C JEUDI C ZEITGEIST !
🟨🟧 Et si les sondages se trompaient ?
Les sondages annoncent tous une vague démocrate aux midterms. Mais peut-on (vraiment) leur faire confiance ? Celui qui a deviné la victoire de Trump en 2024 se mouille.
Hi everyone, c’est Zeitgeist !
Je vais vous raconter pourquoi la “Trump fatigue” se ressent sur les audiences de Fox News.
Comment ls démocrates ont recours à des magouilles piteuses et grotesques pour espérer emporter le Sénat.
Et dans le 🎈Bring me Joy du jour, je vais tenir ma promesse. Joy ! LA Joy, avec l’accent de Brooklyn.
Avant de vous parler des sondages, la phrase de la nuit, prononcée par Barack Obama en campagne avec le sénateur de Géorgie Jon Ossoff, qui est souvent comparé (il fait des efforts délibérés pour cela) à l’ancien président.
Il revenait sur une controverse alimentée par Trump, après une blague lancée par l’ex président ce weekend, et dont je vous parlais dans le dernier Zeitgeist.
Voici ce qu’Obama avait dit à propos de Trump, et qui a fait bondir les républicains.
“Ce gars a fait construire une salle de bal plus grande que la Maison-Blanche. (…)
C’est quoi, cette obsession pour l’or ? De l’or, toujours plus d’or.
Il a donné à la Maison-Blanche l’allure d’un Cheesecake Factory ouvert par Saddam Hussein.”
Je vous disais lundi que Cheesecake Factory, c’est une chaîne de restaurants célèbre pour ses décors tape-à-l’œil.
Et cela fait trois jours que Trump essaye de faire de Cheesecake Factory un sujet majeur de la campagne.
Il a envoyé son secrétaire du Trésor (oui, celui en charge de l’économie américaine) troller Barack Obama avec un point presse devant un Cheesecake Factory.
Fox News a des vapeurs, en s’indignant que l’ex président se moque de l’Amérique profonde qui va manger chez Cheesecake Factory,
Et voici ce qu’a dit Obama cette nuit qui montre qu’il n’a pas perdu la main :
“Ils ont mobilisé l’appareil d’État tout entier pour répondre à cette blague. Pas contre l’inflation, non, juste pour cette blague.
Ce qui est fascinant dans la réponse de l’administration, c’est qu’ils n’ont pas contesté ce que j’ai dit sur leur responsabilité directe dans la hausse des prix. J’ai accusé cette administration, faits à l’appui, de se livrer à des niveaux de corruption sans précédent.
Là-dessus, ils n’ont rien trouvé à redire.”
Et voici la punchline.
“Le président n’était même pas fâché de la comparaison avec Saddam Hussein. Cette partie-là ne l’a pas dérangé. En revanche, il a très mal pris les remarques sur le Cheesecake Factory.”
Mic drop.
Revenons au sujet que je vous promettais en titre.
À cinq jours des élections de mi-mandat, et si les sondages étaient encore en train de nous raconter une histoire bidon ?
Et si la vague bleue démocrate dessinée depuis des mois par les sondages d’opinion, qui semble de plus en plus massive ces dernières semaines, n’était qu’une simple vaguelette ?
C’est ce qui s’est passé lors des dernières élections de mi-mandat, en 2022. L’impopularité du président Biden avait donné des espoirs démesurés aux républicains, qui s’étaient retrouvés déçus par l’étroitesse de leur victoire. Ils espéraient une vague rouge qui allait tout emporter. Ils n’avaient vu qu’une vagounette qui s’était brisée sur quelques rochers démocrates.
Les opposants au président pourraient se réjouir de ces enquêtes qui leur laissent espérer des victoires jusque dans des bastions républicains.
L’Iowa ! Le Texas !! Le Mississippi !!! Même le Kansas (!!!!) où il n’y a pas eu de sénateur démocrate élu depuis 1932. Je vous ai déjà raconté ces exemples ces dernières semaines dans Zeitgeist.
Mais non, ils sont les champions du bedwetting, comme on dit en anglais, ils mouillent leur lit, traumatisés par une série d’erreurs et de désillusions sondagières depuis l’entrée en politique de Trump il y a onze ans. À chaque présidentielle, en 2016, en 2020, en 2024, le vote trumpiste a été sous-estimé par les enquêtes d’opinion, de plus en plus incapables de sonder l’électorat populaire en colère qui constitue la base électorale du président.
