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🟧 Pourquoi Donald est-il Picsou ?À deux mois des midterms, Trump garde la main sur un immense trésor de guerre alimenté par des dons. Les républicains se demandent s’il dépensera enfin ses $850 millions pour sauver leur campagne.
Hi everyone, c’est Zeitgeist en ce Labor Day, “the unofficial end of summer”, comme disent les Américains pour désigner ce jour férié qui marque la fin non officielle de l’été. Je vais vous raconter l’histoire d’une disparition. Maria Bartiromo, reine de Fox Business, amie du président et l’un de ses relais les plus influents, a été brutalement effacée de l’antenne, sans un adieu. Son éviction révèle les limites de l’alliance entre Fox et Trump. Pourquoi les Pays-Bas retirent-ils près de 80 tonnes d’or des coffres américains au cours d’une opération digne d’un film de casse ? L’Amérique n’est plus le refuge incontesté qu’elle était. Retour dans 📚Food for Thought sur le procès de Lindsay Clancy, qui a fasciné et divisé l’Amérique. Elle a étranglé ses trois enfants. Mais impossible d’arriver à un verdict. Onze jurés voulaient l’acquitter, un seul s’y est opposé. Et enfin, dans 🎈Bring Me Joy, la note incroyablement aiguë atteinte par Kelly Clarkson pour la dernière de son émission de télé. Une note si haute que même l’interprète originale du morceau n’ose pas la tenter sur scène. Labor Day, c’est aussi symboliquement le dernier virage avant la dernière ligne droite des élections de mi-mandat, qui doivent se tenir dans moins de deux mois maintenant. Certains sondages prédisent une déroute pour les républicains qui pourraient même perdre le Sénat (il faut rester prudent). Le président organise cette semaine une grande convention républicaine au Texas en espérant marquer les esprits, et au milieu de ce pont de Labor Day, il a posté en rafale depuis l’un de ses terrains de golf (avec l’aide de la précieuse Natalie Harp) une série de slops IA en espérant détourner l’attention comme il sait si bien le faire. LUI changeant le nom de l’État du Nouveau Mexique en Nouvelle Amérique. LUI en Hulk Hogan. LUI portraituré avec George Washington. Et encore LUI avec George Washington dans le bureau ovale. LUI humiliant au hockey le premier ministre canadien qu’il nomme “gouverneur” (vieille blague chez lui, il l’appelle gouverneur car le Canada doit devenir un état américain). Il revendique la souveraineté sur la Lune : “La Lune est à nous”. LUI boursicotant depuis le bureau ovale. D’étranges images de LUI entouré de robots militaires. Et je vous passe le reste, une image de Robert De Niro brandissant un tee-shirt “Trump est mon président” ; une mise en scène de LUI rebaptisant le lac Ontario ; LUI chez McDonald’s ; son visage plaqué sur la carte de l’Iran ; un message vantant l’héliport de la Maison-Blanche ; LUI debout à côté d’un téléviseur sur lequel Joe Biden a été incrusté ; le naufrage du Titanic rebaptisé “Parti dumocrate” (dumb, idiot) ; l’affirmation que LUI restera dans les mémoires comme “le plus grand président de tous les temps” ; un message expliquant que les démocrates ont eux aussi changé le nom de certaines choses et que LUI peut donc rebaptiser le lac Ontario ; une accusation selon laquelle les autres pays trichent ; l’affirmation que le détroit d’Ormuz est ouvert, alors qu’il ne l’est pas ; une image des États-Unis faisant exploser l’île iranienne de Kharg ; LUI sur le chantier de la salle de bal de la Maison-Blanche ; LUI proclamant qu’il a rendu sa grandeur à l’Amérique ; LUI transformé en membre de la Space Force larguant des bombes sur d’autres pays ; un message affirmant que l’Iran est une nation en faillite ; LUI dans un camion-poubelle ; et, enfin, l’affirmation que Mar-a-Lago est le meilleur club du monde (qui pourrait en douter ?). Tout cela est accessoire. Il lui reste moins de deux mois pour limiter l’ampleur de la catastrophe dans les élections de mi-mandat. Que va-t-il faire dans cette dernière ligne droite avant l’élection où il a su reprendre l’avantage en 2016 et en 2024 ? L’un des mystères de cette campagne est un magot. Depuis des mois, beaucoup de républicains contemplent avec inquiétude le plus fabuleux trésor de la politique américaine. Ils se demandent pourquoi le président n’a pas, pour l’instant, pioché dans les réserves de son super PAC, son comité de financement baptisé MAGA Inc., pour aider des républicains en difficulté. C’est dans cette machine financière abondée par des fidèles de Donald Trump que dorment 403,45 millions de dollars ! Si l’on ajoute les sommes placées dans une organisation sœur à but non lucratif, l’opération politique trumpienne disposerait, selon le président, d’environ 850 millions. Lui, il l’arrondit volontiers à “près d’un milliard”. C’est une fortune. D’où ce mystère, alors que les républicains sont en passe de perdre la Chambre des représentants et peut-être le Sénat. Pourquoi Trump ne la dépense-t-il (presque) pas ? Un super PAC est un comité d’action politique qui est autorisé à recevoir des dons sans plafond de particuliers, d’entreprises ou d’autres organisations. Il peut financer des publicités pour soutenir ou combattre des candidats, mais pas leur verser directement cet argent. Ses dépenses doivent, en théorie, rester indépendantes de leurs campagnes. L’argent n’appartient pas personnellement à Trump. Il provient de donateurs et ne constitue pas un compte bancaire privé. Mais Trump ne l’entend pas ainsi. Voici ce qu’il disait vendredi dans le Bureau ovale :
