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CHEZ POL 20 OCTOBRE

 


#Sortilèges #Grenouille #Dada #Frontispice #Berceau


Chez Pol n°1811 - Réservé aux abonnés Libé



Bonjour, nous sommes le 20 octobre
et c'est le bon jour pour allumer des feux.

Tout imbu et tout bronzé. Photo Olivier Corsan. Abaca ( 2026)

FAIT MAISON Macron et Philippe consomment leur divorce

VOST Les manipulations anti-LFI du gouvernement 

AU COMPTOIR Larcher radicalisé façon Retailleau ; Bardella reprend le slogan de l'affiche rouge de Vichy ; et l'inculture historique du ministre Jeanbrun

LE MOT «Camps»

YOUPOL Lisnard n'en a «rien à cirer» des morts de 1961

ON POSE ÇA LÀ Retailleau veut reporter le 2d tour de la présidentielle

LE CHIFFRE 2609

BO BO BONUS Salut, ça fart ?

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI Macron toujours au Proche Orient comme si de rien n'était

L'ADDITION Jouons avec Lecornu

DROITES IRRÉCONCILIABLES • Le divorce semble irrémédiable. Édouard Philippe et ses partisans ont décidé de rompre définitivement avec Emmanuel Macron. Après que le maire du Havre et candidat à la présidentielle a réagi à l'allocution pour rien du Président dimanche soir en disant que la France «a besoin d'être commandée», ses lieutenants sont à l'avenant. Comme son porte-parole, Maël de Calan, qui balance sans détour dans le Parisien : «Ses incantations deviennent insupportables.» Petit point sémantique pour comprendre l'état d'esprit du philippiste. «Incantation : emploi de formules magiques visant à produire un charme, un sortilège», nous explique le Larousse. Et visiblement, le charme ne prend plus et Macron a perdu sa baguette magique. Ces critiques pas très urbaines n'ont évidemment pas échappé au Président et à son entourage. Qui contre-attaque. «Édouard fait n’importe quoi», flingue un proche de Macron auprès de Chez Pol. Et le même de noter avec gourmandise que «sur les réseaux sociaux, ça réactive le fait que les gilets jaunes, c’était lui». Une manière de réécrire l'histoire. Chez Pol

Les manipulations anti-LFI du gouvernement 

Zen, restons zen. Photo Lou Benoist. AFP (2026)

Par Sy. C. 

Vous connaissez la fable de la grenouille dans l'eau chaude ? Si vous plongez un amphibien dans un seau d'eau brûlante, il s'en échappera d'un bond, refusant d'être ainsi ébouillanté. Mais si vous le placez dans un contenant d'eau froide et que vous augmentez progressivement la température, l'animal ne réagira pas. Pire, il s'habituera à la chaleur et finira par mourir, ébouillanté. 

Qui est la grenouille aujourd'hui ? 

Les amoureux de la liberté et de la démocratie, dont l'un des piliers est le respect des oppositions. Et la lecture de Mediapart hier montre à quel point ce pilier est attaqué de toutes parts par le pouvoir en place.

On vous racontait pourquoi LFI est un bouc émissaire un peu trop pratique pour la macronie qui, en ciblant depuis des jours le mouvement de Jean-Luc Mélenchon et en l'accusant d'être derrière les violences du 17 octobre, cherche à discréditer la contestation. Mais cela va plus loin. Selon Mediapart, des consignes ont été passées pour cibler directement LFI et la présenter comme responsable du mouvement lycéen et coupable des violences.

Une consigne qui a étonné jusqu'à un commissaire du renseignement territorial (RT) qui, dans un message transmis à ses collègues et relayé par le site d'info, s'indignait : «Il y a des choses indicibles, mais quand on nous demande texto d’écrire que c’est LFI qui est derrière le mouvement alors que c’est objectivement faux de l’avis général des RT, forcément on a des décisions politiques.» D'autres policiers s'étonnaient des mots du Premier ministre selon qui les forces de l'ordre ont dû batailler toute la journée de samedi avec l'«ultragauche» alors qu'elle serait largement minoritaire selon les remontées de terrain.

