C JEUDI C ZEITGEIST !

 




Le cauchemar de Trump

Grâce à un outil IA, une enquête du Wall Street Journal établit par des données que son pire cauchemar est en train de se concrétiser, au pire moment, à quelques semaines des élections de mi-mandat.

Hi everyone, c’est Zeitgeist.

Un téléphone rouge pour l’intelligence artificielle. Trump vient d’accueillir Xi à Washington. Les deux superpuissances cherchent comment éviter qu’un emballement de l’IA ne déclenche une escalade armée entre elles.

À six semaines des élections, un candidat trumpiste fait ses courses devant les caméras pour faire campagne en faveur de la fin de la guerre en Iran.

Je vais vous faire découvrir une émission de radio où les Américains racontent leurs dettes, leurs angoisses et leurs vies à découvert. Éclairant.

Et enfin, parmi les nouveaux mots qui viennent d’entrer dans le dictionnaire américain de référence, je vais vous raconter ce qu’est le rickrolling. Never gonna give you up, never gonna let you down.


Quand Trump a accueilli Xi il y a quelques heures à sa descente de l’avion, il n’y avait aucune caméra des grandes chaînes américaines pour immortaliser cette poignée de mains entre les deux hommes les plus puissants du monde (dommage, car le regard des officiels chinois à l’avion observant des militaires américains dérouler péniblement le tapis rouge était presque une scène de cinéma).



Le boycott par les grandes chaînes américaines (y compris Fox News) continue, après la décision du président de bannir les journalistes de CNN, MS NOW et Politico de la Maison-Blanche.

Quand il est tombé l’autre jour à son arrivée aux Nations unies sur Kaitlan Collins, l’une des figures de CNN, il s’est indigné de sa présence dans un message sur son réseau social.


“Tous les SALOPARDS, comme Kaitlan Collins, “journaliste” de troisième zone de CNN, la chaîne des fake news, une personne vraiment malheureuse, ont dit qu’ils n’allaient pas parler de moi.”

“Alors pourquoi hurlaient-ils et vociféraient-ils comme des fous dans l’espace presse des Nations unies ? Pourquoi était-elle là ?”

Trump a aussi accusé la journaliste de CNN de souffrir d’une “addiction à Trump”, et a qualifié les journalistes de sa chaîne de “malades, traîtres et déments”.

Au passage (mini parenthèse), le site Status révèle ce matin que la source non identifiée derrière l’un des papiers qui a déclenché la fureur du président, ce “haut responsable de l’administration” qui évoquait en off les discussions avec l’Iran pour mettre fin à la guerre, cette source n’était autre que… le vice-président JD Vance






“Tous les SALOPARDS, comme Kaitlan Collins, “journaliste” de troisième zone de CNN, la chaîne des fake news, une personne vraiment malheureuse, ont dit qu’ils n’allaient pas parler de moi.”

“Alors pourquoi hurlaient-ils et vociféraient-ils comme des fous dans l’espace presse des Nations unies ? Pourquoi était-elle là ?”

Trump a aussi accusé la journaliste de CNN de souffrir d’une “addiction à Trump”, et a qualifié les journalistes de sa chaîne de “malades, traîtres et déments”.

Au passage (mini parenthèse), le site Status révèle ce matin que la source non identifiée derrière l’un des papiers qui a déclenché la fureur du président, ce “haut responsable de l’administration” qui évoquait en off les discussions avec l’Iran pour mettre fin à la guerre, cette source n’était autre que… le vice-président JD Vance

Comme je vous l’ai écrit dans le dernier Zeitgeist, cette guéguerre que Trump rallume avec la presse vise surtout (à mon avis) à détourner l’attention avant les élections de mi-mandat.

Son espoir, c’est que tant que les médias américains parlent de ça (et ça marche, il y en a plein partout, tout le temps…), ils ne parlent ni de la guerre ni du prix de l’essence ou des courses (je vais y revenir).

Pur réflexe trumpien (j’en ai fait un livre au début de l’année, Armes de distraction massive, chez Grasset), il se dit que pointer du doigt un ennemi est le meilleur moyen de rallier ses troupes.

Réactiver un vieux bras de fer avec la presse qui a longtemps amusé sa base ressemble à un truc de dernière minute pour siffler quelques brebis égarées.

J’avais cela en tête en lisant hier soir une enquête épatante du Wall Street Journal. Les journalistes du quotidien conservateur ont utilisé l’IA pour analyser près de 70 000 heures (!!!!) de podcasts.

Les mêmes podcasts qui ont été l’une des clés de la victoire de Trump en 2024.

Ce qu’ils ont trouvé est incroyable. Cela correspond à des choses que j’ai pu vous raconter ici ou là dans Zeitgeist depuis un an, un an et demi. Mais ils le documentent avec des données incontournables.

Il y a quelques jours, Donald Trump lançait une consigne à ses électeurs avant les scrutins de novembre :

“Faites comme si j’étais sur le bulletin de vote.”

Il veut être au centre de la campagne. Qu’on le regarde, qu’on l’écoute.

Encore une fois.

Mais c’est peut-être le cauchemar de Trump qui est en train de se réaliser.

Je vous raconte.

Le cauchemar, car Donald Trump ne craint rien de plus que d’être “irrelevant”, comme on dit en anglais. Qu’on ne parle plus de lui. Qu’on ne s’intéresse plus à lui. Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est celui dont on parle le plus.

Depuis le 16 juin 2015, et à part un bref moment en sourdine en 2021 après son départ de la Maison-Blanche, le bruit Trump est permanent. Matin, midi, soir, Trump, Trump, Trump. Partout, tout le temps, sur toutes les ondes, sur tous les réseaux. Trump, Trump, Trump.

Il veut être au centre des conversations. Mais une partie de ceux qui ont contribué à sa victoire en 2024 ont envie de parler d’autre chose.

C’est ce que démontre, données à l’appui, cette enquête du Wall Street Journal.



Alors, de quoi parle-t-on dans ces podcasts ? L’analyse IA est passionnante.

D’abord, de James Talarico. Je vous ai souvent parlé ces derniers mois de cet élu démocrate texan, qui fait campagne en mettant en avant sa foi chrétienne. Il est au coude-à-coude dans les sondages avec le républicain Ken Paxton. Aucun démocrate n’a remporté d’élection à l’échelle du Texas depuis plus de trente ans.

Dans les 147 émissions suivies par le journal, Talarico est devenu le démocrate le plus cité. Devant Alexandria Ocasio-Cortez, Gavin Newsom ou Bernie Sanders. Et presque trois fois plus que Zohran Mamdani, le maire de New York.

Les animateurs l’attaquent sur la religion, les droits des personnes transgenres et l’immigration. Mais, dans leurs critiques, on entend aussi une inquiétude devant sa capacité à séduire un électorat plus traditionnel.