Il peut, ajoutait-il, l’utiliser pour la campagne actuelle… ou le garder pour 2028. Ou “pour ce que je veux”. Pourquoi Donald joue-t-il ainsi à Picsou ? Comme on dit aux États-Unis, “follow the money”. Il faut suivre l’argent pour comprendre ce qu’il a en tête. Je vous raconte. Le super PAC est juridiquement indépendant. Mais politiquement, personne ne doute de l’identité de celui qui décide comment attribuer l’argent. Trump a amassé beaucoup et dépensé très peu. Au 31 juillet, MAGA Inc. déclarait 403,45 millions de dollars disponibles. Depuis le début de 2025, le groupe a déboursé environ 21 millions, dont seulement 1,7 million en dépenses électorales. Jusqu’à samedi, il n’avait engagé aucune somme connue dans la campagne générale des midterms. Pendant des mois, les candidats républicains ont pourtant reçu des assurances. Après le Labor Day, la cavalerie trumpiste de MAGA Inc. arriverait. Le super PAC réserverait des publicités, attaquerait les démocrates et protégerait les élus ayant accepté des votes difficiles au Congrès. La cavalerie ne vient pas pour l’instant. Et le calendrier s’accélère. Le vote anticipé commence bientôt. Les espaces publicitaires deviennent plus rares et plus chers. Certains électeurs ont déjà fait leur choix. Et il sera, jour après jour, de plus en plus difficile d’inverser des dynamiques de campagne. Même une déferlante de plusieurs centaines de millions pourrait être trop tardive pour prouver son efficacité. Alors, les républicains échafaudent leurs théories. Trump voudrait préserver son influence sur la succession de 2028 (en étant celui qui mettrait sur son candidat favori l’argent suffisant pour peser dans la primaire, puis l’élection générale). Ou alors anticipe-t-il la baisse des dons lorsqu’il deviendra un président sortant ? Ou alors il préfère garder de l’argent de côté pour financer plus tard des frais juridiques ? À moins que ce ne soit pour financer sa propre campagne électorale en 2028 ? Le mystère alimente toutes les spéculations. Mais tout le monde a compris que Trump prévoit d’en garder une bonne partie. Et quand son super PAC achète enfin des publicités nationales… c’est surtout pour vanter le bilan du président, les baisses d’impôts, le prix des œufs et des médicaments. Les candidats au Congrès attendront. Le président impopulaire (autour de 30 % dans plusieurs sondages) reste convaincu que la solution aux difficultés des républicains passe davantage par lui. Face à cette inquiétude des républicains, le président a promis vendredi de consacrer 400 à 500 millions de dollars aux midterms. Les républicains attendent de voir pour y croire. Samedi, Donald a entrouvert le coffre de Picsou. MAGA Inc. a annoncé l’achat de 10 millions de dollars de publicités télévisées et numériques au Texas. Cinq millions pour soutenir le républicain Ken Paxton et cinq millions pour attaquer son adversaire démocrate, James Talarico. C’est la première dépense du super PAC pour un candidat. Et le choix de ce candidat montre bien la situation difficile dans laquelle se retrouvent les soutiens de Trump. Un républicain ne devrait normalement pas avoir besoin d’être secouru au Texas, qui n’a pas voté pour un démocrate dans une élection au niveau de l’État depuis plus de trois décennies ! Trump l’a remporté avec quatorze points d’avance en 2024. Mais Ken Paxton est à la fois ultra-trumpiste et ultra-fragile. Ce procureur général (ministre de la Justice) du Texas a été mis en accusation par la Chambre de l’État en 2023 pour corruption et abus de confiance, avant d’être acquitté par le Sénat local. Plusieurs donateurs républicains ne veulent plus en entendre parler (je vous avais raconté qu’il avait battu, avec le soutien du président, le sénateur sortant jugé pas assez trumpiste). Paxton est le candidat de Trump, et ce dernier veut que ça se sache. Son adversaire démocrate, Talarico, dont je vous avais parlé ici dans Zeitgeist, avec sa tête de séminariste, a levé beaucoup plus d’argent et occupé presque seul les écrans publicitaires pendant plusieurs semaines. J’ai lu hier dans Axios que “Talarico avait levé 68 millions de dollars à la fin du mois de juin, contre 9 millions pour Paxton. Pendant une grande partie de l’été, Talarico a dominé les écrans publicitaires.” Un sondage d’août l’a même placé six points devant Paxton. C’est incroyablement cher de faire campagne au Texas, qui compte près de 20 marchés télévisés. Donc, si vous voulez toucher le maximum de Texans républicains, vous devez au minimum acheter des espaces sur les trois réseaux historiques (CBS, NBC et ABC), sans compter Fox News. Donc, trois réseaux sur 20 marchés, ça fait 60 chaînes de télévision sur lesquelles il faut acheter des espaces publicitaires. Une semaine de campagne publicitaire massive au Texas coûte donc près de 10 millions de dollars. Autant vous dire qu’avec 10 millions du magot de Trump, Paxton n’ira pas très loin. Voilà un incroyable paradoxe. Trump est le meilleur pour lever des fonds. Cela lui donne une sorte de pouvoir parallèle à celui du Parti républicain. Mais au détriment de qui ? Des autres républicains, des candidats locaux et des grands comités nationaux du parti. Son super PAC possède davantage de cash que tous les autres. C’est donc lui qui tient les cordons de la bourse. Et quand il ne veut pas les entrouvrir, c’est la panique. En clair, chaque candidat en difficulté doit quémander et attendre son attention et sa faveur. Ils gardent tous en tête la formule de Trump-Picsou.
