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🟨🟧 Le "mégaphone populiste" qui fracture le camp démocrate

Je vous présente Hasan Piker, "marxiste autoproclamé" de Twitch, qui mobilise les jeunes de gauche contre l'establishment démocrate débordé par sa stratégie provoc' mais redoutable.

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Hi everyone, c’est Zeitgeist depuis… Chicago ce matin.

Les répliques de la primaire démocrate du Michigan continuent de secouer la politique nationale. Même Trump s’en mêle.

Que révèle cette victoire ? Une mutation générationnelle, celle de la génération sacrifiée par la crise financière de 2008 ? Une impasse de la gauche, qui peine à reconquérir les électeurs populaires ? Ou une faille dans la promesse du capitalisme, comme le souligne l’ancienne plume de Reagan, qui cite… Malraux et Mitterrand.

Sur un autre front de la guerre culturelle, je vous raconte la bagarre pour le contrôle des journaux télévisés locaux. L’autorité de régulation dirigée par un proche de Trump ouvre la voie à des empires télé capables de diffuser un message politique national derrière le visage rassurant de l’information de proximité.

Et puis, trente ans après l’assassinat de Tupac Shakur, le seul homme jamais inculpé dans cette affaire comparaît devant la justice à partir d’aujourd’hui. Un procès tardif sur la mort de l’un des plus grands mythes du hip-hop.

Je pensais vous parler des révélations du Wall Street Journal qui décrivent, en citant des officiels américains, comment Trump cherche désespérément une sortie de la guerre.

Le président a beau proclamer régulièrement la victoire, il aurait indiqué en privé à ses conseillers qu’il était prêt à mettre fin au conflit sans accord sur le nucléaire iranien.

Il sait qu’il reste moins de trois mois avant les élections de mi-mandat, et que l’essence est toujours au dessus du seuil symbolique et psychologique de 4 dollars le gallon.

Selon le Wall Street Journal, son objectif prioritaire est donc désormais de rétablir la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz en espérant faire baisser les prix de l’énergie.

Le Wall Street Journal décrit surtout un président qui cherche désespérément une sortie et un régime iranien déterminé à lui en faire payer le prix (fort). Car Téhéran a bien compris l’urgence électorale du président américain et réclame plusieurs milliards de dollars + la levée du blocus naval et des sanctions + le dégel de ses avoirs + le retrait des forces américaines de la région + le versement de réparations de guerre + l’arrêt des opérations contre ses alliés.

Bref ce sont des conditions humiliantes pour le locataire de la Maison Blanche, mais si on se fie à ce qu’écrit le WSJ, Trump est bien prêt à quitter le conflit sans avoir désarmé l’Iran, sécurisé le détroit, et en laissant Israël seul face aux relais régionaux de Téhéran.

Pour beaucoup de soutiens du président, il sera très difficile de maquiller cet abandon, cet échec, cette déroute (appelez cela comme vous voulez) en succès.

Mais Trump prépare les esprits depuis des semaines en répétant que le programme nucléaire iranien a déjà été détruit (remarquez, il l’avait déjà dit en juin 2025 après la guerre des 12 jours…).

Cela pourrait lui permettre de fanfaronner sur le ton de “mission accomplished” si le détroit d’Ormuz rouvrait, même sans accord nucléaire.

Et il espère que ses roulements de tambours feront plus de bruit que tout ce que Washington compte de faucons, d’interventionnistes et de néoconservateurs.

Ce n’est pas impossible.

J’ai noté cette phrase hier sur ABC du républicain Chris Christie, autrefois proche de Trump (qui avait envisagé en faire son vice-président en 2016), devenu l’un de ses critiques les plus féroces dans son camp :

“Donald Trump est sur le point de devenir ce qu’il n’a jamais voulu être : Jimmy Carter.”

Référence à la crise iranienne qui a lourdement pesé dans la défaite de Carter face à Reagan en 1980.

On n’est pas loin de l’insulte suprême pour un républicain.

Mais, après réflexion, je vais plutôt m’arrêter une nouvelle fois dans ce nouveau numéro de Zeitgeist sur ce qui domine l’actualité politique ici.

