Zelensky dénonce la trahison de Trump jusque sur Fox. Face caméra, un vieil ami du président compare son coup de pouce à Poutine à l’apaisement face à Hitler.
Hi everyone, c’est Zeitgeist.
Je vais vous raconter les débuts mouvementés de la nouvelle porte-parole de Trump, Katie Zacharia, pourquoi son premier point presse est comparé à un “déraillement”, comment elle a fait campagne pour capter l’attention de Trump en commençant par entrer dans son téléviseur au milieu de la nuit. Et pourquoi des archives complotistes refont surface (elle fait une petite fixation sur la pédophilie chez les démocrates, apparemment).
Pendant ce temps, même le Kansas vacille à cause du prix des carburants. Même le président doit aller défendre ce bastion républicain qui n’a pas élu de sénateur démocrate depuis… 1932 !
Pour le 📚Food for Thought, un entretien de Sam Altman, le patron d’OpenAI, qui nous promet des merveilles et nous demande d’accepter les risques. Mais qui décide de ce que nous sommes prêts à risquer ?
Et pour le 🎈Bring me Joy, Paul McCartney et l’amour. Sortez les mouchoirs.
Voici le message posté cette nuit par le directeur du FBI.
“From Russia, with Love”
Clin d’œil de Kash Patel, le fidèle trumpiste choisi après la réélection pour diriger ce service de police et de renseignement, à un célèbre film d’espionnage.
🟨🟧
Bons baisers de Russie
Le deuxième de la série des James Bond, tourné en pleine guerre froide.
Le FBI a démenti il y a quelques heures la rumeur d’une visite de Kash Patel à Moscou, dans un moment très particulier.
Au moment où le président Trump est critiqué jusque dans son propre camp pour avoir conclu avec la Russie un accord sur le diesel. Je vous en parlais dans le dernier Zeitgeist. Le président s’en sert comme argument électoral en espérant limiter la casse électorale dans moins de 3 semaines. Même si l’effet sur les prix va être très limité (voire quasi nul) aux États-Unis et que cet accord va surtout aider Vladimir Poutine à financer sa guerre contre l’Ukraine.
Donald Trump est furieux que Zelensky n’ait pas obtempéré quand il lui a demandé à plusieurs reprises de cesser ses frappes sur les raffineries en Russie.
Ces derniers jours, il se sert de Zelensky comme argument électoral. Il le pointe du doigt devant sa base électorale, en accusant le président ukrainien d’être responsable de l’explosion du coût des carburants aux États-Unis. Une tentative grossière pour détourner l’attention de ses électeurs des conséquences de son propre choix funeste d’engager une guerre contre l’Iran.
Et ce n’est pas tout.
Les États-Unis de Donald Trump ont-ils délibérément omis d’avertir l’Ukraine de frappes imminentes de la Russie, qui ont causé de nombreuses victimes civiles ces dernières nuits ?
Donald Trump a-t-il demandé à Elon Musk d’altérer le fonctionnement du réseau Starlink crucial pour la défense ukrainienne ? Elon Musk écrit cette nuit que “toute limite de vitesse ou d’utilisation est décidée par l’armée américaine et, en fin de compte, par le président des États-Unis”.
Volodymyr Zelensky se sent “trahi” par Donald Trump. Il l’a dit ces dernières heures à Londres.
Avant ses deux rencontres avec le roi et le Premier ministre Burnham, il a accordé un entretien à un journaliste britannique.
Pas n’importe qui, et pas n’importe où.
Dans l’émission de Piers Morgan, très connu aux États-Unis, vieil ami de Donald Trump (depuis que Morgan a participé à la téléréalité du futur président), une figure du monde Fox.
On le voit souvent sur la chaîne conservatrice, où il est une figure familière. Parfois même à la présentation d’émissions.
Il produit depuis Londres une émission diffusée sur YouTube et sur… Fox Nation aux États-Unis, la plateforme de Fox News.
Zelensky est allé chez Piers Morgan en espérant adresser un message directement au président Trump. Il a été relayé ces dernières heures sur d’autres émissions de Fox News.
