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CANADEL

On a pisté George Clooney entre Brignoles et Cotignac : « Je suis fière de dire que c’est mon voisin »

L’acteur hollywoodien, brignolais et désormais français, a ses habitudes dans le Haut Var de la Provence verte. Rarement visible, il aime plus que tout l’arrière-pays. Nous avons suivi ses traces.


Brignoles (Var), le 14 janvier 2025. L'entrée du Canadel, la propriété de George Clooney, est peu visible de la route. LP/Olivier Lejeune
Brignoles (Var), le 14 janvier 2025. L'entrée du Canadel, la propriété de George Clooney, est peu visible de la route. LP/Olivier Lejeune

L’entrée est difficile à trouver, peu visible, dans un virage assez dangereux où les automobilistes roulent vite. Il faut avaler quelques kilomètres après le village, parmi les bois et vignes de cette route des vins de la Provence verte. Les autres entrées de domaines s’avèrent bien plus repérables, avec des chemins qui mènent majestueusement à des édifices imposants



George Clooney et son épouse, Amal, ici le 29 août 2025 lors de la Mostra de Venise (Italie), vivent à Brignoles (Var) depuis plusieurs années et ont désormais la nationalité française. Agence/Bestimage

George Clooney et son épouse, Amal, ici le 29 août 2025 lors de la Mostra de Venise (Italie), vivent à Brignoles (Var) depuis plusieurs années et ont désormais la nationalité française. Agence/Bestimage 


« What else ? » Du balai ! C’est un peu fort de café. Ce mardi, alors que les brumes matinales se dissipent à peine, nous venons de garer la voiture devant l’entrée du Canadel, l’immense propriété de George Clooney en pleine campagne, à la sortie de la petite ville de Brignoles (Var). Juste pour faire une petite photo de l’entrée.

Une poignée de secondes à peine, et une voix sortie d’une caméra retentit avec un fort accent américain, très ferme mais polie. Malgré un instant de sidération, et un timbre assez proche, ce n’est évidemment pas George Clooney qui nous surveille — celui-ci n’est pas encore rentré de Los Angeles, où il a participé aux Golden Globes deux nuits plus tôt en parlant en français — mais l’un de ses employés chez lui au Canadel. « S’il vous plaît ! Vous êtes dans une résidence privée. Vous n’avez pas le droit. Je vous remercie. Je vous souhaite une bonne journée. »

Nous sommes devant, et non pas dans, la propriété, sur la voie publique, mais inutile de tergiverser, nous n’allions pas visiter. Juste le temps de jeter un œil sur la boîte aux lettres, avec uniquement le nom du lieu, « Canadel » et « Pas de publicité merci ». Message reçu : les gardiens du domaine de la star veillent à chaque instant, et ne sont pas forcément du pays.


Chez Clooney, on ne voit rien. L’entrée — il en existe une autre un peu plus loin, tout aussi discrète — s’adosse à une colline pentue, qui dissimule de l’autre côté la bastide du XVIIIe siècle, l’étang, la piscine, le court de tennis, ces jardins à la française réputés magnifiques, les vignes — qui vont lui offrir une petite production familiale —, au total 172 ha de bois, de cyprès et d’oliviers comme on en voit dans toute la région. Internet regorge d’images très précises de ces trésors bucoliques, dont absolument rien n’est visible de la route.

Des forains juste en face

La bizarrerie de Canadel, c’est son voisin d’en face : des forains. Les caravanes apparaissent en très léger contrebas, de l’autre côté de la route. « Maison hantée. Tarif : 5 euros ». Le camion décoré nous accueille à l’entrée. Les voisins les plus proches du héros de « Ocean’s Eleven » et « Gravity » viennent de rentrer de la fête foraine d’Aubagne. Brigitte, la grand-mère du clan, nous aperçoit dans le dédale désert des caravanes avec les paires de chaussures restées à l’extérieur en ce petit matin, et nous invite à entrer dans la sienne : « Je suis fière de dire que George Clooney est mon voisin », sourit-elle.

