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PAPE LÉON XIV


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Jeunes catholiques, laïcité, danger de l’IA, montée de l’extrême droite : ce qu’a dit Léon XIV lors du vol retour de son voyage en France

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Le pape Léon a donné une conférence de presse avec des journalistes accrédités lors du vol de retour de France, le 28 septembre 2026. ALBERTO PIZZOLI / REUTERS

Le pape a répondu lundi soir aux 85 journalistes qui l’ont suivi lors de ses quatre jours passés en France.

Questionné par les journalistes dans son vol retour vers Rome, le pape Léon XIV a commencé par évoquer les quatre jours qu’il venait de passer en France, successivement à Paris, Lourdes et Metz. Parmi les multiples «moments forts et sans exclure les autres», il a été impressionné par la magistrale soirée au Stade de France avec 80.000 jeunes : «Ils sont manifestement en quête de quelque chose», a-t-il reconnu, se disant «fortement béni d’avoir eu le privilège de visiter la France afin d’encourager particulièrement les jeunes». Le pape s’est dit également marqué «par leur enthousiasme, leur joie et ce sentiment d’espérance qu’ils ont offert et qu’ils ont aussi reçu et qu’ils pourront partager avec d’autres». Cela fait partie des «nombreux signes» qu’il a constatés pendant ce périple.

«Miracles»

Pour le pape américain, «ces quatre journées ont été littéralement remplies de nombreuses grâces. Presque de miracles, dirais-je, en particulier le temps passé à Lourdes, à marcher avec tant de personnes malades et souffrantes, à les accompagner, et à voir comment la grâce de la présence de Dieu s’est manifestée de tant de manières différentes, touchant les cœurs, transformant les vies et, pour reprendre une expression que j’ai employée là-bas, rendant leur dignité aux malades, aux personnes âgées, à ceux que certaines composantes de la société mettent de côté.»

À l’occasion d’une réponse à une question sur l’Église allemande qui ne va pas bien, le pape a cité l’Église française en exemple : «On a dit cela de la France par le passé, et pourtant nous avons vu ce qui s’est passé au cours de ces quatre derniers jours. Je crois que, si nous retrouvons le véritable esprit missionnaire et la bonne manière de le mettre en œuvre, il reste encore, en Allemagne, beaucoup, beaucoup de personnes qui souhaitent vivre et célébrer leur foi chrétienne et catholique. Je suis donc optimiste à ce sujet, tout en reconnaissant les difficultés et les différentes causes qui ont très durement touché l’Église».

Laïcité

Interrogé sur le fait de savoir s’il avait franchi la ligne rouge séparant en France les affaires politiques et les affaires religieuses, notamment à l’occasion de son plaidoyer contre l’euthanasie, Léon XIV a répondu : «Lorsque l’Église parle de la défense de la vie, lorsqu’elle aborde les questions de doctrine sociale, elle n’entre pas en politique : elle applique l’Évangile à la vie des personnes». Ainsi, «selon la conception qu’a l’Église de la séparation entre l’Église et la politique, ou entre l’Église et l’État, je n’ai pas franchi cette ligne».

Bien sûr, a-t-il reconnu, «il peut y avoir des responsables politiques, à gauche ou à droite, qui disent : “Non, la religion doit demeurer uniquement dans la sphère privée. Que chacun fasse ce qu’il veut dans sa vie personnelle, mais, en tant qu’État, nous devons rester séparés”.» Mais, a-t-il expliqué, «je suis allé avant tout en France pour prêcher l’Évangile, pour proclamer la Bonne-Nouvelle, pour réaffirmer ce que Jésus-Christ lui-même dit lorsqu’il affirme : “Je suis le chemin, la vérité et la vie”, c’est-à-dire pour dire la vérité que Jésus nous offre.»

« Si quelqu’un me demandait si je suis en proie à la panique, je répondrais : non. Je dors la nuit ! »

Léon XIV

«La défense de la vie», a-t-il poursuivi est «une réalité que, comme vous le savez tous, l’Église enseigne et à laquelle elle croit profondément». En France, «une loi a été récemment adoptée comme dans d’autres pays d’Europe également ou dans d’autres parties du monde et que de nombreux débats sont en cours autour des questions relatives à la fin de vie.»

