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CHEZ POL 19 OCTOBRE

 





#Playmobils #Hordes #Cirque #Rage #Furoncle


Chez Pol n°1810 - Réservé aux abonnés Libé



Bonjour, nous sommes le 19 octobre
et c'est le bon jour pour éviter l'autocritique.

La revanche des Siths. Photo Pierre Albouy. Reuters (2024)

RAS LE POL Mais que feraient la droite et l'extrême droite sans LFI ?

AU COMPTOIR Philippe décommande Macron ; Attal veut l'état d'urgence et des «exemples» ; et Tondelier ne veut pas être convoquée chez le dirlo

PASSION ARCHVIES En 11 jours, les déclas de Nuñez ont pris un sacré coup de vieux

YOUPOL Bellamy veut envoyer Poutou en prison

LE MOT «Farfelu»

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI Macron en mode Koweït and see

L'ADDITION Jouons avec le concert de Céline Dion 

LFI, le bouc émissaire très pratique

Usual Suspect. Photo Lou Benoist. AFP (2026)

Par Sy. C. 

Un dessin de presse diffusé sur les réseaux résume bien la situation politique. On y voit un politique dire : «C'est la faute de LFI !». «Quoi donc ?», demande une journaliste. «Je ne sais pas. On parlait de quoi ?», rétorque l'interviewé. Depuis le chaos de samedi, droite et extrême droite rendent ce dessin réel. LFI serait responsable des débordements, des pillages et même de l'incendie de bâtiments publics. Des élus réclament des sanctions contre le mouvement de Jean-Luc Mélenchon au motif que des insoumis ont appelé à manifester. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a invité dès samedi soir LFI à choisir «son camp» entre les forces de l'ordre et les casseurs - et on en profite pour rappeler que le «camp» politique du Premier ministre a perdu les dernières législatives et qu'il n'a donc aucune légitimité à gouverner la France. «La responsabilité politique de LFI dans ces violences est considérable, s'est insurgé Édouard Philippe sur BFMTV. Une ultra-gauche organisée qui veut casser l’ordre républicain et conflictualiser le pays. "Tout conflictualiser", ce sont les propos de Mélenchon.» Un argumentaire repris ce matin par la porte-parole du gouvernement - et soutien de Philippe pour présidentielle - Maud Bregeon. Avant même les événements de samedi, Bruno Retailleau réclamait l'interdiction pure et simple de LFI, eut égard de son soutien au mouvement lycéen. L'eurodéputé LR François-Xavier Bellamy a repris cette idée et martelé sur CNEWS hier soir : «Il faut dissoudre LFI.»

Mélenchon l'a pourtant bien martelé, dès samedi soir : «Ceux qui partagent notre combat n'ont rien à faire dans le pillage, le saccage.» Mais le bouc émissaire est bien trop pratique et les outrances répétées du candidat à la présidentielle servent de point d'appui. C'est à se demander ce que feraient la droite et l'extrême droite si LFI n'existait pas. Le ton de la prochaine élection est donc donné et on semble se diriger vers un énième scrutin où il ne sera pas question de projets mais d'anti-mélenchonisme primaire. Et cela, c'est insupportable. Tout cela a un avantage : accuser LFI de tous les maux permet de ne pas faire l'inventaire de politiques menées depuis 20 ans dont le chaos du 17 octobre est un des fruits.

«Nique leur mépris»

Sur X, le journaliste Guillaume Ledit l'a parfaitement résumé dans un thread. Depuis 2003 et la suppression de la police de proximité par Nicolas Sarkozy, le maintien de l'ordre se fait de manière de plus en plus violente et, comme l'a rappelé Marine Tondelier ce week-end, cette doctrine remet en cause le droit fondamental à manifester. Vous nous direz, même quand les manifs se déroulent relativement dans le calme, comme ce fut le cas à l'occasion du débat sur la réforme des retraites, le gouvernement s'en soucie comme d'un furoncle. Les colères ne sont plus entendues et «ne trouvent plus de médiation institutionnelle», écrit Ledit. Qui poursuit : «Et quand on demande leur avis aux citoyens, on l'enterre. Grand débat en 2019, Convention citoyenne pour le climat... Puis la dissolution de 2024, un Nouveau Front populaire arrivé en tête et écarté de Matignon, des gouvernements peu légitimes en rafale, des budgets au 49.3.» 

