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La bombe des $40000 milliards de dette 💣Cap franchi cette nuit. La dette américaine vient de doubler en 10 ans. Le marché obligataire s’affole. Trump essaye de gagner du temps. Mais la mèche brûle.
Hi everyone, ce matin aussi dans Zeitgeist, je vous raconte comment Fox News s’étrangle sur l’affaire de la supposée maîtresse du président. Je vais vous raconter le spectaculaire retournement sur l’aile de Alexandria Ocasio-Cortez ( AOC ) qui reconnait que “la première version du wokisme était folle.” Cet aveu dans un éclat de rire ravive les débats dans la presse américaine sur l’héritage de la fièvre wokiste. Et une question qui pèsera lourd si AOC vise la Maison-Blanche en 2028 : peut-on prendre ses distances avec le wokisme sans réécrire son propre passé ? Wokisme aussi… à droite. JD Vance fait face au piège inverse. Après avoir vu les démocrates devenir prisonniers de leur frange la plus militante, se laissera-t-il enfermer dans les excès de la woke right, identitaire, masculiniste et parfois ouvertement antisémite, pour s’imposer dans l’après-Trump ? C’est mon 📚Food for Thought du jour. Et parce que Zeitgeist doit aussi vous donner de la joie, j’inaugure aujourd’hui une nouvelle rubrique que j’appelle 🎈Bring Me Joy ! Premier bonheur partagé, Rosie O’Donnell, la meilleure ennemie de Trump, lâchée pendant une semaine aux commandes de Jimmy Kimmel Live sur ABC. Tous les soirs elle s’adresse à Trump et c’est assez hilarant. Savez-vous ce qu’est un trillion ? Perso, je me perds au-delà d’un certain nombre de zéros. Alors je vais le dire autrement. La dette publique des États-Unis vient de franchir, hier soir, les 40 trillions, c’est-à-dire 40 000 milliards de dollars. Voici ce que titre ce matin le Wall Street Journal :
I’m old enough to remember, comme on dit en anglais, je suis assez vieux pour me souvenir de la campagne électorale que je couvrais en 2016. Le candidat Donald Trump, qui faisait campagne sur l’idée qu’il valait mieux confier l’économie à un businessman à succès (The Apprentice !) plutôt qu’à des politiciens, leur faisait la leçon en promettant de “se débarrasser des 19000 milliards de dollars de dette” en huit ans, soit deux mandats. Dix ans plus tard, alors que nous sommes presque à la moitié de son second mandat, le poids de la dette est deux fois plus lourd. Alors oui, oui, bien entendu, il n’est pas le seul responsable. Oui, il y a eu le Covid. Oui, il y a eu les plans de relance et d’investissement de Joe Biden, qui se comptaient en milliers de milliards de dollars. Le premier mandat de Trump et le mandat de Biden ont chacun généré environ 8 000 milliards supplémentaires. Et c’est comme ça qu’en dix ans, l’Amérique a doublé l’addition et vient de passer ce cap vertigineux. Le journal télévisé de NBC d’hier soir racontait bien cet effet boule de neige de la dette. Comme Washington continue d’emprunter, le paiement des intérêts pèse de plus en plus lourd sur les dépenses publiques.
Le correspondant à la Maison-Blanche concluait son intervention en disant à son présentateur que, pendant les 40 secondes de son papier en direct, la dette s’était encore alourdie de 3 millions de dollars. 40 000 000 000 000 de dollars ! Bien entendu, ce chiffre est d’abord symbolique. Mais le symbole tombe au pire moment. Un moment tant redouté depuis si longtemps. Quand ceux qui prêtent à l’Amérique commencent à lui demander beaucoup plus cher. Il y a quelques heures, à la Maison-Blanche, un journaliste de Reuters a demandé au président : “Les Américains doivent-ils s’inquiéter de la volatilité du bond market ?” Le bond market, c’est le marché des obligations. Une obligation, c’est un type de titre de dette qui permet de lever des fonds auprès des investisseurs. Le taux d’intérêt des obligations à trente ans a atteint 5,34 % mardi. C’est le niveau le plus élevé depuis près de vingt ans, avant la grande crise financière qui a déclenché The Great Recession, comme disent les Américains, et dont les effets sociaux pèsent encore politiquement. Laissez-moi vous dire ce que lui a répondu le président (ce n’est pas très rassurant, je vous préviens).
Si on suit la logique de sa démonstration, si les taux montent… c’est que les États-Unis sont moins forts qu’il ne le prétend ! J’admets qu’il ne faut pas forcément prendre pour argent comptant les démonstrations économiques de l’ancien présentateur de The Apprentice. On n’est pas forcément non plus obligé de croire son ancien conseiller Larry Kudlow redevenu présentateur sur la chaine Fox Business, quand il cherche à rassurer les télespectateurs-investisseurs en leur expliquant que “les rendements obligataires en hausse (sont) dus à la croissance trumpienne, et non à l'inflation trumpienne”. Plus sérieusement, que se passe-t-il ? Washington vend des reconnaissances de dette. Quand les investisseurs s’en méfient ou trouvent mieux ailleurs, leur prix baisse et le taux qu’elles rapportent monte. Or ces taux donnent le ton pour le reste de l’économie. Ils tirent vers le haut les crédits immobiliers, les prêts auto et le financement des entreprises. Pourquoi parier sur Wall Street quand l’État américain paie plus de 5 % ? Hier, le secrétaire au Trésor du président Trump a sorti la pince coupante. Le Trésor a annoncé qu’il allait doubler “au minimum” ses rachats d’obligations longues, de 2 à 4 milliards de dollars par opération. Respiration sur les marchés, qui étaient en baisse en début de semaine. Le taux à trente ans est retombé autour de 5,18 %. Mais la bombe n’a pas été désamorcée. Washington a seulement éloigné la flamme. L’État fédéral n’a pas remboursé la dette. Il en réorganise juste une petite partie pour mettre un peu d’huile dans la machine, parce qu’elle grince de plus en plus fort. Cela peut calmer les marchés quelques jours, quelques semaines. Mais ça ne résout en rien le problème. Parce que, derrière tous ces chiffres qui clignotent sur les écrans de Wall Street, c’est une histoire assez trumpienne. La guerre contre l’Iran, décidée par Trump, a fait bondir le pétrole et ravivé l’inflation. Les baisses d’impôts massives, promises par le candidat Trump en 2024 et votées dans la foulée de son retour à la Maison-Blanche, creusent un peu plus le déficit. La guerre commerciale déclenchée par Trump, au cœur de ses promesses depuis toujours, ne rapporte pas autant qu’il l’avait fait miroiter… et la Cour suprême a imposé le remboursement de droits de douane jugés illégaux. Je ne vous parle même pas des agitations à la tronçonneuse d’Elon Musk et de son DOGE, qui faisait croire qu’il pourrait sabrer des milliers de milliards de dépenses publiques fédérales. La Maison-Blanche n’en revendique plus que 200 milliards, et c’est encore exagéré. Et les États-Unis doivent encore emprunter plus de 2 000 milliards cette année. J’ai lu dans le New York Times que les intérêts représentent désormais environ la moitié de ce déficit. Et la ruée vers l’IA complique encore cette équation impossible. Je crois que c’est dans le Wall Street Journal que j’ai lu que les montagnes d’argent qu’empruntent les géants de la tech pour construire à la hâte leurs data centers concurrencent les obligations de Washington auprès des mêmes investisseurs. Mais ce qui accentue le problème ces dernières semaines, c’est ce qui se passe au Japon. Le Japon est le premier