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CHEZ POL 31 AOÛT

 

Nous sommes à 230 jours du 1er tour de la présidentielle


#Turbulences #Tirailleur #Trump #Titanic #Tragédie
Chez Pol n°1775 - Réservé aux abonnés Libé



Bonjour, nous sommes le 31 août
et c'est le bon jour pour être tout neuf.

Photo Michel Stoupak. Nur. AFP  (2023)

Chers lectrices, chers lecteurs de Chez Pol,

Et voilà, la saison 9 de Chez Pol débute aujourd'hui. C'est autant que The Office, How I met Your Mother ou encore Scrubs. Autant dire qu'on va se marrer cette année. Quoique... Vu la campagne présidentielle qui s'annonce, les rires ne sont jamais sûrs. Mais comptez sur nous pour vous distraire dans cette actualité morose tout en vous livrant votre dose d'infos croustillantes et importantes. C'est cela Chez Pol, du fondant enrobé de croquant. Finalement, nous sommes un peu les Master Poulet de la newsletter politique. Mais comme toute bonne enseigne qui se respecte, nous avons profité de la pause estivale pour repasser un coup de pinceau sur notre maquette. Rien de révolutionnaire, on ne change pas une formule qui gagne, mais un ravalement bienvenu qui nous accompagnera jusqu'à l'été 2027, au moins. Un grand merci pour cela à Nicolas Valoteau, directeur artistique de Libé, et à son équipe. Et merci à vous de nous lire chaque matin. On y va ? 

FAIT MAISON La primaire PS a déjà des conséquences

AU COMPTOIR Villepin sait qui il panthéoniserait s'il était Président ; Ruquier n'en finit plus de former des politiques ; et pour défendre la liberté des femmes, le RN veut restreindre leur liberté

ON POSE ÇA LÀ La com' très XXe siècle de Philippe

LE MOT «Censure»

POL À REBOURS J-230 : Jospin tente un come-back 

L'ŒIL DE LIBÉ Proximité à l'université d'été des verts

BO BO BONUS Aimez-vous !

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI Ambiance pré-rentrée scolaire

L'ADDITION Jouons avec DJ Villepin

DOMINOS • On va essayer de mieux débuter notre newsletter qu'Olivier Faure son 20h de TF1, hier, pour annoncer sa candidature à la primaire PS. le Premier secrétaire des roses s'est planté dès son «bonsoir Anne-Laure Coudray» alors qu'elle se prénomme «Anne-Claire» comme elle le lui a gentiment fait remarquer. Bref, ça commence bien cette histoire. Dans cette compétition, Faure va donc affronter Raphaël Glucksmann, Ségolène Royal, sans doute Emmanuel Maurel pour le parti de la Gauche républicaine et socialiste, mais aussi Philippe Brun et Jérôme Guedj. Pour ces deux derniers, la candidature a un impact immédiat : chefs de file l'an dernier sur les textes budgétaires, les deux députés socialistes doivent mettre de côté leurs missions. Sur le Budget, le socialiste Brun laisse sa place à Estelle Mercier, députée de Meurthe-et-Moselle. «De ma propre initiative, je me suis mis en retrait de mes fonctions jusqu'au 18 octobre [lendemain d'un éventuel 2d tour, ndlr], et je les reprends ensuite, nous indique Brun. Très concrètement, je ne m'exprime plus au nom des socialistes sur le Budget jusque-là. Mercier, qui est mon binôme, sera donc notre seule porte-parole sur le Budget.» Même effet pour Guedj, d'ordinaire chef de file socialiste sur le Budget de la Sécu. Il sera remplacé par Sandrine Runel, députée du Rhône, et également binôme du rose sur ce sujet l'an dernier. Sy. C.

PAS TOUS EN SEINE • Karim Bouamrane n'a pas ce genre de préoccupations, lui. Déjà parce qu'il n'est pas député. Et puis, même s'il l'était, il a décidé d'être candidat à la présidentielle sans passer par la case primaire. Le maire PS de Saint-Ouen-sur-Seine est donc vraiment tranquille niveau organisation de son emploi du temps. Mais un socialiste peut-il décider de ne pas respecter les règles édictées par son parti sans réaction de sa direction ? Apparemment oui puisque, selon nos informations, aucune sanction n'est pour l'instant prévue contre Bouamrane. La raison est limpide : pas grand monde ne croit à la possibilité d'une candidature de l'Audonien. «C'est une intention, nous glisse-t-on dans l'entourage de Faure. Une candidature, c'est au moment du dépôt des signatures.» Sous-entendu : Bouamrane ne les obtiendra jamais et ne violera donc pas les règles de son camp. Comme quoi, c'est bien fichu le PS parfois. Sy. C. 