L’autre grande conversation du moment dans ces balados conservateurs semble, à première vue, très éloignée de Washington. C’est le procès de Lindsay Clancy, dont je vous ai parlé dans Zeitgeist il y a quelques semaines. Cette femme du Massachusetts accusée d’avoir tué ses trois enfants, qui invoque une psychose post-partum. Pas de verdict à la fin du procès, faute d’accord entre les jurés. Onze souhaitaient la déclarer pénalement irresponsable. Un seul s’y est opposé, un vieil homme.

L’affaire est devenue un champ de bataille culturel sur les rôles traditionnels des femmes et des hommes. Certains podcasteurs conservateurs dénoncent un traitement de faveur dont, selon eux, aucun homme n’aurait bénéficié.

Et cette histoire déborde très largement les espaces politiques. L’outil IA du WSJ a repéré des créateurs qui parlent habituellement de sport ou de mangas qui s’en emparaient.

Parmi les sujets d’actualité étudiés le mois dernier, seul le coût de la vie a fait parler davantage.

C’est aussi l’intérêt de la méthode du Wall Street Journal, qui peut repérer les conversations qui grossissent.

Évidemment, une précaution essentielle, formulée par le Wall Street Journal :

“Les créateurs ne constituent pas un échantillon d’électeurs, et mentionner quelque chose ne signifie pas l’approuver.”

Il serait prématuré de déduire de cette enquête que tous ces podcasteurs ont abandonné Trump. Certains, mais pas tous.

Non, cette enquête confirme surtout que pour la première fois depuis plus de onze ans, Trump n’est plus au centre des conversations de la galaxie MAGA.

C’est bien cela le cauchemar de Trump.


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🟨🟧 Un téléphone rouge pour l’intelligence artificielle

Imaginez la scène. Oslo, déjà pris par l’hiver.

Donald Trump et Xi Jinping, les deux hommes les plus puissants du monde.

Ensemble, pour recevoir le prix Nobel de la paix.

Ah, ce n’était pas trop tôt ! Donald Trump enfin récompensé par ce prix qui lui échappe (alors que son prédécesseur Barack Obama l’a reçu, ne jamais négliger chez lui le moteur de la jalousie obamesque).

L’idée vient de Sam Altman (je l’ai lue dans l’excellent Puck). Le patron d’OpenAI (et donc de ChatGPT) estime que les deux présidents mériteraient cette récompense si convoitée s’ils parvenaient à un accord sur l’IA.

Ça serait suffisant pour faire tendre l’oreille à Trump, qui convoite le Nobel mais a passé ces dernières semaines à balayer toutes les velléités de régulation de l’IA ?

Oui, cette idée peut vous paraître dérisoire, mais derrière la flatterie, il y a bien un enjeu qui nous concerne tous.

Le président américain vient donc d’accueillir son homologue chinois à Washington.

L’IA est haut placée dans la liste des dossiers sensibles.

Et si les deux premières puissances de cette révolution technologique se mettaient d’accord pour en limiter les excès (et qu’on ne meure pas tous au passage dans une virée frankensteinienne de ces machines qui se retourneraient contre les humains) ?

Je vous ai raconté ces dernières semaines les appels de plusieurs patrons du secteur à ralentir le développement des modèles les plus puissants.

Pourquoi faut-il discuter avec Pékin au juste ?

Parce qu’avant d’éventuellement ralentir, les États-Unis devraient d’abord s’assurer que la Chine n’en profite pas pour accélérer.

Chacun justifie son empressement par la peur d’être dépassé par l’autre. Si Washington impose des contrôles à ses entreprises, comment les empêcher de pousser les clients vers les modèles chinois, toujours plus rapides, toujours plus puissants ?

De son côté, Pékin soupçonne les appels américains à la prudence de servir surtout à préserver l’avance de la Silicon Valley. Chacun montre l’autre du doigt… pour expliquer pourquoi il est urgent de ne pas ralentir.

C’est pour cela qu’un accord permettrait de sortir de ce piège. Ou déjà de ne pas sauter dedans à pieds joints.

Avant les hypothèses diverses de fin du monde ou de la civilisation si les agents IA sortent de leurs environnements pour se retourner contre l’homme, Washington et Pékin pourraient déjà s’entendre pour éviter les déstabilisations du système financier dopé aux investissements IA.

C’est là qu’apparaît une proposition des États-Unis qui aimeraient brancher un nouveau téléphone rouge



Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a proposé à son interlocuteur chinois un mécanisme qui permettrait de signaler les incidents les plus graves liés à l’IA, ceux qui menacent la sécurité nationale.

L’idée est de pouvoir se prévenir et se parler rapidement si quelque chose dérape.

Je vous prends un exemple. Si une IA part en toupie aux États-Unis, devient totalement incontrôlable, comment éviter que Washington l’attribue immédiatement à Pékin, et se mette en branle pour répliquer militairement ?
Comment empêcher une erreur d’interprétation de déclencher une escalade ?
C’est à cela que pourrait servir ce “téléphone rouge” qui nous ramène à la guerre froide.

Pendant la crise des missiles de Cuba, en octobre 1962, les messages entre Kennedy et Khrouchtchev pouvaient mettre plusieurs heures à parvenir à leur destinataire. Ils passaient par les ministères, les ambassades, les traductions. Autant de temps pendant lequel chacun pouvait mal interpréter les intentions de l’autre.

C’est comme cela que Washington et Moscou s’étaient alors mis d’accord pour brancher une liaison directe. Ce n’était pas vraiment un téléphone, et il n’était pas rouge, mais c’était une image. L’idée, c’était de pouvoir communiquer avant qu’un malentendu ne devienne irréparable.

Parmi les nombreux écueils sur le chemin d’un éventuel accord, il y a Donald Trump. Jusque-là, il présente les craintes d’une IA qui détruirait l’humanité comme un “canular”. Les mauvaises langues diront que c’est parce que la famille Trump a investi dans des entreprises IA. Mais il a expliqué ces dernières semaines que ralentir ferait le jeu de la Chine.

Mais son entourage (son secrétaire au Trésor Bessent, sa chief of staff Susie Wiles) prend la menace au sérieux, et s’inquiète notamment des spasmes qui pourraient déstabiliser la finance mondiale. Pas dans 5 ans, ou même dans un an. Mais à tout moment.

Leur patron craint, lui, davantage qu’un ralentissement du boom de l’IA provoque un krach et une récession.

Le rêve d’Oslo n’est pas près de se réaliser.

La guerre au bout du ticket de caisse

Il reste moins de 6 semaines avant les élections de mi-mandat.