Mais, a-t-il insisté, «dans un lieu comme Lourdes, où les personnes recherchent quelque chose de beaucoup plus profond. Ils comprennent que leur vie, même au milieu de la maladie, du handicap ou de diverses formes de souffrance, a un sens». Or «l’Église, à cause de Jésus lui-même, veut être proche de ces personnes et affirmer les valeurs que la vie elle-même, me semble-t-il, porte pour nous tous. Donc, je dirais que, si cela est de la politique, alors oui, je l’ai fait ! Mais ce n’était pas pour m’immiscer dans la politique française. C’était pour enseigner ce que l’Église croit réellement.»

Intelligence artificielle

À une question posée sur les risques de l’Intelligence artificielle qui se retournerait contre ses inventeurs ouvrant un risque de destruction dont on a parlé récemment, le pape ne s’est pas dit foncièrement inquiet : «Si quelqu’un me demandait si je suis en proie à la panique, je répondrais : non. je dors la nuit !» Il a cependant ajouté : «Je pense toutefois qu’il faut prendre au sérieux les préoccupations exprimées par nombre d’experts et de spécialistes de l’IA car je ne pense pas qu’il s’agisse de fausses nouvelles, comme certains l’ont affirmé, destinées à procurer un bénéfice financier ou d’une autre nature.»

Confiant qu’il avait lu «aujourd’hui que le dirigeant de Nvidia affirmait avoir trouvé un moyen d’intégrer certaines garanties, ou certaines limites, à l’IA afin qu’elles ne dépassent pas son cadre propre et ne causent pas des dommages. Mais c’est toutefois le même homme qui affirme qu’il ne faudrait imposer aucune limite ni aucune réglementation gouvernementale, et ainsi de suite.»

Il estime donc que «c’est un problème pour lequel nous devons nous asseoir pour parler. Nous devons continuer à inviter les responsables politiques, les dirigeants du secteur de l’IA, les organisations sociales et les associations à se réunir et à examiner ce qui se produit déjà et ce qui pourrait se produire à l’avenir. Car, se contenter de dire : “Oh, cela n’arrivera pas”, et fermer les yeux, ne me paraît sans doute pas être la manière la plus responsable d’aborder cette question.»

C’est ainsi que «le Vatican a constitué sa propre commission sur l’intelligence artificielle». Son objet est «de coordonner ce que nous faisons nous-mêmes au Saint-Siège, notre utilisation de l’IA, ainsi que les risques et les bénéfices qui y sont liés.» Sans oublier que «depuis la publication de Magnifica Humanitas, nous avons été contactés par de nombreuses personnes issues de domaines et de milieux très différents. Nous cherchons donc à continuer de promouvoir le dialogue, l’étude et la recherche, afin de trouver les moyens de veiller à ce que l’IA n’atteigne pas un stade où elle pourrait détruire l’humanité ou écarter l’humanité de la décision.»

Au total, a-t-il confié, «je suis relativement optimiste sur le fait que cela puisse être évité. Un nombre suffisant de personnes s’intéressent sérieusement à ces questions et sont disposées à dépasser, une fois encore, les enjeux de pouvoir dont la question de savoir ce qui arrivera le premier ou que se passera-t-il lorsque l’IA deviendra ce qu’on appelle une intelligence artificielle générale, et ainsi de suite. Nous devons donc continuer à travailler car nous ne pouvons pas rester les bras croisés en prétendant que rien ne se produira.»

Montée de l’extrême droite

Questionné enfin sur la «montée saisissante de partis extrémistes en Allemagne», le pape pense «intéressant d’étudier et d’analyser s’il existe, et de quelle manière, un lien, entre la progression de ces groupes d’extrême droite et le fait que l’extrême droite se fragmente aujourd’hui, comme on le voit avec un groupe particulier qui devient encore bien plus extrême que d’autres groupes dits d’extrême droite.»

