🟧 Se “casser le cul” pour “leur enfoncer ça dans le cul”
À un mois des élections, Trump multiplie les réunions publiques et les insultes pour raviver la flamme chez ses électeurs déçus. Mais même sur les terres MAGA, il peine à faire salle comble.
Hi everyone !
À suivre également dans Zeitgeist, Trump qui bat (enfin) le record de unes de TIME, qu’il voit comme le miroir de sa gloire.
À Hollywood, Paramount s’apprête à avaler Warner Bros. pour 111 milliards de dollars.
Je vais revenir sur l’affaire dont parle l’Amérique ces derniers jours. À l’université Cornell, une affaire de viols présumés relance le débat sur le consentement et l’héritage de MeToo.
Et pour retrouver le sourire, nous allons arpenter les trottoirs de New York, avec un casque sur les oreilles, grâce à Track Star, un jeu qui cartonne sur TikTok, Insta et YouTube. Ou comment transformer quelques notes de musique en souvenirs.
J’évite généralement de transformer Zeitgeist en bulletin du compte Truth Social du président Trump.
Néanmoins, c’est un bon baromètre de ses humeurs et des sujets qui l’occupent.
Hier, devant la matinale, il a décrété que c’est terminé, il ne regardera plus Fox News !
Parce que sa chaîne préférée ne montre pas assez ses réunions publiques, qu’il multiplie avant les élections de mi-mandat dans un mois.
Ces derniers jours, il sillonne des États républicains, menacés par une vague démocrate aux élections de mi-mandat.
Depuis jeudi, l’Oklahoma, le Texas, l’Alabama, l’Ohio. Ce soir, le Nebraska. Des États qui ont voté pour lui lors des trois dernières présidentielles. Où il ne devrait même pas avoir à aller faire campagne. Mais le fait qu’il soit obligé d’aller lui-même mouiller la chemise là-bas permet de deviner le péril pour les républicains, même dans les terres les plus conservatrices.
Partout, il répète le même message :
”Faites comme si j’étais candidat.”
Il veut réveiller sa base, y compris les déçus qui lui en veulent de ne pas tenir ses promesses sur le coût de la vie, ou la guerre.
Comment sa chaîne peut-elle ne pas raconter avec emphase et trompettes l’enthousiasme, l’amour, les salles pleines à craquer, les milliers de personnes qui voudraient entrer ?
Remarquez, il pourrait se réjouir que Fox ne montre pas qu’il a peiné ces derniers jours à remplir une salle modeste dans le très conservateur Alabama, comme le montrent ces photos Reuters.
Dans la même ville de Mobile où il avait tenu sa première grande réunion publique à l’été 2015. La foule était si impressionnante qu’il avait fallu déplacer la réunion publique dans un stade, qu’il avait survolé avec son avion Trump Force One.
Je me souviens de ce jour d’août 2015, c’est la première fois que j’ai mesuré l’enthousiasme que suscitait dans une Amérique rurale et conservatrice la candidature de ce présentateur de téléréalité de New York, pourtant si loin d’elle.
Je reviens à son courroux contre Fox :
”Nos partisans veulent voir nos meetings, et des reportages sur nos meetings, sur Fox News, sinon ils arrêteront très vite de regarder (comme je suis en train de le faire !)”
Et ça marche (un peu), voici ce que disait Fox News hier soir.
”Les républicains ont besoin du président Trump sur le terrain de campagne dès maintenant. Il est le meilleur porte-parole que le Parti républicain ait.”
Je vais vous raconter dans un instant quelques pépites de ses dernières réunions publiques des derniers jours. Et par exemple, samedi soir dans l’Ohio.
”Allez voter ! Si vous le faites, on va gagner, et on va gagner largement. Et on va leur enfoncer ça dans le cul.”
Il dit cela en désignant les journalistes.
Je souligne cette expression vulgaire, car elle m’a frappé. J’ai pourtant fait des dizaines de réunions publiques de Trump, j’y ai entendu des choses assez stupéfiantes, mais je remarque qu’il est beaucoup question de “cul” dans ses dernières réunions publiques, de “on va leur botter le cul”, de “me casser le cul”.
Quelques minutes plus tard, à propos des démocrates.
“C’est une bande de fils de pute débiles.”
Je vais vous raconter ses dernières réunions publiques où le président tente de raviver la flamme de 2016 et 2024.
Mais d’abord, je vais m’arrêter sur un autre message posté samedi sur Truth Social.
Il a trouvé une manière très personnelle de faire pression sur un sénateur (il l’avait déjà fait avec un rival de la primaire républicaine en 2015, ça me rajeunit).
C’est simple, il suffit de publier son numéro de portable et de demander aux électeurs de l’appeler.
