Par Sy. C.
Vous connaissez la fable de la grenouille dans l'eau chaude ? Si vous plongez un amphibien dans un seau d'eau brûlante, il s'en échappera d'un bond, refusant d'être ainsi ébouillanté. Mais si vous le placez dans un contenant d'eau froide et que vous augmentez progressivement la température, l'animal ne réagira pas. Pire, il s'habituera à la chaleur et finira par mourir, ébouillanté.
Qui est la grenouille aujourd'hui ?
Les amoureux de la liberté et de la démocratie, dont l'un des piliers est le respect des oppositions. Et la lecture de Mediapart hier montre à quel point ce pilier est attaqué de toutes parts par le pouvoir en place.
On vous racontait pourquoi LFI est un bouc émissaire un peu trop pratique pour la macronie qui, en ciblant depuis des jours le mouvement de Jean-Luc Mélenchon et en l'accusant d'être derrière les violences du 17 octobre, cherche à discréditer la contestation. Mais cela va plus loin. Selon Mediapart, des consignes ont été passées pour cibler directement LFI et la présenter comme responsable du mouvement lycéen et coupable des violences.
Une consigne qui a étonné jusqu'à un commissaire du renseignement territorial (RT) qui, dans un message transmis à ses collègues et relayé par le site d'info, s'indignait : «Il y a des choses indicibles, mais quand on nous demande texto d’écrire que c’est LFI qui est derrière le mouvement alors que c’est objectivement faux de l’avis général des RT, forcément on a des décisions politiques.» D'autres policiers s'étonnaient des mots du Premier ministre selon qui les forces de l'ordre ont dû batailler toute la journée de samedi avec l'«ultragauche» alors qu'elle serait largement minoritaire selon les remontées de terrain.
«Indignez-vous»
Manuel Bompard dénonce «un scandale d'État». Sur France Info, le coordinateur de LFI annonce saisir la Cour de justice de la République contre Laurent Nuñez : «Qu'on en vienne à manipuler le travail des renseignements territoriaux pour essayer de cibler LFI et de lui imputer une responsabilité dans des actes sur laquelle elle n'a aucune responsabilité, c'est inacceptable.» «Si les RT produisent des rapports mensongers, si on leur demande d'écrire des choses fausses [...] dans n'importe quel pays du monde c'est un scandale d'État», ajoute-t-il, réclamant des «réactions politiques immédiates».
Mais en attendant, ces accusations mensongères portent leurs fruits et l'on entend des responsables de la droite dite républicaine s'interroger ouvertement sur la possibilité d'interdire le mouvement [voir Au Comptoir ⬇️]. «Que vous aimiez ou pas LFI, si vous êtes sincèrement démocrate, indignez-vous des manipulations qui visent à criminaliser voire interdire une force d’opposition républicaine et populaire, s'indigne le député apparenté écolo Benjamin Lucas. Une fois la digue fissurée, nous serions TOUS engloutis.» Comme la grenouille.
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