Il a ajouté : «On constate parallèlement l’expression d’une combinaison entre ces positions d’extrême droite et une certaine forme de religion. Mais à mes yeux et à ceux de responsables de l’Église catholique et de l’Église protestante en Allemagne, ils ne constituent pas une expression authentique du christianisme.»

Il a conclu : «Nous revenons une fois encore aux valeurs de l’Évangile, qui ne sont pas celles de la haine et de la division, mais celles de la compréhension, de la compassion et de l’accompagnement. J’espère profondément - et, espérons-le, l’Église peut également y contribuer - que nous trouverons les moyens de nous adresser à une majorité de personnes de bonne volonté, qui comprendront combien leur engagement, y compris dans leur participation aux processus politiques, est important pour leur permettre de faire des choix clairs en faveur du bien commun, et non en faveur d’idées extrémistes susceptibles de causer beaucoup plus de dommages que nous ne le percevons aujourd’hui. Je pense donc que nous devons tous encourager cela: pour notre part, en tant qu’Église, il s’agit, dans le cadre de la doctrine sociale de l’Église, de parler de ces valeurs qui donnent la vie, de les enseigner et de les prêcher, et non de promouvoir la destruction, la division et la haine.»




METZ : LÉON XIV, ENTRE FORCE ET RETENUE


J’attendais beaucoup de Metz. Et cette fois, je ne dirai pas « peut-être trop ».

Après trois jours au cours desquels Léon XIV avait habitué la France à des prises de parole souvent fortes, parfois directement dérangeantes, cette dernière étape semblait devoir être le point culminant de son voyage. Il y avait tout : la ville frontière, le Concordat, Robert Schuman, la mémoire des guerres, l’Europe, une rencontre interreligieuse et, au cœur de tout cela, un pape venu parler des « racines de l’Europe pour la paix et l’unité » au moment même où notre continent réapprend à parler le langage du réarmement.

Quelques minutes auparavant, lors de la rencontre interreligieuse et de la présentation de l’Appel de Metz, Léon XIV avait déjà posé une ligne très claire : “Invoquer le nom de Dieu pour légitimer la violence ou l’oppression est une profanation de ce nom.” Et il avait ajouté que le discours religieux devait “désarmer les cœurs et les mots”.

C’était un de ces moments où l’Histoire semble préparer elle-même la scène. Léon XIV pouvait frapper très fort. Il ne l’a fait qu’à moitié.

Son choix a été de marcher longuement dans les pas de Robert Schuman. Personne ne contestera l’évidence du symbole. Schuman est l’homme qui avait compris, après deux massacres européens, que la paix ne pouvait plus reposer seulement sur l’équilibre des forces, mais sur le droit, la coopération, l’interdépendance et la confiance. Mais précisément : nous connaissions Schuman. Nous avions besoin d’entendre le pape parler à l’Europe de 2026.

Et lorsqu’il l’a fait, il a montré à quel point il aurait pu aller plus loin.


« Il faut se garder de l’illusion du réarmement. »

Cette phrase, aujourd’hui, n’est pas neutre. Elle a été prononcée en France, devant Emmanuel Macron, qui défend une doctrine presque inverse : « Pour rester libre, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant. » Sous sa présidence, le budget des armées aura doublé en dix ans et 36 milliards d’euros supplémentaires sont prévus entre 2026 et 2030 pour accélérer le réarmement français.

Alors cessons de nous laisser hypnotiser par les sourires et cette complicité soigneusement mise en scène depuis le début du voyage. Elle donne l’image d’une proximité, parfois presque d’un consensus, qui n’existe pas sur cette question essentielle. Macron fait de la puissance militaire et de la capacité à inspirer la crainte une condition de la sécurité. Léon XIV a mis en garde contre « l’illusion du réarmement ».

Et il a posé la vraie question : « Favoriser la paix est une œuvre active. Aujourd’hui, il faut se demander si nous faisons réellement des efforts créatifs pour promouvoir la paix mondiale, ou si nous cherchons simplement à endiguer l’hémorragie de la guerre et à mieux nous préparer à celles que nous supposons devoir encore venir. » 

Voilà précisément pourquoi je reste frustré.

