C LUNDI C ZEITGEIST !




 






Natalie et Donald, une belle histoire

Un sénateur démocrate et possible candidat à la Maison Blanche, révèle le nom de la maitresse (supposée) du président Trump et en fait un argument électoral pour dénoncer le président.



 





 

Hi everyone! Au menu de Zeitgeist ce lundi également, deux candidats démocrates appellent leurs grands-parents à la rescousse pour répondre aux attaques républicaines.

Je vous emmène dans les Hamptons, où les prétendants à 2028 font déjà la tournée des milliardaires, mais prient pour que personne ne les voie.

Enfin, je vais vous raconter pourquoi une phrase de JD Vance sur la suprématie du dollar affole les gardiens du temple républicain, qui en viennent à douter qu’il soit le bon candidat pour 2028.



Il suffit parfois d’un prénom.

Un “joli nom” comme le chantait Becaud, même loin de la place Rouge.

Natalie.

Reuters

Avant de vous raconter qui est cette Natalie (sortez le 🍿), il faut que je vous dise qui l’a prononcé, et pourquoi c’est un événement.

Reuters

Il y a quelques heures, le sénateur démocrate Jon Ossoff était en campagne pour conserver son siège en Géorgie. Je vous ai déjà parlé de lui dans Zeitgeist.

C’est l’un de ceux dont dépendra le contrôle du Sénat après les élections de mi-mandat. Il y a encore quelques mois, il était le sortant le plus menacé. Si les électeurs confirment les sondages et le réélisent largement dans cet État pivot, Ossoff apparaîtra comme l’un des favoris de la primaire démocrate pour la Maison-Blanche en 2028. Même s’il prétend pour l’instant n’avoir “aucun intérêt” pour cette élection, il est parfois comparé au sénateur Obama d’il y a 20 ans.

L’équipe d’Ossoff joue sur cette comparaison en reprenant comme symbole le O qui était au centre de l’iconographie de la campagne Obama et en produisant systématiquement, dans ses discours, des angles d’image inattendus qui étaient déjà ceux d’Obama en 2008.

J’ai entendu Ezra Klein dans son podcast évoquer récemment cette grammaire visuelle immédiatement reconnaissable. Une contre-plongée de trois quarts, ce que Klein appelle le hero shot, “le plan héroïque”. (“Il faut être mince pour que cela fonctionne”, avait justement souligné l’invité de Klein, “il faut être plutôt mince pour être à son avantage dans ce genre de plan héroïque.”)

C’était devenu un sujet de plaisanterie pendant la campagne 2008. Un plan qui donne au candidat un port altier et l’impression qu’il ne regarde pas la foule devant lui, mais déjà l’avenir au-delà d’elle. Chez Ossoff, cette mise en scène contribue à installer discrètement une stature présidentielle pour 2028.

Hier, il a déroulé l’un de ces réquisitoires contre la corruption de Donald Trump qui ont fait de lui, en quelques mois, l’une des figures les plus regardées du Parti démocrate. L’une des plus virales aussi. Chaque réunion publique bénéficie d’un écho national sur les réseaux.

Oui, il est éloquent, mais il n’est pas le seul. Pourquoi lui ?

Parce qu’il est l’un des plus habiles, côté démocrate, dans l’art de capter l’attention. Et dans nos sociétés bouleversées par l’économie de l’attention, particulièrement aux États-Unis, où Donald Trump est devenu président parce qu’il sait mieux que quiconque capter et détourner notre attention (c’était l’objet de mon livre Armes de distraction massive, chez Grasset, paru en janvier dernier), ceux qui savent mieux que les autres attraper notre attention pour faire passer un message sont promis à un bel avenir.

L’exemple d’hier est éclairant.

Ossoff sait raconter une histoire.

Elle devient virale parce que c’est une bonne histoire.

Et pour raconter une bonne histoire, voici sa recette.

Le fond de sauce, la ligne directrice d’Ossoff contre Trump depuis le début de sa campagne, c’est la corruption. Avant d’entrer en politique, il a produit des documentaires sur la corruption. Il sait que ce n’est pas aisé de la montrer, d’attirer l’attention sur ce sujet complexe.

Pour cette séquence, il veut aussi parler de la guerre en Iran.

Et donc voici les ingrédients qu’il veut glisser :

  • La désinvolture dont le président fait preuve lorsqu’il est interrogé sur l’épuisement des marins du porte-avions USS Abraham Lincoln. Quelque 5 000 marins et Marines viennent de subir un déploiement de près de neuf mois, dont plus de 240 jours sans escale, en raison de la guerre contre l’Iran. Des familles alertent sur l’épuisement des équipages, les conditions de vie et la santé mentale à bord. Vendredi, devant des journalistes qui l’interrogeaient à ce sujet, le président a balayé ces inquiétudes et estimé que leur déploiement n’était “not nearly long enough”, même pas encore assez long.

  • Des réserves de munitions à un niveau inquiétant, selon plusieurs enquêtes de presse.