🟨🟧 Le jour où Fox a rappelé à Trump qui était le patronIl faut que je vous raconte la chute spectaculaire de la reine Bartiromo. Je vous ai déjà expliqué dans Zeitgeist l’influence de cette journaliste de Fox. Maria Bartiromo présente la matinale sur Fox Business que regarde chaque matin le président Trump. Un commentaire de sa part peut se transformer en message du président sur Truth Social et avoir des conséquences immédiates et importantes sur l’ouverture de Wall Street. Quand Trump a lancé sa guerre commerciale au printemps 2025 et que le puissant patron de JPMorgan a voulu éviter la catastrophe sur les bons du Trésor, il est allé un matin chez Maria Bartiromo sur Fox Business. C’était le meilleur moyen de s’adresser au président et, d’ailleurs, c’est ainsi que Trump a levé le pied. Maria Bartiromo était aussi à la tête d’une émission le dimanche matin sur Fox News, où elle a souvent reçu les principaux acteurs de l’administration, et le président lui-même à de nombreuses reprises. C’est une amie personnelle du président depuis l’époque où ils étaient tous les deux des figures de NBC. Bartiromo fréquentait Mar-a-Lago, dînait à la Maison-Blanche, disposait d’un accès direct au président et avait été nommée par lui et auprès de lui au conseil d’administration de la salle de spectacles de la capitale fédérale, le Kennedy Center. Le 9 août, elle termine son émission du dimanche en promettant de retrouver les téléspectateurs la semaine suivante. Il n’y aura pas de dimanche suivant. Pendant près d’un mois, l’une des présentatrices les plus célèbres de Fox disparaît de l’antenne. Puis, jeudi, tombe un communiqué glacial de Fox. Maria Bartiromo n’appartient plus à Fox News Media. Avec effet immédiat. Deux phrases de remerciement pour douze ans et demi de service, aucune explication, aucun adieu télévisé. Mornings With Maria devient dès le lendemain Mornings With Fox Business. Sa page personnelle sur le site affiche “Personne introuvable”. Une exécution médiatique aussi brutale que mystérieuse. Bartiromo n’était pas une animatrice ordinaire. Figure de l’information économique, elle fut la première journaliste de télévision à intervenir en direct depuis le parquet de la Bourse de New York. Vedette de CNBC dans les années 1990, surnommée “Money Honey”, la chérie de l’argent, elle avait été recrutée par le patron de Fox, Roger Ailes, en 2014. Elle présentait jusqu’à seize heures et demie d’antenne par semaine. Puis la journaliste des marchés était devenue une figure du trumpisme. Cette proximité apportait à Fox des audiences, des invités et une ligne directe avec le pouvoir. Mais elle constituait aussi son danger. Après l’élection de 2020, Bartiromo avait ouvert son antenne aux alliés de Trump. Elle affirmait, sans preuve, que des machines électorales avaient truqué le scrutin. Des soutiens de Trump avaient développé sur son plateau des théories complotistes sur les machines à voter Dominion, qui avait attaqué Fox. Dans les documents judiciaires publiés lors du procès, le nom de Bartiromo apparaissait 95 fois. Dominion réclama 1,6 milliard de dollars à Fox. En 2023, quelques heures avant le procès, la chaîne a accepté de payer 787,5 millions. Une autre société de machines électorales, Smartmatic, réclame toujours 2,7 milliards. |
Dans la foulée de l’accord financier Fox-Dominion, Tucker Carlson, celui qui ramenait les plus grosses audiences à la chaîne, avait été licencié (certains l’imagineront aujourd’hui se présenter à la Maison-Blanche, je vous en parlais récemment dans Zeitgeist).
Jusqu’à son éviction, Bartiromo était la seule personne poursuivie dans cette affaire qui travaillait encore pour Fox.
La chaîne avait pourtant renouvelé son contrat. Bartiromo restait populaire et son adhésion vibrante aux balivernes de Trump servait en apparence Fox.
Mais Fox avait changé. D’autres amis propagandistes de Trump, comme Lou Dobbs, ont été chassés.
Les dirigeants avaient compris qu’une théorie du complot pouvait attirer des téléspectateurs tout en coûtant une fortune.
Et cette leçon vient de rattraper Bartiromo.
Le 16 juillet, Trump prononce un discours télévisé sur “l’intégrité électorale”. J’avais souligné ici qu’il était frappant de constater que Fox n’embrayait pas sur cette allocution du président, qui ne visait qu’à donner de l’oxygène à des théories fumeuses sur l’élection de 2020.