“Si les résultats ne sont pas ceux qu’on attend, est-ce la fin des sondages ?”
C’est ce que demandait mardi soir sur Fox News le présentateur Bret Baier à un consultant républicain, qui lui racontait ceci :
“Les sondeurs me disent que c’est l’enfer pour mener leurs enquêtes. Il est incroyablement difficile d’obtenir des républicains qu’ils répondent à un SMS ou à un appel téléphonique.”
“Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’ils ne font pas confiance aux sondeurs, à l’establishment et aux médias ? Qu’ils les considèrent comme appartenant au camp d’en face ? Ou qu’ils sont mécontents du président et qu’ils ne veulent pas le dire ? Je veux dire, les deux interprétations sont possibles. En tout cas, je peux envisager les deux et, pour l’instant, on ne sait pas.”
J’ai donc écouté avec intérêt l’entretien accordé par Nate Silver au podcast d’Ezra Klein. Et j’en fais mon 📚Food for Thought de ce numéro de Zeitgeist.
Nate Silver, c’est un geek de la data bien connu de ceux qui suivent la politique américaine. Un analyste de données qui fait de la statistique en rassemblant les sondages pour calculer les chances de victoire de chaque camp. Comprenez bien, ce n’est pas un sondeur, il ne réalise pas lui-même les enquêtes. La distinction compte, vous allez voir.
Et il a une réputation, c’est d’ajouter dans sa sauce statistique et sondagière une pincée de flair, un je-ne-sais-quoi de guts comme disent les Américains, de tripes, d’instinct, d’intuition. Bref, il a du nez et il se mouille. Et depuis 2012, il a senti mieux que beaucoup d’autres où soufflait le vent.
Il était alors au New York Times. Il est passé sur ABC, d’où il chapeautait le formidable site FiveThirtyEight, et à l’aube de la victoire de Donald Trump en 2016, il accordait en gros deux chances sur trois de victoire à Clinton.
Vous pourriez dire qu’il s’est trompé ? Oui… et non. Il donnait une chance sur trois de victoire au candidat inattendu du camp républicain, c’est-à-dire infiniment plus que tous les autres (ses anciens collègues du New York Times donnait 82% de chance de victoire à Clinton au début de la soirée électorale à 19h).
Nate Silver était le seul à avoir émis l’hypothèse avant l’élection que les erreurs des sondages pouvaient être corrélées entre elles.
En 2020, il a été plus prudent que les sondeurs qui prédisaient une large victoire de Biden. Il avait compris mieux que d’autres que la pandémie rendait l’incertitude plus grande que d’habitude.
En 2024, je me souviens qu’il avait prédit, à l’inverse de beaucoup de sondages, que Donald Trump allait l’emporter. Il avait publié un article troublant où il disait en gros que son modèle statistique donnait du 50/50 entre Harris et Trump… mais que son instinct lui disait que l’ancien président allait gagner.
Il est parfois contesté, il a parfois eu tort. Mais il sait faire le tri. Et c’est pour cela qu’il est intéressant de l’écouter.
Alors que dit son instinct sur l’élection de mardi ?
Ce qu’il sent dans ses “tripes”, c’est que cette élection semble être “momentous”. Un tournant historique.
“La fin d’une ère”.
Je vous raconte.
Au moment de l’enregistrement du podcast, la semaine dernière, son modèle donnait aux démocrates plus de 70 % de chances de reprendre le Sénat, et plus de 90 % de reconquérir la Chambre des représentants.
Mais Silver lui-même garde un souvenir amer des dernières présidentielles.
En 2016, en 2020, en 2024, comme je vous le disais, les sondages ont largement sous-estimé Donald Trump.
Je me souviens avoir discuté avec l’un des plus célèbres sondeurs républicains une semaine avant la présidentielle de 2016, à Washington. Quand nous avions évoqué devant lui l’hypothèse de la victoire de Trump, il avait éclaté de rire.
Dans l’Iowa, juste avant le scrutin de 2024, une sondeuse très respectée avait donné Kamala Harris en tête de trois points. Son sérieux était tel que cette enquête avait ouvert une possibilité vertigineuse. Et si les autres instituts avaient tous raté quelque chose ?