Un pape n’est pas seulement attendu pour produire une bonne analyse de la réalité. D’autres peuvent le faire. Diplomates, historiens, universitaires, experts savent expliquer Schuman, le multilatéralisme, le droit international et les fractures européennes. D’un pape, dans un moment pareil, j’attends aussi cette parole qui ne se contente pas d’analyser le monde mais vient le déranger.

L’occasion était exceptionnelle. Il avait le lieu, l’audience, les mots, les puissants au premier rang et cette contradiction presque spectaculaire entre une Europe qui se prépare à la guerre et une Europe qui continue d’affirmer que son horizon est la paix. Il avait devant lui le temple, les prêtres du Sanhédrin, les marchands de fumée. Il pouvait donner un grand coup de pied dans la fourmilière. Il ne l’a pas donné. 


Je ne lui demande évidemment pas de transformer Metz en meeting politique ni de désigner Macron du doigt. Mais après avoir parlé de « l’illusion du réarmement », il pouvait pousser sa propre interrogation beaucoup plus loin : quelle paix préparons-nous lorsque nous consacrons toujours davantage de moyens, d’intelligence, d’industrie et de discours publics à préparer la guerre ? À quel moment la dissuasion cesse-t-elle seulement de dissuader pour finir par installer la guerre dans nos têtes comme un avenir presque inévitable ?

C’est cela que j’aurais voulu entendre davantage. Non pas une dénonciation facile des armées ou du droit d’un pays à se défendre, mais une parole capable de secouer cette nouvelle évidence politique selon laquelle plus d’armes conduiraient presque mécaniquement à plus de paix.


Et pourtant, c’est ailleurs que Léon XIV a trouvé les mots les plus durs.

Lorsqu’il a parlé du droit international et du multilatéralisme, il a rappelé qu’ils constituent « le meilleur antidote à la volonté de domination, qui est à l’origine de tout conflit ». Puis il a lancé : « Aujourd’hui, les relations humaines et entre les États deviennent de plus en plus barbares. La valeur de la parole donnée est méprisée ; on se vante plutôt du mensonge et de la tromperie. »

Cette phrase est terrible parce qu’elle décrit notre époque avec une précision presque cruelle. Les traités sont respectés lorsqu’ils conviennent, les engagements abandonnés lorsque le rapport de force change, le mensonge revendiqué comme tactique, la brutalité présentée comme franchise. Beaucoup de responsables politiques ont dû avoir les oreilles qui sifflent.

Là, Schuman cesse enfin d’être seulement une référence historique pour redevenir un miroir. Car l’Europe n’est pas née seulement de l’économie. Elle est née de cette idée révolutionnaire que des nations qui s’étaient massacrées pouvaient accepter de soumettre une partie de leur puissance à une règle commune parce qu’elles se faisaient à nouveau confiance. Lorsque la parole donnée ne vaut plus rien, c’est cette confiance qui disparaît. Et sans confiance, il n’y a plus beaucoup d’Europe.

Il y avait d’ailleurs dans la salle une absence qui m’a frappé : celle des principales institutions européennes. On parlait des « racines de l’Europe pour la paix et l’unité », mais l’Europe institutionnelle était singulièrement discrète. Ce n’était pas un sommet européen, bien sûr, mais une visite apostolique en France, et il serait excessif d’attendre tout Bruxelles à Metz. Reste l’image : au moment où le pape interrogeait l’avenir de l’Europe, ni la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, ni la présidente du Parlement Roberta Metsola n’étaient là. Dans la période que nous traversons, ce n’est pas tout à fait anodin.


La suite du discours a touché à l’autre grande question européenne : l’immigration. Léon XIV a évoqué ces hommes et ces femmes qui fuient « les théâtres de guerre et les persécutions » ou cherchent une vie meilleure loin de la pauvreté et de la misère. Mais il ne s’est pas contenté du mot accueil.

« Accueillir une personne signifie l’intégrer comme dans sa propre famille », en lui permettant de développer ses talents, mais aussi « d’entrer dans l’esprit de la maison qui l’accueille ».