détenteur étranger de dette américaine. Ses avoirs ont reculé en juin. La faiblesse du yen faisait craindre que Tokyo vende davantage de bons du Trésor pour défendre sa monnaie. Qu’est-ce qu’a fait l’administration Trump ? Washington est intervenu avec le Japon sur le marché des changes. En quelques semaines, le secrétaire au Trésor a dû protéger le yen, puis soutenir le marché obligataire américain. Ça fait donc deux extincteurs pour un même incendie. Je vous le citais un peu plus haut, Trump assure qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter et réclame toujours une baisse des taux de la Fed. Mais la banque centrale craint toujours une inflation trop élevée. Elle a donc évoqué, il y a quelques jours, de possibles… hausses des taux. Et voilà le piège. Trump veut de l’argent moins cher pour soutenir les ménages, à quelques semaines des élections de mi-mandat, Wall Street et sa dette fédérale. Sauf que sa guerre et ses déficits poussent les investisseurs à réclamer l’inverse. L’économiste Steve Hanke parle dans Fortune d’un “cocktail mortel” et du retour des “justiciers obligataires” : ces investisseurs capables de punir un gouvernement en vendant sa dette jusqu’à le forcer à changer de cap. Ils ont déjà fait tomber Liz Truss au Royaume-Uni. Ils avaient rendu Trump “nerveux” lors de la crise des tarifs de 2025. Une semaine après avoir déclenché sa guerre commerciale, il avait suffi que Jamie Dimon, le patron de JPMorgan, se pointe dans la matinale de Fox Business que regarde Trump et le mette en garde sur le bond market pour qu’il mette les freins. Je vous l’avais alors raconté ici, dans Zeitgeist. Pour revenir sur ce cap des 40 000 milliards, évidemment, l’Amérique ne va pas faire faillite demain. Le dollar reste la monnaie centrale du système financier mondial. Les bons du Trésor n’ont pas de vrai concurrent. Pour l’instant, la fête de la dépense publique va continuer encore un peu. Mais jusqu’à quand ? Dézoom Tout cela me fait penser à un livre dont je vous avais parlé à l’automne dernier, 1929, publié par le journaliste économique star du New York Times, qui coprésente une émission sur la chaîne financière CNBC. C’est l’un des grands succès d’édition aux États-Unis de l’année écoulée. On le voit encore en bonne place sur les étals des librairies. Il s’est vendu à près de 350 000 exemplaires. Je vous avais signalé lors de la sortie du livre qu’il compare notre situation à celle des Roaring Twenties, les années 20 rugissantes, comme disent les Américains pour parler des années 1920-1929, avec des marchés boursiers qui grimpent pendant des mois. Il rappelle que, de 1928 à septembre 1929, Wall Street était en hausse de 90 %. Il se disait “anxieux” à propos de la situation à Wall Street.
Quand une journaliste lui demandait, à la sortie du livre, s’il pensait que Wall Street connaîtrait un krach, voici ce qu’il répondait :
🟧 Ceux qui s’agrippent à leur collier de perlesJe reviens d’un mot sur la polémique autour de Natalie Harp, que je vous racontais dans le précédent numéro de Zeitgeist. Cette collaboratrice de Trump est-elle sa maîtresse ? Tout cela agite beaucoup les chaînes d’info américaines depuis trois jours. Époumonnements de pearl clutchers sur tous les plateaux. J’adore cette expression en anglais. Les pearl clutchers, ce sont ceux qui font mécaniquement le geste de vérifier que leur collier de perles est bien en place pour afficher une indignation théâtrale et moralisatrice. Mais, au milieu de tout cela, j’ai apprécié la fraîcheur de Jesse Watters. Vous le connaissez déjà si vous êtes un abonné de Zeitgeist (et merci, vous êtes de plus en plus nombreux). Je le cite souvent. C’est un présentateur de Fox News, l’un des plus trumpistes, l’un des plus potaches aussi, avec une sorte de sourire narquois et un sens de la formule qui lui valent d’être régulièrement distingué dans cette infolettre. Mais, blague à part, parmi tous les pearl clutchers, il se distingue par un éclat d’honnêteté.
🟧 AOC et le procès du wokisme à gauche…J’ai failli vous la signaler dans Zeitgeist il y a une dizaine de jours, quand j’ai évoqué l’entretien d’Alexandria Ocasio-Cortez dans l’émission politique d’ABC, après la victoire du candidat de gauche El-Sayed dans une primaire sénatoriale du Michigan. Mais je ne pensais pas que cette petite phrase allait prospérer et susciter un débat aussi intéressant. En six mots et un éclat de rire, l’élue de New York à la Chambre des représentants (dont on se demande si elle va se présenter à la primaire de 2028 pour la Maison-Blanche) a rouvert le procès politique qui a agité le camp progressiste à la fin du premier mandat de Trump. Personne ne s’attendait à ce qu’AOC rallume une mèche sur le bûcher du wokisme. Elle était interrogée sur Francesca Hong, candidate “démocrate socialiste”, comprenez à gauche de la gauche, dans le Wisconsin. Je vous l’ai présentée la semaine dernière dans Zeitgeist. Elle a depuis perdu la primaire pour le poste de gouverneure alors qu’elle était favorite, après avoir été rattrapée par ses anciens appels à abolir la police et à “annuler Thanksgiving”. Je vous avais signalé qu’AOC avait pris soin de ne pas appeler à voter pour elle. Et, au passage, dans cet entretien sur ABC, AOC reprend à son compte la formule d’un élu new-yorkais :
En gros : “La première version du wokisme était folle.” Ce que veut dire AOC, c’est que cette période particulière de l’année 2020, Trump président, campagne présidentielle, Covid et émeutes après la mort de George Floyd, a ouvert un espace où presque toutes les propositions, même les plus “folles”, pouvaient être envisagées, mais que la gauche n’emploierait plus aujourd’hui la même rhétorique. La formule est assez efficace… parce qu’elle est floue. Que met-elle dans “Woke 1.0” ? Ce mot, woke, issu de l’argot noir, veut d’abord inviter les Américains à rester “éveillés”, donc vigilants face au racisme. Le mot a été porté par le mouvement Black Lives Matter, mais ce sont ceux qui en dénonçaient les excès, depuis le camp conservateur ou parmi les plus centristes du camp libéral, qui ont popularisé ce terme pour en faire une étiquette péjorative. Le wokisme doit beaucoup aux bandeaux de Fox News ! Et ces critiques y ont aggloméré des choses qui n’avaient pas grand-chose à voir, de #MeToo aux politiques contre les discriminations dans les entreprises et les administrations, les programmes DEI pour “diversité, équité et inclusion”, que le camp Trump s’applique à démanteler depuis son retour au pouvoir, ou encore les débats sur l’immigration et la sécurité, avec des appels “Open Borders” ou “Defund the Police” qui n’ont jamais été majoritaires dans le camp démocrate. C’est pour cela que le débat déclenché par AOC est intéressant, avec quelques années de recul. Même si on reprend ce gloubi-boulga dénoncé par le camp conservateur avant l’élection de 2020, on peut constater que cette “fièvre” wokiste est retombée avec l’arrivée au pouvoir de Biden, démocrate bon teint, élu au Sénat en 1972, qui n’a jamais incarné et a même surtout écarté ces pressions identitaires venues de la gauche, qui ne le portait pas dans son cœur. Mais, pour beaucoup de critiques de droite, le débat n’a pas été refermé par la défaite de Trump en 2020. Et l’élection de 2024 a confirmé, selon eux, qu’une partie de la gauche ne parlait plus le langage de l’Américain ordinaire. Exemple : toute la stratégie, efficace, du camp Trump sur les trans dans les derniers mois de la campagne de 2024. Avec des investissements massifs pour bombarder les écrans, notamment pendant les matchs de football, de publicités contre les droits des trans. J’écris “efficace”, car on a vu à quel point ces arguments ont été efficaces pour faire revenir vers le vote Trump un électorat masculin, y compris des républicains modérés qui hésitaient à voter Trump ou qui n’avaient pas approuvé la remise en cause du droit à l’avortement par la Cour suprême. En sortant la carte démocrates = wokistes, le camp Trump a su remobiliser sa base en masse. À gauche, certains s’agacent que ces débats soient réduits à une folie collective et estiment que tout amalgamer dans ce mot, “woke”, reviendrait à tomber dans le piège de la droite, en reprenant cette étiquette utilisée pour discréditer toute politique de justice raciale ou sociale. Ils défendent l’idée que ces années dites “woke” ont aussi été celles où des hommes puissants sont tombés après des révélations de violences sexuelles, où les violences policières contre les Noirs sont devenues un débat national, etc. J’ai été un peu long pour vous dresser le tableau, mais c’est pour comprendre pourquoi la pirouette d’AOC est intéressante. Elle ne fut pas une simple spectatrice de “Woke 1.0”, mais l’un de ses principaux visages. En 2019, après son arrivée au Congrès, elle appelait à une discussion sur l’abolition des prisons et la “décarcération”. En 2020, elle insistait sur l’idée que “Defunding police means defunding police”, en gros que le slogan “Defund the police” voulait bien dire qu’il fallait mettre moins d’argent dans la sécurité. Elle a beaucoup employé le vocabulaire inclusif qui était dénoncé par le camp trumpiste. Et aujourd’hui, dans cet entretien sur ABC, elle semble mêler tout cela à la période troublée du Covid, alors que ce débat sur le wokisme a émergé un peu avant, vers 2018-2019. Tout le monde change, et les débats de cette période étaient souvent caricaturaux, dans chaque camp. Le président ne croit pas à la sincérité de la mue de AOC (il a dit sur Fox à ce sujet que “le woke redeviendra woke”). Mais supposons qu’AOC a sincèrement évolué en disant que “la première version du wokisme était folle”. AOC se tient à distance de certaines propositions de certains membres des Democratic Socialists of America, dont l’abolition de la police et des prisons. OK, prenons-la au mot. Mais alors, que défend-elle aujourd’hui sur le financement de la police, des prisons ? Elle ne pourra pas s’en sortir avec un simple éclat de rire si elle est candidate en 2028 à un autre poste. Si elle veut passer de sa circonscription new-yorkaise très à gauche à un électorat au niveau de l’État de New York, si elle est candidate au poste de sénateur de Chuck Schumer, symbole de l’establishment démocrate centriste, élu au Congrès depuis 45 ans… Et encore plus si elle veut être candidate à la Maison-Blanche et se lancer dans la primaire démocrate. Le calendrier du parti prévoit que la première primaire aura lieu en Caroline du Sud, un État du Sud, plus modéré politiquement, plus religieux, où l’électorat noir compte beaucoup et se tient à distance des débats enflammés des campus. C’est l’État qui a sauvé la primaire de Biden en 2020. AOC est habile, talentueuse, ambitieuse et a été avisée de se tenir à distance des élucubrations de Francesca Hong sur Thanksgiving, etc. On voit dans les primaires pour les midterms que ce qui mobilise l’électorat, à gauche comme à droite, c’est une sorte de populisme économique. J’ai déjà écrit ici qu’il ne faut voir aucune connotation négative quand j’utilise ce terme, à gauche comme à droite, comme l’a fait Trump en 2024 en se concentrant sur le coût de la vie. Donc, on voit AOC amorcer ce retournement sur l’aile, en conservant son message sur l’égalité qui a fait son succès, tout en s’éloignant d’un langage et de causes minoritaires, y compris dans son camp. On peut y voir une maturité politique, mais il va falloir beaucoup d’habileté de sa part pour que ça n’apparaisse pas comme une réécriture de l’histoire. Elle sait qu’elle peut compter sur la galaxie Trump-Fox pour rappeler cette période “Woke 1.0”. Et une partie de la gauche de la gauche peut lui rappeler qu’elle s’est fait connaître en étant l’une des incarnations de ces mouvements nouveaux qu’elle résume aujourd’hui comme “crazy”. 🟧 … Vance et la menace du wokisme de droiteEt alors que cette séquence d’AOC devenait virale et suscitait beaucoup de commentaires dans la presse, j’ai repensé à une analyse intéressante lue il y a quelques semaines dans The Free Press, une publication née sur Substack et devenue un site influent avec un écho assez large dans le camp conservateur. Pas forcément trumpiste, mais des gens qui ne sont ni démocrates ni totalement MAGA. Bari Weiss, la fondatrice de The Free Press, a vendu son site à Paramount, qui lui a confié l’info de CBS. Je vous en ai déjà parlé dans Zeitgeist. Il y est aussi question de wokisme… mais de JD Vance. Il est aujourd’hui le favori de la primaire de 2028 côté républicain. Mais quelle ligne chercherait-il à proposer ? C’est la question posée par Rob Dreher dans The Free Press. Et je me suis dit que j’allais en faire le 📚 Food for Thought de ce numéro de Zeitgeist. Cet article sonne comme un avertissement et presse Vance de se dépêcher de délimiter les frontières idéologiques de son mouvement. Sinon, prévient The Free Press, il risque de subir le même sort que les démocrates, débordés par le wokisme. |
Savez-vous ce qu’est un trillion ?
Perso, je me perds au-delà d’un certain nombre de zéros.
Alors je vais le dire autrement.
La dette publique des États-Unis vient de franchir, hier soir, les 40 trillions, c’est-à-dire 40 000 milliards de dollars.
Voici ce que titre ce matin le Wall Street Journal :
“La dette rapportée au PIB approche des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis la Seconde Guerre mondiale.”
I’m old enough to remember, comme on dit en anglais, je suis assez vieux pour me souvenir de la campagne électorale que je couvrais en 2016.
Le candidat Donald Trump, qui faisait campagne sur l’idée qu’il valait mieux confier l’économie à un businessman à succès (The Apprentice !) plutôt qu’à des politiciens, leur faisait la leçon en promettant de “se débarrasser des 19000 milliards de dollars de dette” en huit ans, soit deux mandats.
Dix ans plus tard, alors que nous sommes presque à la moitié de son second mandat, le poids de la dette est deux fois plus lourd.
Alors oui, oui, bien entendu, il n’est pas le seul responsable. Oui, il y a eu le Covid. Oui, il y a eu les plans de relance et d’investissement de Joe Biden, qui se comptaient en milliers de milliards de dollars.
Le premier mandat de Trump et le mandat de Biden ont chacun généré environ 8 000 milliards supplémentaires.
Et c’est comme ça qu’en dix ans, l’Amérique a doublé l’addition et vient de passer ce cap vertigineux.
Le journal télévisé de NBC d’hier soir racontait bien cet effet boule de neige de la dette. Comme Washington continue d’emprunter, le paiement des intérêts pèse de plus en plus lourd sur les dépenses publiques.
“Les États-Unis dépensent plus d’argent des contribuables pour payer les intérêts de notre dette nationale que pour l’assurance-santé ou le budget du Pentagone.”
