a revu Inception… et on reste très circonspect devant ce film d’action mental sur les mondes virtuels, la réalité et l’illusion. Malgré son histoire ambitieuse d’espionnage au cœur même des rêves, malgré ses trouvailles visuelles, malgré son casting prestigieux, Inception nous semble toujours écrasé par ses moyens gargantuesques. Et peine toujours à restituer le monde et la logique des rêves…
“Dunkerque” (2017)
Photo Melinda Sue Gordon/Universal PicturesChristopher Nolan est le roi du film-concept, et en la matière, cette reconstitution de la bataille de Dunkerque en juin 1940 se pose là. Trois terrains de bataille, trois unités de temps mêlées : une semaine sur la plage, où l’on suit un jeune soldat, qui échoue à partir ; un jour sur la mer, dans un petit voilier qui va sauver des combattants ; une heure dans un avion de chasse. Dunkerque est moins un film de guerre qu’un film de survie en mode immersion, parfois très impressionnant (dans la partie « terrienne »), mais qui n’apporte rien de vraiment nouveau. Et l’emballement patriotique très appuyé est franchement embarrassant.
“Following. Le Suiveur” (1998)
Un jeune chômeur londonien qui rêve d’écrire un roman suit des inconnus juste pour savoir où ils vont. Une lubie qui va se retourner contre lui quand il file un cambrioleur psychologue et sadique… Christopher Nolan réussissait déjà avec son premier film fauché en noir et blanc un petit polar méchamment intelligent, hommage aux films noirs des années 1950.
“Following. Le Suiveur”, de Christopher Nolan : un petit polar méchamment intelligent
“L’Odyssée” (2026)
Photo Melinda Sue Gordon/Universal PicturesEtait-il vraiment nécessaire en 2026 de refaire une énième adaptation du grand œuvre d’Homère ? Probablement pas. Mais si Nolan rate la grande scène d’action finale de son péplum mythologique et ne se départit jamais d’un esprit de sérieux limite plombant, il offre de beaux moments de cinéma, dans l’horreur (le Cyclope) comme dans la contemplation (l’île de Calypso).
“Insomnia” (2002)
Insomnia Productions, LPDormer, superflic (Al Pacino), enquête en Alaska sur le meurtre d’une jeune fille par un tueur en série (Robin Williams). Son partenaire est tué. Est-ce un accident ? Dormer ne dort pas dans une région où, été polaire oblige, le jour est permanent… La mise en scène sert à la fois l’humain et l’action dans ce polar limpide et brillant sur la passerelle obscure entre innocence et culpabilité. Sans jamais négliger l’action et le suspense, Nolan transcende le genre : il met « au jour » l’humanité de ses personnages et filme le décor comme le reflet de leur conscience.
“Insomnia” : Christopher Nolan transcende le polar en terres polaires
“Memento” (2000)
I Remember ProductionsUn type cherche à venger la mort de sa femme. Hyper classique ? Non, car il oublie, l’instant d’après, tout ce qu’il vient de vivre. Notes, photos, tatouages deviennent pour lui des signes de piste secourables… ou des pièges inattendus. Polar brillantissime qui excite les neurones, le premier film américain de Nolan provoque un malaise permanent et une fascination durable. Notamment par son récit à rebours : le réalisateur nous assène des scènes bizarres (en noir et blanc), et c’est après qu’il nous explique comment les personnages en sont arrivés là (en couleurs).
“The Dark Knight. Le Chevalier noir” (2008)
Warner Bros. Entertainment Inc.
Le deuxième Batman (sur trois) réalisé par Christopher Nolan est de loin le plus sombre, le plus pessimiste… et le meilleur. Confronté à sa propre célébrité, le héros capé (et fatigué) reprend du service à contrecœur pour sauver Gotham City du chaos. Un blockbuster constamment inspiré, hanté par le spectre du 11-Septembre et dominé par la prestation de Heath Ledger, époustouflant en Joker punk et sadomaso.
“The Dark Knight, Le Chevalier noir”, de Christopher Nolan : Heath Ledger éblouissant en Joker
“Tenet” (2020)
Photo Nolan Melinda Sue Gordon/Warner Bros. Entertainment, Inc.
Mission du groupe d’agents secrets internationaux imaginé par Nolan dans son dernier film en date ? Éviter une Troisième Guerre mondiale inscrite dans le futur, dont les dégâts se laissent deviner dans le présent. Le cinéaste, très en forme, surfe en virtuose sur le principe de l’inversion du temps dans un film d’espionnage sophistiqué et spectaculaire. Où le suspense, ludique en apparence, suggère finalement une lecture terrifiante du monde.
“Tenet”, de Christopher Nolan : une fresque spatio-temporelle vertigineuse
“Oppenheimer” (2023)
Photo Hoyte Van Hoytema/Universal PicturesEsprit érudit et physicien brillant, Robert Oppenheimer fut le créateur de la première bombe atomique, celle qui a été lancée sur Hiroshima et Nagasaki. Nolan dresse un portrait empathique sans être hagiographique de ce génie tourmenté du bien et du mal dans un faux blockbuster intimiste à la densité narrative impressionnante.
“Le Prestige” (2006)
Warner Bross
Le moins connu des films de Christopher Nolan mais, peut-être, son plus personnel. Un magicien de l’Angleterre victorienne y affronte un autre, d’abord par pure jalousie, puis par la force d’une sorte d’envoûtement. Comme souvent, Nolan l’illusionniste brouille les pistes (et, en particulier, la chronologie de l’histoire) dans ce film visuellement somptueux qui est, aussi, une mise en abyme du cinéma. Car qu’est-ce qu’un réalisateur, après tout, sinon un prestidigitateur censé nous charmer.
“Le Prestige”, de Christopher Nolan : Hugh Jackman et Christian Bale dans un film magique
“Interstellar” (2014)
Warner Bros./Paramount/Legendary Pictures/Syncopy
Après sa trilogie Batman, Nolan s’attaquait à l’espace, à la science et à la métaphysique. Alors que la sécheresse dévore la Terre, un astronaute du futur part en mission de reconnaissance afin de trouver une nouvelle planète pour les humains… Ce voyage dans l’inconnu est un hymne à l’esprit de découverte, à l’envie de voir plus grand. Avec la complexité spatio-temporelle, offerte comme une clé de l’intrigue, vient aussi la générosité simple du cinéma : des stars dans tous les rôles principaux, des images spectaculaires. Et des sentiments capables de traverser toutes les dimensions. Bouleversant.
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