Il n’est pas allé sur Fox pour l’apaiser. On dirait plutôt qu’il voulait le dénoncer.
Quand Piers Morgan lui demande s’il se sent “trahi”, Zelensky répond “Oui.”
Zelensky tente de faire appel au peuple américain. En passant au-dessus de Trump. Il sait que beaucoup d’Américains, notamment les républicains tradis qui gardent encore le souvenir du Reagan de la guerre froide, n’ont aucune envie de se retrouver du côté de Poutine.Zelensky : “C’est dommage que nous perdions un partenaire de poids.”
Morgan : “Vous pensez que vous perdez l’Amérique ?”
Zelensky : “Oui, mais pas à cause de nous. Nous ne pouvons pas être faibles. Sinon, nous ne pouvons pas survivre (…)”
“C’est notre pays, notre corps, notre maison, nos enfants… (…)”
“Voilà pourquoi c’est douloureux quand Trump choisit un camp. Pas notre camp.”
La Russie veut qu’il [Trump] soit faible. Les élections aux États-Unis, ça leur est égal.
Zelensky affirme que les forces russes ont tenté de profiter de l’interruption de Starlink pour lancer des frappes massives dans la nuit. Il explique à Piers Morgan que les forces ukrainiennes utilisent ce logiciel pour se défendre contre les drones Shahed à réaction de Moscou.
“C’est une grave erreur.”
“Cette décision entraînera de lourdes pertes humaines… Des gens vont mourir.”
Mais ce que Fox News n’a pas relayé à l’antenne, c’est le message que le journaliste Piers Morgan a voulu adresser directement à son vieil ami Donald Trump.
Il s’est tourné vers la caméra. Pour le tancer.
Voici ce qu’il lui a dit.
“Vous savez ce que j’en pense. Je veux que l’Ukraine gagne cette guerre. Et je veux que l’Amérique, je veux que le président Trump… Je le connais depuis longtemps. Et si vous nous regardez, président Trump, faites ce qu’il faut.”
🟨🟧 Porte-parole, porte-complot
Petit droit de suite.
Dans le dernier numéro de Zeitgeist, je vous ai présenté Katie Zacharia, la nouvelle porte-parole de la Maison-Blanche.
Je vous racontais que le président l’a choisie parce qu’elle est une “fan dévouée”, pour sa fidélité sans tache.
Mais il faut que j’y revienne déjà. Car on a découvert quelques taches.
Je ne parle pas seulement de son premier point presse mardi, diffusé sur de nombreuses chaînes. Un “press briefing” très… bref, elle n’a pris que trois questions, de médias plutôt pro-Trump. Et elle n’a même pas su y répondre.
Sur la forme comme sur le fond, c'était une catastrophe.
Oh, soyons indulgents, tout le monde peut être impressionné en prenant un nouveau boulot, et ce boulot est l’un des plus difficiles à Washington.
Mais c’est comme le “déraillement” d’un train, raconte une source de la Maison-Blanche à Peter Alexander, de MS Now, qui a occupé pendant 14 ans le siège de NBC au premier rang de la salle de presse pendant d’innombrables points presse des présidents Obama, Trump et Biden.
On prend les paris ? Ce “déraillement” fera l’ouverture de Saturday Night Live samedi soir.
C’était vraiment gênant.
La vidéo mise en scène par la Maison-Blanche dans les coulisses était aussi assez grotesque.
Elle a quand même fait une annonce. La Maison Blanche a demandé à Kimberly Guilfoyle, l’ambassadrice en Grèce, de démissionner. Il se dit que le président est furieux que son ex-future belle-fille ait profité de son nom pour faire de l’argent (pour elle, pas pour lui). Crime de lèse-majesté à Trumpland.
Je referme la parenthèse. Revenons sur Katie Zacharia.
Le président a pris sa défense, peu après.
“J’ai pensé qu’elle était très bonne.”
