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🟧 Le “piège à désir” des démocrates

Comment le parti démocrate essaye de se déringardiser en jouant avec les codes des influenceurs sur les réseaux. Mise en scène de candidats jeunes, séduisants, musclés et qui veulent le montrer.

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Hi everyone, c’est Zeitgeist.

Aujourd’hui, les pleurnicheries dans un studio de télé de Milo Yiannopoulos, le provocateur trumpiste anti-immigration, qui découvre, menottes aux poignets et aux chevilles, la brutalité de la machine migratoire qu’il réclamait pour les autres.

Je vous dirai pourquoi Donald Trump va bouder Ground Zero pour le 25e anniversaire du 11-Septembre (il lui était demandé de s’y taire).

Je vous raconterai le psychodrame autour de la rétrospective John Galliano au Metropolitan Museum à New York. Annulée sous la pression des donateurs, désaveu pour Anna Wintour. Mais surtout, l’éternelle question : peut-on distinguer l’œuvre de l’artiste ?

Un Food for Thought pour regarder comment Tim Cook a transformé Apple en un empire de 4 800 milliards de dollars.

Et dans Bring Me Joy, la séquence la plus silencieuse, mais aussi la plus inspirante, de la télévision américaine.



Nous sommes pile à deux mois des élections de mi-mandat qui vont décider de la majorité à la Chambre (que les démocrates devraient gagner), au Sénat (que les démocrates pourraient gagner) et donc de la capacité du président Trump à agir pendant les deux dernières années de son mandat.

Aura-t-il les mains libres ou bien devra-t-il composer en permanence avec le parti d’en face, dans une alternance de bras de fer et de deals, avec en permanence l’hypothèse d’une procédure de destitution qui planera au-dessus de sa tête ?

Ces derniers jours, j’ai entendu à plusieurs reprises sur l’antenne de Fox News une expression ironique inhabituelle dans des commentaires politiques (et c’est évidemment une façon pour Fox de ridiculiser le parti).

Il est écrit sur le bandeau :

Les démocrates entrent dans leur “thirst trap era”.

L’ère du piège à désir ?

Ah bon ? On parle du même parti qui a offert ces dernières années un visage si terne et tue-l’amour ? “Thirst trap”, littéralement piège à soif, pour ce parti que beaucoup de ses électeurs trouvent, ces dernières années, sans goût et sans couleurs, fade comme les glaces à la vanille qu’affectionne Joe Biden.

Oui, Fox News moque un changement de nature du Parti démocrate. Autrefois, résume un présentateur, les électeurs se demandaient avec quel candidat ils aimeraient boire une bière. Désormais, ils chercheraient plutôt celui avec lequel ils voudraient coucher.

Un tee-shirt moulant, un sourire Ultra Brite, une allure d’acteur de cinéma et quelques secondes bien montées sur TikTok compteraient davantage que le programme côté démocrate.

Prenez, ces derniers jours, le candidat Abdul El-Sayed, venu de la gauche de la gauche. Il a remporté la primaire sénatoriale dans le Michigan contre toute la machine démocrate qui s’était dressée contre lui. Il représentera le parti dans un des scrutins les plus déterminants du 3 novembre.

Regardez cette vidéo qu’il vient de poster sur ses réseaux. Elle s’appelle “Senate Island”, clin d’œil parodique assumé (avec palmiers) à l’émission de téléréalité de séduction Love Island.

Il attrape l’attention avec ses biceps et son sourire, et en profite pour leur parler d’assurance santé pour tous.

Et il n’est pas le seul. C’est une stratégie délibérée des démocrates dans ces élections de mi-mandat. Les candidats deviennent des créateurs de contenu.

Fox News s’en moque… mais pas seulement.

Bienvenue dans la “thirst trap era”.

Je vous raconte.

L’expression ne vient pas de la chaîne conservatrice, qui l’a empruntée à Axios. Le journal en ligne a récemment décrit le choix des stratèges et des électeurs des primaires de mettre en avant des candidats jeunes, énergiques et désirables comme on fabriquerait des influenceurs. Oui, on a perçu ces derniers temps des chemises déboutonnées à la télévision, des muscles exposés en meeting, des ralentis montés pour TikTok.

Le parti cherche une nouvelle allure.

Sur son compte TikTok officiel, il réserve le “traitement thirst trap” à quelques figures choisies. Il y a le sénateur de Géorgie Jon Ossoff, dont je vous ai déjà parlé dans Zeitgeist, que certains imaginent candidat à la Maison-Blanche s’il gagne sa réélection dans deux mois. Il est surnommé “Senator My Boo” par ses admiratrices en ligne (my boo, mon bébé, mon chéri).

Abdul El-Sayed, candidat au Sénat dans le Michigan, presque toujours vêtu d’un tee-shirt noir ajusté pour exposer sa musculature soignée.

Zohran Mamdani, maire de New York, sourire éclatant et costume impeccable.

Sur le plateau de Fox News, la présentatrice Kayleigh McEnany, ex-porte-parole de la Maison-Blanche pendant le premier mandat de Trump, assure que Mamdani est “vraiment beau en personne”.

Ainsley Earhardt, la présentatrice de la matinale de Fox News, ajoute que les républicains devraient prendre des notes. Recruter plus jeune et investir TikTok, Instagram et Facebook.