Et ce n’est même pas un ennemi, ce sénateur en question. C’est même l’un de ses alliés les plus solides au Congrès, élu républicain dans une terre très conservatrice. Tom Cotton, sénateur de l’Arkansas, qui préside la commission du renseignement du Sénat, que Trump présente comme “un ami”.
“Appelez Tom sur son portable au 479-453-0533”.
“Appelez Tom sur son portable au 479-453-0533”.
Et quel est l’objet de cette querelle ?
Vous ne devinerez pas.
Le… changement d’heure. Oui, oui. Trump veut que l’heure d’été dure toute l’année.
Je vous raconte.
Oui, le président défend un texte baptisé Sunshine Protection Act (la ”loi de protection de la lumière du jour”).
Il a été adopté à la Chambre en juillet, mais reste bloqué au Sénat. Trump accuse Cotton d’être l’empêcheur de profiter du soleil.
Samedi, sur Truth Social, il demande donc aux habitants de l’Arkansas (il rappelle avoir remporté trois fois l’État) de faire pression sur leur sénateur en l’appelant.
Cotton ne flanche pas. Lui non plus n’aime pas changer d’heure. Mais si l’heure d’été se prolongeait en hiver, les levers seraient beaucoup plus tardifs.
”Les habitants de l’Arkansas ne veulent pas que leurs enfants aillent à l’école dans le noir complet, et je ferai toujours passer l’Arkansas en premier.”
Dans son État, le soleil pourrait alors ne se lever qu’à 8 heures ou 8 h 30 au cœur de l’hiver.
Tout cela n’est pas nouveau. Les États-Unis ont tenté l’heure d’été permanente en 1974. Mais l’expérience a été abandonnée en moins d’un an après qu’était monté un mécontentement sur les matinées obscures, notamment pour les trajets des enfants vers l’école.
Mais Trump s’acharne sur lui. Il assure que l’heure d’été aiderait à combattre la délinquance :
”LES CRIMINELS N’AIMENT PAS TRAVAILLER À LA LUMIÈRE.”
Le président a aussi un argument lié… au golf.
Selon lui, cette lumière supplémentaire en soirée permettrait de jouer 23 millions de parties de golf supplémentaires chaque année.
Trump raconte qu’à son club de golf, des gens ”très distingués” lui ont confié combien ils détestaient rentrer chez eux dans l’obscurité.
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Rallumer le feu
Après ce détour sur l’heure d’été, je reviens sur les réunions publiques de Trump.
L’Oklahoma jeudi. L’Alabama vendredi. L’Ohio samedi. Il est attendu ce soir dans le Nebraska, où le sénateur républicain sortant est menacé. Et il va retourner au Texas, où les républicains risquent de perdre un siège de sénateur, pour la première fois depuis les années 80.
Des États qui ont voté pour lui lors des trois dernières présidentielles.
Il pense, comme le disait Fox hier soir après s’être fait sermonner, qu’il est ”le meilleur porte-parole que le Parti républicain ait”.
C’est fort possible, surtout dans ces États où il joue en défense, des États républicains où les démocrates, selon les sondages, pourraient créer la surprise. À lui de convaincre sa base d’aller voter plutôt que de bouder.
Il veut réveiller les électeurs qui votent pour lui à la présidentielle, mais risquent de rester chez eux quand son nom ne figure pas sur le bulletin. C’était ce qui s’était passé en 2018, il avait perdu la majorité à la Chambre, et il garde un souvenir amer de ce face-à-face avec Nancy Pelosi qui avait débouché sur une procédure d’impeachment.
Mais en personnalisant autant la campagne, en en faisant un référendum sur son action, il risque aussi de mobiliser ceux qui lui en veulent. Je ne parle pas des démocrates qui le détestent et n’ont pas digéré sa réélection. Non, je parle de beaucoup d’Américains déçus, qui ne digèrent pas la hausse des prix (alors qu’il s’est fait élire sur “le prix des courses” en 2024) aggravée par la guerre en Iran (alors qu’il avait promis de ne plus engager de conflits au Moyen-Orient).
Il pense que sa meilleure carte, c’est encore lui-même.
Vendredi, dans l’Alabama :
”Je n’ai pas besoin des votes. Je ne me présente pas. Mais vous allez penser à moi comme si j’étais sur le bulletin de vote, d’accord ? Tout le monde le promet ?”
C’est pour cela qu’il est en colère contre Fox News.
Il voudrait voir à la télévision la démonstration de force qu’il pense être en train d’organiser.
À un mois des élections, pour ce qui devrait être sa dernière campagne, l’octogénaire a repris la route.