Le correspondant à la Maison-Blanche concluait son intervention en disant à son présentateur que, pendant les 40 secondes de son papier en direct, la dette s’était encore alourdie de 3 millions de dollars.
40 000 000 000 000 de dollars !
Bien entendu, ce chiffre est d’abord symbolique. Mais le symbole tombe au pire moment. Un moment tant redouté depuis si longtemps.
Quand ceux qui prêtent à l’Amérique commencent à lui demander beaucoup plus cher.
Il y a quelques heures, à la Maison-Blanche, un journaliste de Reuters a demandé au président : “Les Américains doivent-ils s’inquiéter de la volatilité du bond market ?”
Le bond market, c’est le marché des obligations. Une obligation, c’est un type de titre de dette qui permet de lever des fonds auprès des investisseurs.
Le taux d’intérêt des obligations à trente ans a atteint 5,34 % mardi.
C’est le niveau le plus élevé depuis près de vingt ans, avant la grande crise financière qui a déclenché The Great Recession, comme disent les Américains, et dont les effets sociaux pèsent encore politiquement.
Laissez-moi vous dire ce que lui a répondu le président (ce n’est pas très rassurant, je vous préviens).
Reuters : “Les Américains doivent-ils s’inquiéter de la volatilité du bond market ?”
Trump : “Non, je ne le pense pas. Comme je l’ai dit, notre pays se porte extrêmement bien malgré les taux d’intérêt. Nos taux sont artificiellement… ils sont réellement artificiellement élevés. (…) Nous avons un pays très puissant et nous parvenons à avancer malgré ces taux d’intérêt ridicules. Ils sont ridicules. Regardez : quand notre pays est fort, les taux devraient baisser. Quand notre pays est faible, franchement, ils devraient monter.”
Si on suit la logique de sa démonstration, si les taux montent… c’est que les États-Unis sont moins forts qu’il ne le prétend !
J’admets qu’il ne faut pas forcément prendre pour argent comptant les démonstrations économiques de l’ancien présentateur de The Apprentice.
On n’est pas forcément non plus obligé de croire son ancien conseiller Larry Kudlow redevenu présentateur sur la chaine Fox Business, quand il cherche à rassurer les télespectateurs-investisseurs en leur expliquant que “les rendements obligataires en hausse (sont) dus à la croissance trumpienne, et non à l'inflation trumpienne”.
Plus sérieusement, que se passe-t-il ?
Washington vend des reconnaissances de dette. Quand les investisseurs s’en méfient ou trouvent mieux ailleurs, leur prix baisse et le taux qu’elles rapportent monte.
Or ces taux donnent le ton pour le reste de l’économie. Ils tirent vers le haut les crédits immobiliers, les prêts auto et le financement des entreprises. Pourquoi parier sur Wall Street quand l’État américain paie plus de 5 % ?
Hier, le secrétaire au Trésor du président Trump a sorti la pince coupante. Le Trésor a annoncé qu’il allait doubler “au minimum” ses rachats d’obligations longues, de 2 à 4 milliards de dollars par opération.
Respiration sur les marchés, qui étaient en baisse en début de semaine. Le taux à trente ans est retombé autour de 5,18 %.
Mais la bombe n’a pas été désamorcée. Washington a seulement éloigné la flamme.
L’État fédéral n’a pas remboursé la dette. Il en réorganise juste une petite partie pour mettre un peu d’huile dans la machine, parce qu’elle grince de plus en plus fort.
Cela peut calmer les marchés quelques jours, quelques semaines. Mais ça ne résout en rien le problème.
Parce que, derrière tous ces chiffres qui clignotent sur les écrans de Wall Street, c’est une histoire assez trumpienne.
La guerre contre l’Iran, décidée par Trump, a fait bondir le pétrole et ravivé l’inflation.
Les baisses d’impôts massives, promises par le candidat Trump en 2024 et votées dans la foulée de son retour à la Maison-Blanche, creusent un peu plus le déficit.
La guerre commerciale déclenchée par Trump, au cœur de ses promesses depuis toujours, ne rapporte pas autant qu’il l’avait fait miroiter… et la Cour suprême a imposé le remboursement de droits de douane jugés illégaux.
Je ne vous parle même pas des agitations à la tronçonneuse d’Elon Musk et de son DOGE, qui faisait croire qu’il pourrait sabrer des milliers de milliards de dépenses publiques fédérales. La Maison-Blanche n’en revendique plus que 200 milliards, et c’est encore exagéré.
Et les États-Unis doivent encore emprunter plus de 2 000 milliards cette année.
J’ai lu dans le New York Times que les intérêts représentent désormais environ la moitié de ce déficit.
Et la ruée vers l’IA complique encore cette équation impossible. Je crois que c’est dans le Wall Street Journal que j’ai lu que les montagnes d’argent qu’empruntent les géants de la tech pour construire à la hâte leurs data centers concurrencent les obligations de Washington auprès des mêmes investisseurs.
Mais ce qui accentue le problème ces dernières semaines, c’est ce qui se passe au Japon.
Le Japon est le premier détenteur étranger de dette américaine. Ses avoirs ont reculé en juin. La faiblesse du yen faisait craindre que Tokyo vende davantage de bons du Trésor pour défendre sa monnaie. Qu’est-ce qu’a fait l’administration Trump ? Washington est intervenu avec le Japon sur le marché des changes.
En quelques semaines, le secrétaire au Trésor a dû protéger le yen, puis soutenir le marché obligataire américain.
Ça fait donc deux extincteurs pour un même incendie.
Je vous le citais un peu plus haut, Trump assure qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter et réclame toujours une baisse des taux de la Fed.
Mais la banque centrale craint toujours une inflation trop élevée. Elle a donc évoqué, il y a quelques jours, de possibles… hausses des taux.
Et voilà le piège. Trump veut de l’argent moins cher pour soutenir les ménages, à quelques semaines des élections de mi-mandat, Wall Street et sa dette fédérale.
Sauf que sa guerre et ses déficits poussent les investisseurs à réclamer l’inverse.
L’économiste Steve Hanke parle dans Fortune d’un “cocktail mortel” et du retour des “justiciers obligataires” : ces investisseurs capables de punir un gouvernement en vendant sa dette jusqu’à le forcer à changer de cap.
Ils ont déjà fait tomber Liz Truss au Royaume-Uni. Ils avaient rendu Trump “nerveux” lors de la crise des tarifs de 2025. Une semaine après avoir déclenché sa guerre commerciale, il avait suffi que Jamie Dimon, le patron de JPMorgan, se pointe dans la matinale de Fox Business que regarde Trump et le mette en garde sur le bond market pour qu’il mette les freins. Je vous l’avais alors raconté ici, dans Zeitgeist.
Pour revenir sur ce cap des 40 000 milliards, évidemment, l’Amérique ne va pas faire faillite demain. Le dollar reste la monnaie centrale du système financier mondial. Les bons du Trésor n’ont pas de vrai concurrent.
Pour l’instant, la fête de la dépense publique va continuer encore un peu.
Mais jusqu’à quand ?
Dézoom
Tout cela me fait penser à un livre dont je vous avais parlé à l’automne dernier, 1929, publié par le journaliste économique star du New York Times, qui coprésente une émission sur la chaîne financière CNBC.
C’est l’un des grands succès d’édition aux États-Unis de l’année écoulée. On le voit encore en bonne place sur les étals des librairies. Il s’est vendu à près de 350 000 exemplaires.