Il tentait d’y ressusciter des accusations souvent démenties sur l’élection de 2020. Fox diffusait le discours en entier. Mais, en interne, Ralph Giordano, un dirigeant de Fox, demandait aux producteurs de ne pas prolonger le lendemain les théories électorales du président.
Bartiromo avait prévu de recevoir Peter Navarro, conseiller de Trump, pour se faire l’écho de ces accusations. Son producteur lui transmet la consigne. Elle annule l’entretien, fait une capture d’écran du message et l’envoie à Navarro pour lui montrer que la direction l’empêche d’aborder le sujet. Qu’elle la “censure”.
Navarro fait remonter le document à la Maison-Blanche. Un haut responsable contacte Fox pour se plaindre. Suzanne Scott, la directrice générale de Fox News Media, et Jay Wallace, son président, découvrent qu’une de leurs vedettes a transmis une instruction éditoriale interne au pouvoir politique qu’elle couvre.
C’est cette histoire qui vaut à Bartiromo d’avoir été écartée, sans pouvoir faire ses adieux.
Fox parle d’une “décision commerciale”. Son avocat dément qu’elle ait été licenciée. En fait, son contrat court jusqu’en 2028 et Fox va devoir continuer à la payer tout en l’empêchant de rejoindre une concurrente.
Trump n’est pas content : il qualifie Bartiromo de “véritable guerrière” et prévient que ses admirateurs ne seront pas contents.
Mais si je vous en parle, c’est parce que ce limogeage spectaculaire nous révèle la relation complexe entre Fox et Trump. Les deux mondes partagent largement le même public. Pour l’un, des téléspectateurs. Pour l’autre, des électeurs. Fox soutient le président sur l’essentiel et met en avant son programme. Ses grandes vedettes restent très favorables à Trump.
Mais leurs intérêts ne sont pas identiques. Fox est d’abord une entreprise contrôlée par les Murdoch. Elle peut promouvoir Trump tant que cette alliance sert ses audiences. Lorsque ses accusations menacent de provoquer un nouveau désastre judiciaire (Fox a dû payer trois quarts de milliard de dollars !), la protection de l’entreprise passe avant la fidélité politique.
Cet épisode montre aussi une bataille d’autorité. Trump se comporte souvent comme s’il pouvait dicter sa ligne à Fox et se plaint directement aux Murdoch lorsqu’elle lui déplaît. La consigne de juillet devait rester invisible. Ne pas contredire le président à l’antenne, mais laisser mourir silencieusement ses accusations. En la transmettant à la Maison-Blanche, Bartiromo a rendu ce refus visible et donné à Trump la possibilité de faire pression sur son employeur.
Fox a alors rappelé une règle simple. Le patron de Fox, ce n’est pas Donald Trump.
Ce n’est donc pas une rupture entre Fox et le trumpisme, mais la délimitation, avec le sang de Bartiromo, d’une frontière. La chaîne peut être l’alliée du président, mais pas son service de communication. Elle peut défendre son pouvoir, mais pas au prix de sa survie. Bartiromo n’a pas été évincée parce qu’elle soutenait trop Trump. Elle l’a été parce qu’elle semblait avoir oublié à qui allait, en dernier ressort, sa loyauté.
Dézoom
Ce qui est assez amusant, c’est de constater comment Newsmax, beaucoup plus petite et encore beaucoup plus à la droite de la droite que Fox News, prend la défense de Bartiromo.
“La voix de Maria Bartiromo manquera à un moment crucial pour le gouvernement et la politique américains.”
“C’était une bourde mal gérée par les cadres de Fox.”
🟨🟧 L’or néerlandais fuit New York
Quel symbole !
Ne jamais oublier que ce sont les Néerlandais qui ont fondé Nieuw Amsterdam avant qu’elle ne devienne New York. On leur doit tant de choses ! Harlem, ainsi nommé d’après la ville de Haarlem en Hollande. Broadway, de Breede Weg, “la large route” en néerlandais. Et même les Yankees, tirés de Janke, “petit Jean”. Et il reste encore des lapins, des konijn, près des plages de Coney Island.
On leur doit aussi Wall Street, la rue qui longeait le mur qu’ils avaient bâti pour délimiter la ville, et Wall Street en tant que place financière, puisque ce sont les marchands néerlandais qui y ont créé un marché financier.
Et voilà que, 400 ans plus tard, bien longtemps après que ce bout de terre est devenu anglais, puis américain, les Néerlandais ont décidé de retirer près de 80 tonnes d’or, d’une valeur d’environ 11 milliards de dollars, qui étaient enfermées dans une chambre forte creusée dans le socle rocheux de Manhattan, à une quinzaine de mètres sous le niveau de la mer.
Oui, c’est là que se trouve le coffre de la Federal Reserve Bank de New York, qui y conserve près de 7 000 tonnes appartenant principalement à des gouvernements étrangers. La sécurité y est si stricte qu’il est nécessaire de mobiliser trois personnes pour y changer une ampoule.