  • Des conséquences très concrètes cet été pour les Américains, avec un prix de l’essence très élevé, qui vient de repasser le seuil symbolique des quatre dollars le gallon. La phrase prononcée par Trump vendredi lors d’une réunion publique risque de se retrouver dans beaucoup de publicités pour des candidats démocrates :

“Si vous devez payer votre essence à peine un tout petit peu plus cher, rappelez-vous que vous le faites pour empêcher un pays particulièrement malfaisant de posséder l’arme nucléaire. Alors, quand vous devrez payer un peu plus, quatre dollars le gallon, dites-vous que ce n’est pas grave.”

Donc vous avez les ingrédients principaux de sa recette. Mais le talent du chef Ossoff, c’est de savoir relever son plat avec quelques ajouts personnels, croustillants et épicés.

Je les détaille juste après (l’un d’entre eux est 🌶️ EXTRA SPICY), mais voici donc la séquence d’Ossoff devenue virale ces dernières heures :

“Il y a quelque chose de particulièrement abject à entraîner une nation dans la guerre par le mensonge, à traiter les citoyens comme des imbéciles et ceux qui servent leur pays comme des pions. À bord de l’USS Abraham Lincoln, ils viennent de passer plus de 240 jours en mer sans aucune escale. C’est un record pour la marine américaine. Et pourtant, ils continuent de servir avec excellence. Ils continuent de servir avec excellence.

Que Dieu bénisse les marins, les Marines, les aviateurs et toutes celles et ceux qui se trouvent à bord de l’USS Abraham Lincoln. Ils n’ont pas besoin de leçons. Ils sont prêts à endurer les épreuves. Mais ils méritent des dirigeants compétents, qui ne les envoient au combat que lorsque c’est nécessaire, avec un objectif clair et déterminé, pas des imbéciles qui mentent sur les raisons de la guerre et sur son déroulement.

Et pendant que les marins du Lincoln combattent dans sa guerre, pendant qu’il épuise inutilement nos réserves de munitions et de pétrole, le président dort pendant ses réunions. Il joue au golf et spécule en Bourse. Il ne veut donc pas faire son travail. Il veut construire sa salle de bal et voyager avec Natalie dans leur palais volant apparemment dépourvu de défenses, offert par l’émir du Qatar.”

Applaudissements dans la salle.

Donc Ossoff déroule son propos sur Trump et la guerre. Il lui reproche d’épuiser sans résultat les réserves américaines de munitions et de pétrole. D’épuiser les forces armées.

Mais le sénateur ajoute donc à la recette quelques éléments qui, il le sait, craqueront sous la dent et capteront l’attention. Le président dort pendant les réunions, joue au golf, spécule en Bourse. Il ne veut pas travailler. Il veut construire sa salle de bal.

Et puis, sans prévenir, il brise un tabou. C’est ça, l’ingrédient extra épicé qui fait brûler les réseaux sociaux.

Il accuse le président de “voyager avec Natalie dans leur palais volant apparemment sans défense, offert par l’émir du Qatar”.

“Natalie” ? “Leur” palais ?

Le prénom tombe au milieu du discours comme une allumette dans une flaque d’essence.

Ossoff est le premier démocrate à dire tout haut ce que Washington susurre depuis des années.

Il vient de citer le nom de la maîtresse supposée du président Trump.

Sa collaboratrice, Natalie Harp.

Je vous raconte.

Pourquoi Ossoff fait-il mouche ?

Parce qu’il décrit deux mondes qui se font face, avec un certain sens de la narration. Ne pas oublier qu’il a fait du documentaire. Il pense donc en images.

Quelle histoire nous raconte-t-il ?

Des marins enfermés dans une coque d’acier, dans des conditions déplorables. Leurs familles s’inquiètent. On leur donne l’ordre de poursuivre une guerre que plus grand monde ne comprend.

Qui décide de leur sort ? Un président qui ne sait plus comment terminer cette guerre et qui, en plus, quel toupet, commente de façon désinvolte le sort des marins ou les conséquences sur les Américains. Le président est plus occupé par ses parties de golf, sa salle de bal, ses affaires et son palais volant.

Le sacrifice public contre le confort privé.

La fatigue des autres contre les caprices d’un seul.

Voici l’histoire que raconte Ossoff.

Et il faut faire entrer un personnage inattendu.

Il dit “Natalie”.

Associated Press

Il ne dit pas Natalie Harp. Il ne précise pas qu’elle est sa collaboratrice, chargée de le suivre partout, jusque sur les greens de golf, avec des extraits de presse, des tweets, des slops IA et parfois même le droit de poster directement depuis le compte du président.

Ossoff ne parle pas explicitement de liaison. Il ne dit pas le mot “maîtresse” ou “relation extraconjugale”.

C’est comme une évidence.

“Natalie”, comme si toute l’Amérique connaissait son nom (non) et devait déjà comprendre.

Il fait exploser un tabou autour d’un président dont il n’hésite pas à faire sauter les tabous.

