Emmanuel Macron

 Le président de la République a pris la parole ce jeudi 24 septembre lors d’un long entretien. À cette occasion, Emmanuel Macron est revenu sur les conflits internationaux, notamment en Iran et en Ukraine, et sur leur impact sur la vie des Français.


Emmanuel Macron sur TF1 et France 2 hier soir. «La situation est grave.» Emmanuel Macron a annoncé à France 2 et TF1 jeudi l’envoi de «moyens militaires» en Arabie Saoudite, défendant son action internationale pour faire baisser les prix du carburant, sans toutefois exclure de devoir, à terme, baisser les taxes pour éviter l'envol des tarifs. S’il a assuré que les autorités faisaient «tout» pour «éviter» des pénuries, et que l’approvisionnement «en diesel, en gaz, en fioul» était garanti «d’ici à la fin de l’année», il n’a pas totalement écarté des problèmes début 2027 «si la crise devait empirer». En cause, a-t-il réaffirmé : la guerre au Moyen-Orient, et les tensions extrêmes dans les détroits stratégiques d’Ormuz et de Bab el-Mandeb, ainsi que, dans une moindre mesure, la guerre en Ukraine.







Une prise de parole qui était attendue. Emmanuel Macron s’est longuement adressé aux Français ce jeudi 24 septembre au cours d’une interview donnée à TF1 et France 2 et diffusée en direct sur CNEWS. Voici ce qu’il fallait retenir de la prise de parole du chef de l’État.

L’évolution de la menace russe

Alors que la rumeur d’une potentielle attaque de drones russes sur la France enfle depuis quelques jours, Emmanuel Macron a tenu à apporter une réponse claire sur le sujet.

«Cette information, nous pouvons la démentir, la CIA n’a pas averti les services français d’une telle attaque», a indiqué le président de la République, ajoutant : «Pour cela, je peux vous dire non. Par contre, il y a une situation qui monte en tension et qui est inquiétante».

En effet, Emmanuel Macron a rappelé que depuis quelques mois, et durant «ces dernières semaines tout particulièrement, les actes hostiles un peu partout en Europe se sont multipliés», comme ce fut notamment le cas en Allemagne avec l’attaque survenue à Leipzig.

«Aujourd’hui, la Russie considère que l’Europe, c’est la profondeur stratégique de l’Ukraine, que parce que les Européens aident les Ukrainiens et bien que l’Europe peut être visée», a alerté le chef de l’État.

«L’attaque de Leipzig a été extrêmement grave. Elle a raté mais aurait-elle réussi, il y aurait eu des morts sur le sol allemand. Aujourd’hui, il n’y a pas eu en France des attaques du type de ce qui s’est passé à Leipzig. Sinon vous l’auriez su, nous l’aurions communiqué publiquement», a-t-il tenu à rassurer.

La France se protège

Pour autant, face à cette menace «nous devons être lucides», a estimé Emmanuel Macron, qui a ajouté : «Nous devons nous préparer et nous ne sommes pas inactifs». Cette préparation de la défense française passe notamment par une meilleure protection des lieux sensibles, qu’ils soient civils, militaires ou industriels.

Par ailleurs, le président de la République a indiqué que «jeudi dernier, à (s)a demande, le ministre de l’Intérieur a réuni l’ensemble des préfets de zones pour qu’il y ait davantage de vigilance».

De plus, «nous avons tenu un conseil de défense et le Premier ministre est en train de le décliner, c’est-à-dire que région par région, tous les sites sensibles, sites civils qui le justifient, font l’objet de sécurité supplémentaire et on fait la même chose sur les sites militaires et les industriels de l’armée», a-t-il détaillé.

Le scénario d’une mobilisation russe

Outre cette montée des tensions entre la Russie et les nations européennes, l’éventualité d’une nouvelle mobilisation russe dans les jours qui viennent inquiète. Pour Emmanuel Macron, «c’est un scénario qui nous paraît crédible et il est clair qu’il y a eu plusieurs indices qui montrent que la Russie est en train de s’organiser pour faire cela».

«On parle de mobilisation, c’est-à-dire d’aller chercher de jeunes hommes pour les intégrer aux forces militaires pour accroître l’effort de guerre. Et en effet, le scénario crédible aujourd’hui est autour de 300.000 hommes», a précisé le chef de l’État.

L’impact des frappes ukrainiennes sur la crise du carburant

Sur un autre volet de cette guerre en Ukraine, qui dure depuis février 2022, le président de la République a été interrogé sur l’impact pour la France des frappes ukrainiennes sur les infrastructures pétrolières.