Je vous ai raconté dans le dernier numéro de Zeitgeist comment une élue trumpiste en Floride, qui a gagné son siège à la Chambre il y a 2 ans avec 20 points d’avance, avait décidé que son seul espoir d’être réélue était de diffuser des publicités pour dénoncer les excès de la politique de Trump sur l’immigration.

Pour mesurer la nervosité des républicains, il faut regarder ce que leurs candidats les plus menacés se mettent à dire dans les publicités télé qui aspirent une grande partie de leurs dépenses de campagne.

La suite aujourd’hui, dans le Michigan, avec un candidat trumpiste au Sénat, Mike Rogers (je vous en ai déjà parlé cet été car c’est lui qui affronte le candidat de la gauche de la gauche Abdul El-Sayed, qui a remporté la primaire démocrate sur le fil). C’est l’un des sièges qui va déterminer la majorité au Sénat, et donc la capacité de Trump à agir dans les deux dernières années de son mandat.

Mike Rogers calcule lui aussi qu’il est urgent de prendre ses distances avec Trump pour sauver sa campagne.

Il a choisi de tourner sa dernière publicité dans un supermarché pour prendre ses distances avec Donald Trump.
Face caméra, le candidat républicain fait mine de remplir son panier au rayon fruits et légumes :

“Les courses coûtent trop cher. Il faut faire baisser les prix.”

“La guerre contre l’Iran doit se terminer, et se terminer rapidement. Quand ce sera le cas, les prix de l’énergie chuteront. Mais les familles du Michigan ne peuvent pas se permettre d’attendre.”


On parle bien du candidat trumpiste, qui acte le fait 1- que la principale promesse de Trump pour se faire élire il y a deux ans, celle de faire baisser les prix, n’a pas été tenue, et 2- que la guerre en Iran qu’il a déclenchée n’a fait qu’empirer les choses.

Et on parle du candidat trumpiste dans cette course !

Vous notez qu’il n’attaque pas Trump nommément.

Mais il fait le lien explicitement entre la guerre du président, massivement impopulaire, et sa grande promesse de campagne de 2024, de faire baisser le coût de la vie.

C’est cela qui rend cette vidéo intéressante.

Les Américains n’avaient pas besoin de cette démonstration de Rogers pour faire le lien, c’est bien cela qui explique que l’impopularité du président gonfle dans les études. Le diesel fait rouler les tracteurs dans les champs. Puis les camions qui les transportent jusqu’au supermarché. Quand il augmente, tout coûte plus cher. Y compris les pommes de terre dans le panier du consommateur.

Dans le Michigan, le diesel coûte 86 % de plus qu’il y a un an, selon la presse locale.

Le temps presse, car beaucoup d’Américains votent avant le jour du scrutin, par correspondance (et dans le Michigan, les bulletins de vote doivent commencer à être envoyés la semaine prochaine).

Il est donc urgent de prendre ses distances avec le président.

Et Rogers n’est pas le seul candidat soutenu par Trump qui explique désormais que sa guerre empêche ses électeurs de joindre les deux bouts.

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🟨🟧 L’Amérique à découvert

Je vais vous reparler de radio. Ça fait des mois que je me dis qu’il faut que je vous fasse un 📚 Food for Thought dans Zeitgeist sur une émission de radio qui m’intrigue depuis longtemps. Et m’a aidé à mieux comprendre les Américains.

Ça s’appelle le Ramsey Show. Je suis tombé dessus il y a quelques années un jour sur la route Dieu sait où. Je passais d’une station à une autre. J’étais tombé sur l’émission de Dave Ramsey. Aujourd’hui, je ne l’écoute jamais en direct, et rarement en longueur, mais les algorithmes de YouTube et TikTok ont repéré ma curiosité constante pour cette émission et donc me font remonter régulièrement des extraits vidéo, des échanges entre l’animateur Dave Ramsey et des auditeurs qui l’appellent.

Il y a quelques jours, par exemple, il y avait Jim. Il a 28 ans. Il a appelé Dave Ramsey pour parler d’argent.

Ah oui, pardon. J’aurais dû commencer par là, c’est une émission où les auditeurs appellent pour demander des conseils sur leur budget et la manière de mieux gérer leur argent.

C’est pour cela que Jim appelle. Il gagne environ 240 000 dollars par an. Mais il doit près de 920 000 dollars ! Il n’a même pas 30 ans…

L’essentiel de sa dette vient de l’immobilier. S’y ajoutent un crédit auto et des cartes de crédit (très fréquent aux États-Unis, il n’est pas rare d’avoir plusieurs dizaines de milliers de dollars de dettes sur des cartes de crédit). Il peut encore payer ses échéances. Mais il n’en peut plus du stress que cette situation déclenche chez lui.

Rachel Cruze, la fille de Dave Ramsey, qui coanime l’émission, lui conseille de vendre ses biens immobiliers, quitte à renoncer à une partie de la somme qu’il espérait en tirer.

Elle lui propose d’acheter la paix.

C’est cela le Ramsey Show. Les gens appellent pour parler de leur argent, celui qu’ils ont et celui qui leur manque, comme d’autres appellent des émissions de libre antenne pour parler de leurs problèmes de cœur ou de sexe.

Et à travers cela, ils parlent de leurs vies. De leurs problèmes de famille, de leurs choix de vie.

Je vous assure, tout cela rend cette émission incroyablement humaine. Comme une sorte de plongée dans l’intimité des Américains. Et je ne suis pas le seul à être accroché à ces extraits propulsés en vidéo, ces récits de vie qui font le sel de l’émission, gonflent la durée d’écoute… et titillent autant les algos.

L’émission a été lancée à Nashville en 1992. Elle revendique plus de 18 millions d’auditeurs chaque semaine.

Quelqu’un appelle, annonce ses revenus, puis ses dettes. Et Dave Ramsey tire le fil de l’histoire pour comprendre comment il en est arrivé là. Derrière les chiffres, il y a souvent un accident de vie, ou une histoire de famille. Un couple qui se défait. Une rupture avec ses parents ou ses enfants.

C’est une mécanique de radio implacable. Ramsey peut gronder, plaisanter, rassurer. Certains appellent en décrivant des situations financières apocalyptiques, qui confirment comment tant d’Américains qui travaillent et semblent vivre confortablement sont en fait coincés dans une mécanique de remboursements, entre les dettes étudiantes, l’immobilier qui explose, les cartes de crédit, et un bruit constant du marketing pour leur faire croire que le rêve américain, c’est d’abord la capacité à acheter tout et n’importe quoi quand on en a envie.

À force d’entendre les mêmes conseils depuis des années, des auditeurs appliquent les conseils de Ramsey, et souvent appellent pour raconter leurs sacrifices, et se réjouir de s’être enfin débarrassés de leurs dettes. Parfois, ils crient. Et les Ramsey applaudissent.

Cette émission est pleine de récits de chute et de rédemption.