Mais l’homme de télévision Donald Trump n’a pas dû être rassuré par le manque d’assurance de sa nouvelle recrue. Elle n’a pas du tout l’assurance combattante de Karoline Leavitt, qui a choisi de démissionner cet été.
On sait que c’est un job infernal. Qui consiste souvent à s’adresser à UN téléspectateur, devant son poste, dans le Bureau ovale à quelques pas de la salle de presse.
Demandez à Anthony Scaramucci, chargé des points presse à l’été 2017, quand Trump avait limogé son premier porte-parole au bout de quelques mois. Scaramucci, vieille connaissance de Trump, pur New-Yorkais au verbe haut, n’avait tenu que 11 jours.
En fait, la question que tout le monde se pose, c’est comment le président Trump, si exigeant avec ses porte-parole, a pu choisir quelqu’un d’aussi faible, sur le fond et sur la forme.
Politico a raconté les coulisses assez folles de ce recrutement express. Déjà, première alerte, il s’est fait dans le dos de sa chief of staff Susie Wiles, qui veille à ce que la Maison-Blanche tourne malgré les lubies du président.
Tout s’est joué sur Fox News (quelle surprise !).
Tout le monde savait que Trump cherchait une nouvelle porte-parole. Politico raconte que Katie Zacharia avait préparé son coup. Elle épluchait l’agenda de Trump, surveillait ses publications sur Truth Social pour organiser ses passages à l’antenne de Fox News aux moments où elle devinait que le président était en train de regarder. Elle avait pensé sa candidature comme une programmation télévisée.
Le Washington Examiner, qui est un magazine conservateur, bien rencardé dans les cercles républicains, confirme cette astuce de la nouvelle recrue du président.
“Selon des sources proches du processus de sélection, Zacharia a décroché le poste grâce à ses apparitions médiatiques incessantes, à sa capacité à aborder une grande variété de sujets avec un style percutant, et au soutien d’une alliée décisive au sommet de la Maison-Blanche. (…)
Jusqu’à présent, Zacharia vivait en Californie. Cela signifiait qu’elle devait se lever à une heure du matin pour intervenir dans Fox and Friends (la matinale de Fox News, sur la côte Est, donc avec trois heures d’avance sur la Californie). Certains jours, elle cumulait trois heures de télévision ou sept interventions, sans jamais prendre la moindre distance avec le président. Un point qui aura certainement beaucoup compté pour Trump, qui ne cache pas son agacement de ne pas voir davantage de gens parler de ses succès.
Prête à tout pour capter l’attention du président. Y compris au milieu de la nuit.
Elle sait que le président commence à regarder Fox News avant l’aube ? Elle accepte d’être en direct dans la pré-matinale de Fox News, quand il est plus difficile de convaincre des invités d’être en direct.
Regardez sur cette capture. Il est 5h41 du matin sur la côte Est… et donc 2h41 sur la côte Ouest, où elle vivait jusqu’à présent. Avec un fond de décor qui confirme qu’elle est à Los Angeles.
Selon les informations du Washington Examiner, Zacharia disposait également d’une alliée décisive en la personne de Natalie Harp, une proche collaboratrice surnommée “l’imprimante humaine”.”
Ah, encore Natalie Harp, si influente et si proche du président, qu’elle accompagne partout, jusqu’au golf.
“Harp, dont l’influence s’est accrue sous la deuxième administration Trump, veillait à ce que les passages télévisés de Zacharia figurent parmi les contenus présentés au président et vantait ses compétences. (…)
Le président est désormais accompagné de ces deux jeunes femmes comme le montre cette photo de Doug Mills du New York Times prise cette semaine.
Elles doivent le rassurer quand une partie de sa base électorale se détourne de lui.
Le Washington Examiner ajoute :
Zacharia s’était fait remarquer pour sa capacité à passer d’un sujet à l’autre tout en restant fidèlement alignée sur le président.”
Y compris quand des agents de l’ICE ont tué une femme à Minneapolis il y a quelques mois.
Et il n’y a pas que ça.
Est-elle vraiment avocate, comme elle le prétend ? Comme elle s’est présentée des dizaines de fois lorsqu’elle était invitée sur les chaînes d’information ?