Dans ce petit paradis pour enfants, avec des tas de jouets, le campement a fière allure : « Ça fait quarante ans que j’ai acheté mon terrain, précise Brigitte. Avant, on faisait la Foire du Trône. »

En face de la propriété de la star, des forains sont installés depuis quarante ans. LP/Olivier Lejeune
En face de la propriété de la star, des forains sont installés depuis quarante ans. LP/Olivier Lejeune


Pas de café de bienvenue avec le docteur Ross d’« Urgences » : « Je ne l’ai jamais vu. La factrice m’a dit qu’elle non plus, mais qu’il était souvent là. Par contre, je vois des camionnettes franchir le portail de sa propriété toute la journée. Le nombre de corps de métier qui entre là-dedans, c’est incroyable, à se demander si c’est possible. Ils ont fait un de ces boulots ! » La vieille dame regrette même que certains membres de sa famille, dont les camionnettes d’artisans stationnent sur son terrain, n’aient pas été sollicités par l’équipe de Clooney pour les toitures ou l’élagage : « Il paraît que tous les contrats étaient déjà pris. »

« Il aime profondément notre art de vivre »

La naturalisation française express de l’acteur américain, de sa femme d’origine anglo-libanaise, Amal, et de leurs jumeaux de 8 ans, Ella et Alexander, elle, ne fait pas débat, ni pour Brigitte ni dans le village. « Ça fait un bon Français de plus ! » ose même une riveraine, âgée elle aussi, dans ces terres conservatrices.

Localement, cela se traduira notamment par une aide financière pour une ferme bio — non située sur son domaine — afin de nourrir en circuit court une partie des enfants des écoles.

Le maire, aux dires de passants croisés dans ce village médiéval entouré d’une cité ouvrière aux immeubles modestes, fatigués, touchée par la crise économique et la fermeture des mines de bauxite, a fait bouger une commune sinistrée. Et a facilité l’arrivée d’un cinéma privé flambant neuf, que Clooney a inauguré en personne le 7 novembre 2024.

Pierre Leroy, le directeur du Liberté et de ses six salles, en parle comme si c’était hier. « On m’avait prévenu quelques heures avant, mais je n’y ai cru qu’en voyant ses cheveux poivre et sel sortir de la voiture. Il m’a serré la main d’un : Hello, ça va bien ? Il est comme il a été aux Golden Globes le week-end dernier, avec son petit sourire en coin, sa cool attitude, il est totalement comme ça dans la vie. »

Pierre Leroy, le directeur du cinéma Liberté à Brignoles, avec une photo dédicacée de George Clooney. LP/Olivier Lejeune
Pierre Leroy, le directeur du cinéma Liberté à Brignoles, avec une photo dédicacée de George Clooney. LP/Olivier Lejeune

Sur le comptoir du Liberté trône toujours la photo encadrée et dédicacée par la star. « Clooney, c’est un Brignolais ! savoure le jeune directeur. La dynamique de la ville était déjà relancée, mais sa présence, c’est un plus qui fait naître une curiosité. Et je n’ai aucun doute que son français va beaucoup s’améliorer », sourit-il. Ils devraient se revoir. Clooney a promis d’organiser chaque année un événement caritatif local avec le cinéma. Un an a passé, mais le directeur ne s’inquiète pas : « Il a été très occupé par sa pièce de théâtre aux États-Unis (l’adaptation de son film Good Night and Good Luck, qu’il a joué sur scène en 2025 à Broadway), mais ça va se faire. »

« Monsieur tout le monde » au Mc Drive

L’acteur n’a été aperçu publiquement que deux fois à Brignoles. Un jour de décembre 2024, les employés du McDonald’s à la sortie de la ville, et quelques clients, n’en croient pas leurs yeux. La star attend son tour au volant de sa voiture, avec femme et enfants, dans la file du Mc Drive. Improbable rencontre à la sortie d’un rond-point, entre un Mr. Bricolage d’un côté, un Leclerc de l’autre, la nationale juste après, un enfilement de parkings.

Georges Clooney aperçu au McDonald's de Brignoles, en décembre 2024, avec Marie, qui l'a servi. McDonald's Brignoles
Georges Clooney aperçu au McDonald's de Brignoles, en décembre 2024, avec Marie, qui l'a servi. McDonald's Brignoles

Marie, qui l’a servi à l’époque, ne veut plus en parler. « Elle est passée à la télé, c’est allé trop loin », expliquent ses collègues, en pleine pause, qui nous racontent la scène : « C’était vraiment Monsieur tout le monde. Il a commandé pour toute sa famille. Les gens qui l’ont reconnu ont été très respectueux. Il a fait des selfies en demandant seulement à ceux qui s’approchaient de ne pas photographier sa femme et ses enfants ».