«Indignez-vous»

Manuel Bompard dénonce «un scandale d'État». Sur France Info, le coordinateur de LFI annonce saisir la Cour de justice de la République contre Laurent Nuñez : «Qu'on en vienne à manipuler le travail des renseignements territoriaux pour essayer de cibler LFI et de lui imputer une responsabilité dans des actes sur laquelle elle n'a aucune responsabilité, c'est inacceptable.» «Si les RT produisent des rapports mensongers, si on leur demande d'écrire des choses fausses [...] dans n'importe quel pays du monde c'est un scandale d'État», ajoute-t-il, réclamant des «réactions politiques immédiates».

Mais en attendant, ces accusations mensongères portent leurs fruits et l'on entend des responsables de la droite dite républicaine s'interroger ouvertement sur la possibilité d'interdire le mouvement [voir Au Comptoir ⬇️]. «Que vous aimiez ou pas LFI, si vous êtes sincèrement démocrate, indignez-vous des manipulations qui visent à criminaliser voire interdire une force d’opposition républicaine et populaire, s'indigne le député apparenté écolo Benjamin Lucas. Une fois la digue fissurée, nous serions TOUS engloutis.» Comme la grenouille.

LARCHER LA RAMPE • 

Gabriel Attal qui veut recourir à l'armée ? «Méfions-nous des propositions énoncées sous le coup de l'émotion», répond Gérard Larcher au Figaro. 

Éric Ciotti qui veut que le Parquet national antiterroriste se saisisse ? «Il faut faire attention aux propos qui démonétisent la parole publique», réplique le président LR du Sénat qui, visiblement, ne suit pas ses propres conseils puisque dans la même interview, le 3e personnage de l'État imagine sans peine une interdiction de LFI. Selon Larcher, la question d'interdire purement et simplement le mouvement mélenchoniste peut être «posée» après les violences lors des manifs samedi. «Nous avons pu dissoudre Génération identitaire [groupuscule d'extrême droite, ndlr] et La Jeune Garde [mouvement d'extrême gauche, ndlr]. LFI est un parti politique qui concourt à l'expression de la nation. Je l'entends. Mais il tient une grande part de responsabilité dans le discours de haine», affirme le sénateur, d'ordinaire classé parmi les modérés de la droite LR. C'est dire le glissement de cette famille politique.

Je peux dire une connerie ? Photo Anne-Christine Poujoulat. AFP (2026)

VENI VIDI VICHY • Grosse journée pour l'auteur d'écrits antisémite Jordan Bardella. Hier, le président du RN a tenu à rappeler qu'il était également raciste en dénonçant «la France des wallahs» responsables, selon lui, des débordements du 17 octobre. Puis en conférence de presse, le jet-setteur a défendu «face au chaos, la France en ordre». Bardella y a dénoncé, en se basant sur le chiffre «farfelu» de 30 000 pilleurs à Marseille, «l’ampleur des violences et de la capacité de mobilisation d’armées du crime prêtes à se mobiliser et dont nos banlieues constituent un véritable réservoir». «Armées du crime», vraiment ? On sait que les lepénistes ont un problème avec le choix des mots et ça se confirme. Après Jean-Philippe Tanguy qui reprenait en meeting le frontispice du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, voici Bardella qui reprend le slogan de la célèbre «affiche rouge» placardée par les autorités allemandes et le régime de Vichy en 1944 contre le groupe Manouchian, présenté comme «l'armée du crime». Ça commence à faire beaucoup. On rappelle que Bardella était présent, en 2024, à la cérémonie de panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian.

LE TEMPS DES SOTTISES • On parle régulièrement de l'effondrement du niveau scolaire en France. Le manque de culture des ministres sur l'histoire du pays qu'ils gouvernent en témoigne. Hier sur RMC, le ministre du Logement venu de LR Vincent Jeanbrun a démontré que l'histoire des luttes sociales en France n'était pas forcément son dada. Face à la journaliste Apolline de Malherbe, il a d'abord expliqué que les débordements du 17 octobre étaient le fait de black blocs et de l'«ultra-gauche» «qui essayent de revivre la Commune, cet esprit insurrectionnel». S'en suit un dialogue au ras des pâquerettes entre le ministre et la journaliste.

- Malherbe : La Commune, c'est 1830.

- Jeanbrun : Exactement.

- Malherbe : [Quelqu'un la corrige en plateau] 70, 70. 1830, c'est les 30... les 3 jours.