«Cela a un impact, c’est certain mais la première explication de l’augmentation des prix du carburant, c’est ce qui se passe à Ormuz mais ces attaques viennent aggraver le problème, c’est factuel», a reconnu Emmanuel Macron.

«Les Ukrainiens font ça parce que les Russes détruisent leurs capacités énergétiques. L’année dernière, l’Ukraine a vécu dans le froid, dans l’obscurité totale pendant des mois», a-t-il rappelé.

Une nouvelle fois, le chef de l’État a défendu une solution diplomatique pour tenter d’enrayer le problème et la crise qui en découle. «Ce que l’on propose, c’est le double moratoire, c’est-à-dire vous arrêtez de taper les raffineries russes et eux s’engagent à ne pas taper votre système énergétique et vos infrastructures civiles.   Et deuxième moratoire, l’arrêt des combats en mer Noire, parce que l’on a des dizaines de millions de tonnes de céréales qui y sont bloquées», a-t-il expliqué.

Par ailleurs, Emmanuel Macron a souligné que la prise de parole du ministre des Affaires étrangères russe à l’ONU ne rejetait pas cette proposition, mais celle d’un cessez-le-feu. «Ce n’est pas un cessez-le-feu que l’on propose (…) Donc, on va essayer de continuer de pousser dans les prochains jours» pour cette solution du «double moratoire».

Les risques de pénuries en France

Continuant sur cette problématique du carburant, Emmanuel Macron a indiqué que le gouvernement et lui-même faisaient tout pour éviter que des pénuries ne touchent le pays durant les prochains mois.

«J’ai rencontré beaucoup de nos fournisseurs étrangers pour sécuriser nos volumes. Je peux vous dire que d’ici à la fin de l’année, on s’est mis en situation d’avoir ce dont on a besoin», a promis le président, ajoutant : «Si la crise devait empirer ou durer, on va continuer d’agir pour ne pas être confronté à ces risques d’approvisionnement».

Par ailleurs, il a tenu à rassurer un peu plus les Français en indiquant : «On a des stocks et on les a reconstitués. On sera la semaine prochaine à 80% de nos stocks de gaz qui seront pleins, ce qui est l’objectif que l’on s’est donné au niveau européen. Nous Français, on a fait notre travail et on a des stocks aussi de pétrole». Avec pour objectif premier de continuer à sécuriser les volumes.

La menace de Donald Trump sur le diesel

La crise des prix du carburant ne touche pas exclusivement la France et Donald Trump a récemment menacé d’interdire la vente du diesel américain aux étrangers afin de faire baisser les prix aux États-Unis. «Une mauvaise décision» pour Emmanuel Macron.

En effet, même si la France n’est pas dépendante des États-Unis pour le diesel, cette menace de Donald Trump, si elle est mise en œuvre, «aura un impact et les prix monteront sur le diesel mondial».


«Cette décision est mauvaise et je lui ai dit (…) Je vais lui proposer entre grands pays, entre membres du G7 de se mettre autour de la table pour lui dire au lieu de faire ça, si vous voulez faire baisser les prix autant chez nous que chez vous, peut-être devrions-nous réfléchir à libérer des stocks stratégiques de manière coordonnée», a détaillé Emmanuel Macron.

La diplomatie à Ormuz pour faire baisser les prix

Afin de permettre une baisse rapide des prix à la pompe pour les Français, Emmanuel Macron estime que le levier principal doit être la diplomatie. «Aujourd’hui nous voulons d’abord agir diplomatiquement parce que la cause de tout cela, ce sont les circonstances géopolitiques».

«On a 20% des produits raffinés et du gaz qui sortent de cette région, c’est-à-dire du golfe Persique, donc le cœur de notre action cela va être d’essayer de faire baisser la tension pour que cela puisse ressortir le plus vite possible», a-t-il expliqué.

«On va continuer de tout faire avec une discussion avec les Iraniens et les Omanais pour rouvrir le détroit d’Ormuz», a-t-il promis, estimant qu’il fallait «essayer de mettre la question d’Ormuz à part du nucléaire iranien».

Au-delà du détroit d’Ormuz, Emmanuel Macron s’est investi en Arabie saoudite. «Il y a plusieurs millions de barils qui circulaient à travers l’Arabie saoudite et qui sortaient en mer Rouge dans ce qu’on appelle le site de Yanbu. Il a été très abîmé par une attaque des Houthis», a-t-il rappelé.