Depuis mars, De Nederlandsche Bank, la banque nationale néerlandaise, a déplacé près de 80 tonnes, car elle préfère désormais les stocker à Londres. Sur le papier, l’opération ressemble au scénario d’un film de casse. Mais la majeure partie de cet or n’a jamais traversé l’Atlantique.
Déplacer physiquement des dizaines de tonnes de métal précieux aurait été trop risqué (et tentant pour des pirates en tout genre). La banque néerlandaise a donc vendu 59 tonnes d’or stockées à New York, puis acheté une quantité équivalente de lingots déjà présents à Londres.
Mais pour le reste, une vingtaine de tonnes, il y a bien eu une grosse opération logistique.
Elles ont été transportées depuis les États-Unis jusqu’au centre fiduciaire de la banque à Zeist. Et dans le même temps, une quantité comparable d’or a quitté Zeist pour la Banque d’Angleterre.
La DNB n’a révélé ni l’itinéraire ni les moyens de transport. Habituellement, les lingots voyagent dans les soutes d’avions commerciaux ou à bord de vols affrétés, puis dans des véhicules blindés conduits par des entreprises spécialisées.
Pourquoi Londres plutôt que New York ?
La justification officielle, c’est la “préparation aux crises” face à une “agitation géopolitique croissante”. Le gouverneur juge nécessaire de “renforcer notre résilience et notre préparation”.
La DNB laisse également près d’un cinquième de son or à New York.
Mais quel symbole !
Pendant et après la Seconde Guerre mondiale, les banques centrales ont envoyé leur or aux États-Unis pour le mettre hors de portée des armées allemandes. New York incarnait le refuge ultime. La sécurité physique. La stabilité politique. La puissance financière.
Mais aujourd’hui, l’Amérique de Trump apparaît elle-même dans le calcul des risques. Les relations transatlantiques se sont dégradées, entre les droits de douane, les menaces contre le Groenland et les désaccords militaires. Qu’est-ce qui garantit aux Néerlandais qu’ils conserveront toujours un accès incontesté à ces actifs placés aux États-Unis ? Le doute existe, et c’est pour cela que la banque néerlandaise a préféré être prudente.
Les Pays-Bas ne sont pas seuls. La Banque de France a vendu 129 tonnes d’or conservées à New York pour en racheter l’équivalent en Europe, tout en assurant que sa décision n’était pas politique. En Allemagne, où 1 236 tonnes restent entreposées à la Fed, des économistes et des élus réclament leur rapatriement.
Je vous raconte cette histoire parce qu’elle montre que quelque chose a changé.
L’Amérique reste l’Amérique, mais la confiance en l’Amérique n’est plus ce qu’elle était.
La stabilité américaine n’est plus une évidence.
Depuis un siècle, la puissance des États-Unis a reposé sur cette conviction silencieuse.
Malgré les bourrasques du monde, elle inspirait confiance.
Ce qui était placé en Amérique serait toujours protégé et accessible.
Aujourd’hui, cette conviction n’est plus une certitude.
🟨🟧 Pourquoi le procès de Lindsay Clancy a divisé l’Amérique
Mon 📚 Food for Thought de ce numéro de Zeitgeist, c’est un article du New Yorker sur le procès de Lindsay Clancy, qui s’est achevé sans verdict vendredi.
Si vous n’avez pas du tout suivi ce procès qui a captivé et divisé l’Amérique pendant cinq semaines, laissez-moi vous donner quelques éléments pour comprendre de quoi il s’agit.
Vendredi, le juge a déclaré un mistrial, une annulation du procès, faute d’unanimité. Il y avait pourtant eu 38 heures de délibérations, sur sept jours. D’après la défense, onze jurés étaient favorables à un acquittement pour irresponsabilité pénale. Un seul s’y opposait (et fait ici la une du New York Post).
Le juge William Sullivan a refusé d’écarter ce juré. Et c’est comme cela qu’il a annulé le procès.
Lindsay Clancy, une ancienne infirmière en maternité, a reconnu avoir étranglé ses trois enfants de 5 ans, 3 ans et 8 mois en janvier 2023, dans la cave de la maison familiale du Massachusetts.
Son mari était sorti acheter à manger pour le dîner. Elle s’est ensuite tailladé les poignets et le cou, puis a sauté d’une fenêtre. Les lésions causées par sa tentative de suicide l’ont laissée paralysée.
La question du procès, c’était sa responsabilité pénale.
L’accusation a décrit des meurtres prémédités, où la mère aurait délibérément éloigné son mari pour disposer du temps nécessaire à la mise à mort de Cora, Dawson et Callan.
La défense a raconté la détresse d’une mère à bout qui souffrait d’une grave maladie mentale du post-partum et se trouvait en pleine psychose. Dans les mois précédents, elle avait parlé de son anxiété, de sa dépression et de ses insomnies. Elle avait recherché une aide psychiatrique. Elle avait appelé à deux reprises le numéro de prévention du suicide. Les médecins avaient prescrit treize médicaments différents.
L’affaire a fasciné l’Amérique parce qu’elle confronte chacun à un crime presque inconcevable et à une question insoluble. Cette mère était-elle une meurtrière responsable ou une malade irresponsable, victime d’un système de soins défaillant ?
Ce qui a marqué le procès, ce sont aussi les centaines de femmes qui avaient connu des dépressions post-partum et qui venaient, habillées en rose, manifester leur soutien à l’accusée.