Lui-même a fait faillite il y a une quarantaine d’années après s’être trop endetté dans l’immobilier. Il s’est relevé, et est devenu maintenant très riche grâce à ces conseils qu’il distille.

Je vous assure, cette émission, c’est une fenêtre sur l’Amérique, pour comprendre un paradoxe très américain.

Comment tant de gens, dans un pays aussi riche, ont aussi peur de leurs factures ? Vivent “paycheck to paycheck” comme disent les Américains, d’un chèque de paie à un autre ?

Quand on l’écoute, on comprend que Ramsey est un conservateur trumpiste assez classique. Il parle assez peu de politique à proprement parler dans son émission (sauf quand il a invité le président pour parler d’inflation).

Mais à force d’écouter ces témoignages depuis des années, on entend la gigantesque frustration d’Américains de la classe moyenne, qui travaillent, ont des revenus, parfois une grande maison et une belle voiture, mais qui sont pris à la gorge et ont l’impression que le système est cassé. Que le rêve américain leur est inaccessible.

Et à travers leurs récits, où il est souvent question de dette étudiante, de dette médicale (des frais de santé gigantesques après un cancer par exemple), on mesure bien l’incroyable fragilité de beaucoup d’Américains quand une panne, une maladie ou un licenciement fait tout basculer.

Ramsey est un incroyable motivateur. Il répète les mêmes conseils de discipline pour gérer son budget. Mais c’est frappant de l’entendre tant insister sur la responsabilité individuelle quand beaucoup de ces appels sont des histoires de quidams broyés par un système où les inégalités sont massives.

Je sais très bien que ses auditeurs ne représentent pas toute l’Amérique. Qu’une émission choisit des histoires, des personnages, pas un échantillon représentatif. Mais le Ramsey Show donne une voix à une inquiétude rampante que les chiffres de la croissance, de l’emploi ou de l’inflation ne suffisent pas à expliquer. Celle de travailler, parfois de très bien gagner sa vie, sans avoir le sentiment d’être à l’abri.

C’est aussi cela qui explique les victoires de Trump en 2016 et en 2024. Et pourrait expliquer la défaite qui se profile aux élections de mi-mandat.

Laissez un commentaire.


🟨🟧 Rickrolling

J’ai découvert il y a quelques jours la liste des nouveaux mots du dictionnaire Merriam-Webster et elle m’amuse.

C’est LE dictionnaire de référence, son histoire remonte aux années 1840.

Son slogan, c’est “Le dictionnaire auquel l’Amérique fait le plus confiance.”

Parmi les nouveaux mots de l’année, “looksmaxxing”.

C’est le mot pour décrire les efforts des hommes pour maximiser leur attractivité physique. Et pas seulement des soins, mais aussi les violences qu’ils infligent à leur corps pour améliorer leur apparence.

Avec deux X.

Il y a aussi “cuffing season”. C’est la période pendant laquelle les célibataires cherchent un partenaire pour traverser les mois froids.

J’ai également noté les “Sunday scaries” pour décrire l’angoisse du dimanche quand le week-end s’achève et que le lundi accapare votre tête.

Mais mon préféré, et ce nouveau mot qui me met le plus en joie, c’est “Rickroll”. C’est un mot qui raconte comment on peut piéger quelqu’un avec un lien pour lui faire écouter Never Gonna Give You Up, de Rick Astley.

Ça tombe bien, c’est la sonnerie de mon réveil. Passion Rick Astley.

Thank you and goodbye.

PhC










Alors, de quoi parle-t-on dans ces podcasts ? L’analyse IA est passionnante.

D’abord, de James Talarico. Je vous ai souvent parlé ces derniers mois de cet élu démocrate texan, qui fait campagne en mettant en avant sa foi chrétienne. Il est au coude-à-coude dans les sondages avec le républicain Ken Paxton. Aucun démocrate n’a remporté d’élection à l’échelle du Texas depuis plus de trente ans.

Dans les 147 émissions suivies par le journal, Talarico est devenu le démocrate le plus cité. Devant Alexandria Ocasio-Cortez, Gavin Newsom ou Bernie Sanders. Et presque trois fois plus que Zohran Mamdani, le maire de New York.

Les animateurs l’attaquent sur la religion, les droits des personnes transgenres et l’immigration. Mais, dans leurs critiques, on entend aussi une inquiétude devant sa capacité à séduire un électorat plus traditionnel.

L’autre grande conversation du moment dans ces balados conservateurs semble, à première vue, très éloignée de Washington. C’est le procès de Lindsay Clancy, dont je vous ai parlé dans Zeitgeist il y a quelques semaines. Cette femme du Massachusetts accusée d’avoir tué ses trois enfants, qui invoque une psychose post-partum. Pas de verdict à la fin du procès, faute d’accord entre les jurés. Onze souhaitaient la déclarer pénalement irresponsable. Un seul s’y est opposé, un vieil homme.

L’affaire est devenue un champ de bataille culturel sur les rôles traditionnels des femmes et des hommes. Certains podcasteurs conservateurs dénoncent un traitement de faveur dont, selon eux, aucun homme n’aurait bénéficié.

Et cette histoire déborde très largement les espaces politiques. L’outil IA du WSJ a repéré des créateurs qui parlent habituellement de sport ou de mangas qui s’en emparaient.

Parmi les sujets d’actualité étudiés le mois dernier, seul le coût de la vie a fait parler davantage.

C’est aussi l’intérêt de la méthode du Wall Street Journal, qui peut repérer les conversations qui grossissent.

Évidemment, une précaution essentielle, formulée par le Wall Street Journal :

“Les créateurs ne constituent pas un échantillon d’électeurs, et mentionner quelque chose ne signifie pas l’approuver.”

Il serait prématuré de déduire de cette enquête que tous ces podcasteurs ont abandonné Trump. Certains, mais pas tous.

Non, cette enquête confirme surtout que pour la première fois depuis plus de onze ans, Trump n’est plus au centre des conversations de la galaxie MAGA.

C’est bien cela le cauchemar de Trump.

Laissez un commentaire.


🟨🟧 Un téléphone rouge pour l’intelligence artificielle

Imaginez la scène. Oslo, déjà pris par l’hiver.

Donald Trump et Xi Jinping, les deux hommes les plus puissants du monde.

Ensemble, pour recevoir le prix Nobel de la paix.

Ah, ce n’était pas trop tôt ! Donald Trump enfin récompensé par ce prix qui lui échappe (alors que son prédécesseur Barack Obama l’a reçu, ne jamais négliger chez lui le moteur de la jalousie obamesque).

L’idée vient de Sam Altman (je l’ai lue dans l’excellent Puck). Le patron d’OpenAI (et donc de ChatGPT) estime que les deux présidents mériteraient cette récompense si convoitée s’ils parvenaient à un accord sur l’IA.