Fox salue la stratégie des démocrates ! On se pince

La directrice de la création numérique du Comité national démocrate ne s’en cache pas. Ces images et ces “fan edits”, explique Paulina Mangubat à Axios, atteignent des millions d’électeurs et d’électeurs potentiels. Dans un style plutôt amusant qui paraît authentique.

“Se battre pour les Américains, c’est sexy.”

Les responsables politiques entrent dans la culture des créateurs. Ils ne communiquent plus seulement par un discours ou une interview. Ils doivent produire une personnalité immédiatement lisible sur plusieurs plateformes.

Ce n’est pas une simple collection de beaux gosses. Les candidats comprennent qu’ils sont plus que jamais des “communicateurs visuels”. Que les algorithmes des plateformes et l’attention des internautes sur leur téléphone sont davantage titillés par la personnalité et la présence physique.

Au fond, c’est vieux comme la politique. Ne disait-on pas la même chose de JFK, de Bill Clinton ou de Barack Obama ? La stratégie n’a pas fondamentalement changé. C’est le système de distribution qui a évolué.

Le Parti démocrate cherche ainsi à corriger une faiblesse d’image. Sur les réseaux, en 2024, le monde MAGA avait parfaitement maîtrisé l’esthétique Mar-a-Lago et la provocation joyeuse. Les démocrates passaient pour ringards, étriqués et vindicatifs.

Ils s’efforcent maintenant de trouver une nouvelle recette, avec de nouveaux ingrédients, plus de charme et de magnétisme.

Les démocrates ont compris que, sur TikTok, le physique doit désormais être scénarisé, monté et distribué. La politique est plus que jamais une bataille d’images. Mais il ne suffit plus d’avoir un beau sourire à la une des journaux, ou une sorte de charisme à la télévision.

Le candidat doit parfois ressembler à un inconnu recommandé par l’algorithme de Tinder.

Laissez un commentaire.


🟧 Pauvre lapin

Je vous racontais lundi, dans le dernier numéro de Zeitgeist, l’arrestation puis l’expulsion vers le Royaume-Uni de Milo Yiannopoulos.

Un provocateur flamboyant, très anti-immigration, soutien précoce (et flamboyant) de Trump dès 2015-2016.

On connaît maintenant son récit. Mardi, il est allé pleurnicher sur le plateau de Piers Morgan à Londres (Piers Morgan, célèbre journaliste des tabloïds anglais devenu présentateur à la télé américaine, ami de Trump, qui produit cette émission pour YouTube depuis Londres).

Je n’avais jamais entendu Yiannopoulos avec une voix aussi éteinte. On est très loin du personnage qui avait fait de la cruauté une marque politique.

“Pour la première fois, je sais ce que c’est que d’être vraiment, vraiment terrifié.”

Il raconte qu’à l’aéroport de La Nouvelle-Orléans, quinze agents l’ont encerclé sans avertissement. Les menottes aux poignets et aux chevilles, reliées par une chaîne, les transferts incessants d’un centre à l’autre, une journée sans manger. Impossible de joindre ses avocats dans de bonnes conditions.

“Cela fait beaucoup plus mal que ça en a l’air à la télévision.”

Pauvre lapin.

Le mot qu’il emploie est “brutalité”. Une brutalité, dit-il, “institutionnalisée” en Amérique, où toute personne arrêtée serait traitée comme un membre de gang. L’expérience aurait été “humiliante”, “désorientante”, “physiquement dégradante”. Il dit avoir ensuite pleuré pendant une heure.

Pauvre chou.

Alors Yiannopoulos formule quelque chose qui ressemble presque à un début de regret. Il reconnaît qu’il avait été “désinvolte” lorsque d’autres parlaient de leurs traumatismes. Il comprend maintenant comment une telle expérience peut rester en vous.

“Je ne souhaiterais cela à personne.”

Pauvre biquette.

Piers Morgan lui rappelle les textes qu’il publiait encore l’an dernier. Yiannopoulos réclamait l’expulsion de “millions et de millions et de millions” de personnes. Il voulait des contrôles d’ICE à l’entrée des supermarchés, dans les stations-service, aux carrefours et dans les bâtiments publics.

Expulsion illico pour quiconque ne pourrait prouver immédiatement la légalité de sa présence sur le territoire.

Il avait aussi demandé l’immunité totale des agents d’ICE et l’expulsion de tous les Somaliens. Même ceux qui sont légalement sur le sol américain.

“Vous voilà pris à votre propre piège”, lui dit Morgan. La police de l’immigration fait précisément ce qu’il lui demandait de faire.

Yiannopoulos découvre la violence de la machine ICE qu’il célébrait. Mais il ne fait toujours pas preuve de beaucoup d’empathie pour les autres. Ses appels à expulser tous les Somaliens ? De simples plaisanteries “méchantes et exagérées”. Et si quelques innocents sont pris dans le filet, ce n’est pas très grave. Sauf que cette fois, c’est lui.

Sur Trump, c’est la gueule de bois. Il raconte que “la promesse, l’espoir et la joie” de 2016 se sont effondrés dans un pouvoir laid et belliqueux. S’il avait imaginé cela possible, il prétend qu’il n’aurait jamais soutenu Trump.

“Et j’ai très honte de l’avoir fait.”

Pauvre petit Milo.

Laissez un commentaire.


🟧 Trump boude New York pour le 11 septembre

Dans une semaine, Donald Trump commémorera le 25e anniversaire des attentats du 11-Septembre.

Mais pas à Ground Zero. Non, il a choisi de rester dans la capitale fédérale, ou plutôt de l’autre côté du Potomac, en Virginie, au siège du Pentagone.