D’autres sont venues dénoncer une compassion qui reléguait les trois enfants au second plan.
Son ancien mari a demandé publiquement qu’on lui pardonne, tout en poursuivant les soignants qui l’avaient suivie. Tout cela, évidemment, devant les caméras de télévision et à travers les algorithmes des réseaux sociaux.
C’est désormais au procureur de décider s’il organise un nouveau procès, s’il retient des charges moins lourdes ou s’il abandonne les poursuites.
La mère reste hospitalisée dans un établissement psychiatrique.
Maintenant que vous avez les grandes lignes de ce procès, je peux vous parler de cet article du New Yorker qui raconte comment ce procès a abouti à cette annulation.
L’auteur, Eren Orbey, raconte un procès incapable de contenir la complexité de ce qu’il jugeait.
Comprenait-elle que ses actes étaient mauvais et pouvait-elle s’empêcher de les commettre ?
“Dans la plupart des États, il appartient aux accusés de démontrer leur irresponsabilité pénale. Dans le Massachusetts, c’est au contraire à l’accusation de prouver leur responsabilité pénale au-delà de tout doute raisonnable.”
“Jour après jour, le juge Sullivan a ordonné aux jurés d’ignorer la couverture médiatique et les commentaires publiés sur les réseaux sociaux, où des enquêteurs autoproclamés passaient les témoignages au peigne fin, diagnostiquaient Clancy à distance et s’emparaient d’incohérences mineures pour construire une théorie sans fondement selon laquelle son mari serait le coupable.
Les jurés pouvaient difficilement ne pas remarquer les manifestations antagonistes organisées devant le tribunal. Des dizaines de personnes vêtues de rose et venues soutenir Clancy brandissaient des pancartes proclamant : “LA COMPASSION AVANT LE JUGEMENT” et “ÉCOUTEZ LES MÈRES”, tandis qu’un groupe plus restreint leur opposait ses propres slogans : “N’OUBLIEZ PAS LES VRAIES VICTIMES” et “MASSACRE D’ENFANTS”.
À la fin des témoignages, le juge a accepté une demande de la défense visant à ajouter l’homicide involontaire parmi les verdicts possibles. Les jurés disposaient ainsi d’une solution intermédiaire entre une condamnation de Clancy pour meurtre et un acquittement pour cause d’irresponsabilité pénale. Mais, en définitive, aucun compromis n’a apparemment pu être trouvé.”
Ce qui m’intéresse dans ce papier, c’est qu’il refuse de choisir un récit rassurant.
L’accusation a tenté de présenter une femme froide et manipulatrice… mais n’a jamais réussi à convaincre la plupart des jurés de la justesse de ce portrait sévère.
“L’accusation était menée par Jennifer Sprague et Shanan Buckingham, deux procureures adjointes à l’allure impassible, vêtues de tailleurs structurés et portant de sombres lunettes rectangulaires. Lors de sa déclaration liminaire, Buckingham, qui avait attaché ses cheveux avec le genre de nœud que Cora adorait, disait-elle, promit de révéler une Lindsay Clancy “extrêmement autoritaire, méticuleuse et manipulatrice”, un portrait aussi sombre qu’opposé aux “images que vous verrez de la mère attentionnée et de l’infirmière dévouée”.
Mais, au fil du procès, ce portrait ne prit jamais corps. Plusieurs témoins cités par l’accusation elle-même, un pédiatre, une enseignante de maternelle, une collègue de Clancy et une amie du voisinage, livrèrent des témoignages favorables à la défense sur sa personnalité, parfois avant même que Reddington ne se lève pour les contre-interroger. Elaine Rossi, la nourrice de la famille, répéta ce qu’elle avait déclaré à la police de l’État : “J’ai vu une mère formidable qui aimait ses enfants.”
Personne n’a été plus convaincant que Patrick Clancy, son ancien mari et père des trois victimes.
“Il se souvint que Clancy inventait des chansons pour les enfants et préparait des œufs verts au jambon pour Cora, qui adorait le Dr Seuss. “Elle était très dévouée, déclara Patrick. Elle faisait tout.”
Au cours de son témoignage, l’accusation présenta un cahier à spirale dans lequel Clancy avait laissé des instructions aux personnes qui s’occupaient des enfants : à quelle heure coucher le bébé, quels légumes préparer pour le dîner ou encore comment découper les patates douces. Tout cela était-il censé faire apparaître l’image d’une mère au besoin de contrôle insidieux ? “J’aurais fait la même chose”, témoigna Patrick.”
Certaines preuves censées l’accabler ont même fini par renforcer l’idée qu’elle traversait une grave crise.
Mais la défense a, elle aussi, cherché à raconter un récit simpliste.
