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 “Donald Ducks” ou la résistance des oies à perruque blonde

Derrière le spectacle burlesque des oies armées et du "Lake America" mis en scène par Trump, sa guerre commerciale avec le Canada menace la majorité républicaine au Sénat.

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Hi everyone, c’est Zeitgeist.

Je vais vous raconter pourquoi Trump déclenche aussi la guerre du bœuf. Pour faire baisser le prix des hamburgers, il autorise l’arrivée de centaines de milliers de tonnes de viande étrangère vendue à prix cassés. Une idée qui révolte les éleveurs américains et provoque une fronde inhabituelle jusque chez les sénateurs républicains les plus fidèles.

Je vais vous présenter le destin presque ironique de Milo Yiannopoulos, l’un des premiers propagandistes de Trump en 2016, qui réclamait une politique de l’immigration plus ferme, des expulsions immédiates et massives de millions de personnes, « sans aucune exception ». Il vient d’être arrêté puis expulsé. Il était lui même en situation illégale.

Dans mon 📚 Food for Thought, pourquoi les baby-boomers américains redécouvrent la marijuana.

Et pendant que les vieux planent, les jeunes boivent moins. La consommation d’alcool aux États-Unis n’a jamais été aussi basse depuis les années 30.

Enfin, dans la nouvelle rubrique de Zeitgeist, 🎈 Bring me Joy, le récit d’un premier rendez-vous organisé par New York Magazine, avec deux versions de la même soirée. Le charme d’une romcom



Savez-vous ce qu’est une bernache ?

C’est une oie reconnaissable à sa tête et à son cou noirs, à ses joues blanches, à la tache blanche sous son menton et à son corps brun.

Les Américains l’appellent “Canada goose”, l’oie du Canada.

Eh bien, sachez désormais qu’elles peuvent aussi arborer des houppettes blondes et, si l’on se fie à la vidéo générée par IA et postée samedi sur le compte Truth Social de l’homme le plus puissant du monde, posséder des bras humains pour porter des fusils d’assaut et tirer en l’air devant une ville qui ressemble à Toronto.

Les partisans du président sur les réseaux les surnomment les “Donald Ducks”.

Leur mission, c’est de protéger le “Lake America”, le nouveau nom que le président Trump donne au lac Ontario, qui sépare les deux voisins. Il a signé le décret devant les caméras depuis le bureau ovale, rendant caduc le nom signé par le premier président George Washington et ratifié par le Congrès en 1795.

Il était écrit sur le panneau “Pour que les Grands Lacs soient encore plus grands”.

Quelques heures plus tard, depuis son golf de Virginie, Trump a diffusé une deuxième vidéo où on le voit renverser d’un coup un panneau qui indique “Welcome to Lake Ontario” pour le remplacer par “Welcome to Lake America”. Puis une petite danse sur YMCA.

Ça vous fait rire ? C’est fait pour.

Passons sur la pression de l’administration Trump sur Google, qui a rebaptisé le lac Ontario sur ses cartes pour ses utilisateurs américains (ça reste Lac Ontario pour le reste du monde). Apple n’a pas encore cédé.

Cette nuit le président applaudit Google sur son réseau social.

La riposte canadienne a pris la forme d’un panneau haut de deux étages installé près de Grimsby, en Ontario : “Lake Ontario. Now and Always. Lac Ontario. Aujourd’hui et pour toujours.”

Reuters

Le premier ministre du Canada, Mark Carney, rappelle que le nom vient du mot wendat, un peuple autochtone, Ontari’io, “le lac est beau, le lac est grand”, et qu’il précède de plus de quatre siècles la Confédération canadienne comme la Déclaration d’indépendance américaine.

La Maison-Blanche avait déjà résumé le rapport de force par une photographie montrant un aigle américain à tête blanche plaquant une bernache du Canada sur la glace.

Ça vous fait rire ? Ce n’est pourtant pas très drôle.

Hier, sur Truth Social, le président a fait part de son soutien à un projet de chrétiens conservateurs américains visant à faire venir au sud de la frontière des Juifs qui seraient menacés au nord, côté canadien.

Oui, derrière ces images gaguesques se noue un conflit qui n’a rien d’amusant ni de léger.