Ça serait suffisant pour faire tendre l’oreille à Trump, qui convoite le Nobel mais a passé ces dernières semaines à balayer toutes les velléités de régulation de l’IA ?

Oui, cette idée peut vous paraître dérisoire, mais derrière la flatterie, il y a bien un enjeu qui nous concerne tous.

Le président américain vient donc d’accueillir son homologue chinois à Washington.

Associated Press

L’IA est haut placée dans la liste des dossiers sensibles.

Et si les deux premières puissances de cette révolution technologique se mettaient d’accord pour en limiter les excès (et qu’on ne meure pas tous au passage dans une virée frankensteinienne de ces machines qui se retourneraient contre les humains) ?

Je vous ai raconté ces dernières semaines les appels de plusieurs patrons du secteur à ralentir le développement des modèles les plus puissants.

Pourquoi faut-il discuter avec Pékin au juste ?

Parce qu’avant d’éventuellement ralentir, les États-Unis devraient d’abord s’assurer que la Chine n’en profite pas pour accélérer.

Chacun justifie son empressement par la peur d’être dépassé par l’autre. Si Washington impose des contrôles à ses entreprises, comment les empêcher de pousser les clients vers les modèles chinois, toujours plus rapides, toujours plus puissants ?

De son côté, Pékin soupçonne les appels américains à la prudence de servir surtout à préserver l’avance de la Silicon Valley. Chacun montre l’autre du doigt… pour expliquer pourquoi il est urgent de ne pas ralentir.

C’est pour cela qu’un accord permettrait de sortir de ce piège. Ou déjà de ne pas sauter dedans à pieds joints.

Avant les hypothèses diverses de fin du monde ou de la civilisation si les agents IA sortent de leurs environnements pour se retourner contre l’homme, Washington et Pékin pourraient déjà s’entendre pour éviter les déstabilisations du système financier dopé aux investissements IA.

C’est là qu’apparaît une proposition des États-Unis qui aimeraient brancher un nouveau téléphone rouge.

Axios

Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a proposé à son interlocuteur chinois un mécanisme qui permettrait de signaler les incidents les plus graves liés à l’IA, ceux qui menacent la sécurité nationale.

L’idée est de pouvoir se prévenir et se parler rapidement si quelque chose dérape.

Je vous prends un exemple. Si une IA part en toupie aux États-Unis, devient totalement incontrôlable, comment éviter que Washington l’attribue immédiatement à Pékin, et se mette en branle pour répliquer militairement ?
Comment empêcher une erreur d’interprétation de déclencher une escalade ?
C’est à cela que pourrait servir ce “téléphone rouge” qui nous ramène à la guerre froide.

Pendant la crise des missiles de Cuba, en octobre 1962, les messages entre Kennedy et Khrouchtchev pouvaient mettre plusieurs heures à parvenir à leur destinataire. Ils passaient par les ministères, les ambassades, les traductions. Autant de temps pendant lequel chacun pouvait mal interpréter les intentions de l’autre.

C’est comme cela que Washington et Moscou s’étaient alors mis d’accord pour brancher une liaison directe. Ce n’était pas vraiment un téléphone, et il n’était pas rouge, mais c’était une image. L’idée, c’était de pouvoir communiquer avant qu’un malentendu ne devienne irréparable.

Parmi les nombreux écueils sur le chemin d’un éventuel accord, il y a Donald Trump. Jusque-là, il présente les craintes d’une IA qui détruirait l’humanité comme un “canular”. Les mauvaises langues diront que c’est parce que la famille Trump a investi dans des entreprises IA. Mais il a expliqué ces dernières semaines que ralentir ferait le jeu de la Chine.

Mais son entourage (son secrétaire au Trésor Bessent, sa chief of staff Susie Wiles) prend la menace au sérieux, et s’inquiète notamment des spasmes qui pourraient déstabiliser la finance mondiale. Pas dans 5 ans, ou même dans un an. Mais à tout moment.

Leur patron craint, lui, davantage qu’un ralentissement du boom de l’IA provoque un krach et une récession.

Le rêve d’Oslo n’est pas près de se réaliser.

Laissez un commentaire.


🟨🟧 La guerre au bout du ticket de caisse

Il reste moins de 6 semaines avant les élections de mi-mandat.

Je vous ai raconté dans le dernier numéro de Zeitgeist comment une élue trumpiste en Floride, qui a gagné son siège à la Chambre il y a 2 ans avec 20 points d’avance, avait décidé que son seul espoir d’être réélue était de diffuser des publicités pour dénoncer les excès de la politique de Trump sur l’immigration.

Pour mesurer la nervosité des républicains, il faut regarder ce que leurs candidats les plus menacés se mettent à dire dans les publicités télé qui aspirent une grande partie de leurs dépenses de campagne.

La suite aujourd’hui, dans le Michigan, avec un candidat trumpiste au Sénat, Mike Rogers (je vous en ai déjà parlé cet été car c’est lui qui affronte le candidat de la gauche de la gauche Abdul El-Sayed, qui a remporté la primaire démocrate sur le fil). C’est l’un des sièges qui va déterminer la majorité au Sénat, et donc la capacité de Trump à agir dans les deux dernières années de son mandat.

Mike Rogers calcule lui aussi qu’il est urgent de prendre ses distances avec Trump pour sauver sa campagne.

Il a choisi de tourner sa dernière publicité dans un supermarché pour prendre ses distances avec Donald Trump.
Face caméra, le candidat républicain fait mine de remplir son panier au rayon fruits et légumes :

“Les courses coûtent trop cher. Il faut faire baisser les prix.”

“La guerre contre l’Iran doit se terminer, et se terminer rapidement. Quand ce sera le cas, les prix de l’énergie chuteront. Mais les familles du Michigan ne peuvent pas se permettre d’attendre.”

On parle bien du candidat trumpiste, qui acte le fait 1- que la principale promesse de Trump pour se faire élire il y a deux ans, celle de faire baisser les prix, n’a pas été tenue, et 2- que la guerre en Iran qu’il a déclenchée n’a fait qu’empirer les choses.

Et on parle du candidat trumpiste dans cette course !

Vous notez qu’il n’attaque pas Trump nommément.

Mais il fait le lien explicitement entre la guerre du président, massivement impopulaire, et sa grande promesse de campagne de 2024, de faire baisser le coût de la vie.

C’est cela qui rend cette vidéo intéressante.

Les Américains n’avaient pas besoin de cette démonstration de Rogers pour faire le lien, c’est bien cela qui explique que l’impopularité du président gonfle dans les études. Le diesel fait rouler les tracteurs dans les champs. Puis les camions qui les transportent jusqu’au supermarché. Quand il augmente, tout coûte plus cher. Y compris les pommes de terre dans le panier du consommateur.

