Accéder au contenu principal

CHEZ POL 30 SEPTEMBRE

¡ Es una victoria !




Bonjour, nous sommes le 30 septembre
et c'est le bon jour pour être au rapport.


FAIT MAISON Le silence de LR sur Bardella est tout à fait normal

AU COMPTOIR Le gros fiasco de L'Infiltré sur la «taupe» au RN, les écolos rejettent l'insoumis du Sénat, et il est interdit de tomber malade à Marmande

VOST La défense de Bardella percutée par son passé et ses liens soraliens

ON POSE ÇA LÀ La HATVP est morte, vive la HAIP ? 

CHIFFRE 216 000

YOUPOL Philippe ne s'abaisse pas aux «petites phrases»... enfin presque

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI Alors que revoilà Monique Barbut

Monique Barbut. Photo Ludovic Marin. AFP (2026)



L'ADDITION Jouons avec l'Espagne

RÉACTION DISCRÈTE • Est-ce que vous entendez ? Tendez bien l'oreille. Non, toujours rien ? C'est normal. C'est le silence de la droite dite républicaine devant les écrits antisémites de Jordan Bardella. Pas de commentaire de Bruno Retailleau, bien plus prompt à taxer LFI de «collabo» que d'attaquer le président du RN. Et tout cela est normal, confie-t-on dans l'entourage du candidat LR à la présidentielle, où l'on condamne, oui, mais discrètement. «On est très clair : si ces propos ignobles dans leur antisémitisme crasse ont réellement été tenus, Bardella doit cesser toute fonction politique», assure un proche de Retailleau qui s'en remet donc à la justice pour savoir si son camp peut lâcher les chiens contre le RN. «Compte tenu du fait que Bardella a porté plainte pour diffamation, cela sera à la justice de dire si ces propos ont réellement été tenus ou pas, poursuit le même. Donc nous serons vite fixés. Je peux vous assurer que le jour où c’est confirmé par la justice que Bardella a dit ça, on lâchera les coups.» Une prudence à laquelle on n'était plus habitué. Chez Pol.

Bruno Retailloff. Photo Matthieu Rondel. AFP (2026)

ENGAGEZ-VOUS QU'ILS DISAIENT • Même s'il fait encore bien chaud pour une fin septembre, Emmanuel Grégoire n'a pas vraiment envie de se mouiller. Prudent, le maire PS de Paris - l'un des élus les plus en vue du parti d'Olivier Faure - ne prendra pas position parmi les candidats à la primaire du «pôle socialiste», dont le 1er tour se tient dans un peu plus d'une semaine. Aucun des 5 prétendants (Faure, Glucksmann, Guedj, Maurel et Royal) ne pourra donc se targuer d'avoir le maire de la capitale dans son camp. «Grégoire soutient pleinement le processus de la primaire et il s'engagera pleinement aux côtés du candidat désigné», indique-t-on simplement dans son entourage. Une façon, pour l'édile, de ne pas braquer les socialistes parisiens, pour beaucoup anti-Faure et pro-Glucksmann, qui composent sa majorité au Conseil de Paris. Car, comme le veut le célèbre adage dont raffolait François Mitterrand, on ne sort de l'ambiguïté qu'à ses dépens. S.T.

FOUS DONC TON GILET PARE-BALLES • «Jordan l'a dit, nous avons, lui et moi, enfilé nos costards en Kevlar, parce que là, c'est du lourd qui tombe», a balancé Le Pen hier, après les révélations de Mediapart sur les écrits antisémites de Jordan Bardella. Mais la candidate d'extrême droite à la présidentielle ne veut pas être la seule, avec le patron du RN, à revêtir ce matériau ultra-résistant. Et de proférer une menace à peine voilée contre le site d'infos : «Maintenant, c'est à Mediapart, je crois, qu'il va falloir dire d'enfiler son costard en Kevlar parce qu'il y aura évidemment une réponse à la manière dont ils se comportent.» En réaction, la députée écolo Léa Balage El Mariky a annoncé saisir «immédiatement le procureur de la République au travers de l’article 40 pour ces propos qui ressemblent à des menaces de mort», puisque «le Kevlar, c'est la matière des gilets pare-balles». Pour Raphaël Glucksmann, interrogé par BFMTV, «dès que le plan com' vacille», la vérité sur «l'ADN» et «la violence» du RN ressort. 

