Par E.B.
Si vous n'aviez pas enregistré l'info, sachez-le : il y a une élection dimanche. Alors posez cette carte d'électeur tout de suite, vous n'êtes pas invité à voter - sauf si vous êtes conseiller régional, départemental ou municipal - pour ce scrutin si emballant que sont les sénatoriales. Et à 207 jours de la présidentielle, cela nous rappelle l'un des plus fameux précédents de renouvellement de la chambre haute survenu à distance égale de l'élection reine : le jour où le palais du Luxembourg a passé les armes à gauche, il y a 15 ans tout pile, pour la première fois depuis 1958. La dernière à ce jour.
Le 25 septembre 2011, l'histoire de la Ve République s'écrit dans une forme de logique mais aussi de stupeur générale : la gauche a gagné tous les scrutins intermédiaires du quinquennat Sarkozy, il est donc mathématique de la voir progresser au Sénat ; mais le renversement de majorité n'était pas acquis et sa concrétisation au fil de la journée ébranle la vénérable salle des Conférences et sa moquette rouge, dont les murs sont repoussés par une foule jamais vue en ces lieux. Sur le plateau de Public Sénat, qui a mis les petits plats dans les grands pour ce «festival de Cannes» maison, on tente de garder son flegme sénatorial. Mais les appels à la «prudence» quant aux résultats définitifs s'effacent à mesure que la victoire de la gauche se confirme, laissant même entrevoir la possibilité inouïe de chiper la présidence de la chambre à Gérard Larcher. Jean-Pierre Bel s'installera bien au Plateau quelques jours plus tard.
Secousse parlementaire et réplique présidentielle
À l'époque déjà, le PS est en pleine primaire. Les deux favoris depuis l'arrestation de DSK, Martine Aubry et François Hollande, se radinent pour participer à la fête et récolter les lauriers. 3 semaines plus tard, Hollande commencera à capitaliser sur la dynamique massive issue de sa désignation par près de 3 millions de votants. Le patron des roses, Harlem Désir, triomphe aussi. Même Jack Lang est là, avec son sourire de 1981 pour saluer «le moment historique en train de s'accomplir sous nos yeux». Le buffet tombe à court d'amuse-gueules et de cacahuètes, signe que la croyance en l'exploit n'était pas totale. Les sénateurs de droite, trop divisés pendant la campagne et dans une déroute qui préfigure le crépuscule du sarkozysme, désertent les lieux où ils régnaient en maîtres depuis plus de 50 ans. Pas un seul élu d'extrême droite n'est à signaler, ni dans les urnes ni à la télé. Tous le pressentent : 7 mois plus tard, cette secousse tellurique parlementaire aura une réplique présidentielle encore plus forte avec le retour de la gauche à l'Élysée.
Autant dire que l'ambiance ne sera pas franchement la même dimanche. Il ne sera nullement question de voir la gauche triompher (la droite et le centre devraient reculer mais conserver leur majo et Larcher sa présidence reconquise en 2014), mais peut-être d'assister à la création historique d'un groupe RN au Sénat. Ce soir, le premier des 3 débats de la primaire des sociaux-démocrates ne devrait pas provoquer le même engouement qu'il y a 15 ans. Mi-octobre, à peine 50 à 100 000 électeurs sont attendus par ses organisateurs. Et il faut au PS une bonne dose d'imagination pour se projeter avec optimisme sur la présidentielle.
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