C JEUDI C ZEITGEIST !
Halloween oblige !
🟨🟧 Trump parle de “cul”. Des électeurs, de corruption
Avant les midterms, Trump vante la beauté et la virilité de ses candidats. Dans son propre camp, des électeurs s’agacent de l’enrichissement du président et de ses proches
Hi everyone, c’est Zeitgeist, avec aujourd’hui Christiane Amanpour, Bob Woodward, Anderson Cooper, Carl Bernstein, Jesse Watters, Jon Ossoff et… E.T. !
Nous sommes maintenant à 12 jours des élections de mi-mandat. Le vote anticipé a déjà commencé dans beaucoup d’États. Les sondages, les uns après les autres, locaux et nationaux, dessinent tous la même vague bleue (démocrate) qui pourrait emporter la Chambre et même peut-être le Sénat.
Il faut rester prudent. Lors des dernières élections de mi-mandat en 2022, la vague rouge (républicaine) s’était révélée être une vaguelette qui avait encouragé le président Biden à se lancer dans la course à la réélection. On connait la suite.
Je vous ai déjà raconté dans Zeitgeist ces dernières semaines que Donald Trump va presque tous les soirs faire campagne dans un État républicain. Pas des États de conquête, non, des États qui ont nettement voté pour lui en 2024, 2020, et 2016 et où pourtant ses candidats républicains semblent en mauvaise posture.
On vient d’apprendre qu’il va aller lundi faire campagne dans le… Mississippi, l’un des États les plus solidement républicains, qu’il a gagné avec près de 23 points d’avance il y a seulement deux ans !
Axios rappelait il y a quelques heures que cet État du Sud n’a pas élu de sénateur démocrate depuis 44 ans. Et révélait que les stratèges républicains se retrouvaient contraints d’y injecter de l’argent à la dernière minute pour essayer de le sauver, comme je vous l’ai déjà raconté pour d’autres bastions comme le Texas et le Kansas.
Attention, ça ne signifie pas que ces sièges vont basculer. Les sondages sont dans la marge d’erreur. Il y a donc un doute. Mais le simple fait que les républicains soient obligés de les défendre, en y dépensant de l’argent pour acheter des écrans publicitaires, en y envoyant le président faire campagne quelques jours avant le scrutin, montre bien le niveau de panique côté républicain. Comme le résume un stratège national du parti auprès d’Axios :
“La muraille a cédé. L’ennemi est à l’intérieur du fort. Nous nous battons désormais au corps à corps.”
Je vais vous raconter dans un instant comment la question de la corruption surgit de façon spectaculaire dans les études menées avec des électeurs républicains et indépendants qui se détournent de Trump.
Mais pendant ce temps-là, de quoi parle le président ?
De “cul”. Oui, oui, de “cul”.
Du “cul”… des hommes. Qu’il aime plutôt musclé.
“Son cul, putain, on dirait un tas de muscles.”
Il en parle tout le temps, soir après soir, réunion publique après réunion publique.
Laissez-moi vous raconter.
Alors pas n’importe quel “cul”, celui d’un sénateur républicain de l’Ohio, pour être précis. Jon Husted, en situation très délicate face au démocrate (et ancien sénateur) Sherrod Brown.
Le président a découvert que Husted a joué au football américain à l’université de Dayton, dont l’équipe avait remporté un championnat national en 1989.
Depuis, il l’observe. Ou plutôt, il observe son “cul”.
Lundi il y a 10 jours, il va faire campagne avec lui à Youngstown, dans l’Ohio, et le président raconte à la foule comment cette découverte footballistique l’a amené à regarder le sénateur de haut en bas.
“J’ai regardé son cul.”
Ça aurait pu être une digression de plus dans un discours, comme il le fait souvent en passant du prix de l’essence à ses ennemis du moment. Des grandes affaires du monde à telle ou telle polémique sur une séquence télévisée.
Mais les jours suivants, dans le Kentucky, en Caroline du Nord et ailleurs, où peu de gens connaissent même le nom de Jon Husted, il reparle encore de son “cul”.