“Reddington, avocat chevronné aux sourcils broussailleux et au style inlassablement combatif, s’efforça de présenter Clancy comme une victime de l’institution psychiatrique, mal diagnostiquée par des médecins successifs et expédiée avec une série de treize médicaments prescrits à la hâte. Les témoignages montrèrent toutefois que Clancy ne prenait jamais plus de deux ou trois traitements à la fois et qu’elle avait décidé d’arrêter plusieurs antidépresseurs bien avant qu’ils puissent produire leurs effets. (…)
La défense reprocha aux soignants de Clancy de ne pas avoir posé ce diagnostic. Mais Rebecca Jollotta, l’infirmière praticienne spécialisée en psychiatrie qui avait repris son suivi, témoigna qu’elle avait elle-même évoqué cette possibilité lors d’un rendez-vous auquel Patrick assistait. D’après ses souvenirs, celui-ci l’avait interrompue en déclarant : “Ma femme n’est pas bipolaire.” Clancy, elle, n’avait rien dit.
Le parcours chaotique du traitement de Clancy conduit néanmoins à se demander comment son état aurait pu évoluer si elle avait bénéficié d’une psychothérapie régulière et d’une hospitalisation plus précoce (deux mesures recommandées par ses soignants), d’un nombre plus limité de prescriptions, d’une meilleure coordination entre les établissements hospitaliers et d’un protocole de sécurité tenant compte du risque faible, mais réel, de filicide.”
La psychose reste difficile à établir. Aucun professionnel n’en avait observé les signes avant les meurtres. Le jour même, Clancy avait conduit sa fille chez le pédiatre, organisé les courses de son mari et répondu lucidement à son appel.
Mais la mère raconte avoir entendu une voix, et c’est autour de cette voix imaginaire qu’a tourné une bonne partie du procès.
“Une grande partie de l’argumentation de Reddington reposait sur l’affirmation de Clancy selon laquelle elle aurait halluciné une voix masculine lui ordonnant de tuer ses enfants. Sur ce point, le témoin le plus utile à la défense fut le psychiatre expert Phillip Resnick, qui étudie l’infanticide maternel depuis plus d’un demi-siècle.
Vingt ans plus tôt, Resnick avait contribué à obtenir un verdict d’acquittement pour irresponsabilité pénale dans l’affaire Andrea Yates, une Texane qui avait noyé ses cinq enfants dans une baignoire. Dans le cas de Clancy, Resnick témoigna qu’elle avait été “franchement psychotique” au moment des meurtres et avait connu ce qu’il qualifia de “délire d’influence” : “C’était presque comme si elle était une marionnette, expliqua-t-il, et que quelqu’un d’autre en tirait les ficelles.”
Mais Clancy ne disposait pas de ce que possédait Yates : un dossier médical attestant plusieurs années de symptômes psychotiques incontestables. Bien que Clancy se soit plainte à plusieurs reprises de pensées intrusives, dont certaines concernaient le fait de faire du mal à ses enfants, elle n’avait jamais dit entendre des voix avant les meurtres et n’en a plus signalé depuis.
Kirk Heilbrun, un psychologue expert qui avait évalué Clancy pour l’accusation, déclara se montrer “toujours très prudent” face à des symptômes qui n’apparaissent qu’au moment où une infraction est commise, parce qu’ils offrent “un moyen commode d’atténuer sa propre culpabilité”.
Il ajouta que la voix décrite par Clancy était apparue sans les délires qui accompagnent habituellement les hallucinations dites “impératives”. Yates, par exemple, était convaincue qu’en noyant ses enfants, elle les sauverait de Satan. Comme le soulignèrent les procureurs, Resnick lui-même avait écrit que ce type d’hallucinations était facile à simuler. En outre, les différents récits livrés par Clancy au sujet de cette voix ne concordaient pas.
Elle déclara à un aumônier de l’hôpital que la voix l’avait avertie que ni elle ni ses enfants ne seraient en sécurité si elle refusait d’obéir. Elle affirma aux experts judiciaires que la voix lui avait ordonné de tuer les enfants afin de pouvoir ensuite se suicider.
À une autre personne chargée de l’évaluer, elle expliqua que la voix ne s’était manifestée qu’après l’appel téléphonique passé par Patrick depuis la pharmacie CVS, alors qu’elle se tenait devant le réfrigérateur et s’apprêtait à préparer des nuggets de poulet. Cette affirmation devint toutefois l’objet d’une controverse parasite : Patrick avait témoigné que Dawson mangeait déjà des nuggets lorsqu’il avait quitté la maison.
De telles contradictions auraient eu moins d’importance si cette voix n’avait pas occupé une place aussi centrale dans la défense de Clancy. Mais l’accusation réussit à la présenter comme un signe du manque de fiabilité de son récit plutôt que comme une manifestation de sa maladie.”
Dans son réquisitoire final, la procureure a admis cette souffrance de la mère.
Puis elle a ajouté :
“Mais c’était un choix.”
Aux États-Unis, contrairement à une vingtaine d’autre pays, il n’y a pas de distinction entre l’infanticide maternel et le meurtre ordinaire.
Et c’est le fil du papier de Orbey dans le New Yorker. Selon elle ce mistrial montre que ce cadre pénal classique ne tient pas.
Oui, Lindsay Clancy est une mère qui a tué ses enfants.
Mais oui Lindsay Clancy est aussi une femme qui a traversé une crise psychiatrique profonde.
Le jury n’a pas su quoi faire de ces deux vérités simultanées.
🟨🟧 Kelly Clarkson et la note que personne n’ose chanter
Dans 🎈 Bring me Joy ce lundi, une voix et une note.