Cette phrase me paraît essentielle parce qu’elle refuse les deux facilités qui paralysent notre débat. Elle refuse la fermeture identitaire qui voit dans l’étranger une menace par principe, mais elle refuse aussi l’idée d’une société qui pourrait accueillir sans plus savoir ce qu’elle est. Accueillir n’est pas juxtaposer. Intégrer n’est pas effacer. Une maison ne doit pas obliger celui qui arrive à cesser d’être lui-même, mais elle doit encore être capable de lui dire dans quelle maison il entre.

C’est une question qui m’accompagne depuis longtemps, dans mes conférences comme dans RADICI, la revue franco-italienne que je dirige depuis plus de vingt ans : comment accueillir l’autre sans renoncer à soi, et comment parler d’intégration sans transformer l’identité en forteresse.

Le pape a parlé d’une “rencontre sans précédent entre peuples et cultures” qui appelle à “une redécouverte créative de nos racines” et, en même temps, à “une écoute attentive de l’autre”. Là se trouve peut-être l’une des idées les plus européennes de Metz : il ne demande ni d’oublier ce que nous sommes, ni de nous barricader derrière ce que nous avons été.

Et là m’est revenue une phrase de Paul Ricœur, que j’ai eu l’honneur d’interviewer, ou plus exactement le titre magnifique de l’un de ses livres : Soi-même comme un autre.

Je n’en fais pas la clé du discours de Metz. Mais elle éclaire ce qui, pour moi, est au cœur du problème européen : l’unité ne naît pas de la disparition des différences. Elle suppose au contraire que nous soyons capables de vivre avec elles sans qu’elles se transforment en hostilité. Et c’est peut-être ici que se joue désormais l’avenir européen.


C’est aussi pour cela que la progression des forces nationalistes et d’extrême droite à travers l’Europe pose une question qui dépasse largement l’immigration. Si ces forces imposent progressivement une autre conception du continent — moins de droit commun, moins de multilatéralisme, davantage de souverainetés concurrentes, de frontières et de rapports de force — ce n’est pas seulement telle politique européenne qui changera. C’est peut-être la nature même du projet.

Le danger n’est pas forcément que l’Union européenne disparaisse. Il est qu’elle conserve son drapeau, ses institutions et ses sommets tout en cessant peu à peu d’être ce pour quoi elle avait été créée.

Et il serait trop facile de mettre toute cette évolution sur le dos de ceux qui ne sont pas encore au pouvoir. Le durcissement a déjà commencé ailleurs : sur l’immigration, sur les frontières, sur la puissance militaire, jusque dans notre vocabulaire politique. Une partie de l’Europe s’habitue déjà aux idées qu’elle prétend combattre.

Voilà pourquoi ma frustration de Metz demeure, malgré la force de plusieurs phrases de Léon XIV. Ce n’est justement pas parce qu’il n’a rien dit. C’est parce qu’il a dit assez pour montrer qu’il avait parfaitement identifié le danger, mais pas assez pour produire la rupture que le moment permettait.

Il avait nommé « l’illusion du réarmement ». Il avait parlé de relations entre États devenues « de plus en plus barbares », du mépris de la parole donnée, du mensonge et de la tromperie. Il avait les mots, le lieu, l’audience et le moment.

J’aurais aimé qu’il fasse de tout cela un choc.

Qu’à un moment il quitte Schuman, descende de la tribune de l’Histoire et entre franchement dans l’arène. Qu’il ne nous dise pas seulement de nous méfier de l’illusion du réarmement, mais jusqu’où cette illusion peut nous conduire. Qu’il ne constate pas seulement la barbarisation des relations internationales, mais qu’il rappelle aux puissants que la barbarie commence précisément lorsque la puissance se croit libérée du droit.

Je reste un simple citoyen animé par ma foi chrétienne. Je ne suis pas pape, heureusement pour beaucoup de monde, sans doute.

Mais ce matin à Metz, j’avoue que j’aurais aimé pouvoir lui souffler deux ou trois phrases.😉


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