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CHEZ POL 1er SEPTEMBRE

 




#Royaume #Highlander #Charbon #Mémé #Toboggan
Chez Pol n°1776 - Réservé aux abonnés Libé



Bonjour, nous sommes le 1er septembre,
c'est la rentrée et c'est le bon jour pour une sortie.

Il s'est arrêté. Photo Jean Guichard. Gamma-Rapho (1986)

FAIT MAISON Pour la primaire, Faure délègue mais pas trop ; le camp Philippe a pour consigne de ne pas répondre aux méchancetés d'Attal

AU COMPTOIR Leclerc ne monte finalement pas dans le train de la présidentielle ; le RN parvient à choquer Bruno «À bas le voile» Retailleau ; une élue de gauche attaquée par des supporters racistes

VOST Le grand n'importe quoi du RN sur le voile

LE CHIFFRE 5

LIBÉ DANS LE RÉTRO Balladur ou le sens de la défaite

L'ŒIL DE LIBÉ Darmanin à moitié

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI Dernière rentrée pour le cancre Macron

L'ADDITION Jouons avec le rock

DÉLÉGUÉE DE CLASSE • Olivier Faure est-il un nouveau Nicolas Sarkozy ? Comme l'ancien Président en 2007, le patron du PS est candidat à la primaire organisée par son propre parti tout en gardant les clés de la boutique. «Il reste Premier secrétaire», insiste un de ses soutiens alors que Ségolène Royal, hier sur France 2, affirmait que Faure allait «passer la main» à sa n°2, la maire de Nantes Johanna Rolland, le temps de la compétition pour ne pas être juge et partie. Une mise en retrait que dément également l'entourage du député de Seine-et-Marne. «Ça va durer 6 semaines…», justifie notre premier interlocuteur, sous-entendant qu'il ne faut pas tout chambouler à la tête du parti pour une campagne aussi courte. D’autant plus que Faure est désormais minoritaire dans son propre royaume. Rolland le suppléera donc uniquement pour «piloter le bureau national, s'il doit y en avoir un, mais pas plus», nous explique-t-on tout en pensant qu'il «n'y en aura pas» dans ce laps de temps. Et d'ajouter, pour tenter de rassurer ceux qui au PS craindraient que Faure n'abuse de cette double casquette : «De toute manière, après, il y a un comité d’organisation de la primaire avec les représentants de tous les candidats qui sera en place. Donc pas de sujet.» Le même souligne que Raphaël Glucksmann, co-président de Place publique, qui co-organise de la primaire, «ne va pas se mettre en retrait» de son parti. S.T.

Un premier rôle et un second Rolland. Photo Bastien Ohier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP (2026)

DOUDOUCEMENT • Édouard Philippe et Gabriel Attal sont comme deux personnages d'Highlander : à la fin, il ne pourra en rester qu'un. N'allez toutefois pas imaginer que l'on souhaite couper la tête de l'un des deux, comme dans les films avec Christophe Lambert. C'est juste que l'un devra laisser sa place à l'autre. Les deux hommes ont en effet un gentlemen's agreement, comme on dit en bon français. Mais cela ne signifie pas que, jusqu'à la décision, les deux doivent se conduire en gentleman. Les attaques du camp Attal contre Philippe se multiplient. En témoigne ce commentaire peu amène du premier, fustigeant les «idées d'il y a 20 ans» du second. En retour, peu de réponses. Et c'est normal : consigne a été passée en interne de ne pas répondre aux provocations des attalistes. «On doit travailler au rassemblement de la droite et du centre et ne pas se tromper d’adversaire», nous glisse un proche de Philippe. Et même dans le camp Attal, on minimise les accrocs. «On veut juste une vraie campagne, avec du débat d'idées, nous assure-t-on. D'autant que les relations sont bonnes entre eux.» Qu'est-ce que ça serait si ce n'était pas le cas. Sy. C. 

LECLERC ARRÊTE SON CHAR • On passe notre temps, pourtant précieux, à vous parler de tous ceux, et ils sont très nombreux, qui s'imaginent déjà Président dans un an. Une fois n'est pas coutume, on va cette fois parler de quelqu'un qui, lui, ne se voit pas à l'Élysée : Michel-Édouard Leclerc. Le patron avait pourtant encore affirmé en juillet qu'il «pourrait avoir envie d'aller» au charbon électoral en 2027. En mars, il se montrait même plus assuré que jamais : «Si j'y vais, je gagnerai.» Mais il n'ira finalement pas, comme il l'a confirmé hier sur France 2. «Non, c'est pas pour moi», a-t-il tranché, expliquant plutôt être «un entrepreneur engagé» qui «cherche une manière de peser dans le débat public». Président, donc, très peu pour lui au final. «Ce n'est pas moi qui me suis mis dans les sondages. Je ne suis pas légitime à concourir à une présidence. Être Président, c'est tenir tête à Trump, à Poutine ou refaire l'Europe», poursuit celui qui s'était pourtant affiché aux côtés d'Attal cet été mais assure désormais qu'il ne soutiendra, officiellement, aucun candidat. Il ne faudrait pas insulter l'avenir.