J'ai entendu que le Kevlar était résistant... Photo François Guillot. AFP (2018)

TAUPE GUN PANIQUE • L'extrême droite devait lancer hier son nouvel hebdo, L'Infiltré, avec une promesse : révéler les coulisses de la gauche politico-médiatique et mener à coups de scoop une guerre informationnelle contre ses adversaires. Pour son premier numéro hier soir, à 20h, le magazine devait même balancer le nom de la «taupe» du RN qui parle à Libé. Ah ça, on allait voir ce qu'on allait voir. Et 20h est venu, et puis rien. L'Infiltré a fait le coup de la panne. Après les révélations de Mediapart sur Bardella, le mag a en effet décidé de ne pas publier l'identité de la «taupe». «Nous refusons que nos propres révélations viennent nourrir ce feuilleton médiatique d'extrême gauche ou soient détournées pour servir son offensive, explique sans rire Jules Laurans, du service "Enquêtes" de L'Infiltré, dans un communiqué. [...] Nous ne pouvons pas encore garantir que notre information sera entendue pour ce qu'elle révèle, plutôt que récupérée et manipulée au service d'un récit militant, qui de surcroît est attaqué en diffamation.» Le fait que le redchef Jules Torres soit un proche de Victor Chabert, le directeur du service presse du RN, n'a évidemment aucun rapport. De mémoire de Chez Pol, on n'avait pas vu aussi gros ratage depuis Éric Maxim Choupo-Moting face à Strasbourg en 2019 - les fans du PSG auront la ref'.

TOUCHE PAS À MA PORTE • Yannick Jadot peut pousser un ouf de soulagement, lui qui ne voulait à aucun prix siéger aux côtés d'un élu insoumis. Gabriel Amard, néo-sénateur LFI et gendre de Jean-Luc Mélenchon, ne posera finalement pas ses valises au groupe écologiste, qui l'a recalé faute de «consensus» interne. En revanche, le groupe désormais présidé par Mélanie Vogel a accepté d'accueillir Marc Péré, qui s'est imposé à la tête d'une liste soutenue par LFI, Les Écoloɓgistes et Génération.s, mais qui devrait se rattacher financièrement au mouvement mélenchoniste. «Ceux qui pensent qu'ils vont imposer à Péré un choix de manière unilatérale se mettent un bras dans l'œil, a réagi Amard auprès de l'AFP. Les insoumis, de toutes parts, ne comprendraient pas pourquoi les Écologistes prétendent faire le tri entre nous. Nous allons donc, ensemble, discuter de ce que nous faisons.» Péré, de son côté, n'a pas donné suite aux sollicitations de l'agence. Reste que le sénateur pourrait finalement trouver refuge du côté du groupe communiste. «La porte n'est ni ouverte ni fermée. Ce sont des discussions collectives à avoir», a tempéré sa présidente Cécile Cukierman auprès de l'AFP, assurant avoir pour «priorité la manière de combattre l'extrême droite», qui va constituer un groupe au Palais du Luxembourg pour la première fois de son histoire.

Baron vert. Photo Alex MArtin. AFP (2026)

UN ARRÊTÉ CLINIQUE • «L’absurdité est volontaire mais l’inquiétude est réelle.» C'est ainsi que le maire divers gauche de Marmande (Lot-et-Garonne), Joël Hocquelet, a justifié son improbable arrêté, pris lundi, interdisant «d’être malade sur le territoire de la commune». Une provocation destinée à alerter sur les risques qui pèsent sur l'hôpital local et sur la désertification médicale. «Cet arrêté est fait pour interpeller», reconnaît l'édile auprès du Républicain Lot-et-Garonne. Car Hocquelet craint que les services médicaux ne soient, pour tout ou partie, recentrés sur Agen. «Si on continue à perdre des services, il faudra prendre la route pour être soigné», déplore-t-il. Il n'est cependant pas le premier maire à avoir cette idée pour tirer la sonnette d'alarme sur les déserts médicaux. En 2019 déjà, le maire de Sainte-Geneviève-des-Bois, André Jean, avait signé un tel arrêté. Mais 7 ans plus tard, le problème de fond est toujours là.

Défense cartonnée

Ah je le raconte pas dans mon livre ça ? Photo Sameer Al-Doumy. AFP (2026)

Il aura fallu à peine 24h après les révélations de Mediapart sur les écrits antisémites de jeunesse de Bardella pour que le principal axe de défense du président du RN vole en éclats. «Ces propos, je ne les ai pas tenus, je ne les ai même pas pensés», a juré-craché le leader frontiste sur CNEWS dès lundi soir. Pourtant, l'adhésion du jeune Bardella aux thèses violemment antisémites d'Alain Soral ne fait guère de doute (Mediapart parle même d'une «fascination» pour l'idéologue qu'il «assume en privé») et ses liens avec la mouvance sont documentés.