Mais c’est la première fois qu’un démocrate sort cette carte. En sachant très bien qu’il humilie au passage la première dame, spectre évanescent de cette présidence.

Ossoff se présente comme celui qui n’a pas peur de décrire la vérité.

Il n’a pas peur de s’emparer d’une rumeur que Washington traite depuis longtemps comme un secret de Polichinelle. On parle de Natalie dans les conversations privées à Washington, la voici dans la bouche d’un sénateur et potentiel successeur du président.

Il n’y a aucune preuve que Trump et Harp entretiennent une liaison. Ossoff le sait. Il sait aussi qu’il n’a pas besoin de l’affirmer. Il lui suffit d’organiser la phrase pour que le public en déduise lui-même ce qu’il avait envie de comprendre.

Il fait référence à l’exfiltration du président dont je vous avais parlé début juillet et dont j’ai évoqué les derniers détails dans le dernier Zeitgeist.

Getty

En juillet, au retour du sommet de l’OTAN à Ankara, Trump avait ostensiblement embarqué dans l’ancien Air Force One. Il en était ensuite ressorti secrètement pour rejoindre un C-32A militaire. Dissimulé dans un camion de restauration ! 




L’opération a été révélée par le Washington Post. Elle a été décidée par le Secret Service après la transmission d’informations par Israël sur une menace d’attaque iranienne contre le président. Une menace à laquelle les services de renseignement américains ne croyaient pas, je vous l’ai raconté dans le précédent Zeitgeist.

Des journalistes, des collaborateurs et des membres du gouvernement étaient restés dans le Boeing 747 servant de leurre. Dont Marco Rubio, le secrétaire d’État.

.Trump avait été exfiltré avec un très petit nombre de personnes, dont Dan Scavino, son proche collaborateur depuis les années précédant son entrée en politique, et Natalie Harp, qui travaille avec lui depuis quatre ans.

Le nouveau Boeing offert par le Qatar, ce “palais volant” que Trump avait utilisé à l’aller, n’était pas jugé suffisamment sécurisé pour le retour.

Et c’est là qu’Ossoff ajoute une allusion empoisonnée. Le président veut voyager avec Natalie dans “leur” avion.

Oui, il ajoute ce pronom, their, “leur” palais.

Il mêle cette histoire d’alcôve au cadeau d’une monarchie étrangère.

La guerre contre l’Iran, le leurre aérien, les collaborateurs laissés derrière et la présence privilégiée de Harp deviennent les éléments d’une même histoire, celle d’un président qui utilise l’État comme l’extension de sa vie personnelle.

C’est là le formidable piège à attention que tend Ossoff.

Il dit seulement “Natalie”. Qui est Natalie ? Le prénom oblige ceux qui ne connaissent pas Harp à la chercher.

Ceux qui savent de qui il parle comprennent l’allusion.

Les médias n’osaient pas le raconter ? Certes, juste après l’élection, le New York Times avait publié un portrait de Natalie Harp pour présenter cette collaboratrice qui suit le président partout… sans oser aller jusqu’à évoquer la rumeur.

Maintenant qu’un candidat démocrate cite son nom et en fait un élément de campagne, les réseaux sociaux font circuler cette histoire.

Et vous allez voir, tout le monde va suivre (c’est d’ailleurs ce que je fais dans Zeitgeist ce matin…)

Tout cela ne va pas échapper à Trump lui-même, si ce n’est pas déjà le cas.

S’il réagit, il confirme que la flèche a touché et fait d’Ossoff une cible de choix.

S’il se tait, il laisse la rumeur prospérer.

Ce qui est assez cruel (ou amusant, ça dépend de quel côté vous vous placez), c’est que la personne chargée de faire parvenir à Trump les articles qui le flattent ou l’enragent… c’est justement Natalie Harp !

Cela peut vous sembler puéril, mais il faut revenir à la ligne directrice d’Ossoff, ce qui rend cette attaque si efficace. Ce n’est pas juste l’allusion à la vie privée du président (qui croyait vraiment que Trump était fidèle à Melania depuis leur rencontre il y a près de trente ans ?).

C’est que cette attaque lui permet de donner un écho à son message principal sur Trump.

Il ne présente pas seulement le président comme autoritaire, cruel ou incompétent. Il l’attaque sous l’angle de la corruption. Les intérêts privés, les cadeaux étrangers, les affaires familiales, le pouvoir utilisé pour s’enrichir ou se protéger. Sa campagne décrit une “mafia de Mar-a-Lago” et “l’administration la plus corrompue de tous les temps”. Il relie ensuite cette corruption à ce que paient les électeurs, l’essence, les courses, la santé. C’est grâce à cette stratégie qu’il se fait connaître au niveau national et est désormais favori selon les sondages pour être réélu dans un État pivot remporté par Trump en 2024.

Ossoff nie préparer 2028, mais chaque attaque virale augmente sa valeur pour 2028.

Reste la question que sa phrase a installée dans des millions d’esprits.

Qui est Natalie ?