Je vous avais signalé lors de la sortie du livre qu’il compare notre situation à celle des Roaring Twenties, les années 20 rugissantes, comme disent les Américains pour parler des années 1920-1929, avec des marchés boursiers qui grimpent pendant des mois.
Il rappelle que, de 1928 à septembre 1929, Wall Street était en hausse de 90 %.
Il se disait “anxieux” à propos de la situation à Wall Street.
“J’ai le sentiment que les prix atteignent des niveaux difficilement soutenables. Ce que je ne sais pas, c’est si nous vivons un boom exceptionnel, porté par l’intelligence artificielle, la technologie, tout ça, ou si tout est simplement surévalué.”
Quand une journaliste lui demandait, à la sortie du livre, s’il pensait que Wall Street connaîtrait un krach, voici ce qu’il répondait :
“La réponse, c’est que oui, il y aura un krach. Je ne peux pas vous dire quand, ni à quelle profondeur. Mais je peux vous assurer, et j’aimerais ne pas avoir à le dire, qu’il y aura un krach.”
🟨🟧 Ceux qui s’agrippent à leur collier de perles
Je reviens d’un mot sur la polémique autour de Natalie Harp, que je vous racontais dans le précédent numéro de Zeitgeist.
Cette collaboratrice de Trump est-elle sa maîtresse ? Tout cela agite beaucoup les chaînes d’info américaines depuis trois jours.
Époumonnements de pearl clutchers sur tous les plateaux.
J’adore cette expression en anglais. Les pearl clutchers, ce sont ceux qui font mécaniquement le geste de vérifier que leur collier de perles est bien en place pour afficher une indignation théâtrale et moralisatrice.
Mais, au milieu de tout cela, j’ai apprécié la fraîcheur de Jesse Watters.
Vous le connaissez déjà si vous êtes un abonné de Zeitgeist (et merci, vous êtes de plus en plus nombreux). Je le cite souvent. C’est un présentateur de Fox News, l’un des plus trumpistes, l’un des plus potaches aussi, avec une sorte de sourire narquois et un sens de la formule qui lui valent d’être régulièrement distingué dans cette infolettre.
Mais, blague à part, parmi tous les pearl clutchers, il se distingue par un éclat d’honnêteté.
“Dire que Trump s’entoure de femmes séduisantes… oui, je pense qu’il l’a fait toute sa vie.
Est-ce que je pense que ce commentaire le contrarie beaucoup ? Non. Est-ce que ce commentaire me choque ? Non. Trump a-t-il déjà tenu des propos bien pires, beaucoup plus graveleux, à l’encontre d’autres personnes ? Oui.
Est-ce que je l’ai défendu lorsqu’il a tenu ces propos ? Absolument.”
🟨🟧 AOC et le procès du wokisme à gauche…
J’ai failli vous la signaler dans Zeitgeist il y a une dizaine de jours, quand j’ai évoqué l’entretien d’Alexandria Ocasio-Cortez dans l’émission politique d’ABC, après la victoire du candidat de gauche El-Sayed dans une primaire sénatoriale du Michigan. Mais je ne pensais pas que cette petite phrase allait prospérer et susciter un débat aussi intéressant.
En six mots et un éclat de rire, l’élue de New York à la Chambre des représentants (dont on se demande si elle va se présenter à la primaire de 2028 pour la Maison-Blanche) a rouvert le procès politique qui a agité le camp progressiste à la fin du premier mandat de Trump.
Personne ne s’attendait à ce qu’AOC rallume une mèche sur le bûcher du wokisme.
Elle était interrogée sur Francesca Hong, candidate “démocrate socialiste”, comprenez à gauche de la gauche, dans le Wisconsin. Je vous l’ai présentée la semaine dernière dans Zeitgeist. Elle a depuis perdu la primaire pour le poste de gouverneure alors qu’elle était favorite, après avoir été rattrapée par ses anciens appels à abolir la police et à “annuler Thanksgiving”. Je vous avais signalé qu’AOC avait pris soin de ne pas appeler à voter pour elle.
Et, au passage, dans cet entretien sur ABC, AOC reprend à son compte la formule d’un élu new-yorkais :
“Woke 1 was crazy.”
En gros : “La première version du wokisme était folle.”
Ce que veut dire AOC, c’est que cette période particulière de l’année 2020, Trump président, campagne présidentielle, Covid et émeutes après la mort de George Floyd, a ouvert un espace où presque toutes les propositions, même les plus “folles”, pouvaient être envisagées, mais que la gauche n’emploierait plus aujourd’hui la même rhétorique.
La formule est assez efficace… parce qu’elle est floue. Que met-elle dans “Woke 1.0” ? Ce mot, woke, issu de l’argot noir, veut d’abord inviter les Américains à rester “éveillés”, donc vigilants face au racisme. Le mot a été porté par le mouvement Black Lives Matter, mais ce sont ceux qui en dénonçaient les excès, depuis le camp conservateur ou parmi les plus centristes du camp libéral, qui ont popularisé ce terme pour en faire une étiquette péjorative. Le wokisme doit beaucoup aux bandeaux de Fox News !
Et ces critiques y ont aggloméré des choses qui n’avaient pas grand-chose à voir, de #MeToo aux politiques contre les discriminations dans les entreprises et les administrations, les programmes DEI pour “diversité, équité et inclusion”, que le camp Trump s’applique à démanteler depuis son retour au pouvoir, ou encore les débats sur l’immigration et la sécurité, avec des appels “Open Borders” ou “Defund the Police” qui n’ont jamais été majoritaires dans le camp démocrate.
C’est pour cela que le débat déclenché par AOC est intéressant, avec quelques années de recul.
Même si on reprend ce gloubi-boulga dénoncé par le camp conservateur avant l’élection de 2020, on peut constater que cette “fièvre” wokiste est retombée avec l’arrivée au pouvoir de Biden, démocrate bon teint, élu au Sénat en 1972, qui n’a jamais incarné et a même surtout écarté ces pressions identitaires venues de la gauche, qui ne le portait pas dans son cœur.
Mais, pour beaucoup de critiques de droite, le débat n’a pas été refermé par la défaite de Trump en 2020. Et l’élection de 2024 a confirmé, selon eux, qu’une partie de la gauche ne parlait plus le langage de l’Américain ordinaire. Exemple : toute la stratégie, efficace, du camp Trump sur les trans dans les derniers mois de la campagne de 2024. Avec des investissements massifs pour bombarder les écrans, notamment pendant les matchs de football, de publicités contre les droits des trans. J’écris “efficace”, car on a vu à quel point ces arguments ont été efficaces pour faire revenir vers le vote Trump un électorat masculin, y compris des républicains modérés qui hésitaient à voter Trump ou qui n’avaient pas approuvé la remise en cause du droit à l’avortement par la Cour suprême. En sortant la carte démocrates = wokistes, le camp Trump a su remobiliser sa base en masse.
À gauche, certains s’agacent que ces débats soient réduits à une folie collective et estiment que tout amalgamer dans ce mot, “woke”, reviendrait à tomber dans le piège de la droite, en reprenant cette étiquette utilisée pour discréditer toute politique de justice raciale ou sociale. Ils défendent l’idée que ces années dites “woke” ont aussi été celles où des hommes puissants sont tombés après des révélations de violences sexuelles, où les violences policières contre les Noirs sont devenues un débat national, etc.
J’ai été un peu long pour vous dresser le tableau, mais c’est pour comprendre pourquoi la pirouette d’AOC est intéressante.
