La statue de Notre-Dame de Fatima mène une existence particulière et voyage bien plus que quiconque. « Attachez vos ceintures de sécurité et ne vous inquiétez pas : aujourd’hui, nous avons à bord une passagère spéciale chargée de protéger notre vol, la Vierge Marie. »
Quiconque a déjà entendu cette annonce sait de quoi il est question. La passagère spéciale est la statue de Notre-Dame de Fatima Pèlerine qui, depuis 1947, date à laquelle elle a été réalisée par le sculpteur portugais José Ferreira Thedim, voyage sans relâche d’un continent à l’autre, par la terre, la mer et les airs. Et lorsqu’elle voyage, elle paie toujours son billet et occupe le siège voisin de celui de son gardien.
L’histoire de la statue : de l’apparition au pèlerinage
Pour comprendre l’origine de la statue, il faut remonter à 1917, lorsque, à Fatima au Portugal, trois jeunes bergers, Lúcia dos Santos et ses cousins Francisco et Jacinta Marto, affirment avoir été les témoins d’une série d’apparitions mariales. Trente ans plus tard, en 1947, l’évêque de Leiria demande au sculpteur José Ferreira Thedim de traduire ces visions sous une forme concrète.
Surnommé le « Michel‑Ange du Portugal », Thedim a travaillé avec acharnement sur ce projet afin de respecter scrupuleusement les indications de Lúcia, seule survivante des trois enfants, devenue par la suite sœur carmélite. Le 13 octobre 1947, la statue, haute d’un peu plus d’un mètre et réalisée en acajou du Brésil, fut bénie et lancée sur les routes de son pèlerinage. L’idée était de la faire circuler dans les capitales européennes encore marquées par la Seconde Guerre mondiale, comme symbole de paix.
Une passagère pas comme les autres
Du fait de l’existence de plusieurs répliques, de nombreuses anecdotes racontent les voyages de la statue. Surclassements en classe affaires, accès aux salons VIP et selfies avec les passagers, toujours avec billet et carte d’embarquement.
La statue doit attacher sa ceinture de sécurité et, comme le raconte Patrick Sabat, chargé des déplacements de l’une des versions liées au World Apostolate of Fatima, elle est toujours installée côté hublot. La raison est pratique : en cas d’urgence, elle n’entrave pas le passage des personnes.
En général, la statue est transportée enveloppée et protégée dans un sac, mais une fois à bord, son gardien la découvre afin de permettre aux passagers de l’admirer. Souvent annoncée par le commandant de bord ou par le personnel de cabine, elle devient une star du vol. Entre fidèles désireux d’entrer en contact avec elle et curieux en profitant pour prendre un selfie original, elle passe rarement inaperçue.
Une histoire qui se poursuit
Après plus de trente années de voyages, la statue numéro 1 a été retirée de la circulation et est aujourd’hui conservée de manière permanente à Fatima, où elle continue d’être vénérée par des pèlerins venus du monde entier. Dans le même temps, les reproductions se sont multipliées : certaines sont rattachées à des congrégations ou à des associations religieuses, d’autres dépendent directement du sanctuaire. Dans plusieurs cas, il est possible de demander que la statue soit apportée dans des lieux précis, poursuivant ainsi sa mission itinérante.
La statue numéro 2, la seule à contenir en son intérieur une relique de l’originale, est aujourd’hui confiée au World Apostolate of Fatima aux États‑Unis. Après un premier long séjour au Canada avec le père McGrath, elle a circulé via différentes organisations jusqu’à ce qu’en 1995, John Haffert fonde le Pilgrim Virgin Committee pour en coordonner les déplacements. En 2014, la propriété de la statue a été officiellement transférée au World Apostolate of Fatima.
Afin de favoriser encore davantage la diffusion du message de paix lié à Fatima, de nombreuses autres statues ont été réalisées au fil du temps. Le sanctuaire dispose aujourd’hui de plusieurs versions plus récentes, utilisées pour des missions et des voyages à travers le monde. En somme, bien qu’elle soit souvent évoquée au singulier, la statue pèlerine existe en réalité en plusieurs exemplaires.



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