Vous avez peut-être déjà entendu Kelly Clarkson passer à la radio depuis plus de deux décennies. Certaines de ses chansons ont connu du succès à travers le monde, mais ne permettent pas de mesurer la célébrité de cette chanteuse texane à la voix incroyable (je l’ai vue une fois sur scène il y a quelques années, elle est impressionnante).
Son nom n’a jamais acquis en Europe la même évidence qu’aux États-Unis, où Kelly Clarkson appartient à la mémoire collective.
En 2002, à 20 ans, Kelly Clarkson a été la première gagnante d’American Idol, l’équivalent de Nouvelle Star. Pendant des semaines, elle a emporté le cœur de dizaines de millions de téléspectateurs qui ont assisté à son ascension et y ont participé par leurs votes. Cette victoire a créé un lien particulier. L’Amérique a eu le sentiment de l’avoir couronnée elle-même, avant de la voir devenir une artiste pop et country récompensée par plusieurs Grammy Awards, avec des tubes comme Since U Been Gone et Stronger.
Elle avait emporté le cœur des Américains par son talent vocal, mais aussi par sa personnalité. Dès son audition, elle avait osé proposer à l’un des juges de s’installer à sa place, avec un grand sourire communicatif.
Clarkson est aimée pour son naturel, sa franchise, son autodérision et cette façon de ne jamais sembler trop consciente de son statut.
Depuis, tout le monde, ou à peu près tout le monde, aime Kelly Clarkson. Tout en enchaînant les succès, elle est devenue une personnalité de la télévision, comme coach dans The Voice sur NBC, puis, depuis 2019, dans un talk-show quotidien enregistré depuis le Rockefeller Center, le siège de la chaîne, à Manhattan.
Même devenue star, elle a conservé l’allure de quelqu’un que l’on a vu débuter.
C’est la bonne copine avec qui on peut rire aux éclats, la mère attentionnée dans les épreuves (divorce difficile, suivi de la mort de son ex-mari), une femme qui raconte ses doutes, son poids qui fait le yo-yo, la difficulté à tout mener de front. Et elle reste une chanteuse, puisque son émission commençait toujours par une reprise demandée par son public.
La séquence s’appelle le Kellyoke, contraction de Kelly et karaoké. Plus de 1000 reprises ont ainsi été interprétées en sept saisons et sont régulièrement devenues virales.
Je vous recommande, par exemple, sa version de Happier Than Ever de Billie Eilish, en 2022, que j’ai depuis écoutée des centaines de fois.
Ou plutôt s’appelait-elle ainsi, car Kelly Clarkson a décidé de mettre fin à son émission pour consacrer plus de temps à ses enfants.
Et la seule manière convenable pour elle de refermer sept années de télévision quotidienne était peut-être d’impressionner toute l’Amérique en terminant sur une note vertigineuse.
La semaine dernière, pour le dernier numéro du Kelly Clarkson Show, elle a choisi d’interpréter Golden, le phénomène musical du film d’animation de Netflix KPop Demon Hunters. Le titre a occupé la première place du Billboard Hot 100 pendant huit semaines, atteint le milliard d’écoutes sur Spotify à une vitesse record, puis remporté un Grammy, un Golden Globe et l’Oscar de la meilleure chanson originale. Il est devenu le premier titre de K-pop couronné dans cette dernière catégorie.
C’était le morceau le plus demandé de toute l’histoire de “Kellyoke” !
Un morceau dont la difficulté fait partie de la légende.
Golden parcourt plus de deux octaves et demie et culmine sur un la 5, une note extrêmement aiguë. Dans KPop Demon Hunters, les héroïnes sont des stars de K-pop dont les voix sont un superpouvoir. Leur harmonie contribue à former le Honmoon, la barrière magique qui protège les humains des démons. C’était l’idée de la chanteuse qui a coécrit la chanson. Elle l’a composée ainsi pour laisser penser que la voix du personnage était dotée d’un superpouvoir presque surnaturel… mais elle ne peut pas la chanter aussi haut sur scène. Elle doit transposer le morceau un ton plus bas.
On a d’ailleurs vu l’an passé se répandre sur les réseaux une rumeur. La note originale en studio aurait été créée grâce à l’intelligence artificielle ! C’était faux, la chanteuse a réellement atteint le la 5 en studio, mais il lui a fallu de nombreuses prises. Et elle ne l’a jamais tenté sur scène !
Or, pour cette reprise, pour la dernière de son émission, Clarkson l’a chantée dans sa tonalité originale, en atteignant la note la plus aiguë. Quand on la regarde, elle donne l’impression qu’elle le fait sans effort. Que cette note impossible relève de la routine.
Que c’est facile d’atteindre ce sommet vocal sans vertige. Qu’elle dispose du même super-pouvoir que le personnage pour lequel a été composé ce morceau.
À la fin, elle rit :
“C’est une chanson très aiguë.”
Le clip devient ultraviral.
Vous comprenez pourquoi Kelly Clarkson est si aimée en Amérique.
Elle a une voix hors norme, mais elle reste la bonne copine qu’on a vu grandir.
Thank you, and goodbye.
PhC














































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