Dans le Michigan, le diesel coûte 86 % de plus qu’il y a un an, selon la presse locale.

Le temps presse, car beaucoup d’Américains votent avant le jour du scrutin, par correspondance (et dans le Michigan, les bulletins de vote doivent commencer à être envoyés la semaine prochaine).

Il est donc urgent de prendre ses distances avec le président.

Et Rogers n’est pas le seul candidat soutenu par Trump qui explique désormais que sa guerre empêche ses électeurs de joindre les deux bouts.

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🟨🟧 L’Amérique à découvert

Je vais vous reparler de radio. Ça fait des mois que je me dis qu’il faut que je vous fasse un 📚 Food for Thought dans Zeitgeist sur une émission de radio qui m’intrigue depuis longtemps. Et m’a aidé à mieux comprendre les Américains.

Ça s’appelle le Ramsey Show. Je suis tombé dessus il y a quelques années un jour sur la route Dieu sait où. Je passais d’une station à une autre. J’étais tombé sur l’émission de Dave Ramsey. Aujourd’hui, je ne l’écoute jamais en direct, et rarement en longueur, mais les algorithmes de YouTube et TikTok ont repéré ma curiosité constante pour cette émission et donc me font remonter régulièrement des extraits vidéo, des échanges entre l’animateur Dave Ramsey et des auditeurs qui l’appellent.

Il y a quelques jours, par exemple, il y avait Jim. Il a 28 ans. Il a appelé Dave Ramsey pour parler d’argent.

Ah oui, pardon. J’aurais dû commencer par là, c’est une émission où les auditeurs appellent pour demander des conseils sur leur budget et la manière de mieux gérer leur argent.

C’est pour cela que Jim appelle. Il gagne environ 240 000 dollars par an. Mais il doit près de 920 000 dollars ! Il n’a même pas 30 ans…

L’essentiel de sa dette vient de l’immobilier. S’y ajoutent un crédit auto et des cartes de crédit (très fréquent aux États-Unis, il n’est pas rare d’avoir plusieurs dizaines de milliers de dollars de dettes sur des cartes de crédit). Il peut encore payer ses échéances. Mais il n’en peut plus du stress que cette situation déclenche chez lui.

Rachel Cruze, la fille de Dave Ramsey, qui coanime l’émission, lui conseille de vendre ses biens immobiliers, quitte à renoncer à une partie de la somme qu’il espérait en tirer.

Elle lui propose d’acheter la paix.

C’est cela le Ramsey Show. Les gens appellent pour parler de leur argent, celui qu’ils ont et celui qui leur manque, comme d’autres appellent des émissions de libre antenne pour parler de leurs problèmes de cœur ou de sexe.

Et à travers cela, ils parlent de leurs vies. De leurs problèmes de famille, de leurs choix de vie.

Je vous assure, tout cela rend cette émission incroyablement humaine. Comme une sorte de plongée dans l’intimité des Américains. Et je ne suis pas le seul à être accroché à ces extraits propulsés en vidéo, ces récits de vie qui font le sel de l’émission, gonflent la durée d’écoute… et titillent autant les algos.

L’émission a été lancée à Nashville en 1992. Elle revendique plus de 18 millions d’auditeurs chaque semaine.

Quelqu’un appelle, annonce ses revenus, puis ses dettes. Et Dave Ramsey tire le fil de l’histoire pour comprendre comment il en est arrivé là. Derrière les chiffres, il y a souvent un accident de vie, ou une histoire de famille. Un couple qui se défait. Une rupture avec ses parents ou ses enfants.

C’est une mécanique de radio implacable. Ramsey peut gronder, plaisanter, rassurer. Certains appellent en décrivant des situations financières apocalyptiques, qui confirment comment tant d’Américains qui travaillent et semblent vivre confortablement sont en fait coincés dans une mécanique de remboursements, entre les dettes étudiantes, l’immobilier qui explose, les cartes de crédit, et un bruit constant du marketing pour leur faire croire que le rêve américain, c’est d’abord la capacité à acheter tout et n’importe quoi quand on en a envie.

À force d’entendre les mêmes conseils depuis des années, des auditeurs appliquent les conseils de Ramsey, et souvent appellent pour raconter leurs sacrifices, et se réjouir de s’être enfin débarrassés de leurs dettes. Parfois, ils crient. Et les Ramsey applaudissent.

Cette émission est pleine de récits de chute et de rédemption.

Lui-même a fait faillite il y a une quarantaine d’années après s’être trop endetté dans l’immobilier. Il s’est relevé, et est devenu maintenant très riche grâce à ces conseils qu’il distille.

Je vous assure, cette émission, c’est une fenêtre sur l’Amérique, pour comprendre un paradoxe très américain.

Comment tant de gens, dans un pays aussi riche, ont aussi peur de leurs factures ? Vivent “paycheck to paycheck” comme disent les Américains, d’un chèque de paie à un autre ?

Quand on l’écoute, on comprend que Ramsey est un conservateur trumpiste assez classique. Il parle assez peu de politique à proprement parler dans son émission (sauf quand il a invité le président pour parler d’inflation).

Mais à force d’écouter ces témoignages depuis des années, on entend la gigantesque frustration d’Américains de la classe moyenne, qui travaillent, ont des revenus, parfois une grande maison et une belle voiture, mais qui sont pris à la gorge et ont l’impression que le système est cassé. Que le rêve américain leur est inaccessible.

Et à travers leurs récits, où il est souvent question de dette étudiante, de dette médicale (des frais de santé gigantesques après un cancer par exemple), on mesure bien l’incroyable fragilité de beaucoup d’Américains quand une panne, une maladie ou un licenciement fait tout basculer.

Ramsey est un incroyable motivateur. Il répète les mêmes conseils de discipline pour gérer son budget. Mais c’est frappant de l’entendre tant insister sur la responsabilité individuelle quand beaucoup de ces appels sont des histoires de quidams broyés par un système où les inégalités sont massives.

Je sais très bien que ses auditeurs ne représentent pas toute l’Amérique. Qu’une émission choisit des histoires, des personnages, pas un échantillon représentatif. Mais le Ramsey Show donne une voix à une inquiétude rampante que les chiffres de la croissance, de l’emploi ou de l’inflation ne suffisent pas à expliquer. Celle de travailler, parfois de très bien gagner sa vie, sans avoir le sentiment d’être à l’abri.

C’est aussi cela qui explique les victoires de Trump en 2016 et en 2024. Et pourrait expliquer la défaite qui se profile aux élections de mi-mandat.

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🟨🟧 Rickrolling

J’ai découvert il y a quelques jours la liste des nouveaux mots du dictionnaire Merriam-Webster et elle m’amuse.

C’est LE dictionnaire de référence, son histoire remonte aux années 1840.