La colère ne vient donc pas de nulle part mais pour les politiques au pouvoir depuis des décennies, il est plus aisé de cibler LFI. Dans le Monde, un journaliste rapporte ce graffiti apposé samedi sur la porte d'une agence bancaire : «Le bruit et l’odeur de Chirac ; le Karcher de Sarko ; les sans-dents de Hollande ; ceux qui ne sont rien de Macron. Nique leur mépris.»

SUR COMMANDE • Personne n'attendait grand-chose de l'allocution d'Emmanuel Macron hier soir mais tout le monde a quand même été déçu. Aucune surprise, venant de l'extrême droite ou de la gauche. Mais ils n'ont pas été les seuls à fustiger avec virulence l'intervention sans annonce du Président après les événements du week-end. Le premier Premier ministre de Macron et prétendant à sa succession, Édouard Philippe, n'a vraiment pas été tendre avec celui qui l'avait nommé. Aussi aurait-il «préféré» que Macron prenne «des décisions et des initiatives permettant le retour à l'ordre et le rétablissement de l'autorité de l'État, la sanction des pilleurs et des casseurs ainsi qu'une méthode détaillée pour rétablir la discussion avec les lycéens et les organisations syndicales», a-t-il réagi sur X. Avant de porter le coup de grâce : «Notre pays a besoin d’être commandé.» Sous-entendu donc : il ne l'est pas, ou plus. On notera également que peu d'élus macronistes ont pris la parole publiquement depuis hier soir pour faire le SAV du patron, comme ils en avaient l'habitude, tels des playmobils, depuis presque 10 ans. Ça sent vraiment la fin de règne.

Quand tu regrettes le temps béni de la monarchie. Photo Benoit Tessier. AFP (2026)

AU TABLEAU • Macron n'a pas fait beaucoup d'annonces hier mais il a demandé à Lecornu de convoquer à Matignon les partis cette semaine pour faire un petit point sur la situation. Ce qui, de prime abord, n'a pas franchement plu à Marine Tondelier. «Au lieu d’entamer un début de commencement de mea culpa, Macron nous convoque à Matignon comme des enfants au tableau à l’école pour "obtenir des positions claires et publiques"», a répondu la patronne des écolos et candidate à la présidentielle, avant d'ajouter : «Pas la peine d’organiser toute cette mise en scène, les Écologistes sont très clairs : nous condamnons toutes les violences. Bref, si nous allons à Matignon, ce sera pour travailler à des solutions aux crises sociales, environnementales et démocratiques. Pas pour un conseil de discipline.»

FICHÉS POUR FICHÉS • À droite, beaucoup, à l'instar de Bruno Retailleau, ont plaidé pour que Macron déclenche l'état d'urgence ou instaure des couvre-feux. Gabriel Attal est de ceux-là. Le patron de Renaissance, qui reconnaît que l'exécutif «a failli», estime que tous «les moyens qui peuvent être utilisés» doivent l'être pour rétablir l'ordre. «S'il faut pour ça décréter l'état d'urgence, il faut le faire», affirme-t-il sur RTL, espérant qu'il y aura «très vite des exemples». Attal souhaite ainsi que «les Français voient, 48h après les événements, qu'on va chercher des personnes chez elles parce qu'elles ont été identifiées». Pour lutter contre «un sentiment d'impunité». Et il plaide pour cela le développement de «la reconnaissance faciale et l'intelligence artificielle». «C'est une question civilisationnelle», assène-t-il. Du genre Black Mirror ?

Gabrial Attaque. Photo Carine Schmitt. Hans Lucas via AFP (2026)

ALORS QUE REVOILÀ LA SOUS-PRÉFÈTE • Il n'y a pas que la préfecture des Bouches-du-Rhône qui semble vivre dans un monde parallèle [Voir Le mot ⬇️]. Il y a aussi l'Après, la petite boutique des ex-mélenchonistes purgés de LFI. Face à la «colère sociale profonde et légitime» et «les forces de l'ordre dépassées par les conséquences de leurs propres actions», Clémentine Autain, Alexis Corbière & cie estiment, dans un communiqué publié hier, que «le gouvernement doit céder ou partir». Et pour eux, c'est plutôt partir car ils demandent aussi et surtout à Macron de… «nommer un Premier ministre issu du Nouveau front populaire». Alors, 1. On peut leur rappeler l'état de mort cérébrale du NFP, écartelé entre un PS anti-LFI et des mélenchonistes qui ne veulent plus entendre parler des socialistes ; et 2. pourquoi Macron céderait-il aujourd'hui à cette revendication issue des législatives 2024 à laquelle il n'a jamais donné la moindre suite ? Mais l'espoir fait vivre.