Dans le Kentucky, il était venu soutenir le candidat Ed Gallrein, ancien membre des forces spéciales de la marine. Un homme magnifique, s’ébaudit le président, tout droit sorti du “central casting” (c’est-à-dire qu’il a la tête qu’un réalisateur choisirait pour le rôle).
Puis il revient au “cul” de Husted.
“J’ai examiné son cul, puis j’ai regardé ses épaules. J’ai regardé ses pieds. J’ai regardé sa main. J’ai regardé sa mâchoire.”
Il le découpe comme un boucher.
Avant-hier soir, étape en Caroline du Nord. Trump vient cette fois soutenir Michael Whatley, candidat au Sénat. Mais il reparle du “cul” du sénateur de l’Ohio.
“J’étudie son corps. Je n’ai jamais étudié le corps d’un homme auparavant. Ce n’est pas mon truc. Il n’y a rien de mal à ça, évidemment.”
“Mais j’ai regardé son cul, puis ses jambes. Je me suis dit : “Son cul, putain, on dirait un tas de muscles.”“
Il raconte avoir tapoté son épaule et s’être fait mal à la main.
“Il est comme un morceau d’acier. J’ai dit : “Ce type est un monstre !”“
Tout cela ressemble à une arme de distraction massive, comme Trump en a le secret. Tant qu’on parle du “cul” d’un sénateur, on ne parle pas du coût de la vie et de la guerre en Iran.
Et Fox News embraye. L’animateur Jesse Watters propose une nouvelle méthode de sélection pour le Sénat.
“Il faut choisir celui qui a le meilleur cul. Voilà ce que je dis !”
Notez que Fox News a quelques pudeurs à écrire “ass” en toutes lettres.
Même le vice-président Vance s’y met, en venant faire campagne hier pour son ancien collègue sénateur de son État de l’Ohio.
“Qu’est-ce que je pourrais bien dire sur Jon Husted que Donald Trump n’ait déjà dit ?
Ne t’inquiète pas, je ne vais pas parler du cul de Jon Husted.”
C’est consternant. Oui. Mais c’est aussi du pur Trump, avec un vrai instinct d’homme de spectacle.
C’est un de ses trucs en campagne. Quand il trouve une vanne ou une remarque qui fait rire la salle, il la reprend, il la développe, ça devient une séquence sur les réseaux, et le volume fait que ça devient un sujet sur les chaînes d’info.
Du Trump classique. Il sait mieux que quiconque détourner l’attention. En 2024, il revenait sans cesse, réunion publique après réunion publique, sur la question de savoir s’il était préférable de mourir électrocuté ou dévoré par un requin. Toutes ces digressions plaisaient à son public.
Mais aujourd’hui, vont-ils s’accrocher au “cul” du sénateur Husted ?
Ça ne sert pas à grand-chose de chercher derrière chaque phrase, chaque vanne, une stratégie électorale minutieusement préparée.
Mais néanmoins, ces plaisanteries ne sont pas seulement innocentes. Elles disent quelque chose de la manière dont le président vend les candidats aux électeurs.
Ce que fait Trump, c’est de distribuer des certificats de virilité.
Vendredi, en Géorgie, il compare le sénateur démocrate Jon Ossoff et son adversaire républicain Mike Collins.
“Quelqu’un a dit qu’il était beau. Je ne trouve pas qu’il soit beau. Moi, je trouve que Mike Collins est beau, et lui, c’est un vrai homme. Un vrai homme. Pour Ossoff, je ne suis pas sûr.”
Notez bien ce que dit le président. Il faut élire “un vrai homme”. Et écarter celui des deux qui ne serait pas suffisamment homme.
Il le fait déjà au Texas avec le candidat démocrate James Talarico, qui a une allure de premier communiant et dont il met en doute la virilité.
JD Vance s’y met aussi. Voici ce que disait le vice-président il y a quelques jours en campagne au Texas, lorsqu’un partisan lui exprimait son admiration :
“Je vous aime aussi, monsieur… De façon totalement platonique, je précise. Je suis le vice-président, pas James Talarico.”
Une bonne grosse insinuation sur la sexualité de Talarico (qui est hétéro). Homosexualité, manque de virilité, faiblesse. Qu’est-ce qu’on rigole !