À première vue, le choix n’a rien d’incongru. Le bâtiment du ministère de la Défense fut lui aussi frappé ce jour-là. Le président y a déjà participé à plusieurs cérémonies. Mais tout de même, pour ce natif de New York, à l’occasion d’un anniversaire aussi symbolique (un quart de siècle !), c’est un choix curieux.

Tout commence avec une révélation du New York Times. Le 27 août, le journal rapporte que l’équipe de Trump préparait initialement sa venue à Ground Zero. Des repérages avaient eu lieu. Des responsables à New York comme à Washington avaient été avertis de son intention de participer à la cérémonie, avec les anciens présidents Biden, Bush et Clinton, qui seront sur place.

Mais Donald Trump souhaitait également prononcer un discours.

Or, depuis 2012, le mémorial national du 11-Septembre interdit aux responsables politiques de s’exprimer pendant la commémoration. La règle ne vise pas Trump, qui n’était pas encore entré en politique.

Les responsables du mémorial veulent que la cérémonie reste apolitique, transpartisane. Pour y avoir assisté, c’est très impressionnant. C’est surtout une longue lecture, pendant des heures, des noms des morts égrenés par leurs proches.

Elle vise à préserver le caractère non partisan de la cérémonie, durant laquelle les familles lisent pendant des heures les noms des morts. Trump y a déjà assisté. Mais selon le Times, puisqu’il ne lui est pas accordé la possibilité de parler, il a changé de programme.

Il ira finalement au Pentagone. Où il pourra prononcer une allocution. À New York, la Maison-Blanche sera représentée par le vice-président JD Vance.

Et puis, selon le Times, il y a aussi des considérations logistiques. Il doit assister à une convention républicaine au Texas le 10 septembre, puis partir le 12 pour son club de golf en Irlande. C’est plus simple depuis Washington que depuis New York.

Lorsque les journalistes du Times avaient sollicité la Maison-Blanche, les services du président n’avaient pas démenti.

Mais le lendemain de la publication de l’article, les communicants de Trump démentent.

Son directeur de la communication, Steven Cheung, dénonce une “FAKE NEWS”.

Trump est furieux. Il prétend que l’histoire du Times a été inventée.

Et il s’en prend personnellement à l’une des journalistes qui avaient signé l’article, Maggie Haberman (c’est la journaliste la mieux informée sur Trump, elle le couvre depuis longtemps, depuis l’époque où elle était au New York Post et où lui n’était pas encore en politique). Il la traite de fausse journaliste, de harceleuse et de personne “peu attirante, à l’intérieur comme à l’extérieur”.

Son absence sera d’autant plus visible que Trump (qui avait assisté à la cérémonie new-yorkaise en 2016 puis en 2024, donc avant ses deux élections) sera le seul président vivant à ne pas s’y trouver cette année.

Laissez un commentaire.


🟧 Le diable s’habille en Galliano.

L’affaire occupe beaucoup la presse new-yorkaise ces derniers jours. Je vous résume.

Le Metropolitan Museum of Art avait prévu de consacrer une rétrospective à John Galliano. Méga-expo événement, huit mois, de mai 2027 à janvier 2028. Elle devait être intitulée John Galliano: Horizons. Grand lancement à l’occasion du Met Gala du printemps prochain. La plus grande soirée de l’année à New York.

Elle aurait fait de lui le troisième créateur vivant honoré par une exposition personnelle du Costume Institute. Seuls Yves Saint Laurent et Rei Kawakubo avant lui.

Toute cette histoire déborde depuis quelques jours le petit monde de l’art, des mécènes et des célébrités à New York. Elle a même fait la une du New York Post.

Il a suffi d’un mois de révolte de grands donateurs new-yorkais pour faire s’effondrer le projet.

L’exposition n’aura pas lieu.

Cette affaire m’intéresse parce qu’elle pose une question récurrente et pas simple.

Peut-on séparer l’œuvre de l’artiste ?

Peut-on montrer l’œuvre d’un créateur sans transformer l’exposition en cérémonie de réhabilitation ?

Vogue

Je vous rappelle l’histoire si vous ne vous en souvenez pas. En 2011, en France, Galliano est reconnu coupable d’injures publiques antisémites et racistes. C’était un soir de déchéance avinée à la terrasse de La Perle, dans le Marais, à Paris. Une vidéo où on le voit dire qu’il aime Hitler, insulter des clienst juifs et évoquer les chambres à gaz.

Dior le sort. Dior, dont il était le directeur artistique depuis près de quinze ans.

Galliano avait parlé de son alcoolisme et de ses addictions. Cure de désintoxication. Il a présenté ses excuses, rencontré des responsables juifs. Sa puissante alliée Anna Wintour l’aide à revenir dans la mode. Dès 2014, il dirigeait Maison Margiela, où il a pu travailler pendant une décennie.

Donc Galliano n’a jamais été véritablement “cancelé” par la mode. Zendaya et Kim Kardashian portaient ses créations au Met Gala de 2024. Une collaboration de deux ans avec Zara doit commencer en septembre 2026.

Il a été réhabilité, au moins dans son monde, depuis longtemps, bien avant que le Met envisage de lui apporter cette consécration institutionnelle.

Évidemment, le musée savait que ce terrain était explosif. Au printemps, Galliano et Wintour avaient rencontré en privé plusieurs rabbins. Des responsables de la communauté juive en étaient ressortis convaincus de ses remords. Certains avaient publiquement soutenu le projet. Il était même prévu que l’exposition traite directement de ses propos antisémites, racistes et anti-asiatiques.