Après l’échec de négociations de dernière minute, les États-Unis appliquent depuis le 22 août des droits de douane de 50 % sur environ 20 milliards de dollars d’exportations canadiennes, dont le vin, les meubles, les produits laitiers, le ciment et les vêtements. Trump menace aussi de porter à 50 %, dès le 1er janvier, beaucoup d’autres droits de douane, dont ceux sur l’acier.

Le Canada prévoit, à partir du 8 septembre, une riposte “dollar pour dollar” pouvant atteindre 50 % sur l’acier, l’aluminium, les produits laitiers, les appareils ménagers, les équipements agricoles, le papier, les vêtements et l’électronique américains. Plus de trois Canadiens sur quatre approuvent la décision du premier ministre Carney de quitter la table des négociations. L’un des points de contentieux était la défense du français, qui oblige des exportateurs américains à prévoir des produits étiquetés dans la langue du Québec.

Mais le visage le plus spectaculaire de la résistance à Trump, ce n’est pas Carney, c’est celui qui était surnommé, il y a quelques années, le “Trump canadien”, le premier ministre conservateur de l’Ontario, la province la plus prospère.

Il s’appelle Doug Ford.

Il traite Trump de dictateur, de brute et de “roi des faillites”.

Il était encore hier matin en direct, depuis l’Ontario, dans l’émission politique d’ABC.

Il invite le président américain à lui “embrasser le cul”.

Laissez-moi vous raconter pourquoi Donald Trump a trouvé, avec Doug Ford, un personnage à sa mesure.

Alors, “embrasser le cul”, ça sonne mieux en anglais, “Kiss my ass” et ça veut dire (en gros) quelque chose comme va te faire foutre.

Ford a dit cela il y a quelques jours sur les ondes d’une radio de Toronto. Puis il l’a répété lors d’une conférence de presse, quand un journaliste lui a demandé s’il ne regrettait pas cette expression vulgaire.

“J’ai pas mal de surface disponible sur mon cul, alors il a largement la place de me l’embrasser.”

Ça n’a pas plu au président américain, qui s’en est pris à Ford dans la foulée en dénonçant ses “fanfaronnades”. Il a décrit Ford et Carney comme des “clowns”.

Ford a répondu au micro de CBC/Radio-Canada qu’il ne comptait pas répondre à “un dictateur comme le président Trump”.

“C’est le genre de type qui, à l’école, vous prendrait l’argent de votre déjeuner un jour, vous arracherait votre bonnet le lendemain, puis vous volerait vos baskets.”

“Je ne vais pas accepter les conseils d’un type qui est le roi des faillites.”

Plus sérieusement, il faut mieux mesurer la portée de cette alliance entre Carney, un libéral, et Ford, un conservateur. Ford n’a pas non plus aimé que Trump le qualifie de subalterne sans envergure, moins charismatique et moins intelligent que son défunt frère Rob Ford.

Ford n’est pas un petit élu local d’une province impuissante. Oh non ! Le système politique canadien lui accorde beaucoup de pouvoir et les États-Unis auraient bien du mal à se passer de l’Ontario.

Prenez l’industrie automobile. Quelle en est la capitale aux États-Unis ? Detroit, qui se situe… sur la frontière !

Le tissu industriel de l’Ontario est totalement intégré à celui du Michigan. Cette guerre commerciale va renchérir le prix des voitures américaines, même vendues aux États-Unis !

Je pourrais aussi vous citer l’électricité. Environ 1,5 million de foyers et d’entreprises en dépendent dans les États du Michigan, de New York et du Minnesota.

Ford menace le voisin américain d’une surtaxe énergétique. Voire de couper le courant !

Le Canada fournit la majeure partie des importations américaines de gaz naturel et d’électricité, ainsi qu’environ 60 % de celles de pétrole brut. Sans compter la potasse indispensable aux engrais.

Industrie, électricité, pétrole, agriculture, et ce n’est pas tout. Il y a d’autres points sensibles de l’économie américaine que le Canada peut cibler.

C’est le premier client de 26 États et l’un des trois premiers de 45 États sur 50. Les boycotts ont déjà fait chuter de 78 % les exportations de vin américain vers le Canada et de plus de 70 % celles de spiritueux. Les Canadiens ont aussi réduit leurs voyages vers les États-Unis, leur faisant perdre environ 2,35 milliards de dollars de recettes.