La presse n’a pour l’instant retrouvé aucune trace d’inscription à un barreau américain, même sous son nom de jeune fille. Ou plutôt elle a tenté de passer le barreau en Californie, mais a échoué.
Mardi, un journaliste interpelle Trump :
“Dans quel État a-t-elle passé l’examen du barreau ?”
“Elle dit qu’elle est avocate. Où a-t-elle passé l’examen du barreau ? Dans quel État ?”
Le président s’écarte pour la laisser répondre. “Quand j’ai déménagé en Chine”, semble-t-elle dire.
Alors Zacharia a bien obtenu un diplôme de droit en 2011, puis travaillé dans un cabinet à Pékin. Mais cela ne fait pas d’elle une avocate. La Maison-Blanche tente de balayer ce début de controverse, assure qu’elle disposait des qualifications nécessaires pour son travail en Chine.
Qu’on se comprenne bien, qu’elle soit avocate ou pas ne fait pas d’elle une bonne ou mauvaise porte-parole. C’est la question de la vérité. La porte-parole de la Maison-Blanche est payée, sur fonds publics, pour dire la vérité au peuple américain.
Si elle ment sur son propre parcours, sur quoi d’autre peut-elle mentir ?
CNN a déterré d’autres taches.
C’est la cellule KFILE de la chaîne, menée par Andrew Kaczynski (je vous recommande de le suivre sur les réseaux, il détecte régulièrement depuis des années quelques pépites), qui a fouillé ses publications sur les réseaux sociaux. Et qu’est-ce qu’ils y ont trouvé ?
Le kit du parfait petit complotiste MAGA. Grand classique, les accusations (sans fondement) de pédophilie contre des démocrates.
Par exemple sur John Podesta, l’ancien directeur de campagne d’Hillary Clinton.
En septembre 2022, Katie Zacharia écrit sur Truth Social :
“Pédo Podesta. #pedoPodesta.”
Quelques jours plus tard, toujours sur les réseaux, elle interpelle Trump et Sean Hannity, le présentateur du 21 h–22 h de Fox News. Pourquoi la chaîne préférée du camp MAGA ne parle-t-elle pas de “quel pédophile est Podesta” ?
Ça ne vous dit peut-être rien, mais c’est une référence à ce qu’on a appelé il y a 10 ans “Pizzagate”. L’un des piliers du mouvement QAnon. Pizzagate, c’est cette histoire totalement folle (et surtout fausse) selon laquelle de hauts dirigeants du Parti démocrate auraient la main sur un réseau pédocriminel international. Qui opérerait depuis le sous-sol d’une pizzeria de Washington.
Complètement bidon. Le restaurant n’avait même pas de sous-sol.
Mais ce n’est pas drôle. En décembre 2016, quelques semaines après l’élection de Trump, un homme armé d’un fusil s’est pointé pour enquêter sur ce prétendu réseau et libérer les enfants. Ça s’est terminé par des tirs.
Et cette théorie dingue a prospéré. Si les médias disent tous que c’est faux, ah ah ah, c’est bien la preuve qu’ils sont tous ligués pour cacher quelque chose. Bref, c’est consternant, mais j’ai si souvent entendu des partisans de Trump répéter ces balivernes pendant ces années-là que ce n’est pas très surprenant qu’une “fan dévouée” comme Katie Zacharia fasse de même. Même 6 ans plus tard.
Mais qu’elle devienne la porte-parole de la Maison-Blanche nous donne une idée de son attachement aux faits et à la vérité.
Autre publication assez dingue déterrée par CNN, c’est à propos d’un article de Variety sur Timothée Chalamet, qui avait été applaudi à Venise pour son rôle dans Bones and All, un film où il incarne un jeune cannibale. Voici ce qu’écrivait Katie Zacharia :
“Les élites hollywoodiennes de la gauche radicale sont des cannibales pédophiles malades. Faites-moi changer d’avis.”
C’est un film, Katie. Un film ! Spider-Man n’est pas vraiment une araignée.