Au passage, Trump ne semble pas être fasciné par le corps du candidat républicain en face. On l’a entendu raconter en réunion publique qu’il n’aimait pas sa façon de s’habiller et qu’il n’était peut-être pas l’homme le plus beau qu’il ait vu. Mais qu’il fallait néanmoins voter pour lui.
Hier soir, en Caroline du Sud, où la sortante républicaine est une femme, il s’est extasié sur… son mari.
“Vous avez Darline et son mari très bel homme. C’est un mari très beau.”
Et donc c’est comme ça qu’on se retrouve à parler du “cul” des candidats, de leur mâchoire, des muscles, de leur supposée virilité.
Ça n’est pas totalement nouveau.
Anderson Cooper sur CNN il y a quelques heures recensait toutes les fois où Trump en campagne a fait allusion à l’anatomie des hommes.
En le surnommant “Assman-in-chief”. Allusion à “Commander-in-chief”, le commandant en chef comme on appelle les présidents.
Juste avant sa réélection, le candidat Trump s’était extasié sur un golfeur, qu’il décrivait déjà comme un “vrai homme” et racontait que les autres joueurs l’admiraient lorsqu’ils le voyaient nu sous la douche.
La campagne 2024 avait été marquée par de nombreuses allusions à la virilité, cela avait contribué à faire venir à Trump un électorat jeune auquel il allait parler sur des podcasts de voiture, de MMA ou de jeux vidéo.
Et souvenez-vous du combat UFC organisé à la Maison-Blanche pour les célébrations du 250e anniversaire de l’indépendance.
Vendredi en Géorgie, le président se vantait de croiser beaucoup de militaires dans sa fonction. Oh oui, plein de soldats grands, forts, beaux.
“Il y a quelques raisons d’être président.”
Dans The Atlantic, la journaliste Helen Lewis voit dans ces sorties étranges du président un côté “camp”, c’est-à-dire un goût de l’exagération, de l’artifice, tellement appuyé qu’il devient théâtral. Elle écrit de Trump :
“On dirait un homme qui fait un numéro de drag en jouant son propre personnage.”
Selon elle, cette dimension théâtrale est l’un des ressorts de son succès, et il n’est pas étonnant qu’il y revienne quand son parti est en difficulté.
🟨🟧 Corruption !
On dit souvent dans les campagnes électorales aux États-Unis qu’il faut s’attendre à une October surprise, un élément nouveau qui survient dans les dernières semaines avant le scrutin début novembre et peut changer le cours de la campagne.
Pour l’instant, on ne la voit pas. À moins que ce ne soit quelque chose qui m’a intrigué dans le dernier grand sondage commandé par Fox News.
88 % des électeurs interrogés se disent très ou extrêmement préoccupés par la corruption au sein du pouvoir. 88 % ! Six sur dix se disent même extrêmement préoccupés.
C’est plus haut que le pourcentage de ceux qui se disent inquiets de l’inflation, à 85 %.
Alors cela ne veut pas forcément dire que la question de la corruption pèsera plus que l’inflation dans la décision de vote des Américains. Le coût de la vie a dominé la campagne. C’était la promesse principale de Trump en 2024 (le “prix des courses” !) et la guerre en Iran a rendu cette inquiétude encore plus vive.
Un sondage CNN publié hier montre à peu de choses près la même chose. La corruption arrive deuxième dans les priorités citées par les sondés, après l’économie et le coût de la vie.
Une journaliste du site de CNN racontait il y a quelques jours une étude quali menée récemment dans un État du Midwest solidement républicain (une étude quanti, ce sont par exemple des sondages de popularité ou d’intention de vote, quand une étude quali, c’est un groupe d’électeurs réunis pour comprendre leurs motivations).
Ce sont des stratèges du parti républicain qui avaient rassemblé un petit groupe d’électeurs de leur camp. Ils veulent comprendre les ressorts de leur colère contre le prix de l’essence.
Et ils ont été surpris par ce qu’ils ont entendu. Qui était accusé par ces sympathisants républicains ? D’abord les “politiciens corrompus” et les “milliardaires”.
Ce qui a frappé les organisateurs du quali (encore une fois, des républicains, qui veulent comprendre les ressorts du vote des électeurs de leur camp), c’est que ces Américains qui avaient voté Trump dans le passé font un lien entre ce qu’ils paient à la pompe et ceux qui profitent du pouvoir. Spontanément, sans que ce soit l’objet de la discussion.