Mais le conseil d’administration vient de tiquer.

De nombreux administrateurs du musée n’ont jamais été appelés.

Au Costume Institute du Met, quand Anna W. décide, tout le monde suit.

La confiance du Met s’expliquait aussi par la puissance exceptionnelle de Wintour. Depuis qu’elle a pris le contrôle du gala en 1999, l’événement a rapporté plus de 300 millions de dollars au Costume Institute. 42 millions en 2026, cette année !

Au total, elle aurait levé plus d’un demi-milliard de dollars pour le musée. Elle a transformé un dîner mondain poussiéreux en spectacle mondial comparable aux Oscars (au moins pour la visibilité sur les réseaux).

Mais ce désaveu montre aussi que l’image d’Anna Wintour brille moins dans les cercles new-yorkais.

Certains supportent de moins en moins les manières impérieuses de Wintour et toute cette atmosphère de carnaval toujours plus spectaculaire du gala.

Le New York Times raconte ce matin que plusieurs personnalités juives hésitaient à protester publiquement. La peur d’alimenter les stéréotypes sur l’influence ou l’argent juifs.

Au sein de la communauté juive de la ville, des opposants au projet craignaient que la rétrospective aboutisse non seulement à pardonner un homme, mais aussi à banaliser l’antisémitisme dans l’une des institutions les plus prestigieuses de New York.

En plus, la date du Met Gala, le 3 mai 2027, devait coïncider avec la journée de commémoration de la Shoah.

Les donateurs ont menacé. Alice Tisch, dont la famille a donné au musée des millions de dollars, dénonçait un “blanchiment”.

Le galeriste Arne Glimcher a écrit au directeur qu’il envisageait de retirer de son testament les œuvres promises au musée.

Je vous passe le psychodrame des derniers jours, la confusion sur la décision. Annulation ou simple report ? Les versions divergent.


🟨🟧 Le “piège à désir” des démocrates

Comment le parti démocrate essaye de se déringardiser en jouant avec les codes des influenceurs sur les réseaux. Mise en scène de candidats jeunes, séduisants, musclés et qui veulent le montrer.

Hi everyone, c’est Zeitgeist.

Aujourd’hui, les pleurnicheries dans un studio de télé de Milo Yiannopoulos, le provocateur trumpiste anti-immigration, qui découvre, menottes aux poignets et aux chevilles, la brutalité de la machine migratoire qu’il réclamait pour les autres.

Je vous dirai pourquoi Donald Trump va bouder Ground Zero pour le 25e anniversaire du 11-Septembre (il lui était demandé de s’y taire).

Je vous raconterai le psychodrame autour de la rétrospective John Galliano au Metropolitan Museum à New York. Annulée sous la pression des donateurs, désaveu pour Anna Wintour. Mais surtout, l’éternelle question : peut-on distinguer l’œuvre de l’artiste ?

Un Food for Thought pour regarder comment Tim Cook a transformé Apple en un empire de 4 800 milliards de dollars.

Et dans Bring Me Joy, la séquence la plus silencieuse, mais aussi la plus inspirante, de la télévision américaine.

Nous sommes pile à deux mois des élections de mi-mandat qui vont décider de la majorité à la Chambre (que les démocrates devraient gagner), au Sénat (que les démocrates pourraient gagner) et donc de la capacité du président Trump à agir pendant les deux dernières années de son mandat.

Aura-t-il les mains libres ou bien devra-t-il composer en permanence avec le parti d’en face, dans une alternance de bras de fer et de deals, avec en permanence l’hypothèse d’une procédure de destitution qui planera au-dessus de sa tête ?

Ces derniers jours, j’ai entendu à plusieurs reprises sur l’antenne de Fox News une expression ironique inhabituelle dans des commentaires politiques (et c’est évidemment une façon pour Fox de ridiculiser le parti).

Il est écrit sur le bandeau :

“Les démocrates entrent dans leur “thirst trap era”.

L’ère du piège à désir ?

Ah bon ? On parle du même parti qui a offert ces dernières années un visage si terne et tue-l’amour ? “Thirst trap”, littéralement piège à soif, pour ce parti que beaucoup de ses électeurs trouvent, ces dernières années, sans goût et sans couleurs, fade comme les glaces à la vanille qu’affectionne Joe Biden.

Oui, Fox News moque un changement de nature du Parti démocrate. Autrefois, résume un présentateur, les électeurs se demandaient avec quel candidat ils aimeraient boire une bière. Désormais, ils chercheraient plutôt celui avec lequel ils voudraient coucher.

Un tee-shirt moulant, un sourire Ultra Brite, une allure d’acteur de cinéma et quelques secondes bien montées sur TikTok compteraient davantage que le programme côté démocrate.

Prenez, ces derniers jours, le candidat Abdul El-Sayed, venu de la gauche de la gauche. Il a remporté la primaire sénatoriale dans le Michigan contre toute la machine démocrate qui s’était dressée contre lui. Il représentera le parti dans un des scrutins les plus déterminants du 3 novembre.

Regardez cette vidéo qu’il vient de poster sur ses réseaux. Elle s’appelle “Senate Island”, clin d’œil parodique assumé (avec palmiers) à l’émission de téléréalité de séduction Love Island.

Il attrape l’attention avec ses biceps et son sourire, et en profite pour leur parler d’assurance santé pour tous.