Michel-Édouard Leclerc. Photo Fred Tanneau. AFP (2026)

PROFONDÉMENT CHOQUÉ • Pour savoir si une proposition de campagne est un peu trop raciste, la rédaction de Chez Pol a développé un outil à la pointe de la science politique : le retaillomètre. Si même Bruno Retailleau trouve votre idée too much sur l'extrême droite, c'est sans doute que vous tirez un peu trop fort sur la corde de l'arc républicain™. Sur RTL ce matin, le candidat de LR à la présidentielle s'oppose ainsi à l'interdiction du voile islamique dans l'espace public que le RN repropose pour la présidentielle en se mettant un beau fagot de bâtons dans les roues [voir VOST ⬇️]. Si on veut bannir le voile, «alors il faut interdire la kippa, il faut interdire aux religieuses de se couvrir les cheveux», estime l'ex-ministre de l'Intérieur avec les mêmes arguments que le premier auditeur de France Inter venu. Il ne le dit pas tel quel, mais Retailleau trouve donc la propal de Marine Le Pen islamophobe, antimusulmane ou a minima discriminatoire. Ce qui n'est pas rien pour un homme qui n'hésite jamais à clamer haut et fort «À bas le voile». Car s'il estime qu'«il y a des choses à faire» contre le voile, notamment l'interdire pour les sorties scolaires ou dans «les lieux publics [et] le sport», le boss de la droite juge la mesure frontiste «pas applicable» et ressortant «du populisme, de la démagogie». Et il s’y connaît.

RACISME ORDINAIRE • Certains auteurs de Chez Pol sont bien placés pour le savoir : cela fait des décennies que l'OL est gangrené par des supporters racistes qui confondent les travées des stades avec les rangs d'un meeting d'extrême droite. Nouvel exemple ce week-end en marge de la réception du Havre au Groupama Stadium. L'élue de Rillieux-la-Pape Meriem Bouchedda (gauche) a été attaquée, avec son conjoint. «Après avoir été insultés à plusieurs reprises, notamment par le terme "bougnoules", mon conjoint a été roué de coups par plusieurs individus», raconte-t-elle sur Facebook. Elle-même a eu le poignet fracturé. Les deux s'en sortent avec 15 jours d'ITT. «Comment expliquer qu’il n’y avait plus aucune présence policière ni aucun agent de sécurité, alors que la Préfecture et l'OL savent parfaitement que certains groupes de supporters sont connus pour leurs comportements xénophobes et violents ?, s'est interrogée Bouchedda. Comment expliquer que, dans mon pays, la France, dans lequel je suis moi-même élue de la République, je puisse être victime, d’un tel déchaînement de violence sur fond de racisme, sous les yeux de dizaines de témoins ?» De son côté, l'OL a, dans un communiqué, condamné ces violences et apporté «son soutien aux victimes». Une enquête interne a également été ouverte.

Marine Le Pen. Photo Alain Jocard. AFP (2024)

Le grand n'importe quoi du RN sur le voile

Le RN a cette formidable capacité à se plomber tout seul sans l'aide de personne. Quand c'est bien, il faut aussi le dire. La séquence ouverte dimanche sur l'interdiction du voile islamique dans l'espace public en est la parfaite illustration. Le parti d'extrême droite a passé sa journée de lundi à raconter n'importe quoi sur le sujet. On vous fait le résumé rapide. Dimanche, le député RN Jean-Philippe Tanguy a doctement expliqué qu'une fois son camp au pouvoir, le voile serait prohibé et que les contrevenantes seraient sanctionnées d'une amende. Le lendemain, sur LCI, Sébastien Chenu confirmait cette idée avant que, sur BFMTV quelques heures plus tard, le porte-parole du parti Andréa Kotarac assure finalement qu'il n'y aura «pas d'amendes forfaitaires sur des femmes voilées au lendemain de l’élection». Il l'a fait au prix d'un splendide lapsus : «On respecte la liberté religieuse, que ce soit contre les musulmans, pour les juifs ou pour les chrétiens.» Et puis peu après, ce fut au tour de Jordan Bardella d'indiquer que cela se déciderait sur la base d'un référendum proposé aux Français.