Un résumé politique digne du Puy du Fou. Mais au-delà de cette méconnaissance de l'histoire, il faut voir comment le gouvernement diabolise l'histoire commune. On imagine qu'un politique éclairé va bientôt vouloir renommer le square Louise Michel…

Capture d'écran BFMTV

Le bonheur est dans le pré paraît-il, sauf pour David Lisnard qui pense que c'est le berceau du terrorisme. Sur LCI hier soir puis ce matin sur RTL, le candidat libertarien à la présidentielle accuse le plateau des Millevaches, dans le Limousin, d'abriter «des camps d'entraînement terroristes». «On a aujourd'hui un certain nombre d'ex-zadistes de Notre-Dame-des-Landes, de black bloc et de personnes qui viennent de l'étranger qui se retrouvent dans certains villages», assure le maire de Cannes. Et Lisnard d'expliquer que Mélenchon va «en pèlerinage» sur le plateau «chaque 11 novembre», ce qui, à ses yeux, est suspect. De fait, le leader insoumis s'est rendu en 2024 à la cérémonie de commémoration de l'armistice de 1918 à Gentioux-Pigerolles et il prévoit de s'y rendre encore cette année. Scandaleux ! Pour Lisnard, ces groupes du Limousin «s'entraînent à la guérilla urbaine, acquièrent du matériel lourd, d'attaque contre les policiers, et se préparent à la garde à vue». De quoi étonner l'un des députés du coin, le LFI Damien Maudet. «Jamais aucun RT ne m'a parlé de ce type de chose, nous dit-il ce matin. Donc j'imagine que Lisnard a des preuves ? Sinon c'est presque une mise en danger de la vie d'autrui compte tenu des menaces que chacun reçoit depuis samedi après que la droite jette de l'huile sur le feu.» Depuis des années, le plateau des Millevaches est dépeint comme un repère de «zadistes» - Lisnard franchit le Rubicon et parle carrément de «terroristes». En 2024, le député UDR Bartolomé Lenoir décrivait ce plateau comme un repère d’activistes d’ultragauche en train de transformer le lieu en «ZAD» et qui servirait également de base de repli à des militants après des manifestations violentes. Il avait même lancé une pétition «contre l’ultragauche dans la Creuse». Auprès de France 3, il admettait toutefois n'avoir jamais été sur les lieux, craignant pour sa sécurité mais ses ~infos~ provenaient d’un élu local et d’électeurs.

«Rien à cirer» des morts de 61

La droite n'avait pas eu de mots assez durs contre Marine Tondelier quand l'écolo, interrogée sur ce qu'elle pensait de Georges Pompidou, avait dit «je sais pas, j'étais pas née». On l'entend bizarrement beaucoup moins depuis hier soir réagir à l'agacement de Lisnard. Le boss du petit parti Nouvelle Energie s'est en effet énervé, sur le plateau de LCI, après avoir été interrogé par une étudiante proche de LFI concernant le 17 octobre 1961, lorsque des dizaines d'Algériens furent tués et jetés dans la Seine par des policiers. «Non mais je m'en fous madame, j'en ai rien à foutre, j'en ai rien à cirer, j'étais pas né, depuis il y a eu l'indépendance de l'Algérie», a répondu, irrité et désagréable, celui qui veut s'autopersuader qu'il «se passe quelque chose» autour de sa candidature présidentielle. «On parle de dizaines de morts, noyés dans la seine. Racisme décomplexé», a dénoncé le député insoumis Thomas Portes. Mais non, Lisnard n'est pas raciste puisque, dit-il, il a «des potes algériens». «Heureusement mes potes d'origine algérienne ils ont bien compris qu'on était passé à autre chose», a poursuivi celui qui est également maire de Cannes et président de l'Association des maires de France (AMF). «Est-ce que vous pouvez nous rappeler ce qu'il s'est passé le 17 octobre 1961 ?», l'avait interrogé l'étudiante quelques secondes avant. «C'est très grave, c'est dramatique, mais c'était en 61», a ensuite nuancé Lisnard. Et ce fan de Milei d'expliquer que ce n'était «pas (son) problème aujourd'hui», alors qu'il parlait jusqu'ici des violences et des pillages qui ont marqué plusieurs villes de France depuis samedi.

