
🟧 Knives out, les couteaux sont sortis
À l’approche de midterms dantesques, la guerre fait rage autour de Trump. Sa chief of staff a-t-elle sacrifié la nouvelle porte-parole pour sauver sa peau et asseoir son pouvoir ?
Hi everyone, c’est Zeitgeist !
J’ai passé les deux derniers jours sur les routes entre les Catskills, dans l’État de New York, et les Poconos, dans l’État voisin de Pennsylvanie. Deux chaînes de moyenne montagne à deux heures de Manhattan, colorées de rouge, de jaune et d’orange au cœur de l’automne.
Je vous raconte ça parce que quelque chose m’a frappé ce dimanche sur ces routes du nord-est de la Pennsylvanie.
Cela fait plus de dix ans que je les sillonne au gré des campagnes. C’est là où se sont jouées en bonne partie les élections présidentielles de 2016, 2020 et 2024. C’est là, dans ces terres mi-rurales, mi-industrielles, que Donald Trump a su parler à un électorat de cols bleus qui lui a permis de faire basculer à deux reprises cet État décisif de la présidentielle. Si Biden l’a emporté (de peu) en 2020, c’est qu’il vient de ces terres du nord-est de la Pennsylvanie.
Ce qui m’a frappé hier, c’est que je n’ai presque pas vu de pancartes Trump.
Lors des années de grandes élections, dans les ultimes semaines de campagne, on voit habituellement des pancartes Trump plantées sur les pelouses d’une maison sur trois. Parfois davantage.
Là, je les ai comptées sur les doigts d’une main.
Vous allez me dire, oh, hein, mais Trump n’est pas candidat ! C’est vrai. Mais même en 2018 et 2022, quand j’étais venu en reportage dans le coin, avant les élections de mi-mandat, on voyait ses pancartes partout.
Pas là.
J’ai beaucoup vu de panneaux Shapiro, le gouverneur de Pennsylvanie, qui devrait être réélu dans quinze jours, et qui devrait en profiter pour se lancer dans la course à la primaire démocrate pour la Maison-Blanche.
La première pancarte Trump de la journée, je l’ai aperçue sur un magasin de tenues paramilitaires, dans un bled. Et j’ai guetté les autres, je n’en ai presque pas trouvé.
Je pensais à cela en lisant dans le New York Times une chronique épicée de Maureen Dowd, titrée “La bulle Trump est sur le point d’éclater”.
Maureen Dowd évoquait l’excellente photo de son collègue Doug Mills que je vous montrais dans le dernier numéro de Zeitgeist.
On y aperçoit, outre sa fidèle Natalie Harp, la nouvelle porte-parole qu’il a choisie pour la Maison-Blanche, Katie Zacharia. Lundi, c’était son premier jour à son poste. Vendredi, elle était limogée avant même la fin de sa première semaine.
C’était peu avant 13 heures, la nouvelle promue avait convié des journalistes du Wall Street Journal dans son petit bureau de la West Wing. Elle n’avait eu le temps que d’y disposer une orchidée blanche, un fer à boucler et une paire de chaussures à talons rangée près d’une trousse de maquillage. Auprès des journalistes du WSJ venus interroger la nouvelle porte-parole, elle insiste sur sa proximité avec le président. C’est cela qui compte, assure-t-elle.
Quelqu’un frappe à la porte. C’est Jason Miller, conseiller historique du président.“JD voudrait nous parler rapidement.”
JD, c’est le vice-président Vance. Zacharia se lève et quitte la pièce. Elle ne reviendra pas terminer l’entretien.
Elle est limogée sans même que le président lui parle directement. Lui dont la célèbre phrase de sa téléréalité était “Tu es viré !” n’a pas osé le faire avec celle qu’il avait lui-même choisie. La scène est racontée par les journalistes du Wall Street Journal présents dans la pièce.
Mais si je vous parle à nouveau de cette Katie Zacharia, ce n’est pas pour revenir sur ce que je vous ai déjà dit dans les deux précédents Zeitgeist. Une recrue découverte à la télévision (elle s’arrangeait pour passer sur Fox à des heures improbables où elle avait deviné que le président regardait, même si c’était le milieu de la nuit pour elle, je vous en ai parlé dans le dernier numéro).
Je ne vais pas revenir sur sa conf de presse cata, ou son CV en partie bidon.
Non, le plus intéressant, c’est que ces cinq jours éclairent une bataille bien plus décisive.
