l’éclipse du Soleil

 







Le Soleil, cette étoile devenue (un peu) moins mystérieuse mais qui nous apparaît plus dangereuse


Par  Morgane Bertrand

Ce 12 août, nous serons nombreux à chausser nos lunettes noires en carton pour observer l’éclipse du Soleil, qui nous plongera quelques instants dans la nuit. Tous curieux de ce spectacle qui, par son caractère éphémère et grandiose, nous rappelle à la fois l’immuable beauté de l’Univers et notre infinie petitesse face à ses lois. Qu’ont-elles à faire de l’humanité, ces étoiles qui ont commencé à tourner des milliards d’années avant nous et qui poursuivront leur danse bien après ? La dernière fois que nous avons fait cette extraordinaire expérience en France, c’était le 11 août 1999. A l’époque, le Soleil caché par la Lune était infiniment loin de nous. Nous le regardions comme cet objet inatteignable, mais généreux de sa lumière, dont nous éprouvions la perte pour en savourer juste après, avec soulagement, la renaissance. Libérés de la colère des dieux depuis belle lurette et émancipés des contraintes naturelles grâce à la science et au progrès, nous pouvions jouer à nous faire peur.

Avec l’éclipse de 2026, dans cet été en proie aux canicules et aux mégafeux, ce n’est plus exactement la même histoire. En un quart de siècle, nous nous sommes en quelque sorte rapprochés du Soleil. Comment donc ? D’abord, en le connaissant mieux. Depuis que deux sondes, l’une américaine, l’autre européenne, sont parties à sa rencontre voici quelques années, les scientifiques disposent de données totalement nouvelles qui leur permettent de comprendre des phénomènes tels que l’origine des vents solaires ou l’influence sur terre de l’activité magnétique de notre étoile de vie. Et les images qui nous parviennent n’ont jamais été aussi précises et magnifiques.

Le Soleil nous est donc (un peu) moins mystérieux. Mais dans le même temps, pour d’autres raisons, il nous apparaît plus dangereux : la Terre chauffée par son rayonnement émet une chaleur qui se retrouve aujourd’hui piégée par le CO2 accumulé dans l’atmosphère sous l’effet des activités humaines, et qui perturbe le cycle de l’eau. Avec pour effet de brûler nos paysages et ceux qui les peuplent, et d’éprouver nos corps : « J’en viens à haïr le soleil », confiait « au Nouvel Obs » cet habitant de Pantin, en région parisienne, dont l’appartement s’est transformé en bouilloire fin juin.

Cette éclipse, regardons-la donc comme un rappel à l’ordre. Comme le spectacle de notre vanité mais aussi comme la possibilité d’un rebond face à un changement climatique qui nous installe décidément trop près du Soleil. Nous pourrions par exemple saisir ce temps suspendu pour réfléchir à la façon dont nous pouvons « habiter un climat », selon l’expression de l’urbaniste et designer Clément Gaillard. Un climat tout entier adossé au Soleil, et comme lui à la fois source de la vie et puissance destructrice. Un climat qui, pendant des siècles, a guidé la construction des sociétés humaines – de la forme de nos habitations aux dates de nos rituels. Jusqu’à ce que nous pensions pouvoir, par le pétrole et les machines, nous en affranchir. Habiter le climat, c’est, par exemple, se protéger du soleil en plantant des arbres et des haies, en installant des volets, en développant des refuges pour les humains et pour les animaux… C’est créer de l’ombre partout où c’est possible. Mais c’est aussi capter son énergie folle pour chauffer et éclairer nos maisons, sans émettre de gaz à effet de serre. Habiter le climat c’est, entre autres, composer intelligemment avec le Soleil.

On sait que les peuples amérindiens, lors des éclipses, organisaient des « vacarmes » rituels, bruyants à souhait, dans le but de mettre en fuite un animal ou un monstre qui, pensaient-ils, dévorait l’astre céleste sous leurs yeux. Nous ne croyons plus qu’il faut sauver le Soleil, mais nous savons qu’il faut de toute urgence atténuer le réchauffement climatique afin que notre planète reste habitable pour les générations futures. Et si nous nous inspirions des Amérindiens ? Comme eux, faisons du vacarme ! (Re)marchons pour le climat ! Nous ne ferons pas fuir les monstres mangeurs de Soleil, mais nous interpellerons nos politiques qui, par leur frileux court-termisme, laissent sans scrupules grandir le monstre climatique. 







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