C’était elle qui s’était lourdement trompée (et d’ailleurs Trump l’a attaquée en justice).
Donc peut-on vraiment croire ce qu’indiquent aujourd’hui la plupart des enquêtes d’opinion, c’est-à-dire un mouvement national massif de rejet du président qui permettrait aux démocrates de faire vaciller les républicains dans des États gagnés largement par Trump il y a deux ans ?
Silver commence par rappeler quelque chose que la mémoire collective a un peu effacé. Les sondages des midterms de 2018 et de 2022 ont été plutôt justes.
L’an passé, pour des élections locales dans le New Jersey et en Virginie, ils avaient même sous-estimé les démocrates de cinq à dix points.
L’erreur ne penche donc pas toujours du même côté.
Et surtout, le nom Trump n’est pas sur les bulletins de vote cette fois-ci.
C’est une clé pour comprendre ce qui se passe. Nul ne conteste son talent électoral pour mobiliser des gens qui votent rarement, qui se méfient des sondeurs assimilés au système des élites de Washington. Des électeurs en colère, loin de la politique, mais qui ont été prêts à se déplacer pour lui. Feront-ils le même effort pour un candidat républicain à la Chambre ou au Sénat ?
C’est pour cela que Trump est en campagne depuis des semaines dans des États républicains pour réveiller sa base, même quand elle est déçue des deux premières années de son second mandat.
Ce qui rend la tâche des sondeurs complexe, c’est qu’ils doivent non seulement mesurer les préférences des Américains, mais aussi deviner lesquels vont vraiment aller voter. Quand les sondeurs demandent aux personnes interrogées si elles comptent se déplacer et avec quel enthousiasme, ils obtiennent cette année un électorat très favorable aux démocrates. Mais, instruits de leurs erreurs passées, les instituts corrigent leur résultat.
Autrement dit, raconte Silver, derrière le chiffre publié, il y a déjà des hypothèses plus ou moins fragiles sur le comportement des électeurs.
Un sondage ressemble désormais lui-même à un petit modèle de prévision.
Silver rappelle que, traditionnellement, les midterms sont une correction par rapport à la précédente présidentielle. En moyenne, le rapport de force se déplace de sept points et demi contre le parti du président, par rapport à la présidentielle deux ans plus tôt. Cette année, le mouvement semble être plutôt de l’ordre de onze points. Vous ajoutez à cela la guerre en Iran + le prix de l’essence + l’impopularité de Trump et, dans plusieurs États, des candidats démocrates efficaces, et c’est cela qui dessine la vague démocrate.
Cela ne veut pas dire qu’elle déferlera partout.
Silver propose un exercice :
“Et si les sondages se trompaient de trois ou quatre points dans le même sens dans toutes les courses ?”
Donc, si on prend le Texas ou l’Ohio, où les démocrates sont en avance d’environ trois points, vous les mettez dans les victoires républicaines. Et tout de suite, vous n’avez plus la même soirée électorale.
Ce n’est pas parce que les démocrates sont en tête un peu partout, y compris dans des bastions républicains, qu’ils vont forcément gagner. Si les enquêtes commettent la même erreur partout, plusieurs espoirs peuvent s’effondrer ensemble.
C’est ce qui s’était passé en 2016 pour la présidentielle.
Les démocrates pourraient donc manquer de peu la majorité au Sénat sans que ce soit une faillite spectaculaire des sondages.
Pour la Chambre, en revanche, si les démocrates ne la reprenaient pas, Silver dit qu’il faudrait se poser des questions profondes sur les sondages, et même sur le pays.
Alors, pour 2026, que lui dit son instinct ? Ses “guts”, comme on dit en anglais, ses tripes.
Le même instinct, les mêmes tripes, qui lui avaient permis de renifler en 2024 la victoire de Trump, contre ce qu’indiquaient les sondages.
“En 2024, je m’étais livré à un exercice : j’avais fini par dresser une liste d’environ 21 raisons pour lesquelles le contexte politique favorisait Donald Trump. Et je m’étais dit : pour être équitable, je vais faire la même chose pour Harris. Mais je n’avais trouvé que quatre ou cinq éléments.
Cette année, c’est l’inverse. Le contexte de fond paraît désastreux pour les républicains.