Évidemment, le Canada est aussi très vulnérable. Environ 70 % des marchandises exportées par le pays partent aux États-Unis. Mais politiquement, Carney et Ford pensent que les Canadiens pourront supporter la douleur.

Et ils savent aussi que le calendrier joue pour eux.

Nous sommes à peine à deux mois des élections de mi-mandat. La vie chère est déjà le boulet aux pieds des républicains. La guerre commerciale de Trump est impopulaire. Selon une estimation du Yale Budget Lab, les droits de douane (mondiaux et pas seulement sur les produits canadiens) coûtent plus de 1 000 dollars en moyenne par an à chaque ménage américain.

Or, il suffit de regarder la carte. Plusieurs batailles susceptibles de décider de la majorité au Sénat se déroulent dans les États voisins du Canada.

Dans le Maine, la pointe nord-est des États-Unis (où on entend très bien les radios du Québec sur son autoradio) la sénatrice républicaine Susan Collins est en difficulté.

Dans le Michigan, dont l’industrie automobile est totalement intégrée à celle de l’Ontario, les démocrates, en retrait dans les sondages, reprennent espoir et cherchent à caricaturer le candidat républicain en toutou de Trump.

C’est mathématique. Comment les républicains pourraient-ils conserver le Sénat s’ils perdent le Maine sans parvenir à conquérir le Michigan ? Statistiquement, c’est presque zéro.

Et je pourrais vous parler de l’Ohio, aussi, où, grâce à toutes ces affaires, un démocrate pourrait regagner un siège perdu dans une vague Trump.

Et si le bras de fer avec le Canada démobilise les républicains, jusqu’où tout cela peut-il aller ? Jusqu’à faire élire un sénateur démocrate en Alaska, État traditionnellement républicain ? Ce serait le signe d’une déroute pour le camp Trump.

Voilà pourquoi les oies à perruque ne sont pas seulement une distraction grotesque. En baptisant un lac, Trump fanfaronne. Mais sa guerre commerciale inquiète les élus de son propre parti. Et ce n’est pas leur seul motif d’inquiétude. Je vous explique.

Dézoom

Oui, si tout cela ne suffisait pas, au milieu de cette offensive protectionniste, Trump vient d’ouvrir un autre front qui désoriente son propre camp. Il déclenche la guerre du bœuf.

Rien à voir avec les Trump steaks qu’il vendait avant d’entrer en politique.

Tout part de la question de la vie chère, au cœur de ses promesses de campagne en 2024, et désormais au cœur de la campagne des élections de mi-mandat.

Alors, le président Trump a voulu faire baisser le prix des hamburgers avant les élections. Malin.

Sauf qu’il a décidé, pour cela, d’assouplir temporairement les droits de douane sur 300 000 tonnes de bœuf haché étranger. Trump s’autocongratule, cette viande sera vendue 25 % sous les prix du marché !

Et tant pis si on ne connaît pas son origine précise et si les modalités de commercialisation restent floues.

La mesure doit durer 90 jours, donc au-delà des élections de mi-mandat…

C’est vrai que la viande de bœuf est chère après des années de sécheresse. Le cheptel bovin américain est tombé à son plus bas niveau depuis trois quarts de siècle.

Mais les éleveurs, surtout présents dans des États ruraux qui votent plutôt républicain, craignent que cet afflux de viande bon marché fasse chuter la valeur de leur bétail.

Pour eux, le protectionnisme “America First” se transforme soudain en dumping organisé par le président pour lequel ils ont souvent voté.

Et ce qui montre que ce sujet est particulièrement sensible, c’est qu’on assiste à une fronde républicaine assez rare par son ampleur. Au moins treize sénateurs du parti critiquent cette idée de Trump. Y compris des trumpistes fidèles comme Tom Cotton, dans l’Arkansas, un État très rouge, républicain.

Comme l’écrit Jonathan Martin dans un reportage de Politico à travers les états ruraux :

“Peu de républicains élus dans les États agricoles auraient imaginé qu’il aiderait de nouveau les éleveurs étrangers en allégeant les droits de douane sur les importations de bœuf.”

“Cette histoire de bœuf, vous plaisantez ?” a déclaré Cramer, sénateur républicain du Dakota du Nord. (…)

Ce qui nous amène à un problème plus profond, que presque personne dans le parti ne cherche encore à nier : le président se préoccupe uniquement de s’amuser, de façonner son héritage personnel et de s’en prendre à ses adversaires.