Zacharia n’est que la victime collatérale d’une guerre de tranchées au sein même de l’équipe Trump.
Une guerre sanglante, à l’approche d’élections dont une partie de l’entourage du président anticipe déjà la débâcle.
Knives out, comme on dit en anglais. Les couteaux sont sortis.
Oui, ce qui se joue derrière cette histoire, c’est que plusieurs proches de Trump veulent la peau de Susie Wiles, la chief of staff du président.
C’est elle qui est parvenue à le faire réélire, elle qui fait (ou faisait) tourner la boutique avec moins de psychodrames internes que lors du premier mandat qui s’était achevé avec deux procédures de destitution.
Pour sauver sa peau, Susie Wiles a-t-elle fait de Zacharia un agneau sacrificiel, achevé sur l’autel médiatique ?
Certains la donnaient partante il y a quelques jours. Elle vient de consolider sa position.
Laissez-moi vous raconter pourquoi les couteaux sont tirés dans la Maison-Blanche de Donald Trump.
La nomination de Zacharia il y a un peu plus d’une semaine avait été interprétée par certains comme la preuve que Wiles avait perdu la main.
Comment le président avait-il pu la nommer dans le dos de sa principale collaboratrice ?
La guerre de succession de Susie Wiles avait ainsi commencé.
Depuis près de quatre ans, Wiles a réussi quelque chose de rare dans l’univers Trump. Elle a réussi à installer une forme de continuité.
Deux ans d’une campagne qu’elle a dirigée et menée jusqu’à la victoire. Et deux ans à organiser une présidence moins chaotique que lors du premier mandat (le président l’est encore parfois, mais la machine Maison-Blanche tourne plus efficacement que dans l’improvisation permanente des quatre premières années au pouvoir).
Beaucoup moins d’affrontements publics. Infiniment moins de fuites. Cette discipline a servi l’exercice du pouvoir et le récit trumpiste. Wiles a su transformer les volontés du président en décisions, ce qui n’était pas une évidence lors du premier mandat (le général Kelly, qui est le chief of staff qui est resté le plus longtemps en poste pendant le premier mandat, a ensuite décrit Trump comme un fasciste).
Elle a su aussi éviter quelques catastrophes en infléchissant des positions butées du président, par exemple sur les droits de douane.
Mais certains jaloux veulent lui faire la peau et tentent de profiter de la catastrophe électorale qui s’annonce pour la désigner comme responsable de l’impopularité de son chef.
Quand il est en difficulté, Trump se plaint régulièrement de manquer de gens qui le défendent à la télé.
C’est pour cela qu’il a choisi Katie Zacharia en très peu de temps, sans consulter préalablement Wiles, selon les révélations du Washington Post. La décision surprend jusque dans les rangs des principaux collaborateurs.
Plusieurs journaux ont écrit que Susie Wiles cherchait depuis des semaines à convaincre Scott Jennings, le commentateur conservateur de CNN. Il hésite à renoncer à son lucratif contrat d’exclusivité sur CNN pour prendre ce poste infernal (et moins bien payé).
Trump ne voulait plus attendre, alors il a trouvé quelqu’un d’autre sur son écran. Comme je vous l’ai raconté dans le précédent Zeitgeist, elle a suivi les publications du président sur Truth Social pour repérer quand il avait l’habitude d’être devant la télévision. Et elle a pris soin de reprendre les arguments du président sur Truth Social quand elle passait à l’antenne.
Les adversaires de la chief of staff ont encouragé le président à la choisir.
Si Trump peut installer à un poste aussi crucial quelqu’un que Wiles n’a pas choisi, alors c’est que l’autorité de Wiles ne vaut plus grand-chose.
Un allié du président a même dit ceci à Politico :
“Zacharia restera à la Maison-Blanche plus longtemps que Susie Wiles, et elle le sait.”
Bon, la phrase a déjà très mal vieilli.
Jeudi, Politico révèle que le président évoque déjà des remplaçants possibles de sa chief of staff. Notamment Stephen Miller, son adjoint, ou Bill Pulte, le responsable fédéral du logement.
Le Washington Post raconte que celui-ci transporte de grands panneaux jusque sur le parcours de golf, dans l’hélicoptère Marine One ou à bord d’Air Force One. Pour présenter des propositions sur les sujets du moment dont parle Trump. Il prend soin de les agrémenter de photographies du président.