Et sinon ? What else ? « On ne l’a jamais vu ! » s’exclame un cafetier du centre-ville. Même pas dans une boutique ? Ce dernier ouvre des yeux ronds : « Que viendrait-il faire ici ? Si vous voulez le voir, allez à Cotignac. Il y a beaucoup d’investisseurs étrangers dans ce village bien plus riche que nous. »

À Cotignac, « Saint-Tropez du Haut Var »

Cotignac, le mot magique, labellisé parmi les « Plus beaux villages de France ». À 20 km par une petite route de vignobles et de terre ocre qui fait penser à la Toscane. Et aux paysages du film que le comédien vient de tourner pour Netflix, « Jay Kelly », une sorte d’autobiographie de la star à la soixantaine, qui cherche un sens à sa vie en Europe. Dans le film, son personnage tourne même des pubs pour une célèbre marque de café. Le « Saint-Tropez du Haut Var », comme le village est surnommé, a un air de dolce vita.

Cotignac (Var), un paysage de carte postale. Istock/Vincent Jary
Cotignac (Var), un paysage de carte postale. Istock/Vincent Jary

Une carte postale. Si personne ne veut en parler à Cotignac, « par discrétion, c’est ce qu’il apprécie chez nous », tout le monde l’a vu ou a même échangé avec lui. Stéphanie, la boulangère du Fournil, chez qui l’on dit que les Clooney se fournissent en viennoiseries, s’en amuse : « J’ai servi Teddy Riner. J’ai vu Patrick Bruel au café du coin. Mais George Clooney qui viendrait en personne acheter ses croissants, vous n’y pensez pas. » Sa femme, alors ? Ses yeux sourient. « Ici, c’est la campagne. Personne ne va sortir en courant pour voir passer Clooney. On le laisse tranquille. »

Cotignac (Var), le 14 janvier 2025. Stéphanie tient la boulangerie le Fournil, où George Clooney et sa famille se fournissent en viennoiseries. LP/Olivier Lejeune
Cotignac (Var), le 14 janvier 2025. Stéphanie tient la boulangerie le Fournil, où George Clooney et sa famille se fournissent en viennoiseries. LP/Olivier Lejeune

ll vient souvent dans ce village niché au pied d’une falaise troglodyte. Son copain Brad Pitt habite juste à côté, à Correns, où depuis son divorce avec Angelina Jolie, il gère toujours le domaine de Miraval. « Il n’y a pas que des avantages avec les stars. Brad Pitt ne laisse pas les randonneurs traverser sa propriété où il y a une vue extraordinaire sur la vallée, contrairement aux anciens propriétaires qui nous laissaient passer », regrette une villageoise qui aime marcher.

Les enfants inscrits à l’école privée

Le restaurant Picotte est fermé, mais nous tentons notre chance au Lou Calen. Du moins au bistrot, l’un des trois restaurants de ce domaine. Le responsable de la salle, d’un sourire entendu, refuse de dire un seul mot de l’acteur. Mais nous explique que Joe Dassin s’est marié en 1978 dans la pièce même où nous déjeunons. Les people et Cotignac, une longue histoire. Ici, George ne doit pas être dépaysé. Le propriétaire est Canadien, et la serveuse qui nous apporte une délicieuse salade d’encornets à la béarnaise ne parle pratiquement qu’anglais.

Les Clooney n’ont pas inscrit leurs enfants à l’école communale de Brignoles, et c’est à Cotignac que l’on comprend pourquoi. Aucune trace dans ces vallons escarpés vert et ocre de la moindre crise, de murs lézardés ou de résidus d’insécurité. Brignoles dégage un air de documentaire social, Cotignac de romance hollywoodienne. Les petits Ella et Alexander seraient scolarisés dans une école privée du coin accueillant le beau monde de la région. À Cotignac, le gotha savoure sa fin de semaine en famille. Les Clooney comme les autres. N’en parlez pas, ce serait si malpoli.




On a pisté George Clooney entre Brignoles et Cotignac : « Je suis fière de dire que c’est mon voisin »

L’acteur hollywoodien, brignolais et désormais français, a ses habitudes dans le Haut Var de la Provence verte. Rarement visible, il aime plus que tout l’arrière-pays. Nous avons suivi ses traces.

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