Voilà une surprise de cette campagne des élections de mi-mandat. Près de 10 ans après la première élection de Donald Trump, qui aurait pu imaginer que la corruption surgirait (seulement maintenant ?!?) comme un sujet capable d’affaiblir Trump jusque dans sa propre base électorale ?
C’est surprenant, parce que ce bruit de fond nouveau recouvre un argument qui a longtemps protégé Trump. Dès son entrée en politique en juin 2015, il a souvent répété qu’il était tellement riche qu’on ne pouvait pas l’acheter. Oui, oui, il fallait un homme d’affaires, un milliardaire, pour “assécher le marécage”, comme il disait, de la corruption de Washington.
Cet argument remontait souvent ces dernières années dans les groupes quali menés sur les républicains, y compris ceux qui étaient déçus de son exercice du pouvoir.
Apparemment, quelque chose a changé ces derniers temps.
Dans une étude Ipsos/ABC/Washington Post, deux sondés sur trois disent désormais que Trump utilise la présidence pour s’enrichir. Pas une surprise, plusieurs analyses estiment que la fortune du clan Trump a doublé depuis sa réélection, notamment grâce aux cryptomonnaies.
Quand on regarde dans le détail, on voit que ça ne bouge pas côté démocrate (ils trouvaient déjà qu’il était corrompu), mais chez les républicains et les indépendants tentés par le parti républicain. Plus d’un sondé sur trois parmi eux le pense, contre à peine plus d’un sur 5 il y a un an.
Douze points de plus dans son propre camp.
Il faut dire que les affaires, ces dernières semaines, se multiplient. Je vous ai raconté dans Zeitgeist la saga Kimberly Guilfoyle, l’ex-vedette de Fox devenue la fiancée de Donald Trump Jr avant d’être nommée ambassadrice en Grèce. Elle a dû quitter son poste pour avoir demandé à un donateur de régler 100 000 dollars de dettes de sa carte American Express, en échange de faveurs de l’administration Trump (elle nie, mais ça n’a pas du tout plu au président qui n’a pas tardé à l’écarter).
Pendant ce temps, les électeurs s’impatientent sur le coût de la vie.
C’est ce parallèle que les démocrates cherchent à établir dans leurs messages de campagne. Essayer de démontrer que la corruption a un lien avec la vie chère. En gros, le pouvoir Trump est plus occupé à aider les gens qui ont de l’argent qu’à s’occuper de ceux qui en manquent. Pas très subtil, mais ça pourrait marcher.
Même Mick Mulvaney, ancien chief of staff du président Trump pendant son premier mandat, traduisait il y a quelques jours à la télévision le message que s’apprêtent à lui envoyer beaucoup d’électeurs :
“Nous en avons assez de vous voir vous enrichir pendant que nous nous appauvrissons.”
Petite réserve néanmoins. Les démocrates sont eux aussi soupçonnés par beaucoup d’électeurs de profiter du système. Dans le même sondage Washington Post-ABC-Ipsos que je vous citais plus haut, plus de 4 Américains sur 10 ne font confiance à aucun des deux partis pour réduire la corruption.
Cette colère qu’on perçoit dans les enquêtes d’opinion peut se traduire par une démobilisation massive du camp républicain, sans pour autant que ces électeurs aillent voter démocrate. Mais même cela arrangerait bien le parti d’opposition.
Dans des scrutins serrés, quelques électeurs démobilisés peuvent déjà faire perdre des sièges.
Mais pour que vous compreniez de quoi je vous parle, voici deux histoires de corruption dans l’entourage du président révélées ces derniers jours. La première par le New York Times, la seconde par le Washington Post.
Dézoom
Ça fait longtemps, presque deux ans je pense, que je ne vous ai pas parlé d’Alina Habba. C’était l’une de ses avocates personnelles (dans certaines des affaires qui ont fait les gros titres pendant les quatre ans où il avait quitté la Maison-Blanche), avant qu’il la nomme procureure fédérale dans le New Jersey.