On trouve d’autres dingueries, comme lorsqu’elle relaie ce message d’un militant d’extrême droite après la défaite de Trump en 2020 :
“Les démocrates veulent mettre un masque à vos enfants et les violer. C’est leur programme satanique.”
Ou ceci, quelques semaines après l’invasion de l’Ukraine. Une image qui rassemble Hillary Clinton, Barack Obama, Joe Biden et George Soros, le mécène de nombreuses causes progressistes devenu une cible privilégiée de nombreux antisémites.
“Poutine est en guerre contre la CABALE, et l’Ukraine est de mèche avec elle.”
En 2022, elle a aussi reposté un message sur Truth Social qui appelait le président Biden “pédo-Hitler”.
Autre insinuation complotiste complètement folle, à propos de l’humoriste Joan Rivers, morte en 2014 à l’âge de 81 ans :
“Vous vous souvenez quand Joan Rivers a dit qu’Obama était gay et que Michelle avait une bite, puis qu’elle est morte subitement ?”
Autre pépite dans les archives de ses réseaux, un éclair de lucidité :
“Les élections de mi-mandat de 2026 seront un bain de sang si nous ne changeons pas de cap maintenant.”
Elle avait probablement raison, et cela risque d’être confirmé dans les prochaines semaines.
Elle accusait aussi le ministère de la Justice de Trump de “couvrir les pédophiles de l’affaire Epstein” (autre classique complotiste MAGA ? Et cela a été l’un des premiers points d’effritement de la base de Trump l’an passé).
Et c’est cette dame qui sera désormais chargée de répondre aux journalistes, et donc, à travers eux, d’informer les Américains sur le travail de l’homme le plus puissant du monde.
🟨🟧 Même le Kansas vacille
Il y a un mois, je partageais dans Zeitgeist mon étonnement de voir le vice-président Vance aller faire campagne pour les midterms au Kansas.
L’un des États les plus solidement républicains. Vance était venu y défendre un sénateur de son camp menacé par un pasteur très populaire passé dans le camp démocrate. Le fait que le Parti républicain doive mobiliser du temps et de l’argent dans ce bastion quasi centenaire confirmait son inquiétude face à une possible vague démocrate lors de ces élections de mi-mandat.
Un mois plus tard, à moins de 20 jours du scrutin, la situation s’est aggravée pour les républicains. Au point que c’est le président Trump qui, dans quelques jours, va devoir faire campagne au Kansas !
Oui, selon les sondages qui inquiètent le camp républicain, il est désormais fort possible que le Parti démocrate y gagne un siège de sénateur pour la première fois depuis… 1932.
Le jour même où Franklin Delano Roosevelt était élu président des États-Unis. Le cinéma était alors en noir et blanc, Hitler n’était pas encore arrivé au pouvoir et George V, le petit-fils de la reine Victoria, régnait sur l’Empire britannique.
Comment est-ce possible, alors qu’il y a seulement 2 ans, Trump y a devancé Harris, sa rivale démocrate, de 16 points ?
Les derniers sondages donnent le démocrate en tête, avec deux points d’avance sur le sénateur républicain. Tout cela reste dans la marge d’erreur, mais les républicains paniquent.
Un siège que les républicains pensaient pouvoir conserver pépère comme à chaque scrutin depuis plus de 90 ans est devenu ces dernières semaines un vrai champ de bataille.
Dans la politique américaine, on dit “follow the money”. Regardez où va l’argent.
Le groupe de financement des républicains pour les sénatoriales vient de retirer des dépenses publicitaires prévues dans d’autres États disputés, comme la Caroline du Nord, pour les placer sur les chaînes de télévision locales du Kansas. Jusqu’à quatorze millions de dollars.
Au fond, c’est le sénateur républicain Marshall qui avait donné la clé de son élection, dès juillet.
Il avait prédit que ça se jouerait sur le prix de l’essence en octobre. Nous y sommes. Depuis le début de la guerre en Iran, l’essence a augmenté d’environ 57 % au Kansas, le diesel de 77 %. Dans cet État agricole, en pleine période de récoltes et de semis, la facture est insupportable.