ENTENTE CORDIALE • C'est une question qui va animer l'autoproclamé «bloc central» ces prochains mois : pour qui votera Emmanuel Macron en 2027 ? Pas facile pour lui de choisir parmi ses héritiers, qui cherchent à se démarquer de lui et de son bilan. Interrogé à ce sujet sur BFMTV, Édouard Philippe a d'abord éludé : «Je n'en sais rien, je ne présume de rien. Je pense que le Président participera à l'élection dans le secret du vote. Il fera bien ce qu'il veut.» Autant dire que le maire du Havre ne court pas franchement après un soutien présidentiel. Quant à leurs relations, qui se sont apaisées après quelques turbulences, «elles sont lointaines», dit-il. Le mieux placé à droite, selon les sondages, poursuit : «Lorsque nous nous parlons, nous nous parlons de façon très cordiale mais je n'ai pas vocation à entrer en relation fréquente avec le Président.» «Il est très occupé. Et moi aussi», conclut-il en maintenant entre lui et celui qui l'a nommé à Matignon une distance presque sanitaire.

«Compte sur moi pour te savonner la planche.» Photo Benoit Tessier / AFP (2024)

DETTE NON ANNULABLE • Durant ses 2 quinquennats, Macron a souffert d'un étrange trouble : la panthéonite aiguë. Une manie qui se propage parmi les candidats à la présidentielle, chacun ayant sa petite idée de qui il panthéoniserait bien à son tour. Dominique de Villepin, qui n'est pas encore officiellement candidat mais reconnaît «vouloir l'être», se fait iconoclaste sur la question. Sur BFMTV hier, l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac a ainsi répondu vouloir faire entrer au temple des grands hommes «un tirailleur sénégalais». «Parce que j'aime bien que la France reconnaisse ses dettes. Quand on regarde notre histoire, elle est faite de beaucoup d'ingratitude. [...] La façon dont nous avons traité les tirailleurs sénégalais, grâce à qui nous avons gagné la Première guerre mondiale [...] je n'oublie pas cela», a développé Villepin, ajoutant : «Et j'estime que vis-à-vis de l'Afrique, il y a un devoir de reconnaissance central. Sans la contribution de l'empire colonial, la France, qui est en paix aujourd'hui, ne serait pas la même.»

VU À A LA TÉLÉ • Laurent Ruquier plus efficace que l'ENA pour former des politiques ? Après Audrey Pulvar, Éric Zemmour et Aymeric Caron, une nouvelle chroniqueuse d'On n'est pas couché se lance en politique : Natacha Polony. Ce matin sur RTL, elle justifie son choix pour «perturber l'entre-soi» des politiques, «ces gens qui se servent le thé sur le pont du Titanic». Un programme vraiment inédit. Une pensée pour Léa Salamé qui n'a rien compris à l'après-Ruquier : elle ne rentre pas en politique mais se retire du 20h parce que son compagnon en fait. 

Natacha Polony. Photo Daniel Perron /  Hans Lucas via AFP (2024)

LIBERTÉ J'ÉCORCHE TON NOM • Parmi tous sujets qui préoccupent les Français - pouvoir d'achat, dérèglement climatique, etc. - le RN a donc décidé de mettre sur la table… le port du voile. Hier sur BFMTV, le député Jean-Philippe Tanguy a ainsi expliqué qu'une fois au pouvoir, son camp interdirait le port du hijab dans la rue et sanctionnerait les contrevenantes d'une amende. Fut un temps où le parti d'extrême droite prenait des pincettes, expliquait que cette mesure ne visait pas uniquement les musulmanes et entendait exclure aussi la kippa et les grandes croix de l'espace public. Mais ce jeu de dupes est terminé. Cette règle serait évidemment contraire au principe de laïcité qui permet à tout un chacun de vivre sa religion, y compris dans l'espace public. Le RN répond en substance : «On s'en fout.» Et pire, il justifie son action au nom de… la liberté. «Certaines femmes mettent le voile parce qu'elles sont obligées de le porter, dans certains quartiers, par leur mari qui ont un rapport à la liberté des femmes un peu différent que le nôtre, a expliqué la vice-présidente du RN Edwige Diaz. [...] C'est cette philosophie que nous voulons imposer.» Au nom de la liberté des femmes à s'habiller comme elles le souhaitent, le RN veut donc leur interdire de s'habiller comme elles le souhaitent. Logique.