Son slogan, c’est “Le dictionnaire auquel l’Amérique fait le plus confiance.”

Parmi les nouveaux mots de l’année, “looksmaxxing”.

C’est le mot pour décrire les efforts des hommes pour maximiser leur attractivité physique. Et pas seulement des soins, mais aussi les violences qu’ils infligent à leur corps pour améliorer leur apparence.

Avec deux X.

Il y a aussi “cuffing season”. C’est la période pendant laquelle les célibataires cherchent un partenaire pour traverser les mois froids.

J’ai également noté les “Sunday scaries” pour décrire l’angoisse du dimanche quand le week-end s’achève et que le lundi accapare votre tête.

Mais mon préféré, et ce nouveau mot qui me met le plus en joie, c’est “Rickroll”. C’est un mot qui raconte comment on peut piéger quelqu’un avec un lien pour lui faire écouter Never Gonna Give You Up, de Rick Astley.

Ça tombe bien, c’est la sonnerie de mon réveil. Passion Rick Astley.

Thank you and goodbye.

PhC






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 Le cauchemar de Trump

Grâce à un outil IA, une enquête du Wall Street Journal établit par des données que son pire cauchemar est en train de se concrétiser, au pire moment, à quelques semaines des élections de mi-mandat.

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Hi everyone, c’est Zeitgeist.

Un téléphone rouge pour l’intelligence artificielle. Trump vient d’accueillir Xi à Washington. Les deux superpuissances cherchent comment éviter qu’un emballement de l’IA ne déclenche une escalade armée entre elles.

À six semaines des élections, un candidat trumpiste fait ses courses devant les caméras pour faire campagne en faveur de la fin de la guerre en Iran.

Je vais vous faire découvrir une émission de radio où les Américains racontent leurs dettes, leurs angoisses et leurs vies à découvert. Éclairant.

Et enfin, parmi les nouveaux mots qui viennent d’entrer dans le dictionnaire américain de référence, je vais vous raconter ce qu’est le rickrolling. Never gonna give you up, never gonna let you down.



Quand Trump a accueilli Xi il y a quelques heures à sa descente de l’avion, il n’y avait aucune caméra des grandes chaînes américaines pour immortaliser cette poignée de mains entre les deux hommes les plus puissants du monde (dommage, car le regard des officiels chinois à l’avion observant des militaires américains dérouler péniblement le tapis rouge était presque une scène de cinéma).

Le boycott par les grandes chaînes américaines (y compris Fox News) continue, après la décision du président de bannir les journalistes de CNN, MS NOW et Politico de la Maison-Blanche.

Quand il est tombé l’autre jour à son arrivée aux Nations unies sur Kaitlan Collins, l’une des figures de CNN, il s’est indigné de sa présence dans un message sur son réseau social.

“Tous les SALOPARDS, comme Kaitlan Collins, “journaliste” de troisième zone de CNN, la chaîne des fake news, une personne vraiment malheureuse, ont dit qu’ils n’allaient pas parler de moi.”

“Alors pourquoi hurlaient-ils et vociféraient-ils comme des fous dans l’espace presse des Nations unies ? Pourquoi était-elle là ?”

Trump a aussi accusé la journaliste de CNN de souffrir d’une “addiction à Trump”, et a qualifié les journalistes de sa chaîne de “malades, traîtres et déments”.

Au passage (mini parenthèse), le site Status révèle ce matin que la source non identifiée derrière l’un des papiers qui a déclenché la fureur du président, ce “haut responsable de l’administration” qui évoquait en off les discussions avec l’Iran pour mettre fin à la guerre, cette source n’était autre que… le vice-président JD Vance

Comme je vous l’ai écrit dans le dernier Zeitgeist, cette guéguerre que Trump rallume avec la presse vise surtout (à mon avis) à détourner l’attention avant les élections de mi-mandat.

Son espoir, c’est que tant que les médias américains parlent de ça (et ça marche, il y en a plein partout, tout le temps…), ils ne parlent ni de la guerre ni du prix de l’essence ou des courses (je vais y revenir).

Pur réflexe trumpien (j’en ai fait un livre au début de l’année, Armes de distraction massive, chez Grasset), il se dit que pointer du doigt un ennemi est le meilleur moyen de rallier ses troupes.

Réactiver un vieux bras de fer avec la presse qui a longtemps amusé sa base ressemble à un truc de dernière minute pour siffler quelques brebis égarées.

J’avais cela en tête en lisant hier soir une enquête épatante du Wall Street Journal. Les journalistes du quotidien conservateur ont utilisé l’IA pour analyser près de 70 000 heures (!!!!) de podcasts.

Les mêmes podcasts qui ont été l’une des clés de la victoire de Trump en 2024.

Ce qu’ils ont trouvé est incroyable. Cela correspond à des choses que j’ai pu vous raconter ici ou là dans Zeitgeist depuis un an, un an et demi. Mais ils le documentent avec des données incontournables.

Il y a quelques jours, Donald Trump lançait une consigne à ses électeurs avant les scrutins de novembre :

“Faites comme si j’étais sur le bulletin de vote.”

Il veut être au centre de la campagne. Qu’on le regarde, qu’on l’écoute.

Encore une fois.

Mais c’est peut-être le cauchemar de Trump qui est en train de se réaliser.

Je vous raconte.

Le cauchemar, car Donald Trump ne craint rien de plus que d’être “irrelevant”, comme on dit en anglais. Qu’on ne parle plus de lui. Qu’on ne s’intéresse plus à lui. Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est celui dont on parle le plus.

Depuis le 16 juin 2015, et à part un bref moment en sourdine en 2021 après son départ de la Maison-Blanche, le bruit Trump est permanent. Matin, midi, soir, Trump, Trump, Trump. Partout, tout le temps, sur toutes les ondes, sur tous les réseaux. Trump, Trump, Trump.

Il veut être au centre des conversations. Mais une partie de ceux qui ont contribué à sa victoire en 2024 ont envie de parler d’autre chose.

C’est ce que démontre, données à l’appui, cette enquête du Wall Street Journal.

Le journal a analysé près de 70 000 heures de podcasts avec un outil IA développé en interne (souvent des podcasts vidéo, écoutés massivement sur YouTube).

Le titre de l’enquête :

“Les podcasteurs MAGA se désintéressent de Trump. Nous avons analysé ce dont ils parlent désormais.”

Dans la galaxie des podcasts conservateurs, les mentions de Trump ont chuté de près de 70 % par rapport à leur sommet avant l’élection de 2024.