Elle ne fut pas une simple spectatrice de “Woke 1.0”, mais l’un de ses principaux visages. En 2019, après son arrivée au Congrès, elle appelait à une discussion sur l’abolition des prisons et la “décarcération”. En 2020, elle insistait sur l’idée que “Defunding police means defunding police”, en gros que le slogan “Defund the police” voulait bien dire qu’il fallait mettre moins d’argent dans la sécurité. Elle a beaucoup employé le vocabulaire inclusif qui était dénoncé par le camp trumpiste. Et aujourd’hui, dans cet entretien sur ABC, elle semble mêler tout cela à la période troublée du Covid, alors que ce débat sur le wokisme a émergé un peu avant, vers 2018-2019.
Tout le monde change, et les débats de cette période étaient souvent caricaturaux, dans chaque camp.
Le président ne croit pas à la sincérité de la mue de AOC (il a dit sur Fox à ce sujet que “le woke redeviendra woke”).
Mais supposons qu’AOC a sincèrement évolué en disant que “la première version du wokisme était folle”. AOC se tient à distance de certaines propositions de certains membres des Democratic Socialists of America, dont l’abolition de la police et des prisons.
OK, prenons-la au mot. Mais alors, que défend-elle aujourd’hui sur le financement de la police, des prisons ?
Elle ne pourra pas s’en sortir avec un simple éclat de rire si elle est candidate en 2028 à un autre poste.
Si elle veut passer de sa circonscription new-yorkaise très à gauche à un électorat au niveau de l’État de New York, si elle est candidate au poste de sénateur de Chuck Schumer, symbole de l’establishment démocrate centriste, élu au Congrès depuis 45 ans…
Et encore plus si elle veut être candidate à la Maison-Blanche et se lancer dans la primaire démocrate. Le calendrier du parti prévoit que la première primaire aura lieu en Caroline du Sud, un État du Sud, plus modéré politiquement, plus religieux, où l’électorat noir compte beaucoup et se tient à distance des débats enflammés des campus. C’est l’État qui a sauvé la primaire de Biden en 2020.
AOC est habile, talentueuse, ambitieuse et a été avisée de se tenir à distance des élucubrations de Francesca Hong sur Thanksgiving, etc.
On voit dans les primaires pour les midterms que ce qui mobilise l’électorat, à gauche comme à droite, c’est une sorte de populisme économique. J’ai déjà écrit ici qu’il ne faut voir aucune connotation négative quand j’utilise ce terme, à gauche comme à droite, comme l’a fait Trump en 2024 en se concentrant sur le coût de la vie.
Donc, on voit AOC amorcer ce retournement sur l’aile, en conservant son message sur l’égalité qui a fait son succès, tout en s’éloignant d’un langage et de causes minoritaires, y compris dans son camp.
On peut y voir une maturité politique, mais il va falloir beaucoup d’habileté de sa part pour que ça n’apparaisse pas comme une réécriture de l’histoire.
Elle sait qu’elle peut compter sur la galaxie Trump-Fox pour rappeler cette période “Woke 1.0”. Et une partie de la gauche de la gauche peut lui rappeler qu’elle s’est fait connaître en étant l’une des incarnations de ces mouvements nouveaux qu’elle résume aujourd’hui comme “crazy”.
🟨🟧 … Vance et la menace du wokisme de droite
Et alors que cette séquence d’AOC devenait virale et suscitait beaucoup de commentaires dans la presse, j’ai repensé à une analyse intéressante lue il y a quelques semaines dans The Free Press, une publication née sur Substack et devenue un site influent avec un écho assez large dans le camp conservateur. Pas forcément trumpiste, mais des gens qui ne sont ni démocrates ni totalement MAGA. Bari Weiss, la fondatrice de The Free Press, a vendu son site à Paramount, qui lui a confié l’info de CBS. Je vous en ai déjà parlé dans Zeitgeist.
Il y est aussi question de wokisme… mais de JD Vance.
Il est aujourd’hui le favori de la primaire de 2028 côté républicain.
Mais quelle ligne chercherait-il à proposer ? C’est la question posée par Rob Dreher dans The Free Press. Et je me suis dit que j’allais en faire le 📚 Food for Thought de ce numéro de Zeitgeist.
Cet article sonne comme un avertissement et presse Vance de se dépêcher de délimiter les frontières idéologiques de son mouvement. Sinon, prévient The Free Press, il risque de subir le même sort que les démocrates, débordés par le wokisme.
L’auteur de The Free Press s’appuie sur un livre qui vient de sortir, titré Nothing Left: Confessions of a Democratic Operative. Notez le jeu de mots : nothing left veut dire à la fois “il ne reste plus rien” et “plus rien de gauche”. Il est publié par Evan Barker, une ancienne démocrate qui était responsable de levées de fonds pour le parti. Elle vient d’une famille ouvrière du Midwest et s’était engagée en politique sous la présidence Obama pour défendre l’accès à la santé des classes populaires. Elle raconte dans son livre, que je n’ai pas lu, avoir vu ces priorités sociales être supplantées dans son parti par ce qu’elle décrit comme une obsession pour la race et le genre. Et ce qu’elle raconte, c’est que cette inflexion était due à une pression à la fois de la base militante, mais aussi des grands donateurs, qui s’achetaient là une sorte de blanc-seing moral.
Rod Dreher admet que la tentation est grande de savourer le désastre :
“Pour un conservateur comme moi, il est facile de lire ce livre avec autosatisfaction, en se disant : ‘On vous avait prévenus !’ Parce que, oui, nous l’avions fait. Mais le livre de Barker devrait également être lu comme un avertissement adressé à la droite. Nous ferions bien d’y prêter attention.”
The Free Press souligne un passage révélateur qui concerne l’un des oncles de Barker. Ce maçon, syndiqué depuis plus de quarante ans, ancien combattant de l’US Navy et éternel électeur démocrate, est passé dans le camp Trump en 2016. Voici ce qu’il répond lorsqu’elle lui demande si le Parti démocrate méprise les hommes comme lui :
“Il a éclaté de rire. ‘Est-ce que les démocrates me regardent de haut ? Ils ne me regardent même pas du tout !’”
J’ai entendu cela dans la bouche de beaucoup d’anciens démocrates ou indépendants ralliés à Trump, surtout des hommes. C’est sur la mobilisation et l’agglomération de ces gens-là que Trump a construit sa victoire contre Clinton en 2016, quand il leur promettait “Je suis VOTRE voix” et que Clinton avait décrit publiquement les électeurs de Trump comme un “panier de pitoyables”.
Trump a su parler à des électeurs convaincus que les élites ne les voyaient plus. Que l’Amérique des côtes, de Manhattan à Hollywood, de Washington à la Silicon Valley, regardait de haut l’Amérique du milieu, le flyover country, ces États qu’on survole : la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin, les trois États du Midwest qui ont déterminé l’élection en 2016, en 2020 pour Biden, et en 2024. Un électorat populaire, modéré, séduit par le discours de populisme économique de Trump.
Vance, qui vient de ce Midwest, de l’Ohio voisin, et qui revendique cet héritage, va essayer de prolonger cette coalition autour de cette promesse économique. Je vous racontais dans le dernier Zeitgeist comment, ces derniers jours, il a fait s’étrangler des républicains traditionnels en dénonçant les effets du dollar comme monnaie de réserve. Contrairement aux conservateurs reaganistes, il comprend que toute une partie de l’Amérique n’est plus séduite par des promesses abstraites de libre-échange et de dérégulation. Le coût du logement, la précarité et le déclin industriel exigent d’autres réponses que “le marché va tout régler”.