Il essaye comme il peut de sauver les majorités républicaines au Congrès.
Sa tournée doit traverser au moins 17 États. J’ai lu dans le Washington Post qu’il entend faire cinq à sept réunions publiques par semaine.
Il pense qu’il fait un travail formidable, mais que son équipe le vend très mal.
”Nous faisons un travail extrêmement mauvais en matière de promotion et un travail extrêmement bon pour gouverner le pays.”
C’est pour cela qu’il reprend les choses en main.
Je vous le disais, vendredi, il est revenu à Mobile, en Alabama, qui fut la première capitale de la Louisiane française.
C’est une ville importante dans sa mythologie personnelle. C’est là qu’en août 2015, quelque 30 000 personnes s’étaient rassemblées dans un stade de football pour écouter ce candidat que beaucoup traitaient encore comme une curiosité. C’était la première fois qu’on pouvait deviner l’ampleur du phénomène Trump.
C’est ce qu’il y a dit vendredi soir :
“Tout a commencé ici, en quelque sorte.”
Onze ans plus tard, la réunion se tenait dans une salle de basket d’environ 10 000 places. Et elle n’était pas pleine. Il y avait des centaines de sièges vides dans les gradins supérieurs, des sections presque entièrement désertes.
Ceux qui étaient venus applaudissaient pourtant, criaient leur amour du président. La flamme brûle encore. Mais elle est plus fragile. Et elle éclaire moins.
Pour rallumer le feu, il teste des arguments. Comment rassurer une partie de sa base amère des conséquences de la guerre en Iran ?
”L’essence. Vous payez un prix, mais oh boy, c’est un petit prix en comparaison de ce que ce serait si ces cinglés étaient autorisés à avoir une arme nucléaire.”
Samedi soir, près de Dayton, dans l’Ohio, Trump venait soutenir Vivek Ramaswamy, candidat au poste de gouverneur, et le sénateur Jon Husted, menacé par son rival démocrate dans un État qu’il avait remporté avec onze points d’avance en 2024.
Là encore, quelques sièges vides dans les gradins du gymnase, qui peut accueillir jusqu’à 5 000 personnes.

Trump promet une “grande surprise” électorale face aux démocrates :
“C’est une bande de sales fils de pute.”
“Je vous demande simplement de faire semblant que je suis candidat, parce que si on le fait, on va gagner, et gros.”
“Tous ces sondages bidons oublient une chose : ils ne tiennent pas compte du fait que Trump fait campagne. Ils n’avaient jamais imaginé que ça arriverait. Et c’est leur faute, parce qu’ils nous ont déchaînés, et on va vraiment… comme dirait le coach : allez, on va leur botter le cul !”
“Allez voter ! Si vous le faites, on va gagner, et on va gagner largement. Et on va leur enfoncer ça dans le cul.”
Mais il peine à masquer une forme de lassitude.
Jeudi, au Texas, à propos du candidat républicain au Sénat Ken Paxton qu’il est venu soutenir, et qui est devancé dans les sondages par un démocrate :
“Il peut être chiant, parfois, je vais être franc. Au fait, il est là ? Ah, le voilà. Je ne savais même pas s’il était là ! Je m’en fiche.”
Et samedi soir dans l’Ohio.
“J’avais une vie formidable, une belle vie toute simple avant tout ça. Je n’étais pas obligé d’être ici un samedi soir, à faire tout ça, à me casser le cul devant vous.
J’aurais pu être chez moi. J’aurais pu être à Monte-Carlo.
J’aurais pu être où je voulais, bordel.”
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Trump plus fort que Nixon
Un record. Un chiffre. Cinquante-six.
Donald Trump vient de battre le vieux record de Richard Nixon. Avec sa nouvelle une de TIME, publiée à l’occasion d’un entretien à la Maison-Blanche (notez la pose triomphante sur le nouvel héliport qu’il a fait bâtir sur la pelouse), il devient celui qui a fait le plus souvent la couverture du prestigieux magazine.
Le record de Nixon vient de tomber, après un demi-siècle. Il devait beaucoup au Watergate.
C’est bien cela que mesure cette collection de couvertures. La place occupée par une personnalité dans l’actualité, pour le meilleur et pour le pire.
Mais pour Trump, nul doute, c’est un trophée dont il est fier.
Le directeur de TIME, Sam Jacobs, raconte que le président tient une comptabilité très précise. Sur ses 55 précédentes couvertures, il lui a confié en avoir aimé 17.
Seulement dix-sept. Il a fait le tri.
Je vous avais raconté ici au printemps 2024 cette étrange obsession. Depuis, il a été désigné Personnalité de l’année en décembre 2024, pour la deuxième fois après 2016.