EN QUÊTE DE RÉPONSES • Les écolos veulent par ailleurs, à l'Assemblée, la création d'une commission d'enquête «sur la journée du 17 octobre, les circonstances ayant amené aux violences et dégradations, et les défaillances de l’État dans l’anticipation, la conception et la conduite du dispositif de maintien de l’ordre lors de cette journée». Notant que «les premiers éléments rendus publics font apparaître de graves défaillances», les députés verts ont ainsi écrit à Yaël Braun-Pivet pour que le Parlement réponde à certaines questions : «Quelles étaient les consignes données pour assurer le maintien de l’ordre ? Comment l’État, qui avait anticipé ces violences, selon les dires mêmes du ministre de l’Intérieur et du Premier ministre, a-t-il pu se montrer à ce point débordé ?» Ils demandent une réunion «dans les meilleurs délais» de la conférence des présidents. Prévue mardi, cette réunion sera aussi saisie par Braun-Pivet qui, elle aussi, veut une commission d'enquête qui «aura vocation à faire toute la lumière sur les scènes de chaos et de pillages et sur leurs responsables, à apporter des réponses aux élus, aux commerçants et à toutes les victimes des violences d’hier, mais aussi aux citoyens qui s’interrogent sur l’ampleur des débordements et la réponse qui leur a été apportée». 

Perte de contrôle continue

Laurent Nul - ez. Photo Mehdi Fedouach. AFP (2026)

Bien souvent, quand on se plonge dans une archive, on rajeunit de quelques années. Mais pas toujours. Prenez par exemple l'intervention du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez sur France Inter le 6 octobre dernier. Elle a déjà pris un sacré coup de vieux sans pour autant nous rajeunir franchement. Celui qui, après les violences du 17 octobre, a présenté sa démission à Macron qui l'a refusée, expliquait ce qu'était, selon lui, «perdre le contrôle» de la situation. Et c'est instructif a posteriori. 

Alors que la mobilisation des lycéens était déjà durement réprimée, le ministre de l'Intérieur déroulait son argumentaire pour montrer que tout était bien géré. «Quand vous avez des émeutiers, des dégradations qui sont commises, il y a des interventions de police. Ce n'est pas pour ça qu'on a perdu le contrôle», débutait Nuñez, avant d'affirmer : «Perdre le contrôle, c'est si jamais vous avez des hordes de personnes qui défilaient dans les centres-villes, qui pillaient les magasins et qui commettaient des exactions. Chaque fois qu'il y a des commencements d'action, il y a des interventions de police.» 

On peut donc dire que «le premier flic de France» a perdu le contrôle ce week-end après avoir, consciemment ou inconsciemment, mis en place un dispositif policier largement sous-dimensionné. Ce qu'il reconnaît finalement ce matin sur France Inter : «Oui, il y a eu une perte de contrôle dans certaines villes.» Il admet aussi un «manque d'anticipation» dans la mobilisation des forces de l'ordre. Mais pas de quoi être démissionné visiblement, au nom «de la nécessité d’un commandement continu des forces de l’ordre dans le contexte actuel», dixit l'Élysée.

Poutou en prison

Vous condamnez les violences ? Non mais est-ce que ce vous condamnez les violences ? À chaque mouvement social émaillé de rage, la question est posée à tous les politiques. Sans une dénonciation claire et nette, l'interviewé devient suspect, voire complice. Hier soir sur BFMTV, Philippe Poutou en a fait l'expérience. L'ancien candidat trotskiste à la présidentielle n'a pas condamné les pillages et les saccages du 17 octobre. Cela ne veut pas dire qu'il les cautionne, au contraire, mais l'ancien élu bordelais entend replacer ces événements dans leur contexte. «Je n'ai jamais dit qu'on appelait aux pillages et, en tout cas, je ne laisse pas entendre ça, a-t-il déclaré. Ce que j'essaye de dire, c'est de comprendre ce qu'il se passe : pourquoi il y a ça aujourd'hui ? [...] Il y a un système qui est profondément injuste et quand ça pète, ça pète comme ça peut péter.» Et Poutou de rappeler que la République s'est construite sur des insurrections au cours desquelles il n'y avait sûrement pas que des vitrines cassées. Un discours qui a profondément choqué en plateau l'élu LR Bellamy, défenseur autoproclamé des commerçants qui ont souffert parce que Poutou et son camp «incitent à la violence et au chaos». Et l'eurodéputé d'aller plus loin en faignant de s'interroger : «Et moi, je me pose une question très simple, je me demande pourquoi vous n'êtes pas en prison ce soir.» Eh bien OK, mettons en prison des opposants politiques, ça sera plus simple et le débat sera sûrement plus apaisé. Bellamy ne s'arrête d'ailleurs pas en si bon chemin et accuse Poutou d'être un «récidiviste» à cause du communiqué du NPA après l'«offensive» du Hamas contre des civils israéliens, le 7 octobre 2023.