Mais si Rod Dreher, dans The Free Press, met en garde Vance, c’est qu’il doit en même temps composer avec une frange de jeunes militants conservateurs qui ont grandi sous Trump et adopté les pulsions, le vocabulaire et parfois les méthodes musclées de la droite identitaire.
Sa thèse, c’est que les démocrates ont été affaiblis depuis une dizaine d’années par une frange plus à gauche qui les a entraînés dans le piège des identity politics, des politiques de l’identité. Comprenez : les wokistes.
Et ce que The Free Press décrit, c’est qu’une menace similaire pend au nez de Vance s’il se laisse, lui aussi, entraîner par une frange plus à droite vers les questions d’identity politics.
Bref, une woke right, une droite wokiste. À la politique identitaire de gauche, elle oppose une politique identitaire de droite, qui classe les individus selon leur race ou leur sexe. Et défend une ligne blanche, masculine et parfois ouvertement antisémite.
“Jusqu’à présent, Vance s’est refusé à prendre clairement position contre eux. Lors de l’AmericaFest de Turning Point USA, l’année dernière, le vice-président s’était nettement élevé contre les politiques identitaires fondées sur la race. Il avait établi une distinction très claire entre les démocrates et le Parti républicain, affirmant que les républicains ‘jugent les gens pour ce qu’ils sont, et non en fonction de leur origine ethnique ou de choses sur lesquelles ils n’ont aucune prise’. (…)
“Très bien. Mais, dans le même discours, il avait également affirmé que l’unité et le succès du parti exigeaient de tolérer toutes les voix de droite, même les plus controversées. Vance avait déclaré : ‘Le président Trump n’a pas bâti la plus grande coalition de la politique américaine en soumettant ses partisans à d’interminables tests de pureté idéologique aussi stériles que contre-productifs.’”
C’était un discours marquant de Vance, lors d’un rassemblement du groupe de Charlie Kirk après son assassinat. Je vous l’avais alors raconté dans Zeitgeist. C’est là que l’on a constaté au grand jour les premiers signes de fractures au sein de la base MAGA, autour de l’affaire Epstein, du soutien à Israël, et ça n’a fait qu’empirer avec la guerre contre l’Iran.
Vance définissait non seulement ce qu’était la coalition trumpiste, mais aussi celle qu’il entend incarner pour l’après-Trump. La ligne défendue dans ce discours, c’est qu’en gros, la coalition MAGA doit être une grande tente. Elle doit pouvoir agglomérer les républicains traditionnels, mais aussi ceux qui ont permis à Trump de s’imposer contre ces conservateurs classiques en 2016, et continuer à réunir des groupes qui disent des choses contradictoires, y compris des gens aux positions extrêmes.
Ce qui m’a intéressé dans la thèse de cette publication conservatrice influente, c’est qu’elle défend l’idée que cette ambiguïté est peut-être son principal problème pour 2028.
Jusqu’où Vance peut-il défendre une coalition ouverte sans banaliser ceux qui tiennent des positions racistes, sexistes, anti-islam, parfois antisémites ?
À partir de quel moment le refus de la “cancel culture” devient-il un prétexte pour absoudre les dingues dangereux ?
Ce qu’écrit Rod Dreher dans The Free Press, c’est que Vance ne pourra pas éternellement éviter ce choix :
“Les militants de droite en plein essor qui défendent une politique identitaire blanche n’ont montré aucun intérêt pour le compromis. Ils forment une avant-garde radicale qui cherche à prendre le contrôle des institutions du conservatisme politique.”
Je ne veux pas faire trop long, mais on pourrait émettre quelques réserves. La droite radicale n’est pas simplement une réaction mécanique aux excès de la gauche. Elle a des racines dans des groupes d’extrême droite qui veulent remettre en cause la démocratie américaine. Et, par ailleurs, les défaites démocrates ne s’expliquent pas uniquement par la politique identitaire. Biden lui-même s’est imposé dans la primaire de 2020 en se tenant à distance de ces excès.
Mais The Free Press rappelle à Vance et à tous ceux qui esquissent avec lui l’après-Trump dans le camp républicain qu’il arrive qu’un parti devienne prisonnier d’une minorité militante qui parle surtout à elle-même.
C’était déjà un nœud fondamental dans le trumpisme, mais il était dépassé par la personnalité écrasante de Trump. Vance va devoir, lui, choisir une ligne. Sans la bravade charismatique de son boss. Et il lui sera moins pardonné qu’à Trump dans son camp.
“Mango Mussolini”
J’ai décidé de créer une nouvelle rubrique dans Zeitgeist. J’ai écouté les remarques de plusieurs abonnés qui trouvent que je ne raconte que des nouvelles stupéfiantes et inquiétantes.
Alors désormais, j’essaierai, dans chaque numéro, de vous signaler quelque chose qui me rend joyeux. Une histoire, une lecture qui m’inspire, qui m’amuse, qui rend l’air plus léger.
Je vais appeler cela 🎈Bring Me Joy!
Presque comme un mot d’ordre contre l’époque, le zeitgeist de notre temps.
Et donc, mon premier 🎈Bring Me Joy!, c’est l’émission Jimmy Kimmel Live cette semaine sur ABC. Je vous ai déjà parlé de cette émission de late night diffusée sur la chaîne de Disney, souvent féroce avec Trump, que le président a menacé de faire taire. Elle avait d’ailleurs été suspendue d’antenne quelques jours lors de la saison dernière et c’est la mobilisation pour la liberté d’expression qui avait sauvé l’émission.
Kimmel est en congé et, cette semaine, il est remplacé par… Rosie O’Donnell, humoriste américaine que j’adore depuis que je l’ai aperçue dans un second rôle dans Sleepless in Seattle, il y a plus de trente ans.
C’est un événement ! “Rosie rechargée”, titre le bandeau de l’émission la plus regardée de Fox News, en référence à Matrix.
Le président lui-même avait évoqué ce remplacement à venir avec ce montage IA sur son réseau Truth Social, il y a quelques jours, en l’accusant d’être malade, d’avoir contracté le TDS, le “Trump Derangement Syndrome” (“syndrome de dérèglement provoqué par Trump”). C’est une expression employée par les trumpistes pour accuser ses adversaires d’être tellement obsédés par lui qu’ils perdent tout sens de la raison.
Rosie O’Donnell est extrêmement célèbre aux États-Unis pour avoir présenté un talk-show dans les années 90.
Puis avoir coanimé The View, un autre talk show toujours n.1 des audiences en journée.
Et elle est, depuis vingt ans, la meilleure ennemie de Donald Trump. Je lui ai consacré un chapitre dans mon dernier livre, Armes de distraction massive, chez Grasset. Voici ce que j’écrivais sur son lien avec Trump.
“Certains ennemis sont plus précieux que d’autres. Il en est une, en particulier, qu’il chérit depuis deux décennies. Laissez-moi vous présenter sa méchante favorite. Elle s’appelle Rosie O’Donnell.”
“Pas une rivale politique, pas une procureure tenace, mais une humoriste à la voix grave, au verbe tranchant, qui n’a jamais eu peur de dire ce qu’elle pense de Donald Trump.”
“Quand les révélations sur l’affaire Epstein se multiplient, le président cherche à détourner l’attention en relançant cette vieille vendetta : il suggère que Rosie, ancienne animatrice de talk-show, pourrait être déchue de sa citoyenneté. Elle a quitté le pays pour s’installer en Irlande après son retour au pouvoir.”