Quand Trump ne mène pas la vie d’un garçon de 12 ans, en organisant des combats de l’UFC sur la pelouse de la Maison-Blanche ou en regardant des voitures d’IndyCar faire vroum-vroum dans le centre de Washington, il cherche à donner son nom à tout, se passionne pour des travaux de rénovation et poursuit ses vengeances personnelles par l’intermédiaire du ministère de la Justice ou en rebaptisant les Grands Lacs.

Tout cela est tellement mesquin. Mais il n’y a vraiment pas de quoi rire lorsque l’électeur américain paie quatre dollars son gallon d’essence ordinaire. Et si une guerre avec le Canada peut ressembler à un vieux sketch de comedy club, la montée des tensions avec Ottawa pourrait se révéler politiquement fatale pour les républicains des États frontaliers dans les deux élections qu’ils ont le plus besoin de remporter : le Maine et le Michigan.”

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🟨🟧 Milo Yiannopoulos, rattrapé par la machine à expulser qu’il applaudissait

C’est un rebondissement si spectaculaire qu’il semble avoir été écrit pour une farce qui raconterait la décennie de trumpisme que nous venons de connaître.

Dès l’entrée en politique de Donald Trump, Milo Yiannopoulos a été l’un de ses soutiens précoces au ton provocateur, un défenseur fantasque d’une politique d’immigration beaucoup plus dure.

L’an dernier, Yiannopoulos plaidait pour vingt années d’“immigration zéro”. Il suggérait d’installer des contrôles de l’ICE, la police de l’immigration, à l’entrée des supermarchés, des centres commerciaux, dans les stations-service et les bâtiments publics. Expulsion immédiate de tous les illégaux. Illico !

“Nous devons expulser des millions et des millions de personnes. Sans cela, rien d’autre ne compte.”

“Le système judiciaire devrait se résumer à l’ICE.”

Sauf que Milo Yiannopoulos était lui-même en situation illégale ! L’activiste d’extrême droite de nationalité britannique a été arrêté jeudi par des agents de l’ICE à l’aéroport de La Nouvelle-Orléans. Dès vendredi, il était renvoyé au Royaume-Uni. Illico !

Selon le département de la Sécurité intérieure, Yiannopoulos était entré légalement aux États-Unis en 2019. Mais il avait depuis dépassé la durée de son autorisation de séjour.

En juillet, un juge de l’immigration a prononcé son expulsion définitive. Le Britannique n’était pas présent à l’audience.


Et l’administration Trump n’a pas cherché à être discrète. Au contraire ! Elle a profité de cette histoire singulière pour diffuser sa photo d’arrestation et faire de son cas un avertissement aux autres étrangers en situation irrégulière. S’ils refusent de partir volontairement, avec une aide de 3 000 dollars et un billet d’avion, ils risquent, comme Milo Yiannopoulos, d’être arrêtés et expulsés.

Yiannopoulos a été la cible des méthodes qu’il voulait imposer aux autres.

Pour comprendre la portée de ce symbole, il faut revenir à 2016. Yiannopoulos est alors l’une des vedettes de Breitbart, le site dirigé par Steve Bannon. Violemment anti-immigration, il affiche un catholicisme aussi flamboyant que son homosexualité.

Il cherche à donner un visage divertissant à l’extrême droite.

Presque clownesque. Il sait transformer l’insulte en spectacle. Il fait le tour des campus, parfois accompagné d’un groupe de mariachis ou porté sur un trône. Milo, comme tout le monde l’appelle, se présente comme le champion de la liberté d’expression face au féminisme, au politiquement correct et à la gauche.

Il devient aussi l’un des soutiens les plus voyants de la première campagne de Trump. Il surnomme le candidat “Daddy”, une référence homosexuelle pour ceux qui aiment des partenaires plus matures.

Il voit en lui une icône queer et dit se reconnaître dans son sens du spectacle et son goût du chaos. Je me souviens que, lors de la convention républicaine de 2016 à Cleveland, il avait organisé un rassemblement “Gays for Trump” en gilet pare-balles.

Dans le monde de Milo, la politique, c’est d’abord du théâtre, de la transgression et des formules outrancières pour capter l’attention et occuper tout l’espace médiatique. Pas étonnant qu’il se soit identifié à Trump.

Cette méthode provocatrice le rend célèbre, mais provoque aussi sa chute.