Ainsi, pour faire face à ce problème supplémentaire, le président de la République a annoncé : «Nous nous engageons pour le sécuriser. Aujourd’hui, c’est la discussion que nous avons finalisée avec les Saoudiens, nous allons envoyer des moyens militaires, c’est-à-dire des soldats, des radars, des systèmes de défense pour protéger le site».

«Dès que l’on détend un de ces endroits, l’impact est immédiat sur le prix à la pompe. En deux jours, vous le voyez à la pompe», a-t-il assuré.

De la diplomatie mais quid des aides ?

Mais au-delà de la diplomatie, les Français demandent des actions concrètes et la gronde prend de plus en plus d’ampleur en France, notamment face au refus du gouvernement de baisser les taxes sur le carburant.

«Ma priorité, c’est vraiment de baisser les prix et pour cela on doit régler ces sujets. Si les choses s’améliorent dans les prochains jours, les prix baisseront vite», a déclaré le président de la République, qui a une nouvelle fois défendu son approche diplomatique.

«Dans cette période, le gouvernement agit pour pouvoir accompagner des filières économiques qui en ont le plus besoin ou accompagner les Français qui roulent le plus pour un peu réduire la facture», a-t-il rappelé.

Pourtant, la baisse des taxes ne semble pas d’actualité pour le chef de l’Etat. «Notre intérêt, c’est plutôt de baisser les prix avant de baisser les taxes parce que sinon, on ferait payer aux contribuables français les conséquences de la géopolitique (…) Sur un mois, baisser 20 centimes de taxe, c’est un milliard d’euros. Ces taxes servent à financer des dépenses de l’État, des collectivités locales, et de la Sécurité sociale», a détaillé Emmanuel Macron.

Pour le président de la République, cette solution n’est pas saine. «Si vous êtes dans la démagogie budgétaire, vous le payez au carré et donc ceux qui proposent de baisser des taxes sans le financer, ils vous le feront payer tout de suite dans vos crédits consommation, automobiles ou vos emprunts», a-t-il mis en garde.

Emmanuel Macron n’a pas pour autant fermé totalement la porte à cette éventualité en cas d’aggravation de la situation : «Bien sûr le gouvernement sera à côté des Français et agira. On ne va pas laisser les prix s’envoler.»

«Les mêmes qui nous ont reproché d’avoir trop aidé pendant la crise du Covid, là ils me disent vous n’aidez pas assez», a par ailleurs pointé du doigt Emmanuel Macron, qui « ne regrette pas du tout le quoi qu’il en coûte».

Le président de la République a également tenu à souligner l’engagement pris par Total, qui depuis le début de cette crise «a plafonné ses prix et c’est une chance pour les Français».

Budget 2027

Au-delà de toutes ces préoccupations internationales, Emmanuel Macron a abordé l’échéance importante qui approche : celle du budget pour l’année 2027. Le chef de l’Etat a défendu la copie que son Premier ministre a commencé à présenter et qui fait déjà l’objet de critiques.

«La priorité du moment, c’est la stabilité financière et la stabilité politique, donc le gouvernement a raison de faire un budget solide et le Premier ministre en a présenté les équilibres. Est-ce que c’est un budget qui est excessif, qui est d’austérité ? Non, c’est un budget de responsabilité», a estimé Emmanuel Macron.

«Le gouvernement aura à présenter son budget le 1er octobre et ensuite il fera son chemin parlementaire», a-t-il ajouté. Un chemin qui ne sera pas assombri par la menace d’une nouvelle dissolution.

« Je pense qu’une dissolution ne serait pas bonne pour le pays. La première a été faite en conscience après deux ans de majorité relative (…) J’ai remis le pouvoir aux Français et ils ont fait leur choix. Si on faisait une dissolution aujourd’hui à la guerre, aux problèmes de pouvoir d’achat et à un budget à passer, l’instabilité politique», a étayé Emmanuel Macron. 

Présidentielle 2027

Enfin, ce très long entretien s’est terminé par la question de la présidentielle, qui doit avoir lieu en avril prochain et qui sonnera la fin des deux quinquennats d’Emmanuel Macron. À six mois de l’échéance, Emmanuel Macron ne se prononce pas et n’appelle pas à soutenir un candidat en particulier.

«Mon devoir, c’est d’agir face à la crise que l’on vit. Ensuite, c’est d’éclairer les Français, les forces politiques et de leur faire partager la complexité du réel que je connais. Je pense que c’est très important parce qu’il y a des femmes et des hommes qui aspirent aux plus grandes responsabilités et ils ne peuvent pas s’affranchir du réel», a-t-il conclu.


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