| | LES DARONS CHAUDS • Plusieurs jeunes mutilés, des milliers de gardés-à-vue et un ministre de l'Intérieur qui n'a donné «aucune consigne de retenue»... Alors que se déroule une grande journée de mobilisation lycéenne et étudiante, qu'est-ce qui pourrait mal se passer ? Les partis de gauche se mobilisent pour protéger et encadrer la jeunesse de France, qui doit déjà bénéficier du service d'ordre de la CGT pour les manifs du jour. Après Jean-Luc Mélenchon qui a appelé les parents à porter des brassards ou des casques blancs pour accompagner les manifestants, les députés écolos Pouria Amishahi, Danielle Simonnet et Léa Balage El Mariky ont lancé l'appel «Darons, daronnes», invitant eux aussi les «darons» à se tenir tous en blanc aux côtés des lycéens. Enfin, le patron du PS Olivier Faure a annoncé que son parti mettait «à disposition des organisations de jeunesse son service d'ordre pour contribuer à leur sécurité et permettre que leur mobilisation puisse se tenir dans le calme et la dignité». | | En voilà une question qu'elle est bonne. Photo Antoine Boureau. Hans Lucas via AFP (2026) | Y'A PAS MOYEN • Pas de ça à droite, où on fustige plutôt les élus de gauche qui «encouragent» le mouvement. Et où on trouve même que les élèves n'ont franchement pas à se plaindre de leurs conditions d'apprentissage. C'est ce qu'a expliqué Valérie Pécresse hier sur BFMTV. «Les lycéens d'Île-de-France sont sans doute les plus aidés du monde pour étudier», a balancé la présidente LR de région, faisant la retape de son son action à 6,5 milliards € : «Les 2 tiers des lycéens franciliens aujourd'hui étudient dans un lycée neuf ou rénové. […] En Seine-Saint-Denis, on a divisé par 9 la vétusté.» Pécresse oublie juste de préciser que son action vise en priorité les lycées privés. Et l'ex-candidate à la présidentielle de conclure en contredisant toutes les revendications des lycéens depuis des semaines : «Dire que le malaise des jeunes est lié à un problème de moyens, c'est complètement faux.» Les intéressés apprécieront. | PAS DÉSO • Le gouvernement, enfin, reste parfaitement droit dans ses rangers coquées. Notamment le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, qui n'opère aucune remise en cause de la doctrine du maintien de l'ordre malgré les nombreux cas de lycéens gravement blessés. Sur France inter ce matin, il martèle que les forces de l'ordre n'interviennent qu'en cas de «violences» et «dégradations» et dans le respect des procédures, se réfugiant derrière les «10 enquêtes en cours» du côté de l'IGPN pour ne pas commenter les images de violences policières. A-t-il tout de même passé un coup de fil aux familles de ces jeunes pour leur témoigner de sa considération après ce qu’il qualifie de «drames» ? «Non je n'ai pas appelé, assume Nuñez. Je ne vais pas présenter des excuses, il y a des enquêtes judiciaires en cours, nous verrons si les responsabilités sont établies ou pas.» Et le ministre d'enchaîner illico : «En revanche, je peux vous assurer que j'adresse un message de soutien à l'ensemble des forces de sécurité intérieures qui sont blessées.» Personne n'en doutait. Sur France Info, son collègue de l’Éducation Édouard Geffray a indiqué n’avoir appelé personne non plus. Peut-être que s’il y avait un numéro vert… | | Laurent Nuñez. Capture d'écran France Inter | POSE TON GUN • Ça doit être ça, l'exception culturelle française : l'utilisation de grenades de désencerclement et de LBD pour le maintien de l'ordre, à rebours de tout le reste de l'Europe. Des armes «de guerre» qui ont encore fait des dégâts depuis le début de la contestation lycéenne. C'est pourquoi Boris Vallaud, le patron des députés PS, va déposer une proposition de loi pour interdire ces armes dans les manifs où il y a une forte présence de mineurs, comme il l'a annoncé ce matin sur RMC. Le rose n'est pas le seul à l'initiative. Hier, lors d'une conf' de presse commune, les candidats à la présidentielle François Ruffin et Dominique de Villepin - qui s'y connaît en manifs étudiantes - ont exprimé la même demande. Mais le sujet ne date pas que de cette rentrée. En 2019, déjà, après les nombreux blessés des manifs des gilets jaunes, les sénateurs communistes avaient déposé une proposition de loi «visant à interdire l'usage des lanceurs de balles de défense dans le cadre du maintien de l'ordre et à engager une réflexion sur les stratégies de désescalade et les alternatives pacifiques possibles à l'emploi de la force publique dans ce cadre». Sans succès. | DÉPART RATÉ • Hier, le gouvernement a lancé son compte X de fact-checking baptisé «Soyons précis». Une sorte de petit frère de French Response, «compte de riposte» du ministère des Affaires étrangères destiné à répliquer aux discours hostiles et de déstabilisation venus de l'étranger. «Soyons précis» s'attaque lui aux opposants de l'intérieur et a, pour l'instant, surtout visé à côté. 2 de ses 3 premiers tweets se sont pris une «note de contexte» sur X pour fact-checker les fact-checkeurs gouvernementaux. Première cible, et pas des moindres : Patrick Martin, le patron du Medef, pourtant plutôt chouchouté par la macronie. «Soyons précis justement», a cinglé en retour l'orga patronale pour contredire le compte de l'exécutif. Puis c'est leur réplique à l'insoumis Éric Coquerel qui a fait flop. «Et voici les fact-checking gouvernementaux où on affiche des hausses de budgets sans prendre en compte l’inflation. Bientôt un ministère de la vérité ?», a moqué Manuel Bompard pour défendre son camarade. On n'avait pas vu démarrage aussi poussif depuis le gouvernement Lecornu 1, dont la durée de vie (14 heures) fête déjà son premier anniversaire. | | | ET SINON ••• Le gouvernement est dans le viseur de plusieurs députés au Journal officiel ce matin. L'élue socialiste Anna Pic a ainsi déposé une proposition de loi constitutionnelle «visant à étendre aux membres du Gouvernement l'interdiction du cumul avec une fonction exécutive locale», pour éviter le cumul ministère-mairie, comme a pu le faire Rachida Dati. Et le député Liot Jean-Luc Warsmann a déposé une proposition de loi pour «encadrer le nombre de membres du gouvernement». | |
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