Pour comprendre cette fascination du New-Yorkais pour le magazine TIME, il faut revenir au monde dans lequel Donald Trump est devenu célèbre. Les années 1980, quand les newsmagazines étaient des institutions. Leur couverture était un sacre. La galerie de ceux qui comptent. Ceux dont on parle. Le liseré rouge de TIME offrait une place de choix dans le grand récit américain.
Sa première une, c’est en 1989. Après le succès de The Art of the Deal. Dans l’Amérique post-Reagan, il incarne alors le luxe, l’argent, l’ambition immobilière. Le magazine cite alors cette phrase, qui pourrait encore s’appliquer aujourd’hui :
“J’ai une stratégie absolue, mais c’est une stratégie innée, impossible à définir.”
Il l’avait tellement aimée qu’il avait accroché cette couverture au-dessus d’un urinoir dans les toilettes pour hommes de Mar-a-Lago.
Pour Trump, TIME devient un baromètre. En 2012, il s’indigne sur Twitter en prétendant que TIME a perdu toute crédibilité. Pourquoi ? Il n’a pas été sélectionné dans la liste des 100 personnalités les plus influentes du monde.
En 2013, rebelote, il traite la liste de “blague” et de “farce”, prédit la mort prochaine du magazine.
TIME le remet régulièrement en couverture à partir de l’été 2015, quelques semaines après sa déclaration de candidature à la Maison-Blanche.
Le candidat salue “un grand honneur”.
Pour la séance photo, il pose dans son bureau de la Trump Tower avec un aigle à tête blanche. L’oiseau se montre peu coopératif. Les images de cette séance mouvementée deviennent virales.
“J’adore le magazine TIME. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour une couverture…”
Je me souviens, j’étais alors correspondant à New York, et au-delà de cette séance photo perturbée, c’était un entretien intéressant. TIME était la première publication de référence à prendre sa candidature au sérieux. Oui, TIME, et ce dernier entretien ne fait pas exception, a pris Trump au sérieux depuis son entrée en politique.
Cela n’a pas empêché le magazine de le décrire comme un démagogue, de raconter ses échecs, ses procès, ses procédures de destitution. Et de mettre en couverture des dessins d’illustrateurs qui font de son visage orange et de ses cheveux jaunes un personnage immédiatement reconnaissable. Les couvertures deviennent elles-mêmes des commentaires politiques.
Trump continue de les compter.
En janvier 2017, au lendemain de son installation à la Maison-Blanche, il se rend au siège de la CIA. Devant les agents du renseignement, il se vante de ses apparitions en une du magazine.
“Je pense que nous avons le record absolu dans l’histoire du magazine TIME.”
Il en revendique quatorze ou quinze. Il n’en a alors que onze, dont huit en 2016. Et le record de Nixon semble inatteignable.
Son goût pour ces couvertures est tel qu’il va jusqu’aux contrefaçons !
Plusieurs de ses clubs de golf exposent de fausses unes à sa gloire, comme l’a révélé le Washington Post dès 2017. TIME a demandé leur retrait, en vain.
Pour ce dernier entretien, Trump a fait visiter ses chantiers à la Maison-Blanche. Il est fier de son nouvel héliport, de ses nouvelles poignées dorées, de sa future salle de bal. Il explique que ces chantiers le détendent.
Le papier décrit pourtant une présidence dans la tourmente, avec la guerre en Iran qui s’enlise, des prix qui grimpent, une majorité parlementaire menacée par une vague démocrate aux élections dans moins d’un mois.
Le journaliste de TIME voit dans cette passion pour les travaux une façon de retrouver du contrôle. Trump peut décider de l’épaisseur d’un mur, de l’endroit où poser une pierre, quand les événements semblent lui échapper.
Il lui demande ce qui lui manquera le plus quand sa présidence sera terminée.
“Cette magnifique pièce.”
Il parle du Bureau ovale. Il a tellement chargé les murs de décorations dorées qu’il ne lui reste plus de place pour y accrocher toutes les unes de TIME dont il est si fier.
🟨🟧
“That’s all, folks”
Autre une que je veux vous signaler, celle de Variety, la référence de l’industrie hollywoodienne, pour raconter la plus grosse fusion de l’histoire de Hollywood. 111 milliards de dollars !
Vous apercevez Bugs Bunny, symbole de Warner Bros. Et la référence au “That’s all, folks” des dessins animés WB. Il va se faire attraper par la boîte Paramount.
On arrive au bout du rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance, dirigé par David Ellison, le fils d’un ami du président, qui a déjà repris en main CBS et qui s’offre désormais CNN et HBO. Paramount a réglé la procédure anticoncentration menée par une coalition de 12 États démocrates, ce qui lève le dernier obstacle juridique majeur à son acquisition de Warner Bros.