Les couteaux sont prêts à trancher. C’est Wiles qui portera le chapeau de la défaite qui s’annonce.
L’argumentaire pour l’après-défaite est prêt.
Mais Wiles, elle, n’a pas l’intention de partir.
Certains des adversaires de Wiles tentent de déstabiliser ses proches. Dont Chris LaCivita, qui a joué un rôle clé dans la campagne 2024 et qui continue pour cette campagne des midterms.
Et sa fille Katie Wiles. Tous les deux accusés de faire du lobbying pour des intérêts étrangers.
Tous savent que Trump déteste que certains gagnent de l’argent grâce à lui pendant que sa situation politique s’assombrit.
Et c’est là qu’intervient Fox News.
Mardi, je vous l’ai raconté, Zacharia tient sa première conférence de presse. Catastrophe. Quatorze minutes, trois questions de médias conservateurs. Tout le monde se moque d’elle. Et on découvre dans la foulée qu’elle n’est pas avocate, contrairement à ce qu’elle avait affirmé.
Jeudi soir, elle est envoyée sur Fox face à Sean Hannity. Le plus fidèle des toutous trumpistes de la chaîne. Mais Hannity lui pose des questions plus tranchantes que d’ordinaire avec des membres de l’équipe Trump. Nouveau naufrage. En direct.
Même chose pour un ultime entretien vendredi matin sur la matinale de Fox News.
On apprend dans Politico que Susie Wiles est derrière ces apparitions qui vont sceller le sort de la nouvelle porte-parole. La Maison Blanche et Fox démentent, mais le bruit circule, avec insistance.
Wiles a-t-elle habilement fait tomber une recrue choisie par Trump ? Tout le monde dément à la Maison-Blanche.
Mais depuis le sacrifice de Zacharia, Susie Wiles a remporté une victoire, et ses adversaires ont perdu une bataille.
Le président a même dit à propos de Wiles :
“Elle va rester avec moi longtemps.”
Si c’est bien elle qui est derrière tout cela, comme le racontent plusieurs titres américains, quel coup de maître ! Elle a renforcé son poids auprès de son patron. Et survécu à tous ceux qui annonçaient sa fin imminente.
Dans cette nuit des petits couteaux qui s’annonce avec ces élections, la femme la plus puissante dans l’entourage de Trump a su écarter la lame qui était sur sa gorge.
Mais comme je vous l’ai dit, les couteaux sont tirés. Et il pourrait y avoir d’autres meurtres en plein jour.
🟨🟧 Le mystère Kelly
Mon 📚Food for Thought du jour, c’est un portrait publié dans The Atlantic par Sophie Gilbert, sous le titre “Megyn Kelly’s Extreme Makeover”.
L’extrême transformation de cette figure dont je vous ai déjà souvent parlé dans Zeitgeist. Désormais l’une des podcasteuses les plus influentes du camp conservateur.
Elle a su faire de la colère un produit médiatique. The Atlantic pose une question qui dépasse largement le cas de cette ancienne star de Fox News.
À force de jouer un personnage parce qu’il rapporte gros, que reste-t-il de la personne derrière ?
Cette ancienne avocate est devenue, avant l’élection de Trump, une figure respectée de Fox News. Pugnace. En août 2015, le premier débat de la campagne des primaires auquel participait Donald Trump est resté dans les mémoires. Elle lui avait tenu tête en l’interrogeant sur ses propos insultants envers les femmes. Il avait ensuite insinué qu’elle avait ses règles.
Elle avait aussi dénoncé le harcèlement sexuel du patron de Fox News, Roger Ailes, qui contestait ses accusations. Son histoire est devenue un film, où elle était interprétée par Charlize Theron.
L’auteure du papier, Sophie Gilbert, commence son portrait en racontant qu’elle avait croisé Kelly dans les toilettes de l’aéroport de Chicago, en 2016. Elle avait été frappée ce jour-là par son charisme (je confirme, elle a quelque chose d’électrique quand on la croise) et par ses cheveux courts.
“Pour une femme, porter les cheveux courts sur Fox News, où Kelly était alors une présentatrice vedette, semblait aussi subversif pour l’ordre établi de la chaîne que de lire Judith Butler ou Karl Marx en direct à l’antenne. Mais c’était une période où Kelly semblait endosser pleinement le rôle de combattante pour la cause des femmes.”