Vous avez un président de 80 ans, dans son deuxième mandat, qui avait déjà subi un revers aux élections de mi-mandat de 2018, alors qu’il était plus jeune, plus populaire et que l’économie était perçue comme allant mieux. Et maintenant, vous avez l’Iran, l’essence à 4,50 dollars le gallon, Jeffrey Epstein. Vous avez la corruption à la Maison-Blanche. Vous avez aussi une série de solides candidats démocrates.
À certains égards, on pourrait donc s’attendre à une année encore pire pour les républicains qu’en 2018.”
“Si l’élection se déroule à peu près comme les sondages le prévoient, elle marquerait, d’une certaine manière, la fin de l’ère Trump.”
🟨🟧 La “Trump fatigue”
L’un des meilleurs moyens de sentir l’humeur chez les républicains, c’est de regarder Fox News. Et ses audiences.
C’est ce que fait Trump depuis longtemps. C’est l’une des raisons de son entrée puis de son succès en politique. Il était le meilleur programmateur de Fox News. Il savait mieux que d’autres capter l’attention des téléspectateurs de Fox News.
À cinq jours des élections de mi-mandat, voici un chiffre qui devrait faire paniquer tous les républicains qui espèrent défier les sondages.
Moins 27 %.
C’est la baisse de l’audience moyenne de Fox News sur un an. C’est (l’excellente) infolettre Status qui le raconte, sous le titre “La fatigue Trump de Fox” en se basant sur des données d’audience qu’elle révèle en avant-première.
Pour le mois d’octobre, la chaîne devrait afficher une moyenne de 1,1 million de téléspectateurs sur l’ensemble de la journée. C’est son plus mauvais mois depuis décembre 2023.
Alors qu’on est en pleine campagne électorale !
Généralement, à l’approche de présidentielles ou de midterms, les chaînes d’information attirent plus de monde que d’ordinaire. Le clip de promo des midterms que Fox met à l’antenne cette semaine est même assez dingue.
Mais ce que montrent les chiffres d’octobre, c’est les concurrents de Fox, CNN et MS NOW (l’ancienne MSNBC) progressent par rapport à il y a un an. Pas Fox.
Alors attention, Fox reste (très) largement en tête, la chaine la plus regardée après les trois grandes généralistes. Fox est même devant la chaîne sportive ESPN sur l’ensemble de la journée, malgré la reprise de la saison du football américain.
Mais si je vous en parle dans Zeitgeist ce matin, c’est parce que ça nous donne une indication sur l’état d’esprit de l’Amérique conservatrice.
Nous sommes à quelques jours des midterms dont l’un des grands enjeux sera de savoir si les électeurs de Trump vont se déplacer pour les candidats républicains.
Regardons les émissions du soir, ces heures où se succèdent les émissions d’opinion qui servent généralement à entretenir la ferveur conservatrice.
Entre 20 heures et 23 heures, en semaine, Fox rassemble encore deux millions de téléspectateurs. C’est énorme dans le paysage télé éclaté. Mais c’est 28 % de moins qu’il y a un an. Quand MS NOW progresse de 15 %, CNN de 16 %.
Chez les 25-54 ans, le public que convoitent les annonceurs, c’est -36 % en soirée.
Bref, les grandes voix conservatrices des soirées de Fox, celles qui font la puissance de la chaîne, ont moins d’écho.
Même Fox & Friends, la matinale que Trump regarde et utilise régulièrement pour parler à ses électeurs, est entrée dans une zone de turbulences. Son audience devrait être la plus faible depuis… juillet 2015. C’est-à-dire l’entrée en politique de Trump.
Onze ans plus tard, une partie du public se lasse-t-elle de ce feuilleton ?
Status relève un autre élément intéressant. Fox ne diffuse plus certains meetings de Trump en direct. Alors elle l’a fait pour un d’entre eux mardi soir, mais c’est devenu une exception.
Ce qui met d’ailleurs Donald Trump en rogne.
Car pendant des années, ces discours-spectacles, conçus et programmés pour toucher l’audience maximum sur Fox News, avaient une place considérable à l’antenne. Si Fox s’en passe... c’est aussi qu’ils ne génèrent plus autant d’audience.
Oh, tout cela ne veut pas dire que Fox abandonne Trump. Je vous ai raconté dans le dernier Zeitgeist que deux des vedettes de la chaîne ont célébré le dîner avant leurs noces à Mar-a-Lago vendredi dernier, entourées de grandes vedettes et des patrons de la chaîne.