Et il n’est pas le seul. C’est une stratégie délibérée des démocrates dans ces élections de mi-mandat. Les candidats deviennent des créateurs de contenu.

Fox News s’en moque… mais pas seulement.

Bienvenue dans la “thirst trap era”.

Je vous raconte.

L’expression ne vient pas de la chaîne conservatrice, qui l’a empruntée à Axios. Le journal en ligne a récemment décrit le choix des stratèges et des électeurs des primaires de mettre en avant des candidats jeunes, énergiques et désirables comme on fabriquerait des influenceurs. Oui, on a perçu ces derniers temps des chemises déboutonnées à la télévision, des muscles exposés en meeting, des ralentis montés pour TikTok.

Le parti cherche une nouvelle allure.

Sur son compte TikTok officiel, il réserve le “traitement thirst trap” à quelques figures choisies. Il y a le sénateur de Géorgie Jon Ossoff, dont je vous ai déjà parlé dans Zeitgeist, que certains imaginent candidat à la Maison-Blanche s’il gagne sa réélection dans deux mois. Il est surnommé “Senator My Boo” par ses admiratrices en ligne (my boo, mon bébé, mon chéri).

Abdul El-Sayed, candidat au Sénat dans le Michigan, presque toujours vêtu d’un tee-shirt noir ajusté pour exposer sa musculature soignée.

Zohran Mamdani, maire de New York, sourire éclatant et costume impeccable.

Sur le plateau de Fox News, la présentatrice Kayleigh McEnany, ex-porte-parole de la Maison-Blanche pendant le premier mandat de Trump, assure que Mamdani est “vraiment beau en personne”.

Ainsley Earhardt, la présentatrice de la matinale de Fox News, ajoute que les républicains devraient prendre des notes. Recruter plus jeune et investir TikTok, Instagram et Facebook.

Fox salue la stratégie des démocrates ! On se pince

La directrice de la création numérique du Comité national démocrate ne s’en cache pas. Ces images et ces “fan edits”, explique Paulina Mangubat à Axios, atteignent des millions d’électeurs et d’électeurs potentiels. Dans un style plutôt amusant qui paraît authentique.

“Se battre pour les Américains, c’est sexy.”

Les responsables politiques entrent dans la culture des créateurs. Ils ne communiquent plus seulement par un discours ou une interview. Ils doivent produire une personnalité immédiatement lisible sur plusieurs plateformes.

Ce n’est pas une simple collection de beaux gosses. Les candidats comprennent qu’ils sont plus que jamais des “communicateurs visuels”. Que les algorithmes des plateformes et l’attention des internautes sur leur téléphone sont davantage titillés par la personnalité et la présence physique.

Au fond, c’est vieux comme la politique. Ne disait-on pas la même chose de JFK, de Bill Clinton ou de Barack Obama ? La stratégie n’a pas fondamentalement changé. C’est le système de distribution qui a évolué.

Le Parti démocrate cherche ainsi à corriger une faiblesse d’image. Sur les réseaux, en 2024, le monde MAGA avait parfaitement maîtrisé l’esthétique Mar-a-Lago et la provocation joyeuse. Les démocrates passaient pour ringards, étriqués et vindicatifs.

Ils s’efforcent maintenant de trouver une nouvelle recette, avec de nouveaux ingrédients, plus de charme et de magnétisme.

Les démocrates ont compris que, sur TikTok, le physique doit désormais être scénarisé, monté et distribué. La politique est plus que jamais une bataille d’images. Mais il ne suffit plus d’avoir un beau sourire à la une des journaux, ou une sorte de charisme à la télévision.

Le candidat doit parfois ressembler à un inconnu recommandé par l’algorithme de Tinder.

Laissez un commentaire.


🟨🟧 Pauvre lapin

Je vous racontais lundi, dans le dernier numéro de Zeitgeist, l’arrestation puis l’expulsion vers le Royaume-Uni de Milo Yiannopoulos.

Un provocateur flamboyant, très anti-immigration, soutien précoce (et flamboyant) de Trump dès 2015-2016.

On connaît maintenant son récit. Mardi, il est allé pleurnicher sur le plateau de Piers Morgan à Londres (Piers Morgan, célèbre journaliste des tabloïds anglais devenu présentateur à la télé américaine, ami de Trump, qui produit cette émission pour YouTube depuis Londres).

Je n’avais jamais entendu Yiannopoulos avec une voix aussi éteinte. On est très loin du personnage qui avait fait de la cruauté une marque politique.

“Pour la première fois, je sais ce que c’est que d’être vraiment, vraiment terrifié.”

Il raconte qu’à l’aéroport de La Nouvelle-Orléans, quinze agents l’ont encerclé sans avertissement. Les menottes aux poignets et aux chevilles, reliées par une chaîne, les transferts incessants d’un centre à l’autre, une journée sans manger. Impossible de joindre ses avocats dans de bonnes conditions.

“Cela fait beaucoup plus mal que ça en a l’air à la télévision.”

Pauvre lapin.

Le mot qu’il emploie est “brutalité”. Une brutalité, dit-il, “institutionnalisée” en Amérique, où toute personne arrêtée serait traitée comme un membre de gang. L’expérience aurait été “humiliante”, “désorientante”, “physiquement dégradante”. Il dit avoir ensuite pleuré pendant une heure.

Pauvre chou.