Twitter le bannit en 2016 après une campagne de harcèlement raciste. Elon Musk rétablira son compte en 2022. En 2017, une vidéo est diffusée dans laquelle Yiannopoulos semble cautionner des relations sexuelles entre adultes et garçons de 13 ans. Il perd son invitation à la CPAC, la grande convention du lobby conservateur, et son poste chez Breitbart.

Il perd sa place au premier rang du grand cirque MAGA.

On entend de temps en temps parler de lui, comme en 2022, quand il revendique avoir organisé le dîner à Mar-a-Lago avec Kanye West et le suprémaciste blanc Nick Fuentes.

Ces derniers mois, il semblait avoir pris ses distances avec Trump. Voici ce qu’il écrivait en mars :

“J’étais là lorsque le président a descendu l’escalator doré. J’ai fait campagne pour lui pendant des années. Mais je suis fidèle à la mission, pas à l’homme. Trump a perdu son chemin et s’est vendu à des intérêts étrangers. Ceux d’entre nous qui ont fait de lui ce qu’il est ont désormais le devoir de le défaire. Et nous le ferons.”

Car ce n’est pas tout !

Son expulsion raconte aussi une histoire de règlements de comptes dans l’univers MAGA. Son ancienne amie, la militante ultra-trumpiste Laura Loomer (dont je vous ai déjà parlé dans Zeitgeist, elle a été très proche de Trump pendant la dernière campagne), affirme avoir signalé la situation illégale de Yiannopoulos dès 2024. Et à l’annonce de son arrestation, elle en a revendiqué le mérite !

Celui qui plaisantait sur les expulsions et présentait la politique comme un spectacle est devenu le visage de la sévérité de l’ICE contre les illégaux.

Yiannopoulos réclamait depuis des années une ICE implacable, des contrôles partout, des expulsions sur-le-champ et le renvoi de millions de personnes, “sans aucune exception”.

Il a obtenu exactement ce qu’il réclamait.

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🟧 Quand les vieux planent…

J’ai lu dans le Wall Street Journal un papier étonnant, dont j’ai décidé de faire mon 📚 Food for Thought de ce numéro de Zeitgeist.

La génération née dans l’après-guerre, celle qui avait une petite vingtaine d’années pendant l’ère Peace & Love, s’approche du crépuscule.

Avec la libéralisation de la consommation de cannabis dans beaucoup d’États américains, le WSJ raconte que beaucoup d’entre eux continuent à consommer. Quelques bonbons pour dormir, un joint contre la douleur, rien de très surprenant.

Mais tout le monde ne plane pas avec cette tendance. Certains accusent la fumée de leurs voisins septuagénaires ou octogénaires de provoquer des maux de tête, des nausées, des problèmes respiratoires ou un mal-être.

Dans des résidences de retraités et des immeubles à travers les États-Unis, la détente des uns commence à tendre les autres. Les baby-boomers redécouvrent la marijuana… mais, parfois, cela conduit à des appels à la police.

Le Journal raconte l’expérience de Fiorella Terenzi, astrophysicienne de 64 ans installée près de Miami.

Lorsque des effluves de cannabis ont commencé à entrer chez elle depuis un appartement voisin, le couple concerné, des septuagénaires, lui a expliqué qu’il consommait de petites quantités de marijuana médicale. La consommation de tabac est interdite dans beaucoup d’immeubles américains, donc c’est illégal. Ses réclamations, puis ses appels à la police, n’ont rien changé. Selon elle, les agents hésitaient à frapper tard le soir chez le couple. Le conflit avec les voisins a pris une tournure adolescente, entre elle qui demande le respect des règles et eux qui lui suggèrent de se détendre.

“Il y avait toujours cette espèce de sourire en coin. Comme pour dire : ‘Allez, quoi. Quand on plane, tout va bien.’”

Les seniors sont la catégorie d’âge où la consommation de marijuana progresse le plus vite aux États-Unis. Certains y cherchent un soulagement contre les douleurs, une aide au sommeil ou, tout simplement, un peu de plaisir.

“Certains seniors attribuent à la fumée passive de cannabis toute une série de problèmes de santé, allant de la dépression aux maux de tête et aux troubles respiratoires. À cela s’ajoute une pression sociale : plusieurs baby-boomers disent que leurs pairs les font passer pour des balances ou des ringards lorsqu’ils se plaignent.”