“Ces deux-là se sont croisés mille fois, sur les plateaux comme dans les soirées. Deux figures de la célébrité new-yorkaise. Ils ont gardé leurs accents du Queens et de Long Island. Tous deux familiers des pages potins du New York Post. Trump l’a même invitée à son second mariage. Plus tard, le candidat dira d’elle que, ce soir de noces, elle avait ‘mangé comme une truie’.”
“Trump a transformé leur querelle en feuilleton. Tout commence en décembre 2006, dans l’émission The View sur ABC, qu’elle coprésente. Il est alors question de Miss USA, un concours que Trump possède et dont la lauréate a été surprise à consommer de la cocaïne dans une boîte de nuit. Trump organise une grande conférence de presse pour la gronder, façon père de famille modèle.”
“Rosie se moque de cette posture morale, rappelle que l’homme a trompé plusieurs de ses épouses, qu’il a fait faillite et ne s’est renfloué qu’en héritant des millions de son père, qui l’avait déjà subventionné à ses débuts. Elle l’accuse de manipuler l’affaire pour une opération d’autopromotion et le compare à ‘un camelot de pacotille dans La Petite Maison dans la Prairie’. Puis elle imite sa mèche, rabattant ses propres cheveux sur son front. Provocation ultime. Il ne supporte pas d’être ridiculisé, surtout par une femme.”
“Dès le lendemain, Trump promet de la poursuivre en justice. Il la traite de ‘femme hors de contrôle’, de ‘vraie perdante’. Il jure qu’il prendra plaisir à l’humilier. Et les médias suivent. Les tabloïds se régalent. L’opinion en redemande. Trump savoure. Il ressort la querelle à chaque occasion utile.”
“Depuis, quand il est en difficulté, Trump invoque O’Donnell. Lors du tout premier débat républicain de 2015, confronté à l’énumération de ses insultes misogynes, il tranche : ‘Seulement Rosie O’Donnell.’ Le public rit. Les caméras tournent. On ne parle que de ça pendant des jours.”
“Même élu, il s’en prend encore à elle. Parce qu’elle est tout ce qu’il déteste : lesbienne, engagée, corpulente, sans filtre. Ils parlent la même langue, celle de New York, directe, crue, sanglante. Elle le traite d’’anus orange’.”
“Chaque nouvel épisode suit le même scénario. Une crise ? Une affaire ? Une tension au Congrès ? Il suffit d’un mot : Rosie. À peine revenu au pouvoir, il ressort son nom dans le Bureau ovale, en recevant un dignitaire étranger. Quelques mois plus tard, quand l’affaire Epstein secoue la base MAGA, il menace de lui retirer sa citoyenneté. Il écrit sur son réseau qu’elle est ‘une menace pour l’humanité’.”
“La réponse fuse depuis l’Irlande. ‘Tu veux me retirer ma citoyenneté ? Vas-y, essaie donc, roi Joffrey au faux bronzage mandarine.’ Joffrey, cet enfant-roi sadique de Game of Thrones. Elle poursuit : ‘Je pense que sa démence le pousse à croire qu’il est réellement un roi.’ Puis, sans trembler : ‘Un escroc criminel, un menteur auteur d’agressions sexuelles, déterminé à nuire à notre pays pour servir ses propres intérêts.’”
“Elle est sa meilleure ennemie. Elle lui convient parfaitement. Car peu importe que l’adversaire soit ancien ou nouveau, réel ou imaginaire. Ce qui compte, c’est le bruit. En désignant sans cesse de nouveaux ennemis, Trump entretient la tension. Il transforme chaque critique en attaque, chaque désaccord en menace, chaque nuance en trahison.”
“En anglais, on dit ‘every hero needs a villain’. Chaque héros a besoin d’un méchant.”
Et donc, Rosie présente depuis trois jours l’émission de Jimmy Kimmel. Et ses monologues traditionnels de début d’émission sont des bijoux qui, vraiment, me mettent en joie.
Lundi soir, elle a commencé par faire coucou, d’un signe de la main à la caméra, à son vieil ami Donnie, à la Maison-Blanche.
“Salut ! Je sais que tu regardes… regarde !”
“Si vous pensiez que le président détestait déjà Jimmy Kimmel Live quand l’émission était présentée par Jimmy Kimmel, accrochez-vous, les amis. Accrochez vos ceintures, accrochez vos ceintures !”
“Cela fait presque trente ans que je ne me suis pas assise derrière le bureau d’une émission télévisée, et beaucoup de choses ont changé depuis les années 1990. À l’époque, il y avait une guerre au Moyen-Orient, le changement climatique ravageait notre planète et le président était empêtré dans des scandales. Mais aujourd’hui, tout est tellement tranquille.”
“Vous savez, cela fait deux ans que je vis en Irlande à cause de ‘Mango Mussolini’. J’ai lu le fameux Project 2025 et je me suis dit : ‘Il faut que je me tire d’ici.’ J’ai donc décidé de partir en Irlande, un pays où les gens sont poussés à boire, quelle que soit la personne qui les gouverne.”
“Mango Mussolini”, Mussolini à la mangue.
Ça, c’était lundi.
Mardi soir, elle a à nouveau salué son ami de la Maison-Blanche :
“Je suis très reconnaissante de pouvoir remplacer Jimmy et présenter de nouveau un talk-show sur une grande chaîne. C’est une expérience assez étrange pour moi, parce que je suis soudainement redevenue célèbre. Me voilà de nouveau sous les projecteurs, et tout cela grâce au président Oompa J. Loompa, qui nous regarde ce soir depuis l’intérieur d’un chariot de restauration.”
Référence à l’épisode d’Air Force One dont il a été exfiltré. Je vous en parlais dans Zeitgeist la semaine dernière.
Et référence aux Oompa-Loompas, les nains à la peau orange qui travaillent dans la chocolaterie de Willy Wonka, dans Charlie et la Chocolaterie.
“Tu sais, je n’aurais pas pu y arriver sans toi, mon chou. Tu m’as fait revenir, exactement comme tu l’as fait avec le fascisme et la rougeole.”
Et ce matin, alors que je finissais d’écrire ce Zeitgeist, j’ai pouffé de rire en écoutant le troisième monologue de Rosie sur ABC.
“Un salut tout particulier à ceux qui nous regardent depuis chez eux… et depuis la Maison-Blanche. Mais j’ai une mauvaise nouvelle pour le président ‘Petty Roosevelt’.”
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Un nouveau surnom donné à Trump, jeu de mots entre petty, “mesquin”, et le président Teddy Roosevelt.
“C’est tout ce que je dirai ce soir, mon chou. Il faut que tu te rendes à l’évidence : il est temps de raccrocher ta perruque et de laisser Natalie te border. Allez, maintenant, au dodo !”
Et ce qui m’amuse, c’est qu’on sait que les téléspectateurs trumpistes ont déserté depuis longtemps le Jimmy Kimmel Show. Surtout si c’est Rosie O’Donnell qui présente.
Même si les extraits cartonnent sur les réseaux, beaucoup d’aficionados du président peuvent passer à côté.
Mais Fox News les repasse le lendemain pour les commenter, en faisant mine de s’indigner… ce qui ne fait que donner encore plus d’écho aux blagues de sa vieille amie Rosie !
Thank you and goodbye.
PhC















































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