DOUDOU LA FRITE • On n'avait pas vu une telle com' depuis Donald Trump servant au McDo : Philippe et Gérald Darmanin préparant des frites dans une friterie de Tourcoing hier, sans charlotte sur la tête mais avec des caméras devant. Ce n'est pas parce qu'on veut monter qu'on a la patate en jouant à l'homme du peuple qu'on est obligé d'oublier les règles sanitaires.

THIS IS FINE • Si vous pensiez qu'après l'été que l'on a vécu en France, les idées de certains concernant la protection du vivant ont changé, vous risquez d'être déçu. Sur BFMTV samedi, le fan de Formule 1 Jordan Bardella, a estimé qu'il fallait «arrêter la lecture apocalyptique des événements» faite par les écolos. Avec plus de 96000 hectares de surfaces brûlées sur le territoire national, des sécheresses inédites, un secteur agricole en crise et des milliers de décès liés à la canicule, pourquoi s'inquiéter ?

COHÉRENCE • En 2024, il avait refusé de faire le choix entre le RN et LFI, les renvoyant dos à dos. En 2027, si le 2d tour de la présidentielle oppose Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, Manuel Valls compte faire pareil et votera blanc, a-t-il assuré hier soir sur LCI. Et c'est là où ça devient drôle parce que ce M. Valls a le même nom que celui qui, en 2017, critiquait «l'amertume» de Mélenchon parce qu'il n'avait pas appelé à voter Macron contre Le Pen.

COHÉRENCE BIS • À l'inverse, Villepin, à qui il a été posé la même question hier sur BFMTV, a répété qu'il ne mettait pas sur le même plan LFI et le RN et qu'il n'était pas prêt à «prendre le risque» de voir l'extrême droite au pouvoir. On imagine la surprise de ceux qui ont arrêté de suivre la politique en 2006 et qui découvriraient ce matin la différence ente Villepin et Valls. 

Ce mot sera, à n'en pas douter, le tube de l'automne. À 8 mois de la présidentielle, Sébastien Lecornu, réunit aujourd'hui ses ministres en séminaire pour parler notamment de ces questions budgétaires. Le même a promis hier dans le Parisien un Budget avec des mesures «difficiles» mais pas «brutales», sans «grandes réformes». Le Premier ministre entend ainsi plutôt freiner les dépenses sociales, avec «une vraie réforme» des arrêts maladie, le déremboursement de certains médicaments «anciens» et «dépassés», et surtout une «désindexation» des retraites en dessous de l'inflation - à l'exception des petites pensions. Des mesures vues comme des chiffons rouges par ses opposants. Faure a prévenu, vendredi : «Je ne vois pas comment Attal ou Philippe se mettraient cette année à chercher le moindre compromis avec la gauche. Le suspense, il est faible, vous connaissez la fin, à la fin il y aura une censure.» Du miel pour les oreilles insoumises alors que l'année dernière, le PS avait sauvé les miches du gouvernement Lecornu en refusant de voter la censure, permettant ainsi à la France d’avoir un Budget. Sur celui de 2027 que tentera de faire passer Lecornu, Mélenchon a d'ores et déjà affirmé, sans trop de surprise : «Nous le censurerons.» «Nous n'excluons rien, par principe», a menacé de son côté Bardella qui sait très bien que sans les voix des députés RN, une censure n'a que peu de chances d'aboutir. Parmi les candidats déclarés à la fonction suprême, seul Philippe a appelé «tous les responsables politiques» à «voter le budget de la Sécurité sociale». Mais il n'a en revanche rien dit sur celui de l'État. «Annoncer une censure alors même qu'on n’a pas lu le dossier est irresponsable et très décalé», a répliqué ce matin sur BFMTV Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement. En juin, un boss rose imaginait de toute manière une seule finalité au débat de cet automne : le 49.3. Avec comme conclusion, si censure il y avait, une dissolution et la perspective de législatives anticipées antérieures à la présidentielle. Ce qui ne dérangerait peut-être pas certains socialistes. Et pas seulement.

J-230

Ne faites pas ça chez vous. Photo Stéphane de Sakutin. AFP (2017)

Nous sommes à 230 jours du 1er tour de la présidentielle. Que s'est-il passé, aussi loin de l'échéance, lors des derniers scrutins ? Chez Pol remonte le temps et se souvient de ces époques que les moins de 5, 10, 20 voire 60 ans ne peuvent pas connaître.