Dans le Parisien ce matin, l'influenceur masculiniste Julien Rochedy vient réduire en poussière l'argumentaire de l'aspirant Premier ministre qui n'aurait jamais été radical de sa vie. L'homme était président du Front national de la jeunesse (FNJ) de 2012 à 2014, période qui couvre l'adhésion de Bardella au FN et les propos incriminés. Et voici ce qu'il dit : «Bardella dit ne pas avoir prononcé les mots qui lui sont attribués. Mais il n'y aurait rien d'étonnant dans le contexte de l'époque et rien de surprenant à ce qu'un gamin de banlieue se soit politisé avec Soral. […] Ça ne dit strictement rien des idées actuelles de Bardella. Très peu de soraliens sont restés soraliens aujourd’hui.» Voilà le chef du parti d’extrême droite qualifié expressément d’ancien «soralien», comme de nombreux autres jeunes hommes politisés sur internet dans les années 2000-2010… En 2025, Soral en personne racontait d’ailleurs : «Je l'ai connu un peu Bardella, j'ai eu des conversations avec lui. Il était pas aussi innocent que ça politiquement sur certains sujets assez radicaux, tu vois. […] On parlait de certains sujets très importants, il connaissait pas si mal hein.» Mais de quels «sujets assez radicaux» et «très importants» ont-ils bien pu parler ?

Le dircab soralien de Bardella

Rappelons aussi que le directeur de cabinet et «homme de confiance» de Bardella, François Paradol, a été membre du mouvement de Soral, Égalité & Réconciliation. Mediapart l'avait révélé fin 2015 et Paradol l'avait reconnu. Cela n'a absolument pas gêné son boss, qui l'a maintenu en poste depuis. Son cas a d'ailleurs été évoqué hier soir sur BFMTV par Alexis Corbière (ex-LFI) face à Gaëtan Dussausaye. Le député RN (et successeur de Rochedy à la tête du FNJ avant de laisser la place à... Bardella) a d'abord tenté de contester cette appartenance du dircab au groupuscule d'extrême droite, avant de devoir piteusement reconnaître son erreur devant le rappel des faits.

On imagine que beaucoup de gens, au RN, prient pour ne pas se retrouver dans pareille situation dans un futur plus ou moins proche quand il ne sera plus possible de nier les révélations au sujet de leur chef. Dans le Figaro ce matin, un élu RN qui a décidé «de ne pas croire» les infos de Mediapart confie tout de même sa peur panique : «Je ne suis pas prêt à encaisser le fait que notre président est peut-être antisémite. Pas lui. […] Si c'est avéré... S'il a vraiment tenu de tels propos... Non, non, je ne peux pas le croire et je ne veux pas imaginer ce qui se passerait.» C'est pourtant connu : la peur n'évite pas le danger.

On le sait, le RN n'a aucun problème à dépenser l'argent public tant que c'est pour son compte. Notamment à Hénin-Beaumont, où l'on aime faire travailler ses copains avec les sous du contribuable. Selon le Canard enchaîné, la ville du Pas-de-Calais - 25 000 habitants - a dépensé 216 000 € en frais de justice rien que l'an dernier, soit 3 fois plus que Lille - 240 000 habitants - sur la même période. Le maire Steeve Briois a notamment fait appel aux services de l'avocat Thomas Laval, conseil au sein du cabinet Arkhè Avocats, qui s'occupe parfois des affaires de Marine Le Pen. Laval est également élu RN au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, proche de Briois et de son acolyte et député, Bruno Bilde. Quand on vous dit que le monde (politique) est tout petit.

HAIP ME IF YOU CAN • Selon le Monde, le gouvernement veut renforcer les pouvoirs de la Haute autorité pour la transparence dans la vie publique (HATVP) et changer son nom en «Haute Autorité pour l’intégrité publique» (HAIP). Le projet de loi entérinerait «un élargissement des compétences de la future-ex HATVP», sans «renforcement de ses moyens humains» à ce stade.

SOUTIEN GÊNANT • Dans la tourmente, Bardella peut au moins compter sur le soutien de… Amichaï Chikli. Le ministre israélien chargé de la Diaspora et de la Lutte contre l’antisémitisme a défendu hier le président du RN. En 2024, ce partisan de la colonisation de Gaza par l'État hébreu avait déclaré que voir Le Pen à l'Élysée serait «excellent pour Israël».