Les répliques après la secousse (litote) qui a ébranlé il y a quelques jours le Parti démocrate dans le Michigan.

Ça continue à faire la une ici, dans cette actualité au ralenti du mois d’août.

Je vous l’ai raconté dans le précédent Zeitgeist, tout est parti de la victoire, fragile mais néanmoins frappante, du candidat de l’aile gauche Abdul El-Sayed dans une primaire pour un siège de sénateur de cet État-bascule.

Il était hier dans deux des émissions politiques dominicales les plus importantes.

Comme je vous l’ai raconté, les démocrates ne peuvent pas vraiment se permettre de perdre ce siège s’ils veulent espérer reprendre le Sénat en novembre et forcer Trump à une sorte de quasi-cohabitation (les démocrates auront moins de mal à reprendre la majorité à la Chambre).

Je vous l’avais dit, ce camouflet pour l’aile modérée du Parti démocrate, qui avait mis tout son poids et engagé des sommes inédites pour battre El-Sayed, ravit Donald Trump et ses relais.

Comme l’écrivait ce bandeau de Fox News hier soir, c’est “emballé comme un cadeau”.

Si El-Sayed bat le républicain (falot) Mike Rogers, il pourrait devenir le premier musulman élu au Sénat américain. Des républicains cherchent à le caricaturer comme un étranger (il est né aux États-Unis...) radicalisé et dangereux.

Samedi, le président a publié sur Truth Social deux photographies juxtaposées. L’une le montrant avec Melania Trump, l’autre représentant Abdul El-Sayed et son épouse, Sarah Jukaku, qui porte le hijab. Au-dessus, une légende, “Deux Amériques TRÈS DIFFÉRENTES.”

Notez que Trump utilise le nom complet du candidat démocrate au Sénat, Abdulrahman Mohamed El-Sayed, comme il insistait autrefois sur le deuxième prénom de Barack Hussein Obama.

Interrogé hier matin sur CNN, El-Sayed a décidé de retourner l’attaque.

“Oui, il a raison”, a-t-il répondu. D’un côté se trouvent “deux personnes qui ne s’aiment pas, mais s’unissent pour gagner des milliards de dollars sur votre dos”. De l’autre, “deux personnes qui s’aiment vraiment, qui ont mangé des pancakes ensemble et veulent construire une Amérique dans laquelle elles pourront élever leur famille”.

“Sarah et moi, nous nous aimons bien. Je ne sais pas ce qu’il en est de la première dame et du président, mais d’après ce que j’ai entendu, leur route est un peu chaotique.”

Bon, cet échange annonce la tonalité de la campagne dans le Michigan.

Je vais revenir dans un instant sur un autre angle d’attaque des républicains contre El-Sayed, mais d’abord, je veux vous signaler un élément intéressant sur cette poussée de l’aile gauche.

Pourquoi les “démocrates socialistes” séduisent-ils autant les jeunes diplômés américains ?

Le point commun ? Leur âge.

Oui, il y a une explication générationnelle passionnante. Beaucoup d’entre eux ont été marqués par un même événement.

Je vous raconte.

J’ai lu ça dans la formidable infolettre de Derek Thompson, que je vous recommande.

Derek Thompson
1. What’s behind the socialist groundswell in the Democratic Party…
3 days ago · 334 likes · 13 comments · Derek Thompson

Le journaliste, qui écrit régulièrement dans The Atlantic, propose une clé de compréhension liée à leur âge.

Bien sûr, il y a un fort mécontentement envers l’establishment, le coût de la vie, les inégalités et la défiance envers la mondialisation, autant de sujets que j’évoque régulièrement dans Zeitgeist. Mais l’âge est tout aussi déterminant.

En 2013, l’âge médian des personnes qui répondaient aux enquêtes des DSA, les Democratic Socialists of America, était de 68 ans. Au début de la première présidence Trump, il était tombé à 33 ans. Les Américains nés après 1980, qui représentaient 7 % des membres des DSA en 2013, en constituaient 73 % au début des années 2020.