En 2006, ça bougeait déjà à J-230. Lionel Jospin tentait d'apparaître comme le seul recours possible d'une gauche mal en point. Juste avant la pause estivale, l'ancien Premier ministre, retiré de la vie politique depuis le 21 avril 2002, revenait par la fenêtre et invitait ses copains socialistes à bien voter à l'occasion de la primaire prévue à l'automne - sous-entendu, pas pour Ségolène Royal. «S'il apparaissait que je suis le mieux placé pour rassembler les socialistes, la gauche, le pays, pour assumer la charge de l'État, pour exercer la fonction présidentielle dans la situation difficile de la France d'aujourd'hui, et pour proposer des orientations [...], alors je me poserais la question», expliquait-il sur TF1. Soit exactement le message que François Hollande diffuse depuis des semaines. L'histoire se répète, «la première fois comme une grande tragédie, la seconde fois comme une farce sordide», écrivait ce gauchiste de Karl Marx.

La lettre de 2006

Son retour n'ayant suscité qu'un intérêt modéré, le même Jospin laissait passer l'été. Et ce 4 septembre 2006, 230 jours avant le 1er tour de la présidentielle 2007, il se disait, sur France Inter, «capable d'assumer la charge de chef de l'État». Dans «un monde extraordinairement incertain et inquiétant», le promeneur de l'île de Ré se voulait «apte à assumer cette mission» et jugeait que contrairement aux candidats à la primaire, il était celui qui avait «approché cette fonction de plus près». Et en plus, tous les autres avaient été «ses» ministres, preuve s'il en fallait une qu'il était le meilleur.

Mais le train était passé. En cette rentrée, plus aucun socialiste n'attendait quelque chose de celui qui les avait abandonnés un soir d'avril. Le 28 septembre, Jospin renonçait, dans une lettre publiée par le Nouvel Obs puis en interview sur RTL. «J'avais mis comme condition à ma candidature possible de pouvoir rassembler ou en tout cas d'opérer un rassemblement suffisant pour qu'un choix clair soit possible», expliquait-il, estimant avoir pris «la décision la plus sage» en renonçant.

Photo et texte Stéphane Lagoutte

Nous sommes à Grenoble, fin août, aux universités d’été des verts. La journée a commencé tranquillement avec les discours d’ouverture et les sympathisants dans les allées. Je flâne en butinant des images à la volée. Sandrine Rousseau est assise avec des militants, Cyrielle Chatelain passe ici et là… j’en profite pour acheter un poke bowl et m’assois à une grande table, derrière la garderie, à quelques mètres des toilettes de chantier. Attablée à côté, je reconnais Marie Toussaint. La proximité, c’est le charme de ces universités d'été. En revanche pas de Marine Tondelier à l’horizon. On m’affirme pourtant qu’elle est passée par là plus tôt. Il est écrit sur le tableau de la salle de presse qu’elle viendra à 15h pour un moment avec les journalistes. Bien sûr, je m’y rends. Son discours officiel du soir venant d’être repoussé au lendemain à cause des conditions météorologiques, elle fera de ce temps avec la presse une forme de tribune. Annonçant d’emblée que cela devait être un off mais que finalement cela pourrait être utilisé… mais pas enregistré. Ces moments avec un candidat au milieu des journalistes, sans micros tendus, sont toujours des instants particuliers propres aux campagnes. On y sent une proximité, absente quand les caméras et les micros les entourent de trop près.

L'amour ouf

Notre conseil bien être pour la rentrée : trouvez-vous quelqu'un qui vous aime autant que Ségolène Royal s'aime.

• Paris, matinée C'est bien la reprise. Après un conseil des ministres consacré uniquement à la rentrée des classes, Lecornu réunit son gouvernement au grand complet. Le Premier ministre organise, dans une aile de l'Hôtel des Invalides, au siège du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, un séminaire tourné vers la préparation d'un Budget 2027 aux airs de mission impossible. Il sera également question de cyberattaques, de crise agricole et de canicules.

• Suède, après-midi Pendant que le gouvernement taffera sur le Budget, Macron file à Stockholm pour rencontrer le Premier ministre suédois Ulf Kristersson et graver dans le marbre une commande de frégates françaises pour 4,3 milliards €.

• Et aussi Philippe fait un petit tour par la Foire de Châlons-en-Champagne tandis que Bruno Retailleau présente son projet pour l'éducation depuis Boulogne-Billancourt ; et les écolos tiennent une conf de presse sur la rentrée scolaire.

On termine avec notre jeu du jour. Dominique de Villepin a ambiancé nos oreilles tout l'été en nous présentant - façon Obama - sa playlist. Lequel des artistes suivants ne figurait pas dans la sélection de l'ancien Premier ministre ?

• Yseult
• Fela Kuti
• PJ Harvey
• Mazzy Star
• Syd Barrett
• Frank Ocean
 

C'est bien ça !


Pour jouer, cliquez sur ce qui vous semble être la bonne réponse ci-dessus. 

Sur ce, bonne journée et bonne rentrée 👋. Et à demain sur les routes de l'info.

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