Alors Yiannopoulos formule quelque chose qui ressemble presque à un début de regret. Il reconnaît qu’il avait été “désinvolte” lorsque d’autres parlaient de leurs traumatismes. Il comprend maintenant comment une telle expérience peut rester en vous.

“Je ne souhaiterais cela à personne.”

Pauvre biquette.

Piers Morgan lui rappelle les textes qu’il publiait encore l’an dernier. Yiannopoulos réclamait l’expulsion de “millions et de millions et de millions” de personnes. Il voulait des contrôles d’ICE à l’entrée des supermarchés, dans les stations-service, aux carrefours et dans les bâtiments publics.

Expulsion illico pour quiconque ne pourrait prouver immédiatement la légalité de sa présence sur le territoire.

Il avait aussi demandé l’immunité totale des agents d’ICE et l’expulsion de tous les Somaliens. Même ceux qui sont légalement sur le sol américain.

“Vous voilà pris à votre propre piège”, lui dit Morgan. La police de l’immigration fait précisément ce qu’il lui demandait de faire.

Yiannopoulos découvre la violence de la machine ICE qu’il célébrait. Mais il ne fait toujours pas preuve de beaucoup d’empathie pour les autres. Ses appels à expulser tous les Somaliens ? De simples plaisanteries “méchantes et exagérées”. Et si quelques innocents sont pris dans le filet, ce n’est pas très grave. Sauf que cette fois, c’est lui.

Sur Trump, c’est la gueule de bois. Il raconte que “la promesse, l’espoir et la joie” de 2016 se sont effondrés dans un pouvoir laid et belliqueux. S’il avait imaginé cela possible, il prétend qu’il n’aurait jamais soutenu Trump.

“Et j’ai très honte de l’avoir fait.”

Pauvre petit Milo.

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🟨🟧 Trump boude New York pour le 11 septembre

Dans une semaine, Donald Trump commémorera le 25e anniversaire des attentats du 11-Septembre.

Mais pas à Ground Zero. Non, il a choisi de rester dans la capitale fédérale, ou plutôt de l’autre côté du Potomac, en Virginie, au siège du Pentagone.

À première vue, le choix n’a rien d’incongru. Le bâtiment du ministère de la Défense fut lui aussi frappé ce jour-là. Le président y a déjà participé à plusieurs cérémonies. Mais tout de même, pour ce natif de New York, à l’occasion d’un anniversaire aussi symbolique (un quart de siècle !), c’est un choix curieux.

Tout commence avec une révélation du New York Times. Le 27 août, le journal rapporte que l’équipe de Trump préparait initialement sa venue à Ground Zero. Des repérages avaient eu lieu. Des responsables à New York comme à Washington avaient été avertis de son intention de participer à la cérémonie, avec les anciens présidents Biden, Bush et Clinton, qui seront sur place.

Mais Donald Trump souhaitait également prononcer un discours.

Or, depuis 2012, le mémorial national du 11-Septembre interdit aux responsables politiques de s’exprimer pendant la commémoration. La règle ne vise pas Trump, qui n’était pas encore entré en politique.

Les responsables du mémorial veulent que la cérémonie reste apolitique, transpartisane. Pour y avoir assisté, c’est très impressionnant. C’est surtout une longue lecture, pendant des heures, des noms des morts égrenés par leurs proches.

Elle vise à préserver le caractère non partisan de la cérémonie, durant laquelle les familles lisent pendant des heures les noms des morts. Trump y a déjà assisté. Mais selon le Times, puisqu’il ne lui est pas accordé la possibilité de parler, il a changé de programme.

Il ira finalement au Pentagone. Où il pourra prononcer une allocution. À New York, la Maison-Blanche sera représentée par le vice-président JD Vance.

Et puis, selon le Times, il y a aussi des considérations logistiques. Il doit assister à une convention républicaine au Texas le 10 septembre, puis partir le 12 pour son club de golf en Irlande. C’est plus simple depuis Washington que depuis New York.

Lorsque les journalistes du Times avaient sollicité la Maison-Blanche, les services du président n’avaient pas démenti.

Mais le lendemain de la publication de l’article, les communicants de Trump démentent.

Son directeur de la communication, Steven Cheung, dénonce une “FAKE NEWS”.

Trump est furieux. Il prétend que l’histoire du Times a été inventée.

Et il s’en prend personnellement à l’une des journalistes qui avaient signé l’article, Maggie Haberman (c’est la journaliste la mieux informée sur Trump, elle le couvre depuis longtemps, depuis l’époque où elle était au New York Post et où lui n’était pas encore en politique). Il la traite de fausse journaliste, de harceleuse et de personne “peu attirante, à l’intérieur comme à l’extérieur”.

Son absence sera d’autant plus visible que Trump (qui avait assisté à la cérémonie new-yorkaise en 2016 puis en 2024, donc avant ses deux élections) sera le seul président vivant à ne pas s’y trouver cette année.

Laissez un commentaire.


🟨🟧 Le diable s’habille en Galliano.

L’affaire occupe beaucoup la presse new-yorkaise ces derniers jours. Je vous résume.

Le Metropolitan Museum of Art avait prévu de consacrer une rétrospective à John Galliano. Méga-expo événement, huit mois, de mai 2027 à janvier 2028. Elle devait être intitulée John Galliano: Horizons. Grand lancement à l’occasion du Met Gala du printemps prochain. La plus grande soirée de l’année à New York.

Elle aurait fait de lui le troisième créateur vivant honoré par une exposition personnelle du Costume Institute. Seuls Yves Saint Laurent et Rei Kawakubo avant lui.