«J'ai cru entendre un chiffre farfelu de 30 000 casseurs et de 30 commerces cassés à Marseille. Ça voudrait dire quoi ? 1000 casseurs par commerce ? Mais on est où, là ? Dans un cirque ? La République, c'est pas ça.» C'est ainsi que le maire de Marseille, Benoît Payan, a réagi sur BFMTV aux chiffres avancés - et «confirmés» - par la préfecture de police des Bouches-du-Rhône sans encore quantifier le nombre de commerces vandalisés et pillés. Un chiffre jugé aussi «extravagant» par des sources policières à la Provence et par les journalistes du quotidien «ayant couvert toute la journée et la nuit ces événements». Parmi les pilleurs, se trouvaient 8 000 «émeutiers», a ajouté la préfecture, en évoquant 99 gardes à vue liées directement aux émeutes, ainsi que 118 blessés parmi les forces de l'ordre. «La préfecture annonce 30 000 casseurs à Marseille, alors qu'elle-même disait qu'il y avait eu moins de manifestants que ça, ce n'est pas sérieux», a également fustigé le député LFI de Marseille, Manuel Bompard. Même Nuñez prend des pincettes avec cette annonce de la préfecture qui semble un peu fantasque. «Je ne reprends pas ce chiffre mais je fais confiance au préfet», élude le ministre de l'Intérieur. À moins que la préfecture n'ait déjà intégré la future loi casseurs-payeurs qui veut faire payer les dégâts à toute personne participant à un groupement ayant commis des dégradations, même si elle n'en est pas l'auteur. Payan reçoit aujourd'hui Nuñez et promet de lui demander «la vérité».

• Koweït, depuis ce matin Une petite allocution, pour ne pas dire grand-chose, le refus de la démission de Nuñez et puis s'en va. Très critiqué après un week-end de violences qui compromet la fin d'un quinquennat déjà chaotique, Macron a maintenu sa tournée de trois jours dans le Golfe (Koweït, Émirats arabes unis, Bahreïn et Qatar), avec l'objectif de sécuriser des volumes de pétrole et de diesel pour faire baisser les prix à la pompe.

• Matignon, depuis 10h Pendant ce temps, Lecornu préside une cellule interministérielle de crise. Elle doit porter sur trois volets, «économie-commerce», «assurance» et «suivi judiciaire». De son côté, Nuñez se déplace à Marseille et Bercy reçoit commerçants, distributeurs, hôteliers et restaurateurs ainsi que les banques et assurances pour faire le point sur l'ampleur des dégâts matériels.

• Et aussi L'Association des maires de France appelle à manifester devant les mairies à 12h ; l'eurodéputée LFI Rima Hassan comparaît aujourd'hui et demain devant le tribunal correctionnel de Paris pour apologie du terrorisme ; et le Parlement européen se réunit en session plénière.

On termine avec notre jeu du jour. Qui accompagnait Macron au concert de Céline Dion vendredi soir ? Qu'a envoyé la fédération LR de Paris à 10 ministres et anciens ministres de Bercy ?

• Marine Le Pen, fille de Jean-Marie Le Pen
• Carla Bruni-Sarkozy, femme de Nicolas Sarkozy
• Wassila Meddas, compagne de Matthieu Pigasse
• Hélène Mercier-Arnault, femme de Bernard Arnault
• Françoise Bettencourt Meyers, fille de Liliane Bettencourt

Pour jouer, cliquez sur ce qui vous semble être la bonne réponse ci-dessus.

Absolument.



Et enfin, les résultats de notre jeu d'hier. Eh oui, la fédération LR de Paris a bien envoyé à 10 ministres et anciens ministres de Bercy le livre C'est Nicolas qui paie. Et non pas une fausse tronçonneuse même si on ne doute pas de leur admiration pour Javier Milei.

Sur ce, bonne journée👋. Et à demain sur les routes de l'info.

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Chez Pol a été concoctée par 
Etienne Baldit, Sylvain Chazot et Sébastien Tronche


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