Non, le plus intéressant, c’est ce que ça dit de la base commune de téléspectateurs-électeurs que partagent Fox et Trump.
Peut-être faut-il nuancer tout cela, en rappelant que la comparaison sur un an comporte un biais. Fox avait fait d’excellentes audiences en octobre 2025 dans la foulée de la mort de Charlie Kirk.
Et les audiences de télé ne sont pas un sondage d’intentions de vote.
Des électeurs trumpistes, agacés par le prix de l’essence, la guerre en Iran, l’affaire Epstein, n’ont peut-être pas envie d’entendre chaque soir des heures de prêchi-prêcha où on leur répète que tout va pour le mieux dans le monde merveilleux de Donald Trump. Ça ne veut pas dire qu’ils iront voter démocrate. Mais c’est peut-être le signe qu’ils n’iront pas voter.
Or c’est bien l’un des enjeux de ce scrutin.
Comme je vous l’ai raconté ici, Trump se démène en cette fin de campagne pour essayer de réveiller ses électeurs.
Ces chiffres suggèrent peut-être que l’envie de suivre la campagne côté conservateur n’est pas aussi forte que ne l’espère Trump.
La dernière fois que Fox News a connu comme cela un trou d’air dans les audiences, c’était juste après la victoire de Biden en 2020.
Après celle de Trump en 2024, c’était l’audience de MSNBC (la chaîne la plus pro-démocrates) qui avait plongé.
Cette fois, le décrochage de Fox arrive avant le verdict des urnes.
🟨🟧 Quand les démocrates tripatouillent
Voilà une histoire qui va calmer tous ceux qui prétendent que le New York Times ne publie que des articles favorables aux démocrates.
Le premier quotidien du pays n’aurait pas consacré autant de temps et de moyens pour sortir cette enquête, et ne l’aurait pas publiée à quelques jours du scrutin, s’il voulait à tout prix aider le grand parti d’opposition à récupérer la majorité au Congrès.
Elle était reprise en une des journaux télévisés hier soir.
Comme je vous le répète, la clé de mardi est de savoir combien de sièges de sénateurs républicains les démocrates vont être capables de renverser. Ils doivent en gagner au moins quatre, sans perdre aucun des leurs.
Il peut y avoir une vague nationale démocrate, mais s’ils ne parviennent pas à s’emparer de quatre sièges républicains, c’est terminé, le camp Trump pourra fanfaronner d’avoir sauvé l’essentiel.
Quatre sièges, c’est énorme.
Et leurs scénarios reposent notamment sur une victoire en Alaska. Le plus grand des États, et l’un des moins peuplés. À peine plus que l’agglomération de Nantes.
La politique locale en Alaska est toujours un peu étrange pour les habitants des 49 autres États plus au sud (par exemple, la sénatrice républicaine Murkowski soutient un démocrate pour le poste de gouverneur…), mais là, avec ces révélations du New York Times, elle a pris un tour mi-tambouille, mi-gaguesque.
Ce que raconte le NYT, c’est l’histoire d’une consigne. Il faut absolument trouver des Dan Sullivan !
Il y a plus d’un an, un collaborateur de la démocrate Mary Peltola reçoit cette mission. Cette ancienne élue démocrate au Congrès, soutenue par certains élus républicains pour les précédents scrutins, se prépare à se présenter au Sénat contre le républicain Dan Sullivan.
Et son équipe a une idée. Il faudrait lui mettre en face… un autre Dan Sullivan !
Un nom assez courant, c’est un peu comme un Sébastien Martin en France. Il y en a plein.
Ils se mettent donc à fouiller les fichiers électoraux en quête des Dan Sullivan de l’Alaska. Il faut en trouver un qui pourrait se laisser convaincre de se présenter. En espérant que des électeurs se trompent le jour du vote.
Tout ceci n’est pas très glorieux, c’est même le point de départ d’une histoire assez grotesque.
Le camp démocrate fait venir un de ses consultants de l’Ohio, qui semble s’y connaître en trifouillages à la limite de la légalité. Il utilise des pseudos et des ruses de couverture pour approcher des candidats potentiels. L’opération doit rester secrète. Elle implique des collaborateurs de Peltola, des avocats et même des apparatchiks du comité national des campagnes sénatoriales démocrates (bref, la machine électorale du parti pour ces midterms). Et comme dans les affaires louches au cinéma, l’opération secrète porte un nom flou, “le Projet de composition du bulletin”.