Marshall défend cette guerre et les sacrifices économiques nécessaires qui en découlent.
Et il est à la peine face à son rival démocrate, que je vous avais présenté dans un Zeitgeist précédent, un pasteur méthodiste, solidement implanté, qui tient à distance le blabla démocrate de Washington.
Efficace pour rassurer l’électorat conservateur modéré.
Il faut rester prudent, plusieurs modèles de prédiction donnent encore le républicain favori. Mais le fait que le président, après le vice-président, doive consacrer du temps et des moyens pour faire campagne au Kansas donne une idée du vent glacial qui traverse le Parti républicain à moins de 3 semaines du scrutin.
📚 Il observe notre avenir
Regardez cette une du dernier Vanity Fair.
C’est un homme de dos, les mains sur les hanches, il contemple une côte noyée dans la brume.
Sam Altman, qui s’est fait annieleibovitziser (oui, je crée un nouveau verbe). La célèbre photographe Annie Leibovitz s’est inspirée d’un célèbre tableau de Caspar David Friedrich, peint en 1818.
Une image audacieuse pour présenter l’homme qui contemple l’inconnu, à la tête d’OpenAI.
Le magazine pose cette question :
“Sam Altman voit l’avenir. En faisons-nous partie ?”
J’ai choisi cette couverture pour mon 📚Food for Thought de ce numéro. Parce qu’elle dit quelque chose de l’Amérique de 2026. Ou plutôt de ceux qui y exercent le pouvoir.
Après plusieurs années d’absence, Mark Guiducci, le directeur éditorial de Vanity Fair, ressuscite la liste du “New Establishment”, la liste des personnalités qui définissent leur époque. La première avait été lancée au début des années 90.
Ce n’est ni un classement des plus grandes fortunes ni un palmarès mondain. C’est une sélection subjective fondée sur la puissance. Les chefs d’État sont exclus (sauf le pape, retenu pour son influence humaniste).
Il faut regarder les quatre premiers. Sam Altman, Dario Amodei, Elon Musk, Jensen Huang.
Quatre hommes de la révolution de l’intelligence artificielle, devant JD Vance, sixième, et Marco Rubio, septième (présentés respectivement comme “the heir” et “the spare”, l’héritier et l’homme de rechange si l’héritier vacille).
Cette sélection subjective de Vanity Fair raconte une hiérarchie du pouvoir. Oui, ce sont ceux qui construisent les outils en train de transformer notre travail, nos connaissances et nos relations qui occupent le sommet.
Oh, on retrouve bien les Kushner, les Murdoch, les Arnault, les Ellison, etc. L’ex de Jeff Bezos et la veuve de Steve Jobs devenues des mécènes de causes influentes.
Hollywood est toujours là, avec Christopher Nolan. La présence de Tucker Carlson (dont je vous parle régulièrement dans Zeitgeist), de l’excellente Kaitlan Collins de CNN et du streamer de la gauche de la gauche Hasan Piker nous confirme que le pouvoir passe aussi par la capacité à capter l’attention et à orienter les conversations.
Zohran Mamdani, Alexandria Ocasio-Cortez et les democratic socialists figurent dans la liste.
Ce qui a changé, explique Guiducci, c’est le regard porté sur ces puissants. Les entrepreneurs des années 1990 incarnaient les héros du rêve américain. Ceux d’aujourd’hui inspirent souvent la défiance.
“Une grande partie du nouvel establishment se comporte comme l’anti-establishment.”
Ils disposent du pouvoir, mais cultivent la posture de ceux qui le combattent. Elon Musk en est le meilleur exemple.
C’est avec cette contradiction en tête que j’ai lu l’entretien avec Altman, que je vous recommande.
Le patron d’OpenAI se sent caricaturé. Si on écoute sa complainte, il est un punching-ball commode pour l’époque. Il pense que le public cherche un visage sur lequel déposer ses angoisses.“Les gens ont besoin d’un réceptacle pour leur anxiété, d’un bouc émissaire.”