Natalie Harp a 35 ans. C’est une chrétienne dévote, elle vient de Californie. Elle est entrée dans le monde Trump lorsque le président l’a entendue sur Fox News le remercier pour la loi Right to Try, qu’il venait de promulguer. Selon elle, cette loi lui a permis d’accéder à un traitement expérimental contre un cancer des os. Trump lui a sauvé la vie. En tout cas, c’est ce qu’elle raconte. Trump est ravi.

Il lui propose de prononcer un discours lors de la Convention républicaine de 2020. Elle est ensuite engagée comme présentatrice sur One America News Network (une chaîne encore plus trumpiste que Fox News), où elle relaie les accusations infondées de fraude électorale. Elle rejoint ensuite l’équipe Trump en 2022. Elle le suit en déplacement, dans les coulisses, jusque sur les parcours de golf.

Son surnom raconte sa fonction. On l’appelle la “human printer”, l’imprimante humaine. Harp transporte une imprimante portative et fournit à Trump les articles élogieux, les tweets flatteurs, les attaques contre ses ennemis et les informations qu’il réclame. Elle prend en dictée les messages qu’il veut poster. Elle intervient parfois directement sur son compte Truth Social. Le flux, c’est souvent elle. Ce qui arrive au président. Et ce qu’il dit au monde. Tout cela sans passer par le filtre des conseillers habituels.

Harp n’est pas seulement une assistante. Elle contrôle une bonne partie de ce que voit/lit le président. Donc de la réalité à laquelle il réagit parfois instinctivement.

Le New York Times a révélé en 2024 qu’elle lui adressait des lettres passionnées comme celle-ci :

“Vous êtes tout ce qui compte pour moi.”

Elle le remercie d’être son gardien et son protecteur.

J’avais consacré à Natalie Harp un chapitre intitulé “L’imprimante humaine” dans mon livre Armes de distraction massive, paru en janvier dernier.

Pas pour le parfum de scandale. Mais parce qu’elle incarne l’un des mécanismes essentiels du pouvoir trumpien. La fabrication d’un monde clos, dans lequel les informations sont sélectionnées moins pour leur véracité que pour l’émotion qu’elles provoqueront chez le président.

Les belles histoires qu’il se raconte. Et qu’il essaie de nous raconter.

Harp choisit ce qui atteint Trump, nourrit ses colères, entretient ses certitudes et transforme ses impulsions en messages présidentiels. Son pouvoir ne vient pas d’un titre prestigieux, mais de sa proximité physique avec l’homme et de son emprise sur sa représentation du monde.

En prononçant simplement “Natalie”, Ossoff l’installe au centre du récit politique. Oui, je sais, la liaison que Washington lui prête avec Trump n’est pas établie. Et ce n’est peut-être même pas l’essentiel. La relation vraiment décisive, c’est celle que le président entretient avec un monde merveilleux que lui dessine “Natalie”.

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🟨🟧 Quand les grands-parents entrent en campagne

Si un jour on vous traite de “djihadiste”, de “communiste”, si on vous accuse d’être étranger à votre propre État, trop radical pour vos électeurs ou même une menace pour la sécurité nationale, que faire ?

Un conseil, sortez la carte grands-parents.

C’est ce que viennent de faire deux candidats démocrates au Sénat.

Dans le Michigan, Abdul El-Sayed. Au Texas, James Talarico. Je vous ai déjà parlé de l’un et de l’autre dans Zeitgeist, ici et ici.

Aucun des deux n’est vraiment favori selon les sondages. Le Michigan est l’un des États les plus disputés du pays, et El-Sayed, à la gauche de la gauche, n’est pas en bonne situation dans les premiers sondages depuis sa victoire étroite dans la primaire.

Et au Texas, les démocrates n’ont remporté aucune élection à l’échelle de l’État depuis plus de trente ans.

Pourtant, l’un et l’autre peuvent gagner, en profitant de l’impopularité croissante du président Trump. Plusieurs sondages placent désormais Talarico légèrement en tête. Et El-Sayed n’a pas encore perdu puisque le principal groupe de financement républicain vient de rajouter six millions de dollars pour faire campagne contre lui et acheter des espaces pour des publicités négatives.

Les républicains cherchent à les dépeindre de telle sorte que ni l’un ni l’autre ne correspondent aux valeurs traditionnelles des États qu’ils prétendent représenter à Washington.

Abdul El-Sayed, musulman, à la gauche de la gauche et critique d’Israël, est décrit comme un extrémiste dangereux.

Une publicité républicaine reprend son nom complet (“Abdulrahman Mohamed El-Sayed”) pour l’associer aux Frères musulmans. Donald Trump a lui aussi utilisé son nom complet dans un montage en comparant son propre couple à celui du candidat démocrate (son épouse est voilée). Il le traite publiquement de “djihadiste” et de “communiste”.

D’autres responsables républicains le présentent comme un cheval de Troie de l’islam radical.