Dix ans plus tard, Kelly anime un podcast quotidien lancé pendant la pandémie, et diffusé sur le réseau de radio numérique SiriusXM et sur YouTube. Plus de quatre millions d’abonnés sur la plateforme. Son podcast est l’un des plus écoutés du pays. Et le plus influent dans la sphère trumpiste, avec celui de Tucker Carlson.
Deux anciens de Fox, qui, depuis l’hiver dernier, se sont retournés contre le président Trump. Alors que le dernier soir de la campagne 2024, Kelly avait apporté officiellement son soutien à Trump, et que le candidat Trump en avait fait l’événement des dernières heures.
Ce qui a poussé Gilbert à écrire ce portrait dans The Atlantic, c’est l’envie de rebondir sur ce que Kelly a dit sur l’affaire Cornell, dont je vous ai parlé dans Zeitgeist. Comment Kelly, avocate, féministe dans un monde conservateur, a-t-elle pu parler de cette femme qui a porté plainte en dénonçant un viol collectif par des étudiants ? Megyn Kelly est allée jusqu’à moquer le physique de la plaignante.
“Je vais être honnête, ce n’est pas la fille la plus séduisante”, a déclaré Kelly il y a quelques jours, à propos de la femme restée anonyme qui a déposé une plainte décrivant le viol collectif dont elle affirme avoir été victime à l’université Cornell. (Les hommes mis en cause dans la plainte ont nié tout acte répréhensible.
Sophie Gilbert part de cette histoire pour s’interroger sur l’état du débat public dans un monde algorithmique où la colère est la plus lucrative.
“Nous avons vu des revirements spectaculaires dans les médias ces dernières décennies, mais aucun d’aussi moralement révoltant que celui d’une ancienne défenseuse autoproclamée de l’émancipation des femmes suggérant qu’une femme dans cette situation aurait pu rechercher avidement cette attention parce que personne n’aurait autrement voulu coucher avec elle. (…) D’ordinaire, je supporte plutôt bien ce genre de provocations de mauvaise foi destinées à susciter la colère. Mais, cette semaine, le spectacle offert par Kelly, que je ne peux qualifier que d’hystérie mise en scène, a été difficile à regarder.”
Elle raconte que moins d’une minute après le début de son émission il y a quelques jours, Kelly évoquait les procès des sorcières de Salem. À la vingt-troisième minute arrivait son premier “fuck” bien appuyé. Sophie Gilbert en a compté sept au total. Elle raconte que tout ce petit spectacle était entrecoupé de publicités pour des compléments alimentaires et d’un petit avatar de Kelly qui pointe joyeusement vers le bouton “S’abonner”. L’humiliation, ça peut rapporter gros.
Ce qui interroge l’autrice, c’est la part de conviction dans cette cruauté.
“Toute la semaine, je n’ai cessé de me demander dans quelle mesure les prestations actuelles de Kelly relèvent d’une quête d’attention destinée à l’algorithme de YouTube, et dans quelle mesure elles reflètent ce qu’elle croit réellement.”
Comment cette avocate, devenue une figure respectée sur Fox News, qui n’a pas hésité à tenir tête au futur président au nom du féminisme, qui a dénoncé et fait tomber le fondateur de Fox pour harcèlement sexuel, qui raconte avoir elle-même dû engager des gardes armés pour sa famille après avoir été personnellement prise pour cible par Trump, peut-elle être devenue une animatrice cynique qui fait de l’argent en se moquant du physique et du caractère d’une femme qui dénonce un viol collectif ?
Le personnage a trouvé son public, et sait quels sont les messages qui circulent le mieux sur les réseaux.
Sophie Gilbert cite l’exemple de ce qu’elle dit sur la chanteuse Olivia Rodrigo, qui a exprimé son soutien à la plaignante de Cornell. À l’antenne, Megyn Kelly lui ordonne de se taire et de se contenter de chanter ses “petites chansons déprimantes et bizarres”.
Elle sait que l’attaque vise l’une des chanteuses les plus populaires du monde. Elle sait que la séquence découpée va être reprise par ses admirateurs pour s’indigner, par ceux qui la détestent, par ceux qui veulent défendre Kelly et par ceux qui veulent dénoncer sa violence.
