L'ÉTRANGER

 Adaptation 

«L’Etranger» de François Ozon : pas un Meursault de choix

L’adaptation du roman d’Albert Camus échoue à trouver la bonne mesure entre glamour et abjection.

Benjamin Voisin, plus proche du mannequinat que de l’incarnation d'un conformiste paradoxalement ulcéré par la norme.
Benjamin Voisin, plus proche du mannequinat que de l’incarnation d'un conformiste paradoxalement ulcéré par la norme



La rupture entre les deux grands intellectuels français de gauche de l’après-guerre, Sartre et Camus, eut lieu en 1952 autour du clivage de l’engagement politique et du rapport à la violence qui la sous-tend ou non. Pourtant quand on lit le texte d’analyse de l’Etranger par Sartre qui paraît en 1947 (Situations 1), on ne peut qu’être fasciné par le sérieux avec lequel l’auteur de la Nausée décortique la double parution successive du roman l’Etranger  pour rendre compte de cette philosophie de l’«absurde» qui va connaître une telle fortune et tant de déclinaisons et de commentaires (l’Etranger est la deuxième plus grosse vente de Gallimard après le Petit Prince). 


Luchino Visconti avait signé en 1967 (année de naissance de François Ozon) une première adaptation de l’Etranger avec Mastroianni, film qu’il jugeait très imparfait. La sortie du livre de Kamel Daoud Meursault, contre-enquête en 2013 offrait un contrechamp algérien au récit de Camus et à sa perception du monde à travers la seule conscience laconique de son personnage de meurtrier sans affect, qui assassine un jeune Arabe sur une plage de quatre coups de revolver.


Impression désagréable

Cette adaptation de François Ozon essaye en quelque sorte de tout embrasser : garder l’opacité de Meursault, son indifférence, montrer l’ambiance coloniale d’Alger rongé par le racisme des Français ne formant jamais société commune avec les «indigènes», redimensionner les personnages féminins (la fiancée Marie et «la fille» que le voisin Raymond bat et prostitue, nommée ici Djemila), tenter de trouver la bonne mesure entre le cocktail glamour et abjection avec ce personnage réinvesti par un Benjamin Voisin plus proche du mannequinat que de l’incarnation énigmatique d’un conformiste paradoxal.

Tant et si bien qu’à l’arrivée, quels que soient les mérites ou l’audace d’un tel projet, c’est bien l’«économie mécanique d’une pièce montée» qui demeure et l’impression désagréable d’une jonglerie avec des paradoxes moraux et politiques dont le caractère soi-disant troublant ou moderne ne crève vraiment plus les yeux.

L’Etranger de François Ozon avec Benjamin Voisin, Rebecca Marder, Pierre Lottin… 2h00








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