Il reconnaît avoir lui-même regardé Mark Zuckerberg de cette manière, avant de le connaître.
“Je pense que je projetais ce que les gens projettent sur quelqu’un qui, à leurs yeux, a trop de pouvoir et d’influence sur le monde.”
Mais lui, qu’est-ce qu’il cherche, au fond ?
Il explique qu’il a déjà assez d’argent pour satisfaire ses envies. Ce qu’il retire de son poste, c’est autre chose.
“Je pense avoir actuellement le travail le plus intéressant, le plus passionnant et celui qui a le plus d’impact au monde.”
Et quand le journaliste avance une autre explication, le pouvoir, Altman acquiesce.
“Ce serait plus proche de la vérité.”
Il assure vouloir laisser une trace, comme un sportif se dépasse par amour du jeu ou un artiste pour créer une grande œuvre.
Altman esquisse un avenir où l’IA va permettre des progrès médicaux extraordinaires et libérer du temps pour les familles, les loisirs, les projets.
“Je veux ce remède contre le cancer. Je veux ce remède contre Alzheimer.”
“Tout va être formidable.”
Puis il ajoute qu’il existe des dangers effrayants, qu’il faut les maîtriser. Mais il demeure “incroyablement optimiste”.
“S’il faut choisir entre faire monter le cours de notre action et faire ce qui est juste pour l’avenir de l’humanité, nous ne tiendrons pas compte du cours de l’action à ce moment-là.”
Peut-on le croire ?
Il décrit deux dangers. La perte de contrôle d’une IA devenue trop puissante. Ou la concentration de cette puissance entre trop peu de mains.
Et Altman nous dit qu’il cherche un chemin entre les deux.
“Nous sommes prêts à accepter que certaines choses tournent mal pour que cette technologie soit largement accessible, utilisée et démocratique.”
“Nous allons devoir, en tant que société, accepter certains incidents de cybersécurité assez graves liés aux modèles ouverts, en échange de la liberté qu’ils apportent.”
C’est qui, ce “Nous” ?
Qui est ce “nous” qui décide de ce qui peut mal tourner ? Qui accepte le risque ? “Nous” ?
“Je suppose que certaines personnes s’en servent pour justifier leur quête de pouvoir, la concentration du pouvoir. Mais cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de risque réel.”
Altman dit qu’il refuse un avenir où un “petit clergé” disposerait seul de l’IA et agirait en “dictateurs bienveillants”.
Il voudrait qu’on retienne que cette technologie a donné du pouvoir à chacun.
Mais c’est bien lui, et ses comparses de l’IA, qui règnent désormais au sommet de cette liste du New Establishment. Et contemplent l’horizon pour nous.
🟨🟧 All my troubles seemed so far away
Mon 🎈Bring me Joy du jour, c’est l’amour.
L’amour éternel raconté dans les mots de Paul McCartney.
Entretien accordé à Good Hang, un podcast très populaire, l’un des plus écoutés aux États-Unis, lancé l’an passé par Amy Poehler, une légende de Saturday Night Live. Son émission a reçu le premier Golden Globe du meilleur podcast.
Je vous recommande vraiment cet entretien, parce que j’ai trouvé McCartney bouleversant lorsqu’Amy Poehler l’interroge sur son épouse Linda, disparue en 1998.
Entendre ce vieil homme de 84 ans parler de celle qui a partagé sa vie pendant trois décennies, et se mettre à pleurer. Amy Poehler doit lui tendre un mouchoir.
“Love was such an easy game to play
Now I need a place to hide away”
Thank you and goodbye.
PhC






































Décidément qui se ressemble s'assemble - personnages vils, incompétents, obsessionnels, affabulateurs - Sait on pourquoi la précédente porte paroles a démissionné ? Il me semble qu'elle était "moins pire" comme on dit. En attendant on croit halluciner en prenant connaissance de tout cela. Encore merci à Philippe Corbe pour ces infos