Le New York Times vient de raconter comment elle a décroché un contrat de plus de cinquante millions de dollars. Oui, cinquante millions ! Dix millions par an pendant quatre ans, plus des primes.
Pour devenir la directrice juridique d’une entreprise aux activités obscures, dont même certains proches de la famille des propriétaires ne comprennent pas très bien l’activité.
Mais cette famille avait besoin de quelque chose de très précis.
Une grâce présidentielle !
Le père s’appelle Julio Herrera Velutini. Banquier milliardaire vénézuélien, héritier d’une vieille dynastie qui possède des propriétés et des châteaux de l’Amérique du Sud à l’Europe. En 2022, la justice américaine l’accuse d’avoir voulu corrompre la gouverneure de Porto Rico. Il voulait écarter quelqu’un qui enquêtait sur sa banque.
Ce Velutini conteste les accusations. En 2025, il obtient un accord particulièrement clément, en plaidant coupable d’une seule infraction mineure au financement des campagnes électorales. Les procureurs espéraient des sanctions plus sévères, mais le banquier trouve que c’est déjà trop.
Il veut obtenir une grâce.
Ça tombe bien. Sa fille Isabela, qui a la nationalité américaine, verse 3,5 millions de dollars à un comité de financement politique lié au président.
Mais toujours pas de grâce.
C’est alors que la famille recrute Alina Habba.
La fille Isabela crée cette société, Concord Partners. Quelques jours plus tard, l’avocate conclut son contrat.
À ce moment-là, elle est encore procureure fédérale dans le New Jersey (je précise ce détail parce qu’il est important pour comprendre la suite). Fin 2025, Habba démissionne de son poste mais reste sous la tutelle du ministère de la Justice, comme conseillère de l’attorney general (l’équivalent de la ministre).
Elle a son bureau au ministère… mais ça ne l’empêche pas de commencer à travailler le 1er janvier pour Concord Partners.
Et, ça tombe bien (vraiment le hasard fait bien les choses), quelques semaines plus tard, le président Trump accorde au banquier une grâce pleine et entière.
Alors cela ne prouve pas qu’une grâce a été achetée. Mais que fait exactement Habba pour mériter une rémunération aussi généreuse ?
Elle n’a rien voulu détailler lorsqu’elle a été interrogée par le New York Times. Elle affirme n’avoir joué aucun rôle dans la grâce. Et assure que son emploi privé a été déclaré au ministère et validé.
Ce que raconte cette enquête, c’est le commerce qui s’est développé autour du pouvoir de grâce de Trump. Je vous l’avais déjà raconté ici en septembre après une enquête de 60 Minutes.
🟨🟧 Tout s’achète. Même Trump ?
Ce matin, des révélations sur les secousses en interne dans le camp Trump autour de l’Iran. Pourquoi le vice-président Vance fait-il le tour des généraux pour savoir à quel point la guerre tourne mal ? Il avait déconseillé la guerre contre l’Iran. Il la défend publiquement. Avec sa candidature en 2028 en tête. Comment succéder à Trump sans hériter des dégâts de sa guerre ?
Il y a toute une myriade d’avocats et de lobbyistes en tout genre qui monnayent auprès de riches justiciables leur proximité (réelle ou supposée) avec le président.
Dézoom (2)
Autre exemple de corruption, révélé par le Washington Post.
C’est à propos de la gigantesque salle de bal en construction à la Maison-Blanche.
Le président avait dit :
“C’est payé à 100 % par moi et quelques-uns de mes amis.”
Eh bien, le WaPo a retrouvé quelques amis. Et ce qu’ils ont payé.
Le quotidien a obtenu un tableau interne qui recense, à la fin de septembre, le nom des donateurs qui ont déjà versé ou promis 333 millions de dollars de dons pour le chantier.
Apple s’est engagé à donner 25 millions de dollars. Nvidia, autant. Même chose pour la famille Adelson, très généreuse avec les républicains.
Notons au passage que le nom des Trump ne figure pas dans la liste.
Le Post révèle aussi qu’au moins 77 millions de dollars proviennent de donateurs qui ont demandé l’anonymat.
Mais comment est-ce possible ? Aux États-Unis, la moindre donation pour acheter un mug (une tasse à café) avec le nom du candidat ou un bumper sticker (un magnet pour les voitures) est répertoriée.