Philippe ne peut pas se retenir

C'est donc hier, en pleine journée de mobilisation sociale des fonctionnaires, qu'Édouard Philippe a décidé d'enfin révéler le contenu de sa réforme des retraites (recul de l’âge légal de départ à 65 ans et passage de 43 à 45 annuités de cotisation), dont il connaît parfaitement l'impopularité. Est-ce par léger goût de la provoc' ? Dans la vidéo Youtube de 20 minutes dans laquelle il détaille looooonguement son projet, le maire du Havre se félicite d'avoir pu parler des retraites «calmement, sans petites phrases». Bien cachés dans ses développements, on pouvait pourtant trouver 2 ou 3 taquets adressés à ses concurrents directs pour la présidentielle, sans jamais les nommer. Et d'abord Jean-Luc Mélenchon (qui le devance désormais au 1er tour dans les sondages de la semaine), lorsque Philippe explique ne pas vouloir favoriser l'endettement pour le maintien du système actuel et ironise : «La dette, quelqu'un finira bien par la payer, y'a même des gens qui vous expliquent qu'on peut la brûler.» Référence évidemment à ces propos du leader insoumis. Plus loin, l'ex-Premier ministre éreinte ceux qui prônent «un système sans âge légal fondé sur la seule durée de cotisation et sur la liberté» : «Je vois bien la tentation chez certains qui essaient d’éviter de dire des choses impopulaires et qui, donc, essayent parfois de travestir un peu la réalité.» Lui revendique de «dire la vérité», à savoir qu’il «est obligatoire» de «parler de l’âge légal». Le menteur ici visé n'est autre que Gabriel Attal, qui lui dispute le créneau du centre-droit post-macroniste et propose de supprimer l’âge légal de départ pour se baser uniquement sur la durée de cotisation. Dans une interview d'accompagnement au Parisien, Philippe donne une version plus policée de ce scud au candidat Renaissance : «C’est une proposition qu’il formule. On a une différence d’approche.» On peut enfin voir une jolie charge contre le très libéral David Lisnard, tenant de retraites largement financées par capitalisation, lorsque Philippe étrille : «Ceux qui disent qu'on va sauver notre système avec la seule capitalisation vous racontent des histoires. […] On va pas passer de l'un à l'autre complètement, ça n'existe pas, mais on peut compléter l'un par l'autre.» Ça fait du bien quand on arrête les «petites phrases», vous ne trouvez pas ?

• Madrid, toute la journée Pour la 2de et dernière journée de sa visite d'État en Espagne, Macron va tout d'abord ouvrir, avec le roi Felipe VI, un forum économique franco-espagnol. Il passera ensuite à un volet plus politique avec un entretien avec le Premier ministre socialiste espagnol, Pedro Sanchez, au palais de la Moncloa, avant une conférence de presse commune.

• Matignon Après la succession de canicules et d'incendies ayant frappé la France cet été, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut remet à Lecornu un plan pour accélérer l'adaptation au changement climatique.

• Et aussi Le maire de Béziers, Robert Ménard, est jugé à Montpellier pour avoir refusé de célébrer le mariage d'un Algérien sous OQTF ; les sénateurs PS vont choisir ce matin leur nouveau président de groupe, entre Patrick Kanner (en poste depuis 2018) et Rachid Temal ; Faure tient un «grand meeting numérique» à 19h ; et le Cese présente le Comité de gouvernance de la Convention citoyenne sur les finances publiques.  

On termine avec notre jeu du jour. Lors de son toast hier, à l'occasion du dîner d'État au Palais royal de Madrid, Macron a évoqué de grandes figures espagnoles comme Salvador Dali, Pedro Almodovar et… ?

• Rosalía
• Manuel Valls
• Anne Hidalgo
• Lamine Yamal
• Zinédine Zidane
• Antonio Banderas

Pour jouer, cliquez sur ce qui vous semble être la bonne réponse ci-dessus.

¡ Es una victoria !



Et enfin, les résultats de notre jeu d'hier. Eh oui, le maire de Metz, François Grosdidier, a bien offert une raquette de tennis au pape Léon XIV. Et non pas une paire de ski, ce qui aurait été inutile sur les butes du Vatican.

Sur ce, bonne journée 👋. Et à demain sur les routes de l'info.

⠀
⠀

Chez Pol a été concoctée par 
Etienne Baldit, Sylvain Chazot et Sébastien Tronche


Commentaires