C’est la crise financière de 2008, qu’on appelle ici la Grande Récession, qui a politisé une génération de diplômés endettés, entrés sur un marché du travail atone. Ils sont désormais trentenaires ou quadragénaires. Ils votent davantage.

Thompson cite un auteur qui fait une distinction entre la classe des “socialistes en Subaru”, “des trentenaires et jeunes quadragénaires diplômés de l’université, qui disposent de revenus relativement stables, mais inférieurs à ce qu’ils espéraient”, et les “Grands Déçus”, expression par laquelle il désigne les jeunes électeurs d’une vingtaine d’années qui, arrivés à l’âge adulte pendant la pandémie, pratiquent une politique plus “polarisée, moralisatrice et intransigeante”, caractérisée notamment par un strict test de conformité sur Gaza.

Thompson note au passage une surreprésentation de diplômés parmi ces sympathisants.

Ça veut dire, comme je le soulignais dans le dernier Zeitgeist, que les “democratic socialists”, bref, la gauche de la gauche qui se reconnaît dans des figures nationales comme Sanders, AOC ou Mamdani, ne résolvent pas le principal problème du Parti démocrate.

Comment parler à un électorat populaire, peu diplômé, qui ne se reconnaît plus dans le Parti démocrate, s’abstient ou vote parfois pour Donald Trump, sensible à son discours sur le libre-échange en 2016 et le pouvoir d’achat en 2024 ?

Je referme cette parenthèse pour vous présenter une personnalité désormais centrale dans le débat politique américain. Autre clé pour comprendre ce qui s’est passé dans le Michigan et pourrait se reproduire ailleurs, pendant ces élections de mi-mandat puis la primaire démocrate pour 2028.

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🟨🟧 Hasan Piker, le twitcheur en chef

J’ai été frappé, e

n écoutant hier matin les émissions politiques dominicales largement consacrées au coup de tonnerre du Michigan, par le nombre de fois où le nom de Hasan Piker a été prononcé.

Qui est ce Hasan Piker ? C’est une personnalité qui s’est fait connaître sur les réseaux et a une large audience à la gauche de la gauche.

Julia Demaree Nikhinson/AP

Abdul El-Sayed a dû répondre sur NBC non pas de l’une de ses propres déclarations, mais d’une phrase idiote prononcée en 2019 par Piker. Il avait dit “L’Amérique méritait le 11-Septembre.”

Kristen Welker, la présentatrice de Meet the Press, lui a demandé s’il désavouait ces propos de Hasan Piker.

El-Sayed a répondu qu’ils étaient “stupides”… et a rappelé que Piker les a lui-même désavoués. Mais il n’est pas allé jusqu’à rompre avec lui. Il a préféré dénoncer une opération de “cancel culture” qui viserait à le rendre responsable des paroles d’un allié.

J’ai trouvé cette séquence intéressante car on comprend bien le nouveau statut de Piker. Il n’est plus seulement une célébrité d’Internet. Il est devenu suffisamment influent pour être aujourd’hui un enjeu dans une élection qui fait la une de l’actualité politique.

Alors qui est donc cet homme dont les déclarations poursuivent désormais des candidats à la télévision nationale ?

Dans un long portrait publié dans le nouveau numéro de Rolling Stone (titré “Pourquoi tout le monde a peur de Hasan Piker ?”), le journaliste Josh Eells décrit cet homme de 35 ans, comme un “marxiste autoproclamé” qui “s’est rendu célèbre en colportant des opinions incendiaires, cherchant moins à déplacer la fenêtre d’Overton qu’à la fracasser à coups de brique.”

Il est suivi par trois millions de personnes sur Twitch, sous le nom de Hasanabi, dérivé du mot turc désignant un “grand frère”. Il diffuse ses émissions environ huit heures par jour, sept jours sur sept. C’est une sorte de longue revue de presse, de commentaires plus ou moins improvisés sur l’actualité, plein de digressions et de remarques.

Il reçoit des responsables politiques ou des experts et passe du coq à l’âne, en mélangeant des commentaires sur la politique, le sport, la culture populaire, ou parfois simplement des vidéos ou des plaisanteries envoyées par son public.