Talarico subit une attaque différente, mais ça tourne aussi autour de l’idée qu’il ne serait pas vraiment celui qu’il prétend être. Cet ancien enseignant, séminariste presbytérien, parle souvent de sa foi. Les républicains tentent de le présenter comme un loup d’extrême gauche déguisé en chrétien. D’anciennes déclarations sur un Dieu “non binaire”, l’immigration ou les droits des personnes transgenres sont sorties de leur contexte pour le décrire comme un radical.

Des animateurs d’émissions d’opinion de Fox tentent depuis des mois de remettre en cause sa virilité et se moquent de son visage poupon.

C’est ici qu’interviennent les grands-parents.

Dans la publicité “Jan and Judy”, les grands-parents maternels d’El-Sayed répondent eux-mêmes à la question implicite de toute la campagne républicaine : “D’où vient Abdul El-Sayed ?” Leur réponse fuse : “D’ici !”

Ils racontent qu’ils ont aidé à l’élever, qu’il est devenu médecin et qu’il leur achète leurs courses chaque semaine (“il sait combien coûtent les choses”). Leurs racines dans le Michigan remontent au début du XIXe siècle. Et lorsque leur petit-fils trouve leurs compliments excessifs, sa grand-mère le réprimande gentiment pour son langage.

Tout est là. Les origines locales, la famille, le coût de la vie. Et une pointe d’humour. El-Sayed ne répond pas à l’accusation d’être un personnage inquiétant en récitant son CV ou en dénonçant l’islamophobie. Il montre deux personnes qu’il est presque impossible de faire entrer dans la caricature. Comme le remarque Dan Pfeiffer, ancien conseiller de Barack Obama, la publicité dégonfle l’attaque républicaine. Il rappelle qu’Obama avait lui aussi beaucoup parlé de ses grands-parents du Kansas avant son élection en 2008 pour inscrire une identité que ses adversaires présentaient comme étrangère dans une histoire profondément américaine.

Au Texas, la publicité de Talarico fonctionne un peu sur le même ressort.

Il est assis sous un porche avec son grand-père (“my Paw Paw”, c’est à dire “mon papi”), un ancien pasteur baptiste du sud du Texas. Le candidat raconte avoir appris de lui les deux commandements essentiels du christianisme. Aimer Dieu et aimer son prochain (oui, c’est le Texas…).

Face à ceux qui décrivent Talarico comme un faux chrétien, voici un grand-père baptiste, un porche texan et une foi transmise de génération en génération. Talarico ne cherche pas à prouver qu’il est moins de gauche qu’on ne le dit. Il affirme que ses valeurs de gauche viennent précisément de son christianisme.

C’est là que ces publicités sont assez malignes. Les électeurs ne se demandent pas seulement “Que propose-t-il ?”, ils se demandent “Est-il des nôtres ? Comprend-il notre vie ? Puis-je lui faire confiance ?”

Les grands-parents servent de témoins de moralité, mais aussi de certificats d’enracinement. Ils permettent de parler de religion, de famille et de transmission sans le langage artificiel des consultants.

Et en même temps, petite gêne. Car cela revient à accepter implicitement que le candidat musulman soit sommé de prouver son américanité et que le chrétien de gauche doive faire authentifier sa foi.

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🟧 2028, c’est parti ! Oui, oui.

Ce n’est pas parce que les élections de mi-mandat sont dans moins de 80 jours, que le pays s’empêtre dans une guerre qui ne fait qu’accroître l’agacement des Américains sur le coût de la vie, qu’il faudrait penser que la présidentielle est déjà loin.

Côté républicain, le favori JD Vance nourrit des doutes dans son camp, sur sa ligne économique, sur la tentation identitaire. Je vais y revenir dans un instant.

Mais côté démocrate, les choses sont en train de se mettre en place. Il serait audacieux (comprenez, suicidaire) de se déclarer officiellement avant les élections de mi-mandat.

Mais à partir de cet hiver, nous allons voir apparaître les candidats à la candidature, et ils devraient être nombreux. Au moins une dizaine, peut-être une quinzaine ou une vingtaine, au moins pour un tour de chauffe. Pour l’instant, ils ne sont pas officiellement candidats, mais il est possible de les repérer. Je vous ai parlé récemment de Pete Buttigieg et d’Alexandria Ocasio-Cortez, qui sont assez hauts dans certains sondages. J’évoquais tout à l’heure Ossoff, dont la cote monte, même s’il joue à celui qui ne le voit pas.

Autre nom, Gavin Newsom, gouverneur de Californie, qui a même évoqué le sujet il y a quelques jours, dans son podcast, sur la banquette d’un bar, en partageant une bière avec la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer, dont le nom est aussi cité pour 2028 (à moins qu’ils ne fassent un ticket tous les deux). Tiens, tiens, le Michigan, l’un des premiers États qui votera lors de la primaire démocrate début 2028.

Avant les précédentes présidentielles, c’était assez simple. Deux étés avant le scrutin, il fallait repérer qui se rendait à l’Iowa State Fair, la foire de l’Iowa, le premier État du processus de primaires. Ils défilaient tous. Passe obligé, ils devaient tous manger des corndogs (c’est une saucisse sur un bâtonnet, enrobée d’une pâte épaisse qui est frite, bref, assez étouffe-chrétien).