Sauf que la Maison-Blanche a imaginé pour ce projet que les contributions passent par une organisation à but non lucratif, avant d’être transférées sur un compte de la Maison-Blanche directement contrôlé par le président.
Donc pas les mêmes obligations de transparence que les dons électoraux. Et c’est comme cela, selon le Washington Post, qu’environ la moitié du total provient d’entreprises qui ont obtenu des contrats de l’État fédéral pendant ce second mandat.
Exemple cité par le WaPo, le groupe Salesforce.
Son patron s’engage personnellement à donner un million de dollars. L’entreprise promet deux versements d’un million, le premier la veille de Noël, le second le 29 janvier. Entre les deux, alléluia (décidement ça tombe bien, vraiment) le Pentagone lui attribue un contrat qui pourrait atteindre 5,6 milliards de dollars jusqu’en 2035.
Autre exemple cité par le Washington Post… les Velutini. Oui, la famille du banquier vénézuélien dont je vous parlais plus haut.
Sa fille Isabela s’engage, en 2025, à donner 2,5 millions pour la salle de bal. Et en janvier, son père obtient la grâce présidentielle qu’il convoitait.
Alors le Washington Post précise que son enquête ne démontre pas qu’il y a forcément un lien entre les dons pour la salle de bal et des faveurs de l’équipe Trump.
Mais sur le formulaire destiné aux donateurs, on peut lire que le projet s’appelle “Donald J. Trump Ballroom”.
🟨🟧 “Always be truthful, not neutral.”
Une fois n’est pas coutume, un peu de corporatisme, pour saluer deux journalistes que j’admire (et qu’à peu près tous les journalistes que je connais admirent).
D’abord Christiane Amanpour, qui vient d’annoncer qu’elle quittera CNN en juin prochain. Au moment où beaucoup de ses collègues s’inquiètent du rachat par le propriétaire de Paramount qui a abîmé la réputation de CBS.
La journaliste britannique (qui avait fait ses études aux États-Unis et avait noué une amitié avec John John Kennedy) était entrée à CNN en 1983 comme assistante à la rédaction d’Atlanta, le site de la chaîne qui n’avait pas encore trois ans.
Elle a marqué les esprits par ses reportages sur le terrain pendant la guerre du Golfe, puis la Bosnie, le Rwanda, l’Afghanistan.
Elle occupe une place singulière dans le journalisme américain. Une certaine idée du reportage, de ce qu’on va chercher sur le terrain et de ce qu’on doit ensuite aux téléspectateurs. Elle a souvent dit qu’il ne fallait pas prendre le public de haut, c’est-à-dire ne jamais croire que les téléspectateurs américains ne s’intéressaient qu’à ce qui se passe chez eux.
Le hasard fait que je suis tombé sur elle le mois dernier à Londres où j’étais venu rencontrer des chapeaux à plume de CNN.
Et je lui avais rappelé un souvenir commun, lorsqu’elle était venue à Paris à l’été 2008 suivre le candidat Barack Obama de passage à l’Élysée. La question qu’elle avait osé poser ce jour-là au président français avait estomaqué la salle. Elle avait posé sa question en anglais, et quand il avait fait mine de ne pas comprendre, elle avait hurlé le mot original en français, qui se trouvait être “racaille”. Quand je le lui ai rappelé, elle s’en souvenait précisément et s’amusait encore de la tête qu’avait faite le chef de l’État français.
Je vous recommande le podcast qu’elle présente, hors de CNN, avec son ex-mari, ancien porte-parole du département d’État américain. Ça s’appelle The Ex Files.
Et je garde en tête une phrase que Christiane Amanpour a souvent répétée à propos du journalisme :
“Always be truthful, not neutral.”
Il faut être fidèle à la vérité, plutôt que neutre.
Dézoom
Autre journaliste que j’admire, et dont je veux vous parler aujourd’hui, c’est Bob Woodward qui a sorti l’affaire du Watergate avec son collègue du Washington Post Carl Bernstein.
Je lui consacre mon 📚Food for Thought car il va sortir ses mémoires le mois prochain (impatience !) et de premiers extraits sont publiés dans le dernier New Yorker.