Et je voulais la montrer car elle montre aussi ce qui s’est passé en neuf mois. Il y a d’abord eu l’annonce du rachat par Netflix, en décembre. Un accord de 82,7 milliards de dollars pour acquérir les studios de Warner Bros. et HBO Max.
Première une.
Puis le boulet Paramount, aidé par le président Trump, pour démolir l’offre Netflix. Une offre en cash qui valorise la Warner à 111 milliards de dollars. Voyez cette une de février.
Et voici donc le périmètre gigantesque de cette nouvelle entité qui s’appellera Skydance.
C’est ce qu’il y a dit vendredi soir :
“Tout a commencé ici, en quelque sorte.”
Onze ans plus tard, la réunion se tenait dans une salle de basket d’environ 10 000 places. Et elle n’était pas pleine. Il y avait des centaines de sièges vides dans les gradins supérieurs, des sections presque entièrement désertes.

”Même si vous détestez Jon Husted, même si vous détestez Vivek Ramaswamy, vous allez vous déplacer, vous allez voter !”
Trump promet une “grande surprise” électorale face aux démocrates :
“C’est une bande de sales fils de pute.”
“Je vous demande simplement de faire semblant que je suis candidat, parce que si on le fait, on va gagner, et gros.”
“Tous ces sondages bidons oublient une chose : ils ne tiennent pas compte du fait que Trump fait campagne. Ils n’avaient jamais imaginé que ça arriverait. Et c’est leur faute, parce qu’ils nous ont déchaînés, et on va vraiment… comme dirait le coach : allez, on va leur botter le cul !”
“Allez voter ! Si vous le faites, on va gagner, et on va gagner largement. Et on va leur enfoncer ça dans le cul.”
Mais il peine à masquer une forme de lassitude.
Jeudi, au Texas, à propos du candidat républicain au Sénat Ken Paxton qu’il est venu soutenir, et qui est devancé dans les sondages par un démocrate :
“Il peut être chiant, parfois, je vais être franc. Au fait, il est là ? Ah, le voilà. Je ne savais même pas s’il était là ! Je m’en fiche.”
Et samedi soir dans l’Ohio.
“J’avais une vie formidable, une belle vie toute simple avant tout ça. Je n’étais pas obligé d’être ici un samedi soir, à faire tout ça, à me casser le cul devant vous.
J’aurais pu être chez moi. J’aurais pu être à Monte-Carlo.
J’aurais pu être où je voulais, bordel.”
🟨🟧 Trump plus fort que Nixon
Un record. Un chiffre. Cinquante-six.
Donald Trump vient de battre le vieux record de Richard Nixon. Avec sa nouvelle une de TIME, publiée à l’occasion d’un entretien à la Maison-Blanche (notez la pose triomphante sur le nouvel héliport qu’il a fait bâtir sur la pelouse), il devient celui qui a fait le plus souvent la couverture du prestigieux magazine.
Le record de Nixon vient de tomber, après un demi-siècle. Il devait beaucoup au Watergate.
C’est bien cela que mesure cette collection de couvertures. La place occupée par une personnalité dans l’actualité, pour le meilleur et pour le pire.
Mais pour Trump, nul doute, c’est un trophée dont il est fier.
Le directeur de TIME, Sam Jacobs, raconte que le président tient une comptabilité très précise. Sur ses 55 précédentes couvertures, il lui a confié en avoir aimé 17.
Seulement dix-sept. Il a fait le tri.
Je vous avais raconté ici au printemps 2024 cette étrange obsession. Depuis, il a été désigné Personnalité de l’année en décembre 2024, pour la deuxième fois après 2016.
Pour comprendre cette fascination du New-Yorkais pour le magazine TIME, il faut revenir au monde dans lequel Donald Trump est devenu célèbre. Les années 1980, quand les newsmagazines étaient des institutions. Leur couverture était un sacre. La galerie de ceux qui comptent. Ceux dont on parle. Le liseré rouge de TIME offrait une place de choix dans le grand récit américain.
Sa première une, c’est en 1989. Après le succès de The Art of the Deal. Dans l’Amérique post-Reagan, il incarne alors le luxe, l’argent, l’ambition immobilière. Le magazine cite alors cette phrase, qui pourrait encore s’appliquer aujourd’hui :
“J’ai une stratégie absolue, mais c’est une stratégie innée, impossible à définir.”
Il l’avait tellement aimée qu’il avait accroché cette couverture au-dessus d’un urinoir dans les toilettes pour hommes de Mar-a-Lago.