La foire a lieu cette semaine. Pas beaucoup de potentiels candidats à l’horizon (à part le sénateur et ancien astronaute Mark Kelly), maintenant que le Parti démocrate a choisi d’écarter l’Iowa des premières primaires. Les ambitieux démocrates n’ont pas jugé nécessaire de faire le détour.

Non, pour les trouver cet été, il fallait aller dans les villas chics de la côte Atlantique, dans les Hamptons, à Nantucket ou Martha’s Vineyard (l’équivalent, en France, de la côte normande autour de Deauville).

Vanity Fair publie un reportage assez bien troussé à ce sujet :

“Les prétendants de 2028 font leur pèlerinage dans les Hamptons… en toute discrétion.

Chaque été, les stations balnéaires huppées de la côte Est se remplissent de poids lourds de la politique. Mais dans le climat anti-élites actuel, ceux-ci doivent désormais récolter les gros chèques loin des regards.”

Un milliardaire qui a fait fortune dans la grande distribution dit au journaliste :

“Depuis l’époque de Bill Clinton, tous les responsables politiques viennent ici, parce que c’est là que se trouve l’argent.”

Les Hamptons et les îles huppées du Massachusetts situées plus au nord-est, Martha’s Vineyard et Nantucket, deviennent le point de chute des candidats politiques, qui y débarquent pour financer leurs campagnes de mi-mandat et prendre la température autour de leurs ambitions présidentielles.”

“Je ne peux pas descendre la rue sans tomber sur un membre du Congrès”, raconte un collecteur de fonds politique qui possède une maison à Nantucket.

“Pour les responsables politiques de stature nationale, le déplacement en vaut largement la peine. C’est l’occasion, pour les candidats à la présidence, de rencontrer de potentiels donateurs à l’ombre bruissante de haies impeccablement taillées. Et pour les riches propriétaires qui dépensent des sommes indécentes dans l’aménagement paysager de leur résidence secondaire, c’est une manière de rentabiliser leur investissement en affichant, et en renforçant, leur influence à Washington.”

“Plusieurs personnalités dont le nom circule pour 2028 ont déjà fait le pèlerinage vers ces Mecques estivales de l’argent américain. Le gouverneur du Maryland, Wes Moore, s’est arrêté le mois dernier dans une synagogue de Westhampton au cours d’une tournée de collecte de fonds. Le gouverneur de Pennsylvanie, Josh Shapiro, s’est lui aussi rendu dans la South Fork, tandis que celui de l’Illinois, JB Pritzker, s’est adressé à des sympathisants chez un producteur de Broadway à Sagaponack. Le sénateur de Géorgie Jon Ossoff effectuera sa propre tournée le week-end du 22 août : il déjeunera à East Hampton chez la créatrice de bijoux Brooke Neidich, avant de participer à une collecte de fonds dans la propriété d’Alex Soros et Huma Abedin à Water Mill.”

Alex Soros, le fils de George Soros, et Huma Abedin, ancienne proche collaboratrice d’Hillary Clinton.

Getty

Car ce sont bien les Clinton qui ont vraiment montré l’exemple chez les démocrates. Bill, d’abord, quand il était président et levait des fonds pour sa réélection.

Puis Hillary, sénatrice de New York, qui levait des fonds en 2006 pour la campagne de 2008 qui devait permettre pour la première fois à une femme (elle) de s’installer dans le Bureau ovale.

Je me souviens, en 2016, d’un papier assez dévastateur pour la candidate Clinton, à nouveau en tête des sondages, en pleine campagne contre Trump, titré “Où était passée Hillary Clinton ? Demandez aux ultrariches”.

À peine plus de deux mois avant l’élection qui allait voir la victoire de Trump, on pouvait lire ceci :

“Lors d’une collecte de fonds privée organisée dans une propriété des Hamptons au bord de l’eau, Hillary Clinton a dansé aux côtés de Jimmy Buffett, Jon Bon Jovi et Paul McCartney, avant de participer à un final collectif sur “Hey Jude”.

“Je suis la seule chose qui vous sépare de l’apocalypse”, a lancé avec assurance Mme Clinton, provoquant les rires. Elle faisait ainsi preuve d’une pointe d’autodérision devant un public qui comptait notamment Calvin Klein et Harvey Weinstein, et pour lequel la perspective d’une présidence de Donald J. Trump était catastrophique. (…) Au cours des deux dernières semaines d’août, Mme Clinton a récolté environ 50 millions de dollars lors de 22 collectes de fonds, soit près de 150 000 dollars par heure en moyenne, selon un décompte du New York Times. (…)

Mme Clinton a levé environ 143 millions de dollars au mois d’août, le meilleur mois de sa campagne jusque-là. Lors d’un seul événement organisé mardi à Sagaponack, dans l’État de New York, dix personnes ont déboursé au moins 250 000 dollars chacune pour la rencontrer, permettant de récolter 2,5 millions de dollars.”