Une étude menée à New York indique qu’environ 10 % des seniors interrogés en consomment pour… s’intégrer.

L’industrie du cannabis, florissante aux États-Unis, a bien repéré une opportunité commerciale. Des marques comme Senior Moments ciblent les personnes âgées. Une campagne de pub suggère que le cannabis pourrait raviver la vie sexuelle des seniors.

“Le cannabis peut-il aider les seniors sous la couette ? Bonne nouvelle, champion !”

Je vous passe le jeu de mot sur “I’m high” qui veut à la fois dire “je plane” et “je suis haut”, si vous voyez ce que je veux dire.

Autre marque, Miss Grass, qui a choisi une octogénaire cinq fois arrière-grand-mère pour une publicité où un bonbon la fait symboliquement s’envoler.

Les médecins sont partagés. Certains évoquent des bénéfices, notamment contre les douleurs chroniques, mais des études signalent aussi une forte hausse des passages aux urgences liés au cannabis chez les seniors.

Lorsqu’il a été question pour l’entreprise Life Is Chill, qui apprend aux seniors à rouler des joints, d’installer une borne de commande de cannabis dans une résidence fermée en Arizona, les habitants qui la réclamaient ont défendu leur liberté de commander, tandis que certains de leurs voisins dénonçaient la “laitue du diable”. Le projet a été suspendu quand la perspective de voir des retraités complètement stone conduire leur voiturette de golf dans l’enceinte de la résidence a suscité des inquiétudes.

Derrière ces scènes cocasses, tout cela pose une question sérieuse. Où s’arrête la liberté de se soigner ou de se divertir chez soi lorsque cela indispose les voisins ? La question ne se pose pas qu’avec des seniors, mais elle a pris une tournure judiciaire à Washington. Une dame ne supportait plus une mauvaise odeur chez elle. Elle pensait que ces relents nauséabonds venaient de ses canalisations, alors elle a appelé un plombier. Ce n’était pas ça.

Elle leur attribuait ses maux de tête, ses nausées et ses difficultés respiratoires, au point qu’il lui arrivait parfois de dormir dans sa voiture.

Elle a ensuite découvert que des vapeurs de cannabis remontaient de chez son voisin à travers le réseau de climatisation de l’immeuble. Ce voisin était un septuagénaire qui disait utiliser, sur prescription, de la marijuana médicale contre la douleur et pour dormir. La justice lui a interdit de fumer chez lui, considérant qu’il portait atteinte à la pleine jouissance du logement voisin. La décision a été confirmée en appel. La dame continue de déplorer de nombreuses violations de la décision de justice, difficiles à prouver.

Ce papier publié il y a quelques jours par le Wall Street Journal, le journal conservateur, a suscité de nombreux commentaires de lecteurs.

J’ai noté celui ci.

“Je suis un docteur aux urgences. Ouais, nous voyons quelques problèmes de marijuana, mais l’alcool reste, sans aucun doute, le roi des comportements destructeurs.”

Le titre de ce compte rendu du courrier des lecteurs par le WSJ :

“C’est mieux que la picole.”

Justement, il faut que je vous parle de ça.

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🟧 … les jeunes boivent moins

Pendant ce temps-là, jamais les Américains n’ont été aussi peu nombreux à boire.

J’ai vu cela dans une étude Gallup, qui confirme une tendance qu’on constate depuis plusieurs années. 54 % des adultes interrogés en juillet déclarent consommer de l’alcool. C’est le chiffre le plus bas enregistré depuis le début de cette enquête en… 1939.

Et cette tendance ne concerne pas que la génération Z. Gallup la constate dans toutes les tranches d’âge.

Première raison, la santé, avec les liens établis avec plusieurs cancers et les maladies du foie et du cœur. Un peu plus de la moitié des Américains considèrent désormais l’alcool comme mauvais pour la santé. C’était moins de 30 % il y a dix ans. 86 % disent avoir entendu parler d’études sur ses effets à long terme, soit sept points de plus qu’en 2024.

L’alcool reste la deuxième “drogue” la plus meurtrière aux États-Unis, derrière le tabac. On estime qu’on peut lui attribuer 178 000 décès par an.

Au-delà de la santé, comment expliquer ce phénomène qui éloigne les Américains de l’alcool ?