Toute cette histoire déborde depuis quelques jours le petit monde de l’art, des mécènes et des célébrités à New York. Elle a même fait la une du New York Post.

Il a suffi d’un mois de révolte de grands donateurs new-yorkais pour faire s’effondrer le projet.

L’exposition n’aura pas lieu.

Cette affaire m’intéresse parce qu’elle pose une question récurrente et pas simple.

Peut-on séparer l’œuvre de l’artiste ?

Peut-on montrer l’œuvre d’un créateur sans transformer l’exposition en cérémonie de réhabilitation ?

Vogue

Je vous rappelle l’histoire si vous ne vous en souvenez pas. En 2011, en France, Galliano est reconnu coupable d’injures publiques antisémites et racistes. C’était un soir de déchéance avinée à la terrasse de La Perle, dans le Marais, à Paris. Une vidéo où on le voit dire qu’il aime Hitler, insulter des clienst juifs et évoquer les chambres à gaz.

Dior le sort. Dior, dont il était le directeur artistique depuis près de quinze ans.

Galliano avait parlé de son alcoolisme et de ses addictions. Cure de désintoxication. Il a présenté ses excuses, rencontré des responsables juifs. Sa puissante alliée Anna Wintour l’aide à revenir dans la mode. Dès 2014, il dirigeait Maison Margiela, où il a pu travailler pendant une décennie.

Donc Galliano n’a jamais été véritablement “cancelé” par la mode. Zendaya et Kim Kardashian portaient ses créations au Met Gala de 2024. Une collaboration de deux ans avec Zara doit commencer en septembre 2026.

Il a été réhabilité, au moins dans son monde, depuis longtemps, bien avant que le Met envisage de lui apporter cette consécration institutionnelle.

Évidemment, le musée savait que ce terrain était explosif. Au printemps, Galliano et Wintour avaient rencontré en privé plusieurs rabbins. Des responsables de la communauté juive en étaient ressortis convaincus de ses remords. Certains avaient publiquement soutenu le projet. Il était même prévu que l’exposition traite directement de ses propos antisémites, racistes et anti-asiatiques.

Mais le conseil d’administration vient de tiquer.

De nombreux administrateurs du musée n’ont jamais été appelés.

Au Costume Institute du Met, quand Anna W. décide, tout le monde suit.

La confiance du Met s’expliquait aussi par la puissance exceptionnelle de Wintour. Depuis qu’elle a pris le contrôle du gala en 1999, l’événement a rapporté plus de 300 millions de dollars au Costume Institute. 42 millions en 2026, cette année !

Au total, elle aurait levé plus d’un demi-milliard de dollars pour le musée. Elle a transformé un dîner mondain poussiéreux en spectacle mondial comparable aux Oscars (au moins pour la visibilité sur les réseaux).

Mais ce désaveu montre aussi que l’image d’Anna Wintour brille moins dans les cercles new-yorkais.

Certains supportent de moins en moins les manières impérieuses de Wintour et toute cette atmosphère de carnaval toujours plus spectaculaire du gala.

Le New York Times raconte ce matin que plusieurs personnalités juives hésitaient à protester publiquement. La peur d’alimenter les stéréotypes sur l’influence ou l’argent juifs.

Au sein de la communauté juive de la ville, des opposants au projet craignaient que la rétrospective aboutisse non seulement à pardonner un homme, mais aussi à banaliser l’antisémitisme dans l’une des institutions les plus prestigieuses de New York.

En plus, la date du Met Gala, le 3 mai 2027, devait coïncider avec la journée de commémoration de la Shoah.

Les donateurs ont menacé. Alice Tisch, dont la famille a donné au musée des millions de dollars, dénonçait un “blanchiment”.

Le galeriste Arne Glimcher a écrit au directeur qu’il envisageait de retirer de son testament les œuvres promises au musée.

Je vous passe le psychodrame des derniers jours, la confusion sur la décision. Annulation ou simple report ? Les versions divergent.

Mais j’ai relevé une tribune intéressante dans le New York Times signée par Robin Givhan, légendaire chroniqueuse de mode du Washington Post (elle a même reçu un Pulitzer pour cela, je vous recommande notamment son livre The Battle of Versailles, sur le bras de fer entre la mode française et la mode américaine).

Selon elle, le Met s’est trompé. Plutôt que d’annuler l’exposition, il aurait dû annuler le gala.

Galliano ne devait pas être vénéré, mais son influence et ses contradictions méritaient d’être placées sous le microscope d’un musée.

Givhan rappelle que Galliano est celui qui a eu l’idée de transformer ses défilés en drames visuels, bien avant l’âge d’Instagram. Comment une imagination fascinée par la beauté peut-elle cohabiter avec la haine ? Selon Givhan, une exposition rigoureuse aurait aidé à comprendre comment l’antisémitisme s’enracine et se dissimule. Le gala, en revanche, avec ses célébrités habillées en Galliano et ses dizaines de millions de dollars, aurait changé la nature de l’exposition pour en faire une consécration.

C’est ce qui rend cette affaire ambiguë. Et donc intéressante. Une exposition peut mettre à distance, contextualiser et interroger. Le gala ne sait que célébrer. En liant les deux, le Met a compliqué la distinction entre l’œuvre et l’artiste.

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🟧 La pomme a la pêche

Pour mon 📚 Food for Thought de ce numéro de Zeitgeist, quelques chiffres lus dans le Wall Street Journal à l’occasion du départ de Tim Cook, qui a cédé le gouvernail d’Apple.