Ça vous semble foutraque ? C’est fait exprès.

Car ça ressemble diablement aux émissions conservatrices qui ont connu un grand succès sur les radios en ondes moyennes à partir du milieu des années 80

Piker définit lui-même son émission comme du “Rush Limbaugh pour la génération Zoomer”.

Oui, il s’est bien inspiré de Limbaugh, l’empereur de ces radios conservatrices, qui a été longtemps l’homme le mieux payé des médias américains. Il est le symbole de cette vague conservatrice radiophonique qui a massivement alimenté les guerres culturelles. Sans Limbaugh et ceux qui s’en inspiraient, il n’y aurait eu ni Fox News ni Trump.

Rolling Stone écrit que Piker fait une sorte de radio politique pour la génération qui souffre d’un déficit permanent d’attention. Le coeur de son public, ce sont de jeunes hommes qui ne regardent jamais ou presque les journaux télévisés ou les chaines d’information… mais peuvent passer plusieurs heures avec lui chaque jour.

Daniel Dorsa / Rolling Stone

Piker est né dans le New Jersey en 1991. Il a grandi en Turquie d’où sa famille est originaire avant de revenir étudier aux États-Unis. Après l’université, il a travaillé pour le média en ligne (et clairement à gauche) The Young Turks, fondé par son oncle Cenk Uygur. Quand il a lancé sa chaîne Twitch en 2018, il n’avait que quelques dizaines de spectateurs. En 2023, il a atteint deux millions d’abonnés, après avoir vu son audience exploser pendant la pandémie, pendant laquelle il pouvait diffuser quatorze heures par jour, tout seul dans son appartement.

Selon les calculs de Rolling Stone, avec 50 000 abonnés payants, il pourrait toucher deux millions de dollars par an. Piker refuse la publicité et les partenariats avec des marques.

Ce succès financier amuse le magazine, qui écrit :

“Pour un marxiste, Piker exerce un métier aussi résolument capitaliste qu’il est possible de l’être.”

Piker ne parle pas comme un journaliste. Il raconte d’ailleurs parfois n’importe quoi.

Daniel Dorsa / Rolling Stone

Parmi ses déclarations les plus controversées, outre celle sur le 11-Septembre, il y a des commentaires laudateurs sur le Parti communiste chinois. Ou le fait que le Hamas serait “mille fois meilleur qu’Israël”.

Piker a retiré ou nuancé plusieurs de ces formules, sans toujours présenter d’excuses.

Il rappelle qu’après plus de 10 000 heures de diffusion, ses adversaires reviennent toujours citer les mêmes quelques extraits.

Depuis les attaques du 7 octobre, il parle beaucoup de Gaza. Il se définit comme antisioniste, mais récuse les accusations d’antisémitisme.

Il répond à Rolling Stone qu’un langage aseptisé toucherait beaucoup moins de monde :

“Je parle d’une manière que les gens comprennent. Et parfois, j’appuie là où ça fait mal.”

Piker capte l’attention d’un public que les démocrates cherchent désespérément à reconquérir, notamment les jeunes hommes. Il est d’ailleurs très élogieux sur Joe Rogan, le youtubeur influent dont le soutien à Trump a compté lors de la présidentielle 2024.

Mais chaque phrase dans ses milliers d’heures de direct peut devenir un propos choc martelé par les publicités républicaines ou une question embarrassante sur un plateau de télévision.

C’est ce qui m’a frappé hier dans les émissions dominicales.

Prenez Alexandria Ocasio-Cortez sur le plateau d’ABC hier matin :

“Journaliste : Une autre personne devenue un sujet de controverse est Hasan Piker. Il a déclaré que l’Amérique avait mérité le 11-Septembre.

AOC : Oui, il s’en est excusé.

Journaliste : Est-ce quelqu’un qui devrait continuer à jouer un rôle dans le mouvement progressiste ?

AOC : On a beaucoup glosé sur le fait que nous avions perdu le soutien des jeunes hommes lors de la dernière élection. Bon nombre des consultants qui se lamentent aujourd’hui sont les mêmes qui expliquaient alors que nous devions participer au podcast de Joe Rogan et renoncer à la “cancel culture”. Je pense que les démocrates peuvent aller chez Joe Rogan, qu’ils peuvent aller sur Fox News et qu’ils ont la responsabilité de bâtir une coalition capable de gagner.”