On peut supposer que la progression du cannabis est l’une des clés, mais rien ne permet de l’affirmer.

C’est aussi peut-être l’effet des médicaments de type Ozempic/Wegovy, car certaines études suggèrent qu’ils réduisent l’envie d’alcool.

L’étude permet aussi d’explorer une ventilation selon les opinions politiques.

La consommation baisse nettement chez les républicains… mais reste presque inchangée chez les démocrates. Même si Trump ne boit pas d’alcool, il n’a pas lancé d’offensive contre l’alcool, à part la hausse des prix des alcools importés depuis le début de la guerre commerciale, ni de grande campagne de prévention. Les nouvelles recommandations alimentaires ont même supprimé les limites quotidiennes précises de consommation d’alcool.

Le magazine Time soulignait récemment que le Dr Mehmet Oz, ancien présentateur de talk-shows médicaux à la télé (je vous en parlais encore il y a quelques jours dans Zeitgeist), que Trump a chargé de diriger l’assurance santé, a même présenté l’alcool comme un lubrifiant social qui favorise les liens.

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🟧 Regards croisés sur un premier rendez-vous

Nouvelle rubrique dans Zeitgeist, 🎈Bring me Joy !

Et ce qui me met en joie aujourd’hui, c’est une rubrique de New York Magazine à l’idée très simple. Ils organisent un premier rendez-vous entre deux inconnus, ce que les Américains appellent un “date”, puis ils demandent à chacun de raconter ce qui s’est passé.

Ça s’appelle Both Sides of a First Date, “les deux versions d’un premier rendez-vous”. La rédaction choisit deux célibataires qu’elle pense compatibles, leur indique où se retrouver… et c’est tout. Qu’ils se débrouillent.

Les journalistes leur reparlent le lendemain pour leur poser quelques questions indiscrètes. Première impression ? Qui a parlé le plus ? Qui a payé ? Y a-t-il eu un moment gênant, une étincelle ou même un baiser ?

À l’heure des applications de rencontre, et même parfois de sexe immédiat, des profils optimisés, ripolinés à l’IA pour percer le mystère des algorithmes sentimentaux, j’aime cette façon de remettre un peu de hasard, et beaucoup de curiosité, dans la rencontre. C’est souvent tendre, drôle, légèrement voyeuriste et, au fond, plein d’espoir. Une sorte de romcom, de comédie romantique, bref, exactement le genre de petites histoires qui me mettent en joie.

Je vous en parle aujourd’hui, car le dernier épisode est un petit bijou. Cameron, 25 ans, travaille dans la politique et est “ouvert à toutes les possibilités amoureuses, à condition qu’elles ne soient qu’un complément à sa vie déjà bien remplie”.

Ray, 24 ans, est étudiante en médecine et affiche “un optimisme amoureux à toute épreuve, même après un million et un premiers rendez-vous”.

Rendez-vous dans un bar à vin de mon ancien quartier de Hell’s Kitchen. Elle le trouve mignon, élégant et suffisamment grand. Lui la trouve très belle. Jusque-là, tout va bien.

Puis Cameron commande de l’eau. Il ne boit plus. Il lance la conversation sur un barrage hydroélectrique en Éthiopie, le détournement des eaux du Nil et les violations des droits humains (Cameron, note pour plus tard, c’est une stratégie de séduction un peu audacieuse).

Ray écoute. Cameron parle beaucoup. De politique, de son travail, de ses amies mannequins, de ses anciennes relations et même de ses palpitations cardiaques, puisqu’il a la chance de dîner avec une future médecin. Ray écoute, pose des questions et se demande parfois s’il finira par s’intéresser à elle.

Puis la conversation devient plus intime quand Cameron raconte avoir survécu à une tuerie dans son lycée de Parkland, l’une des plus emblématiques de ces dernières années.

Ray comprend mieux son engagement politique et se confie à son tour. Ils restent ensemble trois heures et demie.

Finalement, Cameron paie, l’accompagne jusqu’à son taxi, mais ne lui demande pas son numéro.

Il aimerait la revoir. Elle hésite.

“Je ne suis pas sûre que cette personne soit vraiment faite pour moi. Cela dit, une fois rentrée chez moi, j’ai creusé un peu et découvrir à quel point il réussit l’a rendu plus attirant à mes yeux. Genre, c’est sexy.”

Thank you and goodbye.

PhC



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