De toute évidence, une telle mesure ne pourrait être appliquée que si la Constitution était modifiée et que certains des principes républicains qui la composent étaient remisés. Mais, eh, n'oubliez pas que le RN est apparemment dans «l'arc républicain». Tout ce brouhaha n'est pas neuf. En 2022 déjà, Marine Le Pen s'était pris les pieds dans le voile durant l'entre-deux-tours de sa campagne présidentielle. L'interdiction du foulard islamique faisait partie de son programme. «Nous faisons une loi avec interdiction du port du voile dans l'espace public. Si vous ne respectez pas la loi eh bien vous avez une amende, c'est aussi simple que cela», assurait-elle le 12 avril 2022. 4 jours plus tard, elle reconnaissait qu'il s'agissait d'un problème «complexe». Alors simple ou complexe ? Sa rencontre avec Fatima Benmalek, grand-mère voilée de 70 ans, sur un marché du Vaucluse, avait tout fait dérailler. Comment le RN pouvait-il défendre une mesure visant à interdire à une mémé de s'accoutrer comme elle le souhaitait ? «Si Marine Le Pen est contre le voile, pourquoi elle prend des selfies avec des femmes voilées ?», s'étonnait d'ailleurs Benmalek dans le Monde à l'époque.

Mais la séquence actuelle est peut-être à regarder avec le prisme de l'islamophobie. Dans leur livre Histoire du Front national, les journalistes Dominique Albertini - notre chef à nous - et David Doucet rappellent cette phrase ancienne de Louis Aliot : «Soyons clairs sur la dédiabolisation. Celle-ci ne concerne que notre présomption d'antisémitisme, rien d'autre. Pas l'immigration ni l'islam, sur lesquels, à la limite, il n'est pas mauvais d'être diabolisé.» Et d'ailleurs, pendant que l'on débat sur l'islamophobie et l'inconstitutionnalité d'une telle mesure, on élude les autres sujets sur lesquels le RN rame depuis des années, comme l'économie, la dette ou l'écologie.

Le gouvernement Balladur, de 1993 à 1995, a-t-il été le plus grand incubateur de la Ve République ? Sur les 29 ministres qui composaient son équipe gouvernementale, l'ancien Premier ministre décédé hier à 97 ans a réussi le tour de force de pouponner 5 futurs chefs de l’État ou de gouvernement. Seul à accéder à l'Élysée, Nicolas Sarkozy était alors ministre du Budget et porte-parole de ce gouvernement de cohabitation. Et pas moins de 4 autres ont fini par poser leurs valises à Matignon : Alain Juppé, qui était aux Affaires étrangères à l'époque ; François Fillon, en charge alors de l'Enseignement supérieur et de la recherche ; François Bayrou, ministre de l'Éducation nationale ; et enfin Michel Barnier, qui avait le portefeuille de l'Environnement. On notera au passage que deux d'entre eux sont devenus Premiers ministres sous Emmanuel Macron, dont on a souvent souligné, par ailleurs, la filiation sarkozyste.

Balladur ou le sens de la défaite

Mangez des pommes ! Photo Joël Robine. AFP (1995)

Balladur, c'est l'histoire d'un mème. Un mème devenu mème avant même l'existence des mèmes : cette phrase, «je vous demande de vous arrêter», répétée à ses ouailles quelques minutes après la sentence du 1er tour de la présidentielle 1995, le voyant éliminé, lui, le candidat qui quelques mois plus tôt devait être assurément sacré. Sacrée ironie, oui.

Cette allure dans la défaite a été largement documentée à l'époque par Libé. Mais avant même le 1er tour, l'idée d'une élimination d'entrée faisait son chemin. «Les plus proches collaborateurs du Premier ministre ont fini par intérioriser la défaite, écrit Libé en mars 1995. Au QG du candidat, 84, rue de Grenelle, le moral est au plus bas. Les sondages y sont pour beaucoup, mais cela ne suffit pas. [...] Tout cela vient du QG de la rue de Grenelle, où le jeu le plus en vogue, selon l'un de ses occupants, consiste à se demander "qui est déjà parti chez Chirac et qui est en train de partir". Comme ambiance de mobilisation, on a connu plus efficace.» À l'époque, on compare volontiers la campagne de Balladur à celle de Raymond Barre en 1988, donné gagnant au début pour finir perdant face à Chirac au 1er tour. C'est Barre, à ce moment-là, qui symbolise l'échec.