Gilbert écrit :
“On sent qu’elle imagine déjà les extraits découpés pour TikTok et Instagram, et qu’elle adapte sa manière de s’exprimer pour provoquer un maximum d’indignation. Cette tirade sonne beaucoup trop faux, et paraît cynique, tant la fureur semble être la seule émotion permettant de se constituer une audience en 2026, et puisque Rodrigo est l’une des femmes les plus populaires au monde. (”Le seul moyen fiable de se faire connaître du grand public, ou même d’acquérir une notoriété modeste, au milieu de tout ce bruit, écrivait Rebecca Jennings plus tôt cette année dans le magazine New York, consiste soit à bombarder les réseaux sociaux d’extraits, soit à mettre en rage de larges pans du public.”)”
C’est ce qui m’a le plus intrigué dans cet article, et la raison pour laquelle je voulais vous en parler dans ce Food for Thought.
La réprobation fait aussi circuler les vidéos. Nous contribuons tous au succès d’une séquence en la partageant pour nous indigner.
L’adversaire qui se scandalise rapporte à celui ou celle qui le provoque.
“Toute cette colère et cette provocation déversées ne visent-elles vraiment qu’une récompense aussi corrosive pour l’âme que des clics et des abonnés ?”
Le texte de Gilbert nous laisse avec ce malaise.
Comment éviter que nos indignations de toutes sortes fournissent précisément au spectacle ce dont il a besoin ?
De la colère, du clic, et de l’argent.
🟨🟧 Le charme inquiet de Jake Shane
Mon 🎈Bring Me Joy du jour, c’est Jake Shane, que les algorithmes de TikTok, Insta et YouTube m’ont fait découvrir il y a un an ou deux, qui me fait rire. Je dirais même que sa fragilité me touche. Vous l’avez peut-être déjà aperçu sur Netflix où sont aussi mis en ligne ses entretiens.
Il n’est pas vraiment un comique, pas tout à fait animateur. Il y a quelque chose du jeune pote malin qui raconte une histoire, s’emmêle dans son propre récit et finit par rire de lui-même.
Dans son podcast, Therapuss, il reçoit des célébrités, mais je dois dire que je l’écoute autant pour les questions qu’il pose que pour les réponses qu’il obtient.
Je ne l’avais pas encore repéré lorsqu’il a commencé par chroniquer sur Instagram les plats de poulpe qu’il mangeait. D’où son pseudonyme, @octopusslover8, et tous ces jeux de mots en “puss”.
Ce sont ses sketchs semi-improvisés sur TikTok qui l’ont fait repérer par les algos. Je vous recommande George Washington posant pour le portrait du billet d’un dollar.
Depuis, je l’ai vu dans la formidable série de HBO, Hacks, il a fait ses débuts à Broadway, et Therapuss est arrivé sur Netflix. Il reçoit des célébrités dans son salon avec des fauteuils en cuir, mais ce qui est frappant, c’est qu’on le sent souvent sur une ligne de crête, comme il le disait au Hollywood Reporter.
“Je suis une personne très, très, très peu sûre de moi.”
Il parle ouvertement de son anxiété et de ses troubles obsessionnels compulsifs.
“J’ai tellement peur que les gens me quittent.”
Ce qui me touche, c’est qu’il parvienne à faire rire tout en reconnaissant combien il a encore peur.
Et cela se ressent dans son style d’entretien. Il laisse voir ce qu’un animateur de divertissement chercherait souvent à cacher. Le petit blanc qui laisse s’infiltrer un début de malaise.
Ce qui peut sembler charmant dans un podcast peut devenir vraiment cringe lorsqu’il se retrouve à poser des questions à des célébrités sur le tapis rouge des Oscars.
Oh, ce n’est pas du journalisme. Il n’a aucun problème à laisser ses invités faire supprimer des passages qui ne leur conviennent pas. Il les laisse contrôler leur image.
“Je pense que c’est insultant pour les journalistes de dire que ce que je fais est du journalisme.”
Lui veut seulement créer une conversation amicale. Pour traverser la vie “en ayant moins peur”.
Et c’est cela que j’aime chez lui.
Ce sens d’une conversation, entre rire et larmes, et toujours formidablement humaine.
Thank you and goodbye.
PhC

























"Comment éviter que nos indignations de toutes sortes fournissent précisément au spectacle ce dont il a besoin ?" Et bien, en quittant tous les réseaux sociaux (sauf Substack, bien sûr). Je l'ai fait : c'est difficile, mais ça fait un bien fou quelque temps plus tard.
C’est moi ou vos lecteurs sont tellement estomaqués par toutes ces outrances qu’ils n’ont plus de mots pour les décrire?
🙂