Cook avait pris en 2011 la direction d’un groupe valorisé environ 350 milliards de dollars. Il laisse à John Ternus une entreprise qui en vaut près de 4 800 milliards. Le chiffre d’affaires est passé d’environ 108 milliards à plus de 400 milliards de dollars. L’action a progressé de plus de 2 000 %.





Wall Street Journal
Et Cook avait reçu une mission presque impossible ! Comment succéder à un fondateur devenu un mythe ? Steve Jobs avait “défini la manière dont les humains utilisaient les ordinateurs pendant quatre décennies”, écrit le Wall Street Journal.

Cook n’a pas tenté de l’imiter. L’ingénieur industriel venu de l’Alabama a construit la machine capable de fabriquer, transporter et vendre les inventions d’Apple par centaines de millions.

Comme je l’ai lu quelque part, “Jobs produisait le désir. Cook s’assurait que ce désir ne rencontre jamais une étagère vide.” Puis il a transformé l’iPhone en centre d’un écosystème reliant Apple Watch, AirPods, Mac, iPad, iCloud, App Store, Music, TV+, Pay et Fitness+. Le téléphone vous lie à Apple. Une fois que vosu êtes ferrés, difficile de se détacher de l’univers Apple.





Wall Street Journal

Cook a aussi prouvé qu’Apple pouvait encore créer de nouveaux marchés. Prenez les AirPods, d’abord moqués, qui sont devenus des objets de l’époque.

Et dans cette époque politiquement trouble, Cook a su défendre Apple.

Il a préservé les intérêts de la pomme aux États-Unis comme en Chine, malgré les tensions entre les deux pays. Sous la pression de Donald Trump pour produire davantage en Amérique, Apple a promis 600 milliards de dollars d’investissements aux États-Unis, tout en diversifiant une partie de sa production hors de Chine... sans rompre avec les consommateurs ni les dirigeants chinois. Il faudrait le nommer au département d’État.

Pardon, je reviens aux chiffres lus dans le Wall Street Journal.

Apple vendait 125 millions d’iPhone lors de la première année de Cook, contre environ 260 millions attendus cette année. Leur prix moyen est passé de 630 à 970 dollars.




Wall Street Journal
Les services sont extrêmement rentables. Plus de 75 % de marge brute, contre environ 40 % pour les appareils. Google verse notamment plus de 20 milliards de dollars par an pour rester le moteur de recherche par défaut de Safari. Du “pur bénéfice”, selon le Journal.

Il y a des échecs ou semi-échecs. Vision Pro. L’IA, où Apple a pris du retard, mais le nouveau Siri doit rapprocher Apple des assistants d’OpenAI et d’Anthropic.

Le WSJ raconte que Cook a glissé un conseil à son successeur. Fabriquer des produits qui “enrichissent” la vie des clients.


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🟨🟧 Quand la télévision se tait
Si vous avez lu les derniers numéros de Zeitgeist, vous connaissez cette rubrique, 🎈 Bring Me Joy. De petites choses que j’ai pu lire, voir et écouter, et qui m’apportent un peu de joie.

Depuis des années, une courte séquence à la fin d’un magazine de CBS m’enthousiasme (je me souviens en avoir parlé un jour avec Philippe Labro, qui avait mentionné ce rendez-vous dans un article, je ne sais plus où).

C’est le magazine CBS Sunday Morning, diffusé, comme son nom l’indique, sur CBS le dimanche matin. C’est mon mari, qui le regarde chaque semaine, qui me l’a fait découvrir. Et il m’arrive, dans des moments un peu tendus, d’aller sur YouTube retrouver le stock de ces séquences qui m’apaisent. Après des sujets culturels, au cœur de l’émission, la grande chaîne américaine fait quelque chose qu’on ne voit nulle part ailleurs, ou presque, à une heure de grande écoute. Elle se tait.

Voici celui de dimanche dernier.

Et d’autres, de ces dernières semaines.



C’est audacieux. Presque inconvenant.

Pendant deux minutes, l’antenne se dépouille pour son “Moment in Nature”. Pas de musique ajoutée. Pas de commentaire. Seulement le bruit brut du monde tel qu’on ne le regarde pas assez. Le vent dans les herbes d’un canyon de l’Utah. Le clapotis d’un lac brumeux du Minnesota. Les ailes d’oies sauvages ou le souffle d’un bison sous la neige.

Cette respiration est née en janvier 1979. Le producteur de l’émission était un passionné de photographie animalière. Il avait conçu cette séquence comme une invitation à contempler la beauté du monde avant d’affronter le bruit de la semaine. Dans un univers médiatique déjà terrorisé par la moindre seconde creuse et l’érosion de l’attention, il a voulu offrir un moment de respiration.

Encore faut-il trouver ce silence. Les avions, la circulation et le monde moderne compliquent la captation de ces scènes, même dans les paysages reculés.

Et j’ai toujours trouvé que c’était une séquence presque patriotique.

Les Américains ne fréquentent pas les mêmes églises, ne soutiennent pas les clubs, ceux des côtes se moquent ceux du milieu, qui détestent ce mépris. Ils ne votent pas pour les mêmes partis. Et ils s’enferment désormais dans des flux algorithmiques trop étanches.

Je me suis souvent dit que ces plans fixes sur la nature étaient une manière habile de leur rappeler ce qu’ils partagent.

Thank you, and goodbye.

PhC




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