CAMPARI : NOUS AVONS ENCORE UN COUP DE RETARD !




Depuis deux jours, les réactions se multiplient autour de la vente des actifs martiniquais du groupe Campari, notamment les rhums Trois Rivières, La Mauny et Duquesne, au groupe français Les Bienheureux.

On s’émeut aujourd’hui de voir un important patrimoine foncier agricole martiniquais passer entre les mains d’un investisseur extérieur.

Mais quelques observations tout de même 

D’abord, ces terres étaient déjà entre les mains d’un groupe privé extérieur à la Martinique !!! Et oui, Les békés n’ont pas tout 

Ce n’est donc pas à l’occasion de cette vente que nous perdons la maîtrise de ce patrimoine.

Il y a quelques mois, dans une publication Facebook , j’avais précisément attiré l’attention sur cette formidable opportunité qui s’offrait à nous.

J’avais suggéré que nous profitions de cette mise en vente pour faire peuple, en constituant un véritable pôle d’investisseurs martiniquais, réunissant des capitaux privés et, pourquoi pas, des partenaires institutionnels, afin d’étudier sérieusement la possibilité de reprendre ces actifs.

L’idée n’avait pas suscité un enthousiasme débordant !

Aujourd’hui, alors que le processus de cession est engagé, les inquiétudes se manifestent et certains réclament le blocage de la vente.

Pourquoi pas ? 

Je peux comprendre et même partager certaines de ces préoccupations.

Mais bloquer pour faire quoi ?


Pour laisser demain ces centaines d’hectares partir en friche ?

Pour permettre éventuellement leur acquisition par des intérêts locaux qui, faute de véritable projet industriel, pourraient être tentés de les morceler ?

Pour reprendre une activité industrielle sans disposer des capitaux, des compétences et des débouchés commerciaux nécessaires à sa pérennité ?

Soyons sérieux !

Nous avons déjà l’expérience du Galion, qui devrait nous inviter à une certaine prudence lorsqu’il s’agit de confondre volonté politique, maîtrise du foncier et réalité économique.

Être Martiniquais ne suffit pas à faire de nous des industriels. Et posséder des terres ne suffit pas à créer de la richesse.

Il faut des capitaux, des compétences, une stratégie commerciale, des marchés et surtout une capacité à investir durablement.

Je ne suis pas opposé à ce que ce patrimoine revienne entre des mains martiniquaises. Bien au contraire, c’était précisément le sens de ma proposition initiale.

Mais je refuse de considérer que la seule origine géographique d’un propriétaire constitue une garantie de bonne gestion.

La véritable question est de savoir comment préserver ces terres agricoles, maintenir l’activité industrielle, protéger les emplois et développer nos marques sur les marchés internationaux.

Et sur ce terrain, il faut aussi savoir reconnaître que des investisseurs extérieurs peuvent apporter des compétences et des moyens dont nous avons besoin.

Nous ne pouvons pas, à chaque fois, découvrir les enjeux au moment où les décisions sont sur le point d’être prises !

Nous avons une fâcheuse tendance à réagir plutôt qu’à anticiper, à dénoncer plutôt qu’à construire, à vouloir empêcher lorsque nous n’avons pas su nous organiser pour entreprendre.

Si nous voulons réellement reprendre la maîtrise de notre économie, il faudra apprendre à mobiliser notre épargne, (+ de 3.000.000.000 € ) qui dort à la banque, fédérer nos entrepreneurs, rechercher des partenaires et bâtir des projets industriels crédibles.

C’est cela aussi, faire peuple !

Bloquer une vente n’est pas un projet économique.

Et l’indignation, même légitime n’a jamais remplacé une stratégie de développement.

À force d’avoir toujours un coup de retard, nous continuons à ne pas avoir de prise sur notre propre avenir.

Commentaires