Pour Trump, TIME devient un baromètre. En 2012, il s’indigne sur Twitter en prétendant que TIME a perdu toute crédibilité. Pourquoi ? Il n’a pas été sélectionné dans la liste des 100 personnalités les plus influentes du monde.
En 2013, rebelote, il traite la liste de “blague” et de “farce”, prédit la mort prochaine du magazine.
TIME le remet régulièrement en couverture à partir de l’été 2015, quelques semaines après sa déclaration de candidature à la Maison-Blanche.
Le candidat salue “un grand honneur”.
Pour la séance photo, il pose dans son bureau de la Trump Tower avec un aigle à tête blanche. L’oiseau se montre peu coopératif. Les images de cette séance mouvementée deviennent virales.
“J’adore le magazine TIME. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour une couverture…”
Je me souviens, j’étais alors correspondant à New York, et au-delà de cette séance photo perturbée, c’était un entretien intéressant. TIME était la première publication de référence à prendre sa candidature au sérieux. Oui, TIME, et ce dernier entretien ne fait pas exception, a pris Trump au sérieux depuis son entrée en politique.
Cela n’a pas empêché le magazine de le décrire comme un démagogue, de raconter ses échecs, ses procès, ses procédures de destitution. Et de mettre en couverture des dessins d’illustrateurs qui font de son visage orange et de ses cheveux jaunes un personnage immédiatement reconnaissable. Les couvertures deviennent elles-mêmes des commentaires politiques.
Trump continue de les compter.
En janvier 2017, au lendemain de son installation à la Maison-Blanche, il se rend au siège de la CIA. Devant les agents du renseignement, il se vante de ses apparitions en une du magazine.
“Je pense que nous avons le record absolu dans l’histoire du magazine TIME.”
Il en revendique quatorze ou quinze. Il n’en a alors que onze, dont huit en 2016. Et le record de Nixon semble inatteignable.
Son goût pour ces couvertures est tel qu’il va jusqu’aux contrefaçons !
Plusieurs de ses clubs de golf exposent de fausses unes à sa gloire, comme l’a révélé le Washington Post dès 2017. TIME a demandé leur retrait, en vain.
Pour ce dernier entretien, Trump a fait visiter ses chantiers à la Maison-Blanche. Il est fier de son nouvel héliport, de ses nouvelles poignées dorées, de sa future salle de bal. Il explique que ces chantiers le détendent.
Le papier décrit pourtant une présidence dans la tourmente, avec la guerre en Iran qui s’enlise, des prix qui grimpent, une majorité parlementaire menacée par une vague démocrate aux élections dans moins d’un mois.
Le journaliste de TIME voit dans cette passion pour les travaux une façon de retrouver du contrôle. Trump peut décider de l’épaisseur d’un mur, de l’endroit où poser une pierre, quand les événements semblent lui échapper.
Il lui demande ce qui lui manquera le plus quand sa présidence sera terminée.
“Cette magnifique pièce.”
Il parle du Bureau ovale. Il a tellement chargé les murs de décorations dorées qu’il ne lui reste plus de place pour y accrocher toutes les unes de TIME dont il est si fier.
🟨🟧 “That’s all, folks”
Autre une que je veux vous signaler, celle de Variety, la référence de l’industrie hollywoodienne, pour raconter la plus grosse fusion de l’histoire de Hollywood. 111 milliards de dollars !
Vous apercevez Bugs Bunny, symbole de Warner Bros. Et la référence au “That’s all, folks” des dessins animés WB. Il va se faire attraper par la boîte Paramount.
On arrive au bout du rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance, dirigé par David Ellison, le fils d’un ami du président, qui a déjà repris en main CBS et qui s’offre désormais CNN et HBO. Paramount a réglé la procédure anticoncentration menée par une coalition de 12 États démocrates, ce qui lève le dernier obstacle juridique majeur à son acquisition de Warner Bros.
Et je voulais la montrer car elle montre aussi ce qui s’est passé en neuf mois. Il y a d’abord eu l’annonce du rachat par Netflix, en décembre. Un accord de 82,7 milliards de dollars pour acquérir les studios de Warner Bros. et HBO Max.
Première une.
Puis le boulet Paramount, aidé par le président Trump, pour démolir l’offre Netflix. Une offre en cash qui valorise la Warner à 111 milliards de dollars. Voyez cette une de février.
Et voici donc le périmètre gigantesque de cette nouvelle entité qui s’appellera Skydance.
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L’affaire qui trouble l’Amérique
C’est l’affaire dont parle l’Amérique ces derniers jours.
Elle se passe dans la prestigieuse université Cornell, dans l’État de New York.