EN MAI, FAIS CE QU'IL TE PLAÎT • Bien qu'il n'a que peu de chances d'être personnellement concerné, Bruno Retailleau a appelé sur BFMTV l'exécutif à reporter la date du 2d tour de la présidentielle, qui tombe le 2 mai, au lendemain de la fête du travail et de son cortège de mobilisations.

PREM'S • Avant que l'Assemblée ne décide aujourd'hui du sort de sa propre commission d'enquête, la commission des Lois du Sénat a annoncé hier le lancement d'une mission d'information sur les violences ayant émaillé le week-end dans plusieurs villes de France. Avec pour objectif de faire la lumière sur les «importants dysfonctionnements dans l'anticipation et la préparation du dispositif de maintien de l'ordre».

BELLE AME • Le député PS Paul Christophle a déposé une proposition de loi constitutionnelle «visant à inscrire l'aide médicale de l'État dans la Constitution».

On change d'actu car le Budget n'attend pas. Et 2609, c'est le nombre d'amendements (sur 3396) que les députés ont encore à examiner pour la partie recettes. Bien trop pour achever l'examen dans les temps et voter solennellement cet après-midi comme c'était initialement prévu. Résultat, le vote est reporté, la suite de l'examen aussi et les députés vont donc débuter à la place l'étude du Budget de la Sécu - le PLFSS de son petit nom (pour lequel l'Assemblée a 20 jours pour se prononcer en 1ere lecture, soit jusqu'au 27 octobre). «Outre les délais prévus pour la première lecture, le Parlement a 50 jours pour se prononcer définitivement sur le PLFSS (délai qui s'éteindra le 26 novembre cette année) et 70 jours pour se prononcer définitivement sur le PLF (le 17 décembre), à défaut de quoi le gouvernement aura la possibilité de mettre en œuvre les textes budgétaires par ordonnances», écrit LCP. Cela ne serait pas pour déplaire à Macron qui plaide, selon divers échos, pour cette option des ordonnances plutôt que pour un 49.3 négocié avec les oppositions.

Salut, ça fart ?

Des nouvelles de l'ancien secrétaire d'État au Numérique et ex-trésorier de LREM.

• Assemblée, toute la journée Les températures baissent en ce moment mais la journée s'annonce chaude au Palais Bourbon. L'exécutif va d'abord être sur le gril des députés lors des questions au gouvernement. Ensuite, puisque le vote sur la première partie du Budget est reporté, on passera directement à l'examen du Budget de la Sécu, qui promet d'être aussi tendu. Parallèlement, le groupe Liot présente sa proposition de grand emprunt national citoyen.

• Proche-Orient, jusqu'à demain Macron poursuit sa petite virée dans le Golfe. Arrivé hier aux Émirats arabes unis après une courte étape au Koweït, le Président continue ses sauts de puces : il arrive en fin de matinée au Bahreïn, le temps d'un entretien avec le roi, avant de finir la journée au Qatar où il sera accueilli par l'émir.

• Et aussi Fabien Roussel organise une conférence de presse pour présenter «ses propositions pour agir maintenant et préparer l'avenir» concernant l'énergie ; Mélenchon tient lui aussi une conf' de presse, mais en ligne, pour réagir à l'actualité ; le Sénat examine un projet de loi pour lutter contre les ingérences étrangères ; et la Cour des comptes présente son bilan sur l'état financier de la Sécu.

On termine avec notre jeu du jour. Quel mot Lecornu utilise-t-il beaucoup en privé ces derniers jours pour qualifier la situation ?

• Bazar
• Bololo
• Bordel
• Chienlit
• Merdier
• Capharnaüm

Pour jouer, cliquez sur ce qui vous semble être la bonne réponse ci-dessus.

Absolument.



Et enfin, les résultats de notre jeu d'hier. Eh oui, c'est bien Hélène Mercier-Arnault, la femme de Bernard Arnault, qui accompagnait Macron au concert de Céline Dion. Et non Carla Bruni-Sarkozy.

Sur ce, bonne journée👋. Et à demain sur les routes de l'info.

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Chez Pol a été concoctée par 
Etienne Baldit, Sylvain Chazot et Sébastien Tronche


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