Sagaponack, l’une de ces stations huppées des Hamptons où le journaliste de Vanity Fair traque cet été les candidats :

“Les Hamptons ont toujours représenté un cadeau empoisonné pour les candidats, et depuis qu’Hillary Clinton a dansé avec Jimmy Buffett, le climat politique est devenu encore plus hostile à la richesse des élites côtières. Cela explique pourquoi les équipes de campagne entourent désormais ces déplacements du plus grand secret.

“Tout le monde panique à l’idée que quelqu’un parle”, confie, sous couvert d’anonymat, une source proche des équipes de campagne de plusieurs grandes figures démocrates. “Le niveau d’anxiété est plus élevé que jamais.”

Il est certain que les candidats ne publient pas sur les réseaux sociaux des vidéos les montrant, vêtus de lin, en train de mondaniser au milieu des hortensias, surtout entre deux appels à combattre la corruption des élites.

“Il y a cinq ans, avant la révolution AOC, les gens étaient fiers d’être outrageusement riches”, explique Todd Shapiro, un spécialiste de la communication politique qui passe une partie de ses étés dans les Hamptons. “Aujourd’hui, ils ont peur de l’afficher. On ne voit plus la même ostentation.”

Et voici ce que dit à Vanity Fair un riche habitant des Hamptons qui préfère se tenir à distance de cette frénésie politique pré-2028 :

“Cela devient incontrôlable. […] C’est démoralisant de rencontrer toute la journée des démocrates compétents, honnêtes et motivés, puis de devoir dîner avec mes amis républicains, qui passent leur temps soit à se lamenter au sujet de [Zohran] Mamdani, soit à trembler littéralement devant la menace du communisme. Ces riches New-Yorkais se comportent comme s’ils étaient le groupe le plus opprimé d’Amérique.”

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🟧 Attendez avant de miser vos dollars sur Vance

Mesdames et messieurs, roulement de tambour  🥁🥁, je vais vous parler de politique monétaire.

Un lundi de mi-août. Le jour de la reprise pour certains (dont moi).

Bo-ring !

Je sais, c’est osé. Voire suicidaire.

Mais suivez-moi, c’est une histoire qui révèle quelque chose d’instructif sur JD Vance.

Depuis deux jours, une séquence du vice-président fait beaucoup parler. Si j’ai choisi d’en faire le 📚 Food for Thought de ce numéro, c’est qu’elle montre que le favori du camp républicain pour succéder à Donald Trump ne s’imposera pas dans son camp aussi facilement qu’il l’espère.

Ce n’est qu’un vieil extrait de quelques phrases prononcées par JD Vance devant un public d’American Moment, un think tank pour jeunes conservateurs. Un groupe qu’il soutient (il a siégé dans son conseil d’administration) et qui pourrait être un relais d’influence au sein de la jeunesse du parti si (ou plutôt quand) Vance se lance dans la course à la Maison-Blanche.

Oui, je sais, ça paraît bo-ring ! Mais on arrive à ce qui est intéressant.

L’extrait a été tourné avant son élection à la vice-présidence, alors qu’il était sénateur de l’Ohio, mais il vient d’être repéré et sorti par un économiste qui contribue à l’Independent Institute, un autre think tank de droite, plus établi que le précédent dans les réseaux conservateurs et qui défend des idées libertariennes.

Et depuis deux jours, cet extrait est devenu viral, et fait beaucoup parler dans le camp républicain.

Parce que pour beaucoup de conservateurs classiques, ce que dit le vice-président est absolument dingo. Ils sont tombés de leur chaise en entendant cela.

“Cela va peut-être paraître extrêmement hétérodoxe, mais je ne suis pas certain que le statut de monnaie de réserve soit réellement une bonne chose pour les États-Unis.

Je pense qu’on peut raisonnablement soutenir que le statut de monnaie de réserve est comparable au charbon dans les Appalaches : c’est une malédiction des ressources. Il permet aux consommateurs d’acheter à très bas prix. C’est l’histoire de l’économie américaine depuis une quinzaine d’années, et même depuis plus longtemps encore. Nous pouvons tout simplement emprunter sans aucune limite parce que nous possédons la monnaie de réserve.”

Bon, je ne suis pas plus économiste que la plupart d’entre vous, alors je vais vous expliquer pourquoi cette déclaration du vice-président suscite une telle sidération dans son camp.

Il faut comprendre ce que représente le statut du dollar dans l’économie mondiale. Tout le monde en veut ! Les banques centrales, les entreprises et les investisseurs du monde entier ont besoin de dollars. Grâce à cela, les États-Unis profitent d’une demande presque permanente pour leur monnaie et leur dette. Ça veut dire qu’il est possible pour l’État fédéral d’emprunter à moindre coût, mais ça vaut aussi pour les entreprises et les ménages américains. Les Américains appellent cela le “privilège exorbitant”. C’est un pilier de la puissance américaine.

