Accéder au contenu principal

CANNES 2023

 Pour la première fois, on est sorti de la période de convalescence post-Covid où tout le monde était prudent, conscient que le cinéma et tout le secteur qui tournait autour de lui avait pris un sérieux coup dans l’aile. La résilience générale et les bons chiffres de fréquentation des salles en Europe, et en tout particulièrement en France, ont rallumé la flamme et vu réapparaître une envie générale d’en découdre. 

En lien direct avec le reste du pays – c’est possible, Justine Triet l’a prouvé en recevant son prix, déterminée et inattendue, abrégeant les politesses pour en venir au politique : «Le pays a été traversé par une contestation historique, extrêmement puissante, unanime, de la réforme des retraites, cette contestation a été niée et réprimée de façon choquante. Et ce schéma de pouvoir dominateur, de plus en plus décomplexé, éclate dans plusieurs domaines. Evidemment, socialement, c’est là où c’est le plus choquant. Mais on peut aussi voir ça dans toutes les hautes sphères de la société. Et le cinéma n’y échappe pas. La marchandisation de la culture que le gouvernement néolibéral défend est en train de casser l’exception culturelle française. Cette même exception culturelle sans laquelle je ne serais pas là aujourd’hui devant vous. Ce prix, je le dédie à toutes les jeunes réalisatrices, jeunes réalisateurs et à ceux qui n’arrivent pas aujourd’hui à tourner. Cette place que j’ai prise il y a quinze ans dans un monde un peu moins hostile qui considérait encore possible de se tromper et de recommencer.» 

Tous ceux qui craignaient que la mobilisation sociale, historique, se fasse oublier à Cannes en auront eu pour leur compte. Ceux qui craignaient qu’elle perturbe le Festival ou réémerge avec esclandre aussi.

Telle la ministre de la Culture, Rima Abdul-Malak, qui a réagi au discours avec une extraordinaire rapidité (comme elle l’avait fait, le 24 avril, lors de la cérémonie des Molières). «Heureuse de voir la palme d’or décernée à Justine Triet, la dixième pour la France ! Mais estomaquée par son discours si injuste. Ce film n’aurait pu voir le jour sans notre modèle français de financement du cinéma, qui permet une diversité unique au monde. Ne l’oublions pas.» L’inquiétude d’un démantèlement du modèle de l’exception culturelle gronde depuis des mois dans le milieu du cinéma, défiant le rêve macroniste d’une Silicon Valley à la française. Initialement envisagé comme un projet de série, Anatomie d’une chute témoigne du meilleur de ce que la recherche et le tâtonnement peuvent produire hors de tout souci de recettes ou d’efficacité. C’est une vision d’artiste souveraine, toujours en chantier, préservée de la mode, des diktats toujours plus bruyants que des thuriféraires du modèle américain de «réussite» et de mise aux normes du marché (généralement escorté d’un discours anti-subventions) essayent petit à petit d’imposer en France.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

LE PARC DES SCULPTURES DE PLOUMANAC'H

Situé au carrefour de Ploumanac'h Perros-Guirec, ce parc présente 12 sculptures monumentales dont 7 ont été réalisées par des sculpteurs internationaux lors du Symposium de sculptures monumentales sur granits qui s'est tenu à Ploumanac'h en 1998. Quelques années auparavant une manifestation identique avait eu lieu à Lanhélin en Ille-et-Vilaine (voir PP N° 35147_1 et 35147_2). Si Lanhelin est le pays du granit bleu, Perros-Guirec avec le granit de La Clarté est le pays du granite rose. Les artistes jouent avec ces couleurs. Ils ont un mérite particulier : le granit est, parmi les matériaux naturels, la matière la plus dure qui soit à travailler. Nota : Ne soyez pas surpris de lire tantôt granit (roche grenue massive, non poreuse, imperméable et cohérente), terme de carrier ou marbrier et granite (roche plutonique grenue entièrement cristallisée dont la composition minéralogique est bien précise), terme de géologue. Le Parc des sculptures Christian G...
 Cinéma ...Il était un acteur d'une grande densité, excellent dans les rôles de croyant ou de prêtre (ce qui correspondait d'ailleurs à ses convictions religieuses profondes).... Des hommes et des dieux,  Orson Welles,  007 ... les grands rôles de Michael Lonsdale Du Procès  aux films de Jean-Pierre Mocky, en passant par  James Bond , le comédien français, décédé lundi, a su imposer sa présence hiératique.   Mort de Michael Lonsdale, le plus mystique des acteurs, à 89 ans DISPARITION -  L'acteur français est décédé le 21 septembre. Sa présence hiératique et sa diction sans effet lui ont permis de camper avec la même justesse des personnages aussi différents qu'un criminel sadique dans  James Bond  ou un moine cistercien dans  Des hommes et des dieux . Des hommes et des dieux,  Orson Welles,  007 ... Les grands rôles de Michael Lonsdale Du Procès  aux films de Jean-Pierre Mocky, en passant par  James Bond , le comédien...