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| "The Beatles discomania" par François Plassat DR |
Nous sommes le 8 août 2026 soit très exactement cinquante-sept ans après l’une des prises de vues les plus célèbres de l’histoire du rock : quatre Beatles traversant (dans les clous) la rue en face de leur studio londonien, la désormais célèbre Abbey Road, une image qui donnera à l’album sa pochette et son titre. Le photographe est un trentenaire écossais, nommé Iain MacMillan, qui a étudié la photographie à Londres. Il a rencontré Yoko Ono en travaillant sur une de ses expositions : c’est elle qui le présentera à John Lennon, qui lui-même soufflera son nom au groupe pour « Abbey Road ». La mise en scène de la pochette, en revanche, est plutôt une idée de Paul McCartney, qui avait dessiné une esquisse de l’image, selon le récit que le photographe a fait au « Guardian » vingt ans après.

La prise de vue, elle, a été plutôt simple. Il est 10 heures du matin ce vendredi 8 août 1969. Tandis qu’un policier s’occupe de bloquer la circulation, les quatre musiciens font un passage dans un sens, un passage dans l’autre. Lennon, en blanc, est en tête ; Harrison, en jean, ferme la marche. Juché sur un escabeau au milieu de la rue, Iain MacMillan prend une poignée d’images. L’opération dure une dizaine de minutes. La cinquième photo sera la bonne. « C’était la seule où leurs jambes formaient un V parfait, c’est ce que je recherchais », a expliqué le photographe.

Savait-il, Iain MacMillan, à quel point chaque détail de cette image serait ensuite scruté par des fans à travers le monde ? Ce chef-d’œuvre qu’est « Abbey Road », sorti en septembre 1969, n’est en effet pas n’importe quel album des Beatles : c’est le dernier enregistré par le groupe (« Let it Be » ne sort que l’année suivante, mais a été enregistré avant), dans leurs studios EMI de Londres, avant leur séparation qui sera officialisée en avril 1970.
L’image a notamment alimenté la rumeur de la mort de McCartney : pour les partisans de cette funèbre théorie, ce visuel contient tous les signes que l’auteur de « Yesterday » n’est plus de ce monde : Paul est le seul à être pieds nus (comme les défunts à leur enterrement en Inde), il est le seul à avoir la jambe droite en avant (il aurait roulé à droite lors d’un accident de la route fatal) et il tient sa cigarette de la main droite alors qu’il est gaucher (c’est bien la preuve que c’est un sosie). Sans parler de la plaque d’immatriculation de la voiture blanche à l’arrière-plan : LMW 28IF, réinterprété en « Living McCartney Would be 28 IF » (« McCartney vivant aurait eu 28 ans SI »… sous-entendu, s’il n’était pas mort). Qu’importe s’il s’agit de la voiture d’un voisin garée là par hasard ou si McCartney n’avait que 27 ans à l’été 1969 : on n’a pas attendu l’IA pour faire dire n’importe quoi à une image. McCartney répondra à sa façon quelques années plus tard en posant (avec un chien) sur la pochette de son album solo « Paul Is Live » (1993) où la même voiture est immatriculée 51 IS (il avait alors 51 ans).
Aux dernières nouvelles, Paul McCartney va toujours bien, il vient de fêter ses 84 ans avec un nouvel album, et les touristes et les fans continuent de venir à Londres pour reproduire cette image maintes fois parodiée en se faisant photographier sur le même passage piéton d’Abbey Road, dont les bandes blanches ont été repeintes en mars 2020 à la faveur de l’absence de circulation lors du Covid. Et puisqu’on parle de Beatles et de message caché, c’est justement le sujet d’un épisode de notre série « le prénom derrière la chanson » consacré à « Martha My Dear », à retrouver dans notre sélection de la semaine.
Bonne lecture et bon week-end.
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