Ce recrutement discret a des allures de mauvais scénario. Le New York Times raconte des scènes de rencontres discrètes autour de bières dans un pub irlandais d’Anchorage. Des promesses de soutiens financiers douteux. Mais cette chasse aux homonymes avance. Et au printemps, un Dan Sullivan, enseignant à la retraite dans un village de pêcheurs accessible uniquement par avion ou bateau, entre dans la course. Il assure avoir décidé seul de se présenter.
Ces barbouzes électoraux démocrates sont créatifs. Les idées ne manquent pas. Dans les échanges internes que révèle le New York Times, ils envisagent même de créer un parti “MAGA” pour attirer des conservateurs.
Tout ceci repose quand même sur l’idée qu’une partie des électeurs républicains sont des idiots prêts à tomber dans le panneau.
Le camp Peltola conteste ces révélations du New York Times, mais elles semblent solides, après une longue enquête.
Le président Trump s’est évidemment saisi de l’affaire. Il hurle à la “fraude électorale” et exige l’exclusion de Peltola et de l’autre Sullivan.
Mais l’Alaska, c’est vraiment un État à part. Pour vous donner une idée de la dinguerie de la vie politique locale, en 2024, les républicains avaient soutenu le maintien d’un candidat démocrate face à Peltola. Il faisait campagne… depuis une prison de New York.
🟨🟧 Joy by Joy !
Bon, depuis que j’ai lancé cette rubrique 🎈Bring me Joy dans Zeitgeist cet été, je me disais qu’un jour il faudrait bien la prendre au pied de la lettre.
Et bring you Joy, comme promis.
Oui, voilà, c’est aujourd’hui, je vous apporte Joy sur un plateau.
Joy Behar.
C’est l’une des personnalités qui me font le plus rire. Les extraits de ses bons mots à la télévision pour commenter l’actualité me font souvent ricaner quand ils surgissent sur le fil Insta ou TikTok.
Son absence, ces dernières semaines, en pleine campagne des élections de mi-mandat, m’a rappelé combien elle compte.
Son grand retour à l’antenne, mardi, était un événement.
Reprenons au début, je suis bête, vous n’avez peut-être jamais entendu parler de Joy Behar. C’est d’abord une voix, un accent typiquement new-yorkais, la gouaille d’une famille italo-américaine de Williamsburg, à Brooklyn, pour cette fille d’un chauffeur routier syndiqué et d’une couturière.
Elle a 84 ans et tous les jours, sur le coup de 11 h du matin, heure de New York, elle se pointe à la télé pour parler de politique, des histoires du moment, de pop culture ou même parfois de famille et de sexe.
Depuis 1997 (malgré une brève interruption pendant laquelle elle a été virée avant d’être réembauchée à prix d’or, tant elle est précieuse), elle est l’une des coprésentatrices autour de la table de The View, sur ABC. C’est l’émission la plus regardée en journée de la télévision américaine. Public très féminin, et très grande influence. Passage obligé pour les responsables politiques de premier plan comme pour les vedettes en promo.
Même le vice-président Vance y est venu récemment. Joe Biden, Barack Obama et Donald Trump ont été des habitués.
Trump, c’était surtout avant qu’il n’entre en politique et qu’il ne soit égratigné au quotidien par l’émission. Avant cela, il était venu 18 fois dans cette émission fondée par la journaliste Barbara Walters, première présentatrice d’un journal télévisé sur une grande chaîne, et qui a longtemps servi de fausse petite amie à son mentor Roy Cohn (j’avais raconté cela dans un livre il y a 6 ans, mais c’est une autre histoire).
Aujourd’hui, autour de la table de The View menée par l’actrice Whoopi Goldberg, des femmes aux parcours, âges, profils et opinions différents, c’est le principe de l’émission. Il y a généralement l’une des panélistes qui est clairement républicaine. Ça a longtemps été Meghan McCain, la fille de l’ancien sénateur républicain. Ces dernières années, c’est Alyssa Farah Griffin, ancienne de la Maison-Blanche Trump pendant le premier mandat (elle a démissionné après qu’il a contesté sa défaite en 2020).