Il raconte notamment un échec, et c’est là-dessus que mon regard s’est arrêté.
Une faute professionnelle, et ce que cela lui a appris sur lui-même.
Nous sommes en 1982. Woodward est devenu une légende depuis le Watergate. Redford a joué son rôle au cinéma.
CBS lui propose de passer à la télévision. Woodward joue avec l’idée. Pas seulement parce qu’il veut montrer sa tête. Mais parce que l’année précédente, il a fait une erreur au Washington Post, dont il ne se remet pas.
Une journaliste qu’il encadrait au WaPo avait obtenu le prix Pulitzer pour le portrait d’un héroïnomane de huit ans.
Sauf que l’histoire était inventée.
Voici ce qu’en écrit Woodward :
“C’était une énorme erreur de ma part, et j’en ai assumé la responsabilité. Cet incident a renforcé ma conviction, ainsi que celle d’autres personnes au Post, que je n’étais pas fait pour diriger une rédaction. C’était aussi une défaillance morale. Si j’avais d’abord essayé de sauver l’enfant, la supercherie aurait été découverte.”
C’est cette dernière phrase qui m’intrigue.
Woodward se reproche d’avoir mal hiérarchisé ce qui était le plus important. Il voulait publier une histoire extraordinaire. Alors que si ce petit garçon vivait un enfer comme l’écrivait sa journaliste, l’urgence aurait dû être de s’inquiéter pour lui.
Il a tiré de cette erreur une leçon de vie.
“En tant que responsable, j’accordais aux journalistes de mon équipe une immense liberté, mais j’exigeais toujours davantage d’eux. “Allons plus loin. Nous n’avons pas encore atteint le cœur du sujet”, leur disais-je. “Retournez-y. Interrogez-les encore quatre fois.” Je voulais des articles qui aient le maximum d’impact. (…) Cette pression, associée à mon manque de supervision et au fait que j’étais absorbé par mes propres enquêtes, avait conduit à mon échec spectaculaire.”
🟨🟧 Trick or treat !
Vous allez peut-être trouver mon 🎈Bring me Joy très cliché, mais chaque mois d’octobre, je me réjouis de voir les Américains décorer leurs maisons pour Halloween.
Grande maison ou petit appartement, ici à New York ou dans les bleds où j’étais ces derniers jours (dont Sleepy Hollow, très Halloween !), partout des citrouilles sur les marches, des fantômes suspendus aux arbres, des araignées beaucoup trop grosses, des squelettes pendus dans le jardin, ou assis sur les chaises sous le patio.
Parfois, ce n’est qu’une citrouille et une guirlande orange. Mais je trouve cela réjouissant.
Parce que j’aime l’automne, surtout quand il prend les couleurs de l’été indien ici dans le nord-est des États-Unis.
Que c’est le début de trois mois de festivités qui nous amèneront jusqu’à la nouvelle année, en bondissant d’Halloween à Thanksgiving puis Noël.
Parce que ça me rappelle E.T.
Et parce qu’ici, Halloween, c’est d’abord la fête des enfants.
Mon filleul déguisé (en E.T. !) sur les marches de son immeuble pour son premier Halloween, quel souvenir ! Il est désormais assez grand pour aller sonner chez des voisins aux maisons décorées pour glaner quelques bonbons au cri de “Trick or treat”.
Et c’est souvent dans ces soirs d’automne, quand le soleil tombe plus tôt, que des cadavres ont été installés dans le jardin, que la rue paraît plus vivante.
Oui, Halloween, c’est de la joie.
Thank you and goodbye.
PhC
























Actuellement à DC avant de retourner dans ma Floride, je partage entièrement votre sentiment sur ce bel été indien sur le nord est des US.
Let's hope for the best on November 4th.
Oh vieillesse ennemie ! Quand la sénilité frappe des individus à la base égocentriques, manipulateurs, grossiers, prêts à tout pour eux-mêmes, on se rend compte qu'en ce qui les concerne la vieillesse est un naufrage puissance 1000, hélas quand elle est exposée au monde entier, cela devient plus que pathétique et là on ne peut être qu'affligés