Mais si le sujet Piker est aussi sensible, c’est qu’il est bien passé désormais des commentaires solitaires sur Twitch à l’action politique.

Il se présente désormais comme un “mégaphone populiste”. Il sait qu’il est capable de faire connaître des candidats et de transformer des adolescents en colère en activistes qui font du porte-à-porte pour des candidats. Il soutient surtout des démocrates proches des Democratic Socialists of America.

Piker avait soutenu très tôt Zohran Mamdani à New York. Il raconte avoir été approché par des centaines de campagnes.

Dans le Michigan, il ne s’est pas contenté d’un appel à voter El-Sayed. Il a participé à un événement de campagne avec le candidat quelques jours avant le scrutin. El-Sayed dit que les démocrates doivent accepter des personnalités comme lui s’ils veulent atteindre des électeurs qui ont déserté les médias et la politique traditionnels.

Même si la personnalité de Piker exacerbe la guerre interne au parti. Le légendaire James Carville, stratège historique de Bill Clinton, a dit sur Fox News l’autre jour, avec son vieil accent traînant du Sud, qu’il quitterait le Parti démocrate si Piker y devenait une force influente.

Évidemment, Piker a accueilli cette menace avec enthousiasme.

Au-delà de cette guéguerre de mots, on voit bien là deux stratégies dans le camp démocrate. Des consultants sur une ligne centriste qui pensent que la victoire passe par les électeurs modérés, face à une gauche plus à gauche qui considère les défaites d’Hillary Clinton et de Kamala Harris comme la preuve de l’impasse de cette stratégie.

Piker dit ouvertement vouloir tirer le parti vers la gauche et reproche même à ses alliés, comme Mamdani ou Alexandria Ocasio-Cortez, de se montrer trop prudents ou trop préoccupés par leur image.

Le pouvoir de Piker, ce n’est pas seulement le nombre de votes qu’il peut déplacer. C’est le langage qu’il impose. Sa capacité à faire gagner des candidats dans des primaires. La pression qu’il met sur les démocrates en les forçant à choisir entre deux risques.

Soit se couper d’un public jeune que les médias à la papa n’atteignent plus. Soit s’associer à une personnalité dont chaque provocation peut devenir une arme pour leurs adversaires.

J’ai encore deux choses à vous partager sur cette affaire du Michigan.

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🟨🟧 La gauche de la gauche peut-elle gagner dans l’Amérique capitaliste ?

Double 📚 Food for Thought dans ce numéro, pour poursuivre sur cette bagarre dans le camp démocrate devant laquelle les trumpistes sortent le popcorn.

Deux chroniques de deux figures de la presse américaine. Autant vous le dire tout de suite, aucun des deux n’est très enthousiasmé par El-Sayed, mais c’est bien contre ce type de figures de l’establishment que le docteur du Michigan mobilise un électorat en colère.

D’abord Fareed Zakaria, influent éditorialiste du Washington Post et de CNN.

Dans son éditorial publié par le WaPo, il juge que les démocrates se trompent depuis plusieurs années sur leur problème avec les électeurs (coucou Clinton 2017, coucou Harris 2024). Leur faiblesse auprès des classes populaires ne viendrait (selon lui) pas d’un programme économique trop modéré, mais d’une distance culturelle de plus en plus marquée.

Zakaria voit dans la géographie du vote dans le Michigan un résumé de ce dilemme (c’est un point que je soulignais aussi dans le précédent Zeitgeist).

El-Sayed a dominé dans les comtés les plus diplômés et les villes universitaires. Sa rivale modérée Haley Stevens a fait de meilleurs scores dans les zones rurales et les quartiers populaires.

“La gauche a la passion, mais le centre possède toujours les voix dont les démocrates ont besoin pour gagner les élections générales. La réponse progressiste consiste à dire que le parti peut résoudre ce problème en devenant plus populiste sur le plan économique, en attaquant l

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