Et tous les jours, pendant une heure, elles commentent l’actualité du jour, des gros titres politiques aux polémiques en une du New York Post.
Et souvent, elles se disputent (c’est le principe de l’émission).
À la fin septembre, Joy Behar s’est déboîté l’épaule en chutant dans les coulisses, elle a raté plusieurs semaines d’émissions et nous a privés de l’une des voix les plus drôles pour commenter l’Amérique de Trump.
Ce qui me réjouit le plus chez elle, c’est son accent, si new-yorkais. Un mélange des argots italien et yiddish. Tellement New York.
Joy Behar était enseignante quand elle s’est lancée dans le stand-up. Elle a partagé les petites scènes new-yorkaises avec Robin Williams.
Je crois que la première fois que je l’ai vue, c’était il y a une trentaine d’années, dans Meurtre mystérieux à Manhattan, l’un des meilleurs Woody Allen (à mon avis).
Elle a gardé cette témérité du peuple new-yorkais qui regarde les gens qui se croient importants en leur faisant comprendre qu’il faut redescendre sur terre.
Et ce qui m’amuse particulièrement, c’est la manière dont elle parle de Trump. Elle le connaît depuis si longtemps, quand il n’était qu’un “personnage new-yorkais agaçant”, comme elle l’a dit récemment dans New York Magazine. Il l’avait même conviée à son second mariage en 1993, avant qu’elle ne devienne une célébrité télé. Ensuite, ils se sont souvent gentiment chamaillés à l’antenne. Elle lui avait même un jour en direct tripoté les cheveux pour vérifier que ce n’était pas une perruque.
Ce qui est amusant dans la manière dont elle parle de Trump, c’est qu’elle l’a bien connu avant qu’il ne soit en politique, qu’ils sont de la même génération, ont grandi dans la même ville avec le même accent, et donc j’ai toujours trouvé que Joy Behar, plus que d’autres humoristes, savait mieux caricaturer le personnage Trump que les autres. Parce qu’au fond, ils se ressemblent beaucoup.
Je vous donne un exemple. Il n’y a pas longtemps, The View recevait le sénateur républicain Ted Cruz (pas forcément un super larron), et Joy Behar s’est ainsi demandé si c’était une si bonne idée que le président Trump aille soutenir des candidats en difficulté à travers le pays.
“Vu que sa cote de popularité est plus basse que mes seins en ce moment, est-ce vraiment une bonne idée ?”
Voilà, ça, c’est Joy.
En 2025, voici comment elle expliquait la rivalité jalouse entre Trump et Obama (je vous en parlais encore dans le dernier numéro de Zeitgeist).
“Obama est tout ce qu’il n’est pas. Mince. Intelligent. Beau. Heureux en ménage.”
La Maison-Blanche avait pris le soin de répondre officiellement que Joy Behar est une “ratée insignifiante souffrant d’une forme sévère du syndrome d’obsession anti-Trump”.
“Insignifiante”, vraiment ?
L’émission entre dans sa trentième saison. En 2019, le New York Times publiait un article intitulé “Comment The View est devenue l’émission politique la plus importante d’Amérique”.
Joy Behar disait ceci :
“Ils nous prenaient pour des dames qui déjeunent ensemble. Maintenant, ils viennent parce que nous avons de l’influence.”
Aujourd’hui, Joy Behar dit qu’elle aimerait que Trump revienne sur le plateau :
“Tu ne peux pas aller tout le temps sur Fox !”
Ce serait assurément un moment de télé. Elle trouverait sans nul doute une repartie qui ferait rire une bonne partie de l’Amérique.
L’humoriste née quelques mois après Pearl Harbor, plus âgée que Joe Biden, n’a pas l’intention d’arrêter :
“Vous ne diriez pas à Picasso d’arrêter de peindre. Vous ne pouvez pas me demander d’arrêter d’être drôle.”
Thank you and goodbye.
PhC

































Merci pour le bring me joy que j'adore. Déjà, ça me permet de découvrir des gens que je ne connais pas toujours, et c'est une façaon vraiment positive de terminer une newsletter, certes passionante, mais lourde du contexte modial. Merci pour ça.