Cela recoupe et concrétise ce que je vous ai raconté depuis l’été 2025 dans Zeitgeist. D’abord avec l’affaire Epstein, qui a commencé à fracturer la base MAGA, puis l’impatience sur le coût de la vie, le soutien à Israël, et finalement le choix de déclencher cette guerre avec l’Iran. Je vous ai raconté depuis l’hiver dernier comment les Megyn Kelly, Tucker Carlson et autres superstars des podcasts MAGA ont compris en analysant leurs données d’écoute que de plus en plus d’auditeurs ne voulaient plus entendre parler de Trump. Et derrière ces podcasts très écoutés, une nuée d’émissions moins célèbres, que le Wall Street Journal a analysée, et qui reflète la même réalité crue et insupportable pour Trump.

Il occupe moins la conversation.

La Trump fatigue est bien là.

Du moins dans les émissions conservatrices. À gauche, en revanche, les mentions de Trump restent stables, selon les données du Wall Street Journal. Les démocrates veulent précisément faire de novembre un référendum sur lui.

Alors, de quoi parle-t-on dans ces podcasts ? L’analyse IA est passionnante.

D’abord, de James Talarico. Je vous ai souvent parlé ces derniers mois de cet élu démocrate texan, qui fait campagne en mettant en avant sa foi chrétienne. Il est au coude-à-coude dans les sondages avec le républicain Ken Paxton. Aucun démocrate n’a remporté d’élection à l’échelle du Texas depuis plus de trente ans.

Dans les 147 émissions suivies par le journal, Talarico est devenu le démocrate le plus cité. Devant Alexandria Ocasio-Cortez, Gavin Newsom ou Bernie Sanders. Et presque trois fois plus que Zohran Mamdani, le maire de New York.

Les animateurs l’attaquent sur la religion, les droits des personnes transgenres et l’immigration. Mais, dans leurs critiques, on entend aussi une inquiétude devant sa capacité à séduire un électorat plus traditionnel.

L’autre grande conversation du moment dans ces balados conservateurs semble, à première vue, très éloignée de Washington. C’est le procès de Lindsay Clancy, dont je vous ai parlé dans Zeitgeist il y a quelques semaines. Cette femme du Massachusetts accusée d’avoir tué ses trois enfants, qui invoque une psychose post-partum. Pas de verdict à la fin du procès, faute d’accord entre les jurés. Onze souhaitaient la déclarer pénalement irresponsable. Un seul s’y est opposé, un vieil homme.

L’affaire est devenue un champ de bataille culturel sur les rôles traditionnels des femmes et des hommes. Certains podcasteurs conservateurs dénoncent un traitement de faveur dont, selon eux, aucun homme n’aurait bénéficié.

Et cette histoire déborde très largement les espaces politiques. L’outil IA du WSJ a repéré des créateurs qui parlent habituellement de sport ou de mangas qui s’en emparaient.

Parmi les sujets d’actualité étudiés le mois dernier, seul le coût de la vie a fait parler davantage.

C’est aussi l’intérêt de la méthode du Wall Street Journal, qui peut repérer les conversations qui grossissent.

Évidemment, une précaution essentielle, formulée par le Wall Street Journal :

“Les créateurs ne constituent pas un échantillon d’électeurs, et mentionner quelque chose ne signifie pas l’approuver.”

Il serait prématuré de déduire de cette enquête que tous ces podcasteurs ont abandonné Trump. Certains, mais pas tous.

Non, cette enquête confirme surtout que pour la première fois depuis plus de onze ans, Trump n’est plus au centre des conversations de la galaxie MAGA.

C’est bien cela le cauchemar de Trump.

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🟨🟧 Un téléphone rouge pour l’intelligence artificielle

Imaginez la scène. Oslo, déjà pris par l’hiver.

Donald Trump et Xi Jinping, les deux hommes les plus puissants du monde.

Ensemble, pour recevoir le prix Nobel de la paix.

Ah, ce n’était pas trop tôt ! Donald Trump enfin récompensé par ce prix qui lui échappe (alors que son prédécesseur Barack Obama l’a reçu, ne jamais négliger chez lui le moteur de la jalousie obamesque).

L’idée vient de Sam Altman (je l’ai lue dans l’excellent Puck). Le patron d’OpenAI (et donc de ChatGPT) estime que les deux présidents mériteraient cette récompense si convoitée s’ils parvenaient à un accord sur l’IA.

Ça serait suffisant pour faire tendre l’oreille à Trump, qui convoite le Nobel mais a passé ces dernières semaines à balayer toutes les velléités de régulation de l’IA ?

Oui, cette idée peut vous paraître dérisoire, mais derrière la flatterie, il y a bien un enjeu qui nous concerne tous.

Le président américain vient donc d’accueillir son homologue chinois à Washington.

Associated Press

L’IA est haut placée dans la liste des dossiers sensibles.

Et si les deux premières puissances de cette révolution technologique se mettaient d’accord pour en limiter les excès (et qu’on ne meure pas tous au passage dans une virée frankensteinienne de ces machines qui se retourneraient contre les humains) ?

Je vous ai raconté ces dernières semaines les appels de plusieurs patrons du secteur à ralentir le développement des modèles les plus puissants.

Pourquoi faut-il discuter avec Pékin au juste ?

Parce qu’avant d’éventuellement ralentir, les États-Unis devraient d’abord s’assurer que la Chine n’en profite pas pour accélérer.

Chacun justifie son empressement par la peur d’être dépassé par l’autre. Si Washington impose des contrôles à ses entreprises, comment les empêcher de pousser les clients vers les modèles chinois, toujours plus rapides, toujours plus puissants ?

De son côté, Pékin soupçonne les appels américains à la prudence de servir surtout à préserver l’avance de la Silicon Valley. Chacun montre l’autre du doigt… pour expliquer pourquoi il est urgent de ne pas ralentir.

C’est pour cela qu’un accord permettrait de sortir de ce piège. Ou déjà de ne pas sauter dedans à pieds joints.

Avant les hypothèses diverses de fin du monde ou de la civilisation si les agents IA sortent de leurs environnements pour se retourner contre l’homme, Washington et Pékin pourraient déjà s’entendre pour éviter les déstabilisations du système financier dopé aux investissements IA.

C’est là qu’apparaît une proposition des États-Unis qui aimeraient brancher un nouveau téléphone rouge.

Axios

Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a proposé à son interlocuteur chinois un mécanisme qui permettrait de signaler les incidents les plus graves liés à l’IA, ceux qui menacent la sécurité nationale.

L’idée est de pouvoir se prévenir et se parler rapidement si quelque chose dérape.

Je vous prends un exemple. Si une IA part en toupie aux États-Unis, devient totalement incontrôlable, comment éviter que Washington l’attribue immédiatement à Pékin, et se mette en branle pour répliquer militairement ?
Comment empêcher une erreur d’interprétation de déclencher une escalade ?
C’est à cela que pourrait servir ce “téléphone rouge” qui nous ramène à la guerre froide.

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