«Spectre»

Puis la défaite survient et le temps des analyses débute. On se rend compte que c'est Paris et sa couronne qui ont empêché Balladur d'accéder au trône. Libé résume : «Sur l'ensemble du territoire, outre-mer compris, l'écart séparant Chirac de Balladur s'élève à un peu plus de 650 000 voix. Les deux tiers de ce solde négatif pour le Premier ministre, soit un peu plus de 400 000 suffrages, se trouvent dans le périmètre francilien. Le bitume de la région capitale a été plus aride, pour Balladur, que les raidillons chamoniards.» Puis on parle alliances et destins. «Sarkozy et, de façon plus générale, les RPR qui avaient choisi le camp du Premier ministre, ne se font guère d'illusions sur leur avenir politique», rapporte le journal dans un article intitulé «Balladur éliminé mais pas laminé». Celui qui était alors porte-parole du candidat / Premier ministre pouvait entamer son chemin de croix pendant que d'autres s'interrogeaient déjà sur le futur de Balladur.

Finalement, la postérité est venue après, basée sur cette défaite. Pour beaucoup de politiques et d'observateurs de la vie publique, le nom Balladur est devenu synonyme de toboggan électoral, la preuve irréfutable que le favori des sondages ne l'emporte pas nécessairement. On parle du «spectre de 1995», comme le titrait Libé en 2016 en évoquant la primaire de la droite pour la présidentielle 2017. À l'époque, le camp Sarkozy pariait sur un effondrement semblable du favori Juppé. Le temps leur aura donné raison. Les sarkozystes avaient juste omis de prédire qu'ils seraient eux aussi emporté par la houle.

Photo et texte Stéphane Dubromel

Qui dit rentrée politique, dit aussi rentrée journalistique. Fini la glande, la lecture, la randonnée, retour à la politique qui va s'apparenter à un ultra-trail jusqu'à la présidentielle. Les retrouvailles, dimanche, avec Gérald Darmanin avaient l'air inoffensives. Même unité de temps, de lieu et d'espace. De quoi baisser la garde et arriver tardivement, bien après cette séquence de communication politico-frituriste où Darmanin et son ami Philippe prépareront des frites pour les caméras. De l'aveu d'un collègue, je n'avais rien raté. Un peu quand même... La photo politique est quasi un sport de combat. Le photojournaliste doit toujours faire le pas de côté entre des séquences de communication huilées. Parfois on cherche et ne trouve rien. «Pas d'œil de Libé pour aujourd'hui, je ne vois pas», souffle-t-on parfois, penaud, à la rédaction. Et finalement on échange et tout s'éclaire. J’intègre depuis longtemps dans mes images le dispositif médiatique. C'est peine perdue d'essayer d'évacuer les perches son, les caméras, les collègues, les curieux qui l'appellent «Gérard», les selfies... Là, on ne voit que le regard de Darmanin, et on ne sait s'il sourit ou s'il est inquiet. C'est une tendance dans la photo politique de morceler les visages, de faire des très gros plans, de couper, afin de chercher une vérité que le corps ou un morceau de corps trahirait. Vaste quête.

• Mende, dès 11h C'est un Macron en échec scolaire après presque 10 ans au pouvoir qui se rend en Lozère (un des derniers départements qu'il n'avait pas visités), au lycée Chaptal, pour sa dernière rentrée des classes en tant que Président. «Dans la suite de son engagement pour renforcer la protection des mineurs face aux expositions permanentes aux écrans, le chef de l’État échangera avec les élèves et les enseignants sur la généralisation de l’interdiction des téléphones portables au lycée», a prévenu l'Élysée.

• Et aussi Après les écolos hier, ce sont les insoumis qui présentent leur plan d'urgence pour la rentrée ; Attal, toujours en campagne, se déplace dans une école primaire d'Issy-les-Moulineaux ; et le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot tient une conf' de rentrée diplomatique au Quai d'Orsay.

On termine avec notre jeu du jour. Quel message politique le groupe Lambrini Girls a-t-il affiché à Rock en Seine ce week-end ?

• «Olivier Faure-ever»
• «Jean-Luc Président»
• «Fuck Marine Le Pen»
• «L'extrême droite NTM»
• «Glucksmann is the man»
• «On se lève tous pour la dette, la dette» 
 

Pour jouer, cliquez sur ce qui vous semble être la bonne réponse ci-dessus.


C'est exactement ça !


 



Et enfin, les résultats de notre jeu d'hier. En effet, Dominique de Villepin n'a pas parlé dans sa playlist musicale de Mazzy Star - ce qui est une faute à notre avis.

Sur ce, bonne journée 👋. Et à demain sur les routes de l'info

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