C LUNDI C ZEITGEIST !

 


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🟧 Pourquoi Donald est-il Picsou ?

À deux mois des midterms, Trump garde la main sur un immense trésor de guerre alimenté par des dons. Les républicains se demandent s’il dépensera enfin ses $850 millions pour sauver leur campagne.



 





 

Hi everyone, c’est Zeitgeist en ce Labor Day, “the unofficial end of summer”, comme disent les Américains pour désigner ce jour férié qui marque la fin non officielle de l’été.

Je vais vous raconter l’histoire d’une disparition. Maria Bartiromo, reine de Fox Business, amie du président et l’un de ses relais les plus influents, a été brutalement effacée de l’antenne, sans un adieu. Son éviction révèle les limites de l’alliance entre Fox et Trump.

Pourquoi les Pays-Bas retirent-ils près de 80 tonnes d’or des coffres américains au cours d’une opération digne d’un film de casse ? L’Amérique n’est plus le refuge incontesté qu’elle était.

Retour dans 📚Food for Thought sur le procès de Lindsay Clancy, qui a fasciné et divisé l’Amérique. Elle a étranglé ses trois enfants. Mais impossible d’arriver à un verdict. Onze jurés voulaient l’acquitter, un seul s’y est opposé.

Et enfin, dans 🎈Bring Me Joy, la note incroyablement aiguë atteinte par Kelly Clarkson pour la dernière de son émission de télé. Une note si haute que même l’interprète originale du morceau n’ose pas la tenter sur scène.



Labor Day, c’est aussi symboliquement le dernier virage avant la dernière ligne droite des élections de mi-mandat, qui doivent se tenir dans moins de deux mois maintenant.

Certains sondages prédisent une déroute pour les républicains qui pourraient même perdre le Sénat (il faut rester prudent).

Le président organise cette semaine une grande convention républicaine au Texas en espérant marquer les esprits, et au milieu de ce pont de Labor Day, il a posté en rafale depuis l’un de ses terrains de golf (avec l’aide de la précieuse Natalie Harp) une série de slops IA en espérant détourner l’attention comme il sait si bien le faire.

LUI changeant le nom de l’État du Nouveau Mexique en Nouvelle Amérique.

LUI en Hulk Hogan.

LUI portraituré avec George Washington.

Et encore LUI avec George Washington dans le bureau ovale.

LUI humiliant au hockey le premier ministre canadien qu’il nomme “gouverneur” (vieille blague chez lui, il l’appelle gouverneur car le Canada doit devenir un état américain).

Il revendique la souveraineté sur la Lune : “La Lune est à nous”.

LUI boursicotant depuis le bureau ovale.

D’étranges images de LUI entouré de robots militaires.

Et je vous passe le reste, une image de Robert De Niro brandissant un tee-shirt “Trump est mon président” ; une mise en scène de LUI rebaptisant le lac Ontario ; LUI chez McDonald’s ; son visage plaqué sur la carte de l’Iran ; un message vantant l’héliport de la Maison-Blanche ; LUI debout à côté d’un téléviseur sur lequel Joe Biden a été incrusté ; le naufrage du Titanic rebaptisé “Parti dumocrate” (dumb, idiot) ; l’affirmation que LUI restera dans les mémoires comme “le plus grand président de tous les temps” ; un message expliquant que les démocrates ont eux aussi changé le nom de certaines choses et que LUI peut donc rebaptiser le lac Ontario ; une accusation selon laquelle les autres pays trichent ; l’affirmation que le détroit d’Ormuz est ouvert, alors qu’il ne l’est pas ; une image des États-Unis faisant exploser l’île iranienne de Kharg ; LUI sur le chantier de la salle de bal de la Maison-Blanche ; LUI proclamant qu’il a rendu sa grandeur à l’Amérique ; LUI transformé en membre de la Space Force larguant des bombes sur d’autres pays ; un message affirmant que l’Iran est une nation en faillite ; LUI dans un camion-poubelle ; et, enfin, l’affirmation que Mar-a-Lago est le meilleur club du monde (qui pourrait en douter ?).

Tout cela est accessoire.

Il lui reste moins de deux mois pour limiter l’ampleur de la catastrophe dans les élections de mi-mandat.

Que va-t-il faire dans cette dernière ligne droite avant l’élection où il a su reprendre l’avantage en 2016 et en 2024 ?

L’un des mystères de cette campagne est un magot.

Depuis des mois, beaucoup de républicains contemplent avec inquiétude le plus fabuleux trésor de la politique américaine.

Ils se demandent pourquoi le président n’a pas, pour l’instant, pioché dans les réserves de son super PAC, son comité de financement baptisé MAGA Inc., pour aider des républicains en difficulté.

C’est dans cette machine financière abondée par des fidèles de Donald Trump que dorment 403,45 millions de dollars !

Si l’on ajoute les sommes placées dans une organisation sœur à but non lucratif, l’opération politique trumpienne disposerait, selon le président, d’environ 850 millions. Lui, il l’arrondit volontiers à “près d’un milliard”.

