Les Français ont assisté, effarés, à ce qui ressemble de plus en plus à un effondrement.
La journée du 17 octobre est à la fois la conséquence des politiques menées en France depuis quarante ans et la préfiguration de ce qu’elle sera si nous n’inversons pas le cours des choses.
Le chaos, la barbarie, les pillages appellent une réponse immédiate et inébranlable. Doit s’y ajouter une réponse de long terme à l’ensemble des phénomènes qui ont concouru à ce désastre.
La mécanique à l’œuvre durant cette journée est désormais connue et ceux qui se sont donné la peine d’aller au cœur des manifestations l’ont vue se mettre en place. Des citoyens viennent manifester pour dire leur difficulté à vivre dignement de leur travail. Des mères célibataires, des personnels soignants, des employés précaires… S’y ajoutent des lycéens inquiets pour leur avenir. Il y a là des retraités, des familles avec leurs enfants. Puis arrivent par grappes des jeunes gens masqués, des pasionarias, des militants d’extrême gauche venus récupérer la colère. Les slogans classiques se diffusent : ACAB, « À bas l’État, les flics et les fachos »… Les tags sur les murs, la tension, la confrontation avec les policiers. Des manifestants galvanisés envahissent les lieux institutionnels, préfectures ou mairies, dans un climat insurrectionnel. Les black blocs commencent à casser, fixent les forces de l’ordre, lancent la guérilla et derrière, les pillards opportunistes en profitent. Avec, en arrière-plan, peut-être, de ces attaques coordonnées de petits groupes mobiles, la stratégie des narcotrafiquants pour montrer à l’État sa fragilité.
Et les Français qui peinent à boucler leurs fins de mois, ceux-là mêmes qui exprimaient à travers le mouvement social leur détresse et à qui l’on explique sempiternellement qu’il n’y a plus d’argent savent que ce sont bien eux, hélas, qui vont payer les dégâts.
La réponse pénale doit désormais être à la hauteur de ce qui s’apparente à une tentative de déstabilisation de l’État. L’anomie qui s’est déployée dans toutes les grandes villes de France appelle une reprise en main immédiate. Peines planchers, circonstances aggravantes pour les vols commis en cas de troubles graves à l’ordre public, fin des peines de substitution et systématisation de la prison pour les courtes peines. L’individualisation des peines ne doit pas être un prétexte à l’impunité. Révision, enfin, de la justice des mineurs. Et pour cela, bien sûr, nous devons construire des prisons dédiées à ces courtes peines et, en amont, de véritables centres éducatifs fermés.
Pour autant, cette remise en ordre et ce retour à la force de l’Etat ne suffira pas. Ce à quoi nous avons assisté est la conjonction de décennies d’incurie, d’impuissance, de destruction de toutes les structures de la République par des forces politiques conjuguées.
Destruction de l’école et des structures éducatives, d’abord. La barbarie qui s’étale dans les scènes relayées sur les réseaux sociaux, la violence à l’état brut de jeunes gens incapables même de penser les conséquences de leurs actes est la conséquence du sabotage systématique de toute transmission d’une morale civique. Les sarcasmes du gauchisme culturel contre le supposé endoctrinement que représenterait l’enseignement de la morale à l’école, et les poncifs du genre « il ne faut pas juger » ont fait de la France le pays de la décivilisation. Le redressement de l’école et la relégitimation des enseignants comme incarnation première de la République est une urgence.
Destruction, ensuite, de toute capacité à contrôler qui entre sur le territoire français et à intégrer ceux qui ont vocation à y rester. Nombre de jeunes gens qui se sont livrés à des pillages considèrent tout simplement qu’ils n’appartiennent pas à la même société et sont venus se servir dans le « camp d’en face », sur un territoire adverse. Le contrôle de l’immigration, la lutte contre les ghettos urbains, telle que la pratiquent d’autres pays européens, doit également faire partie de la réponse.
Mais le retour de la République et de la France, c’est le retour de l’ordre au service de la justice et de la prospérité partagée. C’est non seulement la fin de l’impuissance, mais c’est aussi la fin des politiques qui ont mené à cet effondrement généralisé. Quarante ans de destruction de l’appareil productif, quarante ans de destruction des services publics et de tous les outils de la puissance de l’Etat, quarante ans de destruction des corps intermédiaires et de tous les rouages démocratiques, voilà ce que nous payons. Le climat insurrectionnel qui s’installe depuis des années en France trouve ses causes profondes dans une politique qui allie le démantèlement de l’Etat stratège, l’inflation administrative et les logiques de prédations du capitalisme de connivence.
À qui profite le crime ? Chacun à sa manière, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon dansent sur le brasier. Le premier, après dix ans de pouvoir, laisse la France en ruine et continue à répondre par le mépris aux aspirations des citoyens. L’absence d’opérationnalité des forces de sécurité intérieure en est la manifestation flagrante. Le déploiement surdimensionné des FSI sur les lycéens, le temps consacré à des milliers de gardes à vue sans issue judiciaire ont eu une conséquence : le gouvernement a épuisé sa capacité à faire face à des mouvements violents. Dans certains bourgs de province, on a vu des lycéens pacifistes entourés par des dizaines et dizaines de gendarmes et de policiers… Mais le maire LR de Limoges explique que le commandant des FSI devant protéger sa ville n’avait plus de munitions…
Mais le plus grave est l’absence de réponse politique. Le choix du pourrissement. Le maître des pendules est devenu le maître du chaos et du néant, chaos dans nos rues et néant politique. Le gouvernement des technocrates et des consultants est d’une nullité sans bornes. Deux chiffres étaient repris par les manifestants ces derniers jours : plus de 60 milliards de dividendes des entreprises du CAC sur le premier semestre et un gazole proche des trois euros le litre alors que le gouvernement refuse de mettre en place une taxe flottante.
Pain béni, bien sûr, pour un Jean-Luc Mélenchon qui a pris soin de souffler sur les braises. L’instrumentalisation systématique du mouvement lycéen, le refus de condamner la violence, la mise en accusation des forces de l’ordre, la complaisance envers les casseurs et les pillards… Alors que l’élection présidentielle devrait permettre de trancher démocratiquement les débats de fond, en particulier sur la politique économique et sociale et sur le modèle de société que souhaitent les Français, l’installation d’un climat insurrectionnel vise à empêcher ce débat et à lui substituer un affrontement entre ses militants et ceux du Rassemblement national.
Et voilà bien ce qui attend la France si nous ne changeons pas immédiatement la donne. Le Rassemblement national est le grand bénéficiaire du chaos. Il sait que la peur et l’indignation lui déroulent un boulevard. Une France contre une autre. Face à face, pour reprendre les mots de feu Gérard Collomb.
Sommes-nous condamnés à l’affrontement ? Sommes-nous condamnés à voir le débat démocratique, la question économique et sociale disparaître dans les débris de la quasi-guerre civile ? Non. Car les aspirations des Français sont claires : un État renforcé dans ses prérogatives et qui fait appliquer la loi, une France qui produit pour financer ses services publics et ses infrastructures, une école qui enseigne l’effort, la rigueur, le respect, une démocratie restaurée pour rendre au peuple sa souveraineté, sa capacité à décider de son destin. Ils veulent un avenir pour leurs enfants dans un pays prospère, indépendant et fidèle à sa grandeur.
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