Ces quelques mots de Baptiste Morizot.




"C'est peut-être un invariant de la rencontre animale : quand on croise un animal sauvage par hasard dans la forêt, une biche qui lève les yeux vers soi, on a l'impression d'un don, un don très particulier, sans intention de donner, sans possibilité de se l'approprier. C'est ce qu'en phénoménologie on appelle un don pur : personne n'a voulu donner, personne n'a rien perdu en donnant, et le don ne vous appartient pas, il pourra se donner à d'autres. On sent monter dedans une improbable gratitude. Juste l'envie de rendre grâce pour cet imprévu aussi beau qui en cet instant existe et se donne aux yeux."     


Dans mon carnet, j'écris : "Etre à chaque fois juste où le corps désire être, se caler sur une touffe, se coucher dans les herbes, n'importe où chez soi et toujours chez tant d'autres, un foyer inappropriable, partagé, enchevêtré. Etre aussi sale que la terre, la forêt, les prairies - c'est-à-dire aussi parfaitement propre qu'elles."

Sur la piste animale Editions Actes Sud


"La forêt est le milieu par excellence qui nous rappelle la condition volontiers oubliée de notre être-au-monde, à savoir que nous ne sommes pas responsables de l’habitabilité de ce monde – mais que c’est la biosphère, comme architecture vivante plus ancienne que nous, qui constitue notre milieu donateur."


"Ici l'enjeu est de formuler un autre rapport au passé: plus nous avons de passé, et de passés, plus nous aurons de futurs possibles.L'un des enjeux du présent, c'est de prendre au sérieux maintenant ces passés qui sont déjà notre futur, qui méritent de le devenir."


"Encore aujourd'hui, les zones agricoles qui nous nourrissent bénéficient de millénaires de fonctionnement de sols forestiers, et nous n'avons aucun égard envers eux. 10 000 ans de forêt primaire européenne ont créé le sol agricole et sa richesse que quelques décennies d'agriculture intensive dilapident."

S'enforester  Baptiste Morizot A

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