C’est une fortune. D’où ce mystère, alors que les républicains sont en passe de perdre la Chambre des représentants et peut-être le Sénat.

Pourquoi Trump ne la dépense-t-il (presque) pas ?

Un super PAC est un comité d’action politique qui est autorisé à recevoir des dons sans plafond de particuliers, d’entreprises ou d’autres organisations. Il peut financer des publicités pour soutenir ou combattre des candidats, mais pas leur verser directement cet argent. Ses dépenses doivent, en théorie, rester indépendantes de leurs campagnes. L’argent n’appartient pas personnellement à Trump. Il provient de donateurs et ne constitue pas un compte bancaire privé.

Mais Trump ne l’entend pas ainsi. Voici ce qu’il disait vendredi dans le Bureau ovale :

“C’est MON argent, que JE contrôle.”

Il peut, ajoutait-il, l’utiliser pour la campagne actuelle… ou le garder pour 2028.

Ou “pour ce que je veux”.

Pourquoi Donald joue-t-il ainsi à Picsou ?

Comme on dit aux États-Unis, “follow the money”.

Il faut suivre l’argent pour comprendre ce qu’il a en tête.

Je vous raconte.

Le super PAC est juridiquement indépendant. Mais politiquement, personne ne doute de l’identité de celui qui décide comment attribuer l’argent.

Trump a amassé beaucoup et dépensé très peu. Au 31 juillet, MAGA Inc. déclarait 403,45 millions de dollars disponibles. Depuis le début de 2025, le groupe a déboursé environ 21 millions, dont seulement 1,7 million en dépenses électorales. Jusqu’à samedi, il n’avait engagé aucune somme connue dans la campagne générale des midterms.

Pendant des mois, les candidats républicains ont pourtant reçu des assurances. Après le Labor Day, la cavalerie trumpiste de MAGA Inc. arriverait. Le super PAC réserverait des publicités, attaquerait les démocrates et protégerait les élus ayant accepté des votes difficiles au Congrès.

Forbes

La cavalerie ne vient pas pour l’instant. Et le calendrier s’accélère. Le vote anticipé commence bientôt. Les espaces publicitaires deviennent plus rares et plus chers. Certains électeurs ont déjà fait leur choix. Et il sera, jour après jour, de plus en plus difficile d’inverser des dynamiques de campagne. Même une déferlante de plusieurs centaines de millions pourrait être trop tardive pour prouver son efficacité.

Alors, les républicains échafaudent leurs théories. Trump voudrait préserver son influence sur la succession de 2028 (en étant celui qui mettrait sur son candidat favori l’argent suffisant pour peser dans la primaire, puis l’élection générale).

Ou alors anticipe-t-il la baisse des dons lorsqu’il deviendra un président sortant ? Ou alors il préfère garder de l’argent de côté pour financer plus tard des frais juridiques ?

À moins que ce ne soit pour financer sa propre campagne électorale en 2028 ?

Le mystère alimente toutes les spéculations.

Mais tout le monde a compris que Trump prévoit d’en garder une bonne partie.

Et quand son super PAC achète enfin des publicités nationales… c’est surtout pour vanter le bilan du président, les baisses d’impôts, le prix des œufs et des médicaments. Les candidats au Congrès attendront. Le président impopulaire (autour de 30 % dans plusieurs sondages) reste convaincu que la solution aux difficultés des républicains passe davantage par lui.

Face à cette inquiétude des républicains, le président a promis vendredi de consacrer 400 à 500 millions de dollars aux midterms. Les républicains attendent de voir pour y croire.

Samedi, Donald a entrouvert le coffre de Picsou.

TikTok

MAGA Inc. a annoncé l’achat de 10 millions de dollars de publicités télévisées et numériques au Texas. Cinq millions pour soutenir le républicain Ken Paxton et cinq millions pour attaquer son adversaire démocrate, James Talarico. C’est la première dépense du super PAC pour un candidat.

Et le choix de ce candidat montre bien la situation difficile dans laquelle se retrouvent les soutiens de Trump.

Un républicain ne devrait normalement pas avoir besoin d’être secouru au Texas, qui n’a pas voté pour un démocrate dans une élection au niveau de l’État depuis plus de trois décennies ! Trump l’a remporté avec quatorze points d’avance en 2024.

Mais Ken Paxton est à la fois ultra-trumpiste et ultra-fragile. Ce procureur général (ministre de la Justice) du Texas a été mis en accusation par la Chambre de l’État en 2023 pour corruption et abus de confiance, avant d’être acquitté par le Sénat local. Plusieurs donateurs républicains ne veulent plus en entendre parler (je vous avais raconté qu’il avait battu, avec le soutien du président, le sénateur sortant jugé pas assez trumpiste).

Paxton est le candidat de Trump, et ce dernier veut que ça se sache.

Son adversaire démocrate, Talarico, dont je vous avais parlé ici dans Zeitgeist, avec sa tête de séminariste, a levé beaucoup plus d’argent et occupé presque seul les écrans publicitaires pendant plusieurs semaines.