Au passage, 1. ça leur permet de vivre à crédit depuis des décennies, 2. la place centrale du dollar laisse le loisir à Washington d’imposer des sanctions et de peser sur le système financier mondial.

On peut trouver cela insupportablement impérialiste, mais si vous êtes le numéro 2 de l’empire et que vous aspirez à devenir César, c’est un peu curieux de vouloir renoncer à l’un des piliers de cette puissance.

Dire, comme le fait le vice-président, que ce statut constitue une malédiction, cela revient à présenter comme un handicap ce que les présidents américains, républicains comme démocrates, considèrent depuis des décennies comme l’un des principaux attributs de la puissance du pays.

Alors l’argument de Vance, c’est que cela rend les produits importés moins chers pour les consommateurs américains, mais pénalise les exportateurs américains et encourage donc les déficits commerciaux.

C’est vrai.

Son argument, c’est que le système favorise Wall Street, la consommation et la finance davantage que les usines de l’Ohio. C’est ce déséquilibre que Vance décrit comme une malédiction des ressources. Comme le charbon en Appalaches (c’est là d’où il vient, une région industrielle sinistrée, il en a fait le décor du livre qui l’a rendu célèbre et l’a fait remarquer il y a une dizaine d’années), le dollar procure une richesse facile tout en détruisant la capacité de production du pays.

Des soutiens de Vance disent que la phrase a été sortie de son contexte. Sauf que cette déclaration ne tombe pas de nulle part. En 2023, quand il était sénateur, donc avant d’être vice-président, il avait déjà remis en cause l’intérêt de ce statut particulier du dollar lors d’une audition de Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale.

Certes, le dollar, disait Vance, accroît le pouvoir d’achat des consommateurs américains lorsqu’ils achètent des produits étrangers ou voyagent à l’étranger.

“Mais cela a un coût pour les producteurs américains. On peut considérer, à certains égards, que le statut de monnaie de réserve constitue une subvention massive aux consommateurs américains, mais aussi une taxe massive sur les producteurs américains.”

Il l’avait aussi redit sur Fox News, pour rebondir à un commentaire du président français sur le dollar.

Cette situation contribue, selon Vance, “à notre consommation effrénée d’importations pour la plupart inutiles, d’un côté, et à l’évidement de notre appareil industriel, de l’autre”.

Comme argument rhétorique, ça peut se défendre. Mais quand on vise à succéder à Reagan & Co., c’est suicidaire.

Et le plus stupéfiant aux yeux des républicains, c’est le remède qu’il semble prêt à envisager et qu’il esquisse dans cet extrait devenu viral depuis deux jours.

Renoncer à ce privilège, ce serait le choix d’un dollar plus faible, des importations plus coûteuses, plus d’inflation et des taux d’intérêt plus élevés.

Tout ça au moment où la dette fédérale est déjà incroyablement lourde. S’il y a moins de demande à travers le monde pour les obligations américaines, il sera encore plus cher de financer la dette. On sait que Trump est très sensible à cette question des obligations. C’est pour cela qu’il avait levé le pied dans la guerre commerciale après des annonces tambourinantes au printemps 2025.

Voilà pourquoi cette petite phrase jette le trouble sur sa ligne pour 2028. Elle révèle un Vance beaucoup plus radical que Trump sur le plan économique. Oui, Trump a ce vieux dada des droits de douane, dont il use et abuse, et qui exaspèrent beaucoup de républicains classiques qui s’époumonent sur ces phrases de Vance. Mais jamais Trump ne défendrait ainsi un affaiblissement délibéré de la puissance américaine.

C’est là que ce qui se joue dépasse largement la question monétaire. Vance défend spontanément une ligne plus nationaliste, prête à sacrifier une partie du pouvoir d’achat des consommateurs, de la puissance financière et peut-être de l’influence internationale des États-Unis pour reconstruire leur industrie.

C’est cela que les républicains classiques auraient bien du mal à digérer en 2028.

C’est une rupture frontale avec le conservatisme républicain traditionnel, attaché au dollar fort, aux marchés libres et au faible coût du capital.

Et c’est une proposition politiquement explosive. C’est la question de l’inflation qui a fait gagner Trump en 2024 ! C’est la question de l’inflation qui risque de lui faire perdre les élections de mi-mandat en novembre ! La guerre en Iran déclenchée par Trump accroît la pression politique sur le coût de la vie, particulièrement l’essence.

Si Vance veut faire campagne sur ce thème, bon courage : il devra expliquer aux électeurs pourquoi ils devraient accepter de payer plus cher aujourd’hui au nom d’une renaissance industrielle (hypothétique) demain.

Bon courage, en particulier, pour expliquer à l’électorat républicain traditionnel que l’Amérique devrait volontairement abattre l’un des piliers de sa puissance.

Reagan fait du tourné-boulé dans sa tombe. Et tous ceux qui s’en réclament, qui avaient déjà de sacrés doutes sur Vance, vont encore plus se méfier du vice-président.

Thank you and goodbye.

PhC


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