Une ancienne étudiante affirme avoir été violée pendant près de sept heures, dans la nuit du 19 octobre 2024, par des étudiants.
Elle avait alors 20 ans. Elle raconte avoir été poussée à prendre de la kétamine alors qu’elle avait déjà trop bu.
C’est devenu une histoire traitée par les médias nationaux il y a quelques jours parce que cette étudiante vient de saisir la justice, sous le pseudonyme de Jane Doe, contre sept étudiants, l’université Cornell, la fraternité Chi Phi et sa sororité.
Les fraternités et sororités sont des organisations d’étudiants qui gèrent souvent de larges bâtisses sur les campus.
Les hommes nient. Aucun n’a été inculpé. Ils contestent les accusations de viols. Quatre reconnaissent des relations ou contacts sexuels, mais consentis selon eux. Les autres assurent ne pas y avoir participé.
L’affaire est complexe parce que la jeune femme avait d’abord échangé des messages avec certains de ces hommes avant de les accuser de viol. Par ailleurs, dans l’État de New York, la consommation d’alcool et de kétamine complique la reconnaissance légale d’une absence de consentement.
Le procureur local avait renoncé aux poursuites. Il estimait ne pas avoir suffisamment de preuves.
Cornell se défend en expliquant avoir prononcé des exclusions et des suspensions. Seulement deux hommes ont été exclus, corrige l’avocat de “Jane Doe”. Certains ont été punis… par l’obligation de rédiger des dissertations, parmi d’autres sanctions minimes. La fraternité a été bannie du campus.
Le procureur a finalement décidé de rouvrir le dossier. La gouverneure (démocrate) de New York a demandé à la procureure générale (l’équivalent du ministre de la Justice pour l’État de New York) de se charger du dossier. Son nom vous dit peut-être quelque chose. Letitia James avait été chargée de l’une des affaires Trump avant sa réélection.
Il n’en fallait pas plus pour que le président s’en mêle. Il dénonce une procureure corrompue et prévient les accusés de l’affaire Cornell qu’ils risquent d’être traités injustement.
Voilà pour le résumé de cette affaire qui déchire l’Amérique.
Et j’ai décidé de faire mon 📚Food for Thought sur l’échange intéressant à ce sujet que j’ai entendu dans The Opinions, un balado qui rassemble différents éditorialistes du New York Times, certains plus conservateurs, d’autres plus libéraux.
Parce qu’à partir de cette affaire Cornell, plusieurs questions se posent.
Ce qui est légal est-il moral ? Je vais y revenir dans un instant.
La question du consentement.
Et celle de l’héritage de MeToo. Presque 10 ans après, qu’est-ce qui a changé ?
Les éditorialistes Jamelle Bouie (libéral) et David French (conservateur) ne sont pas tout à fait du même avis. Ils sont d’accord pour reconnaître que l’écho de cette affaire dépasse largement ce qui s’est passé à Cornell.
Pour Bouie, on ne peut comprendre la colère nationale des derniers jours sur cette affaire sans prendre en compte le climat politique américain. Il affirme que le mouvement trumpiste valorise une masculinité agressive et dominatrice. Il rappelle que le président lui-même a été reconnu responsable au civil d’abus sexuels. Il pense que l’idée que des étudiants d’une université de l’élite puissent échapper aux conséquences de violences sexuelles est la preuve que #MeToo n’a pas changé grand-chose.
David French est encore plus sévère. À l’entendre, il y a eu un recul, ces dix dernières années.
Selon lui, ça s’est passé en trois étapes :
D’abord, après les révélations sur Harvey Weinstein, des hommes puissants ont enfin dû répondre de leurs comportements. Puis cette exigence a aussi produit (selon lui) des excès. Ces excès ont fini par discréditer l’ensemble du mouvement, constate David French.
Selon cet éditorialiste du New York Times, l’Amérique serait passée d’un temps où l’on demandait des comptes à “un âge de l’impunité”.
Ce qui frappe French, c’est que la justice est déconsidérée. Il rappelle que pendant des années, une partie des conservateurs restait sceptique sur les accusations de violences sexuelles au nom du droit à la présomption d’innocence et des droits de la défense.
Mais, selon lui, depuis que Trump a eu un procès devant un jury, qu’il a pu exercer des recours mais a tout de même été reconnu responsable, les décisions de justice sur les questions de violences sexuelles comptent moins pour ses soutiens.
Que reste-t-il de l’exigence de justice si son résultat devient indifférent ? se demande David French.
Il prend soin de distinguer le jugement moral de la qualification pénale. Les faits à Cornell doivent encore être établis.
Mais il est mal à l’aise.
David French est un chrétien évangélique conservateur. C’est lui-même qui en parle. Sa conception de la sexualité est traditionnelle. Il la réserve au mariage entre un homme et une femme. Il sait que beaucoup de ses lecteurs ne partagent pas cette conviction. Mais il aimerait que la société américaine retrouve davantage de sens moral en abordant ces sujets.
“Je pense que nous avons confondu le minimum légal, qui est le consentement, avec la norme morale.”
Le consentement est indispensable. Mais c’est un minimum.
Il pose une question. Et si ces jeunes hommes s’étaient réellement souciés de cette jeune femme, l’auraient-ils traitée ainsi ?
Jamelle Bouie rebondit en disant que quand il parlera de sexualité à ses enfants, et particulièrement à son fils, il veut leur apprendre à considérer leur partenaire comme une personne qui pense, qui ressent, qui peut être blessée. Dont les émotions comptent autant que les leurs.
Il pose la question du consentement. Des jeunes hommes ont intégré qu’il fallait obtenir un accord, tout en baignant dans une culture hypermisogyne. Ils peuvent alors traiter un “oui” comme une formalité et négliger l’état de la personne qui le prononce.
C’est ce qui rend cette affaire Cornell délicate.
Il y avait une sorte de malaise l’autre jour dans The View sur ABC, quand l’une des coprésentatrices, une avocate, plutôt classée à gauche, expliquait pourquoi, selon la législation de l’État de New York, il est (et était déjà il y a 2 ans) difficile d’établir la culpabilité des étudiants.
À cause des doutes sur l’intoxication de l’étudiante. La distinction juridique entre consommation volontaire et involontaire.
🟨🟧 La bande-son de nos vies
Vous l’avez peut-être aperçu sur le fil de votre compte TikTok ou Instagram. Sur les miens, il est omniprésent, tant ses courtes vidéos captent mon regard et mes oreilles.
C’est un jeu sur les réseaux, avec un dispositif somme toute sommaire. Il lui suffit d’un trottoir, d’un casque sur les oreilles, de quelques secondes de musique et de la promesse de cinq dollars si vous reconnaissez l’artiste.
Cinq dollars, puis dix, puis vingt, à chaque bonne réponse, la somme double. La logique d’un bon vieux Quitte ou Double (clin d’œil à RTL qui fête cette semaine ses 60 ans !).
Voilà, c’est le principe de Track Star, ces vidéos menées par Jack Coyne. Une sorte de jeu musical filmé dans les rues de New York. Les participants ? Parfois des inconnus, parfois des voix dont on connaît les chansons, comme ici Troye Sivan ou Finneas, le frère et coauteur de Billie Eilish.
Si vous reconnaissez les titres, la cagnotte grimpe, vous pouvez vous arrêter et repartir avec vos gains. Mais si vous faites une seule erreur, vous perdez tout.
Bien entendu, comme tous ceux qui s’arrêtent sur ces vidéos, je joue devant mon écran, avec un petit frisson de satisfaction lorsque je retrouve l’interprète avant celui qui porte le casque.
Olivia Rodrigo a décrit l’exercice comme l’interview la plus angoissante de sa carrière. Ed Sheeran, Charli XCX, Mariah Carey se sont prêtés au jeu.
Mais c’est aussi cela, le plaisir de Track Star, voir des musiciens redevenir un instant des fans. Et parfois se mettre à danser sur le trottoir.
Et Jack Coyne a bon goût, on peut écouter de l’Elvis et du Madonna, du Chuck Berry ou du Bruce Springsteen, des Beatles ou du Nirvana.
Il choisit les chansons qui font remonter les histoires. Il prépare ses rencontres en lisant des biographies, en écoutant les disques, en cherchant dans les anciennes interviews les indices d’un souvenir à réveiller.
Une playlist peut devenir une manière de raconter une vie.
Il a lancé Track Star en janvier 2023.
Au départ, il posait des questions sur New York à des inconnus, mais ça restait assez plat. La musique réveille des souvenirs, des goûts, un enthousiasme et c’est cela qui retient tant de gens comme moi devant une vidéo.
Pourquoi aimez-vous ce morceau ? Racontez-moi.
Je vous conseille d’essayer quelques extraits sur TikTok et Instagram. Et ensuite d’aller voir les versions plus longues sur YouTube.
Commencez par un artiste que vous aimez. Puis laissez une chance à quelqu’un dont vous n’avez jamais entendu parler.
Et faites comme moi, demandez-vous quelles chansons il faudrait vous faire écouter au casque dans la rue pour illuminer votre journée et avoir, vous aussi, une histoire à raconter à un inconnu dans la rue.
Thank you and goodbye.
PhC
































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