J’ai lu hier dans Axios que “Talarico avait levé 68 millions de dollars à la fin du mois de juin, contre 9 millions pour Paxton. Pendant une grande partie de l’été, Talarico a dominé les écrans publicitaires.

Un sondage d’août l’a même placé six points devant Paxton. C’est incroyablement cher de faire campagne au Texas, qui compte près de 20 marchés télévisés. Donc, si vous voulez toucher le maximum de Texans républicains, vous devez au minimum acheter des espaces sur les trois réseaux historiques (CBS, NBC et ABC), sans compter Fox News. Donc, trois réseaux sur 20 marchés, ça fait 60 chaînes de télévision sur lesquelles il faut acheter des espaces publicitaires. Une semaine de campagne publicitaire massive au Texas coûte donc près de 10 millions de dollars.

Autant vous dire qu’avec 10 millions du magot de Trump, Paxton n’ira pas très loin.

Voilà un incroyable paradoxe. Trump est le meilleur pour lever des fonds. Cela lui donne une sorte de pouvoir parallèle à celui du Parti républicain. Mais au détriment de qui ? Des autres républicains, des candidats locaux et des grands comités nationaux du parti. Son super PAC possède davantage de cash que tous les autres. C’est donc lui qui tient les cordons de la bourse. Et quand il ne veut pas les entrouvrir, c’est la panique. En clair, chaque candidat en difficulté doit quémander et attendre son attention et sa faveur.

Ils gardent tous en tête la formule de Trump-Picsou.

“C’est MON argent.”

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🟨🟧 Le jour où Fox a rappelé à Trump qui était le patron

Il faut que je vous raconte la chute spectaculaire de la reine Bartiromo.

Je vous ai déjà expliqué dans Zeitgeist l’influence de cette journaliste de Fox. Maria Bartiromo présente la matinale sur Fox Business que regarde chaque matin le président Trump. Un commentaire de sa part peut se transformer en message du président sur Truth Social et avoir des conséquences immédiates et importantes sur l’ouverture de Wall Street.

Quand Trump a lancé sa guerre commerciale au printemps 2025 et que le puissant patron de JPMorgan a voulu éviter la catastrophe sur les bons du Trésor, il est allé un matin chez Maria Bartiromo sur Fox Business. C’était le meilleur moyen de s’adresser au président et, d’ailleurs, c’est ainsi que Trump a levé le pied.

Maria Bartiromo était aussi à la tête d’une émission le dimanche matin sur Fox News, où elle a souvent reçu les principaux acteurs de l’administration, et le président lui-même à de nombreuses reprises.

C’est une amie personnelle du président depuis l’époque où ils étaient tous les deux des figures de NBC.

Bartiromo fréquentait Mar-a-Lago, dînait à la Maison-Blanche, disposait d’un accès direct au président et avait été nommée par lui et auprès de lui au conseil d’administration de la salle de spectacles de la capitale fédérale, le Kennedy Center.

Le 9 août, elle termine son émission du dimanche en promettant de retrouver les téléspectateurs la semaine suivante. Il n’y aura pas de dimanche suivant.

Pendant près d’un mois, l’une des présentatrices les plus célèbres de Fox disparaît de l’antenne. Puis, jeudi, tombe un communiqué glacial de Fox. Maria Bartiromo n’appartient plus à Fox News Media. Avec effet immédiat. Deux phrases de remerciement pour douze ans et demi de service, aucune explication, aucun adieu télévisé. Mornings With Maria devient dès le lendemain Mornings With Fox Business. Sa page personnelle sur le site affiche “Personne introuvable”.

Une exécution médiatique aussi brutale que mystérieuse.

Bartiromo n’était pas une animatrice ordinaire. Figure de l’information économique, elle fut la première journaliste de télévision à intervenir en direct depuis le parquet de la Bourse de New York.

Vedette de CNBC dans les années 1990, surnommée “Money Honey”, la chérie de l’argent, elle avait été recrutée par le patron de Fox, Roger Ailes, en 2014. Elle présentait jusqu’à seize heures et demie d’antenne par semaine. Puis la journaliste des marchés était devenue une figure du trumpisme.

Cette proximité apportait à Fox des audiences, des invités et une ligne directe avec le pouvoir. Mais elle constituait aussi son danger.

Après l’élection de 2020, Bartiromo avait ouvert son antenne aux alliés de Trump. Elle affirmait, sans preuve, que des machines électorales avaient truqué le scrutin. Des soutiens de Trump avaient développé sur son plateau des théories complotistes sur les machines à voter Dominion, qui avait attaqué Fox. Dans les documents judiciaires publiés lors du procès, le nom de Bartiromo apparaissait 95 fois.

Dominion réclama 1,6 milliard de dollars à Fox. En 2023, quelques heures avant le procès, la chaîne a accepté de payer 787,5 millions. Une autre société de machines électorales